La Défense du Reich, en allemand Reichsverteidigung, est le nom donné à la guerre aérienne défensive menée par la Luftwaffe au-dessus de l'Europe occupée et de l'Allemagne nazie au cours de la Seconde Guerre mondiale. L'objectif était d'empêcher la destruction des villes et des industries allemandes par les alliés occidentaux. Ces opérations engagèrent des milliers d'avions et de multiples unités au cours de centaines de combats durant les campagnes de bombardements stratégiques alliés. Cette campagne fut la plus longue de la guerre aérienne et, avec la bataille de l'Atlantique, la plus longue campagne de la guerre. La Luftwaffe défendit l'espace aérien de l'Europe occupée contre les attaques menées, au départ par le Royal Air Force Bomber Command puis en tandem avec l’United States Army Air Forces (USAAF).
La Luftwaffe étant à l'origine offensive, les militaires allemands n'anticipèrent pas la création d'une force défensive pour protéger l'espace aérien européen. Même après être passée sur la défensive à partir de l'hiver 1942-1943, l'Allemagne continua de produire des bombardiers en dépit de l'augmentation de la force aérienne alliée. Finalement, l'aviation de chasse fut privilégiée et la défense devint la priorité de la Luftwaffe.
À la fin de 1943, la détérioration rapide de la situation militaire obligea la Luftwaffe à concentrer la plupart de ses unités de chasseurs sur des missions de défense. Durant la période 1940-1943, l'aviation allemande avait défendu son territoire avec succès en infligeant de sévères défaites aux aviations de bombardements britanniques et américaines. Ces victoires étaient en partie dues au manque d'escorteurs à long rayon d'action chez les Alliés. En , devant les pertes subies par son aviation, l'USAAF décida de suspendre ses missions de bombardement. Au printemps 1944, elle introduisit le P-51 Mustang, qu'un réservoir additionnel dotait d'un rayon d'action suffisant pour escorter les bombardiers jusqu'à leur destination au cœur de l'Allemagne. À partir de l'été 1944, la défense aérienne allemande commença à s'effondrer. Submergée par les appareils alliés et en manque chronique de carburant et de pilotes formés, la Luftwaffe cessa concrètement d'exister à partir de 1945.
Repousser le RAF Bomber Command (1939-1941)
Devant la montée en puissance de l'Allemagne, la RAF entreprit une politique d'expansion. Le développement des bombardiers lourds avait commencé avant la guerre mais ils ne seraient pas disponibles en grand nombre avant 1942. La RAF développa une doctrine de bombardement pendant les années d'avant-guerre. Les stratèges britanniques considéraient que du fait de la faible précision des bombardements, les meilleurs cibles seraient les grandes villes industrielles. Cette doctrine était en accord avec la conviction du chef d'état-major de la RAF, le général Charles Portal pour lequel la destruction du moral allemand était la clé de la victoireOvery 1980, .. Il présenta son idée de (plus tard connu sous le nom de ) qui compléterait les bombardements stratégiques en ciblant les ouvriers allemands, que ce soit en brisant leur moral ou en les tuant, pour « casser » la machine de guerre allemande. Cette conviction découlait de la politique de Hugh Trenchard, le « père » de la RAF, de porter la guerre sur le territoire national allemand. Les stratèges espéraient ainsi provoquer de tels dégâts en Allemagne et dans les pays occupés que les populations se soulèveraient contre le pouvoir.
vignette|gauche|Les Wellington Mark I conduisirent les raids les plus profonds durant la période 1939-1941.
La RAF avait entamé la Seconde Guerre mondiale sans bombardier lourd. Le bombardier le plus puissant de son arsenal était le Vickers Wellington. Malgré son rayon d'action de et sa capacité d'emport impressionnante pour l'époque, ce bombardier moyen, comme tous les bombardiers non escortés, était vulnérable face à l'aviation de chasse durant les raids de jour. Les autres bombardiers, le Armstrong Whitworth Whitley et le Handley Page Hampden étaient obsolètes. Les rapides Fairey Battle et Bristol Blenheim n'emportaient pas assez de bombes pour des missions de bombardement stratégiqueCaldwell & Muller 2007, ..
La campagne aérienne au-dessus de l'Europe commença le , un jour après la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l'Allemagne. La cible des bombardiers britanniques était la base navale de Wilhelmshaven. Le croiseur de poche Admiral Scheer fut légèrement touché mais les premières victoires aériennes furent recensées. La RAF Bomber Command subit de lourdes pertes durant les raids menés de septembre à décembre (durant la drôle de guerre), car la RAF continuait de penser que les formations de bombardiers pouvaient se défendre d'elles-mêmes sans l'aide d'escorteurs. Le , un rare succès nourrit cette idée. 24 bombardiers Wellington s'envolèrent pour une mission au-dessus du Heligoland. À une altitude de , ils furent engagés par les défenses anti-aériennes et par des chasseurs Messerschmitt Bf 109 et Bf 110. Les chasseurs allemands ne réussirent pas à s'approcher suffisamment des bombardiers ; les mitrailleurs de queue des Wellington abattirent un appareil tandis que les bombardiers ne subirent aucune perte. Dix jours plus tard, une force de 12 Wellington fut interceptée, cinq furent abattus. Les Allemands ne perdirent qu'un appareil et cinq autres furent endommagés. Les analystes britanniques ont considéré que la flak était responsable de ces pertesCaldwell & Muller 207, ..
Durant la bataille du Heligoland, la RAF perdit 12 de ses 22 bombardiers durant une mission de patrouille maritime car le radar allemand avait repéré l'approche des bombardiers. La RAF dut arrêter ses opérations de bombardementCaldwell & Muller 2007, .. Le Bomber Command avait reconnu sa défaite et décida de bombarder de nuitOvery 1980, .. L'idée selon laquelle les bombardiers passeraient quoi qu'il arrive s'était révélée fausse.
Les stratèges britanniques débattirent en 1939-1941 de la stratégie de bombardement qui prévaudrait durant la suite du conflit. Les résultats des bombardements furent également une source de querelles. Certains au ministère de l'air considéraient que la technologie du bombardement n'était pas encore au point et que l'ambition d'un bombardement de précision était irréalisable. Pour soutenir leurs dires, ils utilisèrent l'étude Butt selon laquelle seuls 30 % des bombes tombaient dans la zone cible et seulement 10 % dans la région de la Ruhr. Ceux qui voulaient poursuivre les bombardements de précision accusèrent cette étude d'être partiale. Lorsque le général Arthur Travers Harris arriva au commandement du Bomber Command, il était décidé à utiliser cette étude pour promouvoir sa politique de bombardement de zone.
Création d'un système de défense Reconnaître le besoin La Luftwaffe ne disposait pas d'un système de défense efficace au début de la guerre. Adolf Hitler avait poussé l'Allemagne vers la guerre avant que ses défenses ne soient complètement installées. La Luftwaffe fut donc contrainte d'improviser et de construire ces défenses durant la guerre. Les bombardements diurnes furent rares en 1939-1940. La responsabilité de la défense du territoire fut confiée aux Luftgaukommandos (« siège de région aérienne »). Le système de défense reposait principalement sur la flak. Les défenses n'étaient pas coordonnées et les communications étaient mauvaises. Ce manque de coordination entre les défenses au sol et l'arme aérienne furent une source d'ennuis permanent tout au long de la guerreCaldwell & Muller 2007, .. Pour Hitler en particulier, la défense devait reposer sur l'artillerie au sol pour fournir un aux populations civiles même si celles-ci étaient peu efficacesMurray 1938, .. Si les Alliés avaient lancé une grande offensive sur la région de la Ruhr, il n'y aurait pas eu beaucoup d'opposition de la part de la Luftwaffe. Chaque Luftgaukommando recevait des objectifs mais manquait de systèmes de contrôle en 1939. Cependant, les raids alliés furent de faible envergure et ne profitèrent pas de la faiblesse allemande.
Le , le chef d'état-major de la Luftwaffe Hans Jeschonnek clarifia le rôle de la chasse de jour dans la défense du territoire. Les unités de chasseurs furent assignées à des missions précises et dépendaient du commandement local de la défense aérienne. Cependant, les autres unités de chasseurs furent assignées à plusieurs Luftflottes (« flottes aériennes »). Les chasseurs déployés sur le front alterneraient les missions défensives et offensives en réalisant des missions de supériorité aérienne et en empêchant les appareils ennemis d'infliger des dégâts au territoire allemandCaldwell & Muller 2007, .. Ce genre de stratégie fonctionna bien sur le front mais il devint rapidement clair que le manque d'entraînement, le manque de coordination entre les différents escadrons et la flak rendaient difficiles la création d'une défense efficace. Les succès de 1939-1940 et la faiblesse des offensives alliées empêchèrent de tester les défenses.
Planification de la défense aérienne
vignette|Deux radars Freya de la ligne Kammhuber à Auderville, France. L'échec de la Luftwaffe à défendre Berlin d'une série de petits raids menés par le Bomber Command de la RAF durant la bataille d'Angleterre mena à la construction d'un solide système de défense. Un réseau de radars fut mis en place, la Ligne Kammhuber, allant de la France au Danemark. La plupart des batailles menées par la Luftwaffe sur le front de l'ouest furent contre les raids nocturnes de la RAF. Cependant sa stratégie fut remise en cause après l'échec de l'opération Barbarossa. Cette stratégie de « défense périphérique » était de déployer les appareils aux extrémités des territoires occupés tout en laissant le centre du territoire peu protégéCaldwell & Muller 2007, .. De plus, les unités du front se plaignaient du manque d'appareils et de leurs faibles performances, et en particulier du manque d'avions capables d'opérer par tous les temps ainsi que de la faible vitesse ascensionnelle du Messerschmitt Bf 109. La difficulté de la Luftwaffe fut de déployer l'excellent Focke-Wulf Fw 190. Le Generalfeldmarschall Erhard Milch assistait Ernst Udet dans la production d'avions et dans le développement d'appareils plus modernes. Cependant, ils expliquèrent à une réunion du Conseil industriel du Reich le que la nouvelle génération d'avions n'avait pas réussi à se matérialiser et que les appareils obsolètes devraient continuer à être produits pour faire face aux besoins.
En 1941, le Focke-Wulf Fw 190 commença à remplacer en partie le Bf 109 en tant que chasseur principal de la Luftwaffe. Le Fw 190 s'était montré plus manœuvrable et mieux armé mais ses performances au-dessus de mètres laissaient à désirer. Les versions du Bf 109 combattaient bien à haute altitude et égalaient les appareils alliés. Il fut donc décidé par l'Oberkommando der Luftwaffe de conserver les deux appareils en production. Dans les dernières années de la guerre, le Fw 190 fut équipé d'un armement lourd qui réduisait encore plus ses performances à haute altitude. Il fut donc utilisé pour détruire les bombardiers tandis que le Bf 109 engageait les chasseurs d'escorteursCooper 1981, .
En dépit de ces faiblesses, la RAF n'était pas encore en position de contester la position dominante de la Luftwaffe. Son chasseur principal, le Supermarine Spitfire n'avait pas le rayon d'action suffisant pour escorter les bombardiers au-dessus de l'Allemagne et la RAF ne disposait pas de bombardiers quadrimoteurs pour infliger des dommages sérieux aux industries allemandes. Les dommages infligés étaient faibles et sans commune mesure avec les lourdes pertes subies au-dessus de la Manche face à des chasseurs allemands en infériorité numérique.
Les États-Unis entrent dans la guerre (1942) Un nouvel ennemi vignette|droite|La ville de Cologne après le bombardement du 9 juin 1942.