La guerre de Dévolution s'est déroulée en 1667 et 1668. Il s'agit de la première guerre du jeune Louis XIV. Elle prend fin le par la signature du traité d'Aix-la-Chapelle par les différents belligérants.
Les causes de la guerre Philippe IV, roi d'Espagne, meurt le . Il laisse le trône à son seul fils, Charles II, un enfant de quatre ans si chétif et atteint de handicap (à la suite de nombreux mariages consanguins) que les cours européennes ne doutent pas de sa mort prochaine. Dans cette hypothèse, la succession d'Espagne aurait été ouverte. Anticipant l'événement, l'empereur Léopold et Louis XIV, tous deux gendres du défunt Philippe IV, signèrent un traité secret de partage en à Vienne..
Sans attendre, Louis XIV, époux depuis 1660 de l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV, forma des prétentions, au nom de sa femme, sur plusieurs provinces de la monarchie espagnole. La reine de France avait renoncé à ses droits, renoncement exprimé par le contrat de mariage et confirmé par le traité des Pyrénées, mais la clause du traité qui l'y contraignait liait cette renonciation au versement d'une dot de d'or qui n'a jamais été réglée.
Peu après la mort du roi Philippe IV d'Espagne en , la France constitue sous le nom de Traité des droits de la Reine Très Chrétienne, un dossier qui ouvre la succession d'Espagne. Ce traité s'appuie essentiellement sur le droit de dévolution, une vieille coutume du Brabant, d'après laquelle les enfants d'un premier mariage sont les seuls héritiers de leurs parents au détriment des enfants nés d'un second mariage — en l'occurrence, Charles IIMaurice Gresset, Pierre Gresser, Jean-Marc Debard, Histoire de l'annexion de la Franche-Comté et du pays de Montbéliard, Le Coteau, Horvath, 1988, 344 pages, ..
Le Grand-pensionnaire Johan de Witt essaie de prévenir la guerre, en engageant Louis XIV à consentir à une transaction par laquelle il aurait le duché de Luxembourg, Cambrai, Douai, Aire, Saint-Omer, Bergues et Furnes, à condition qu'il renonce à toutes les prétentions que la reine pourrait former un jour sur la monarchie espagnole. Louis XIV n'ayant jamais voulu souscrire à cette condition, la guerre éclate en 1667.
Le contexte La menace espagnole En 1526, le traité de Madrid, en abolissant la vassalité de la Flandre, brisa le dernier lien qui attachait ce pays à la France. Charles Quint l'incorpora aux 17 provinces qui formèrent le cercle de Bourgogne, qui deviendront ensuite les Pays-Bas espagnols en 1549. En 1581, les Provinces-Unies proclament leur indépendance et seuls les Pays-Bas du Sud restent sous domination espagnole.
+ Les possessions espagnoles à la veille de la guerre En Europe Hors d'EuropeL'Espagne La moitié de l'Amérique avec les mines du Pérou et du MexiqueLes BaléaresLa NavarreLa Sicile Une partie de l'OcéanieLa SardaigneLe royaume de NaplesLe Milanais Colonies africainesLe Comté de BourgogneLes Pays-Bas
Le problème qui se pose alors au jeune Louis fait référence à la dangerosité de l'encerclement du pays français par les possessions espagnoles.
À l'est, la Franche-Comté fait de Dijon et de Langres des places frontalières ; au nord, la Flandre fait partie des Pays-Bas espagnols, à moins de 200 kilomètres de Paris. Les domaines alsaciens attribués au roi de France lors des traités de Westphalie n'ont pas de contact direct avec le territoire français : la Lorraine et la Franche-Comté les en séparent. Cependant, la paix de Vincennes (1661) a accordé aux troupes du roi de France des routes passant par la Lorraine, où existent d'importantes enclaves françaises liées à la possession des Trois-Évêchés (Metz, Toul et Verdun), leur permettant ainsi de rejoindre l'Alsace.
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Un climat politique favorable En 1667, le climat politique en Europe est plutôt favorable à la France. Une Espagne faible L'Espagne, engagée depuis dans la guerre de Restauration portugaise, y consacre la grande partie de son potentiel militaire. C'est pourquoi, la régente du trône espagnol Marie-Anne d'Autriche, veuve de Philippe IV, ne répondra pas à l'invitation de Louis XIV à reconnaître la conquête de la Flandre, au début de la guerre.
En Flandre d'ailleurs, les installations militaires ne sont pas organisées de manière cohérente : chaque grande ville est responsable d'elle-même et doit entretenir sa propre défense. Ainsi, les villes sont mal ou peu préparées à soutenir un siège. Cette mauvaise préparation donnera à la France un avantage certain.
Plus au sud, la France, qui avait abandonné le roi portugais de la maison de Bragance en signant le traité des Pyrénées, s'en rapproche. Le , Louis XIV conclut avec le roi Alphonse VI du Portugal une nouvelle alliance offensiveChristophe Koch, Maximilian Samson, Friedrich Schoell, Histoire abrégée des traités de paix entre les puissances de l'Europe depuis la paix de Westphalie, volume 2, Meline, Cans et , 1837, p. 1340. qui oblige alors la monarchie espagnole à mettre fin à la guerre d'Acclamation en reconnaissant l'indépendance du Portugal à Lisbonne le .
Une France forte La France n'est en guerre que contre l'Angleterre, aux côtés des Provinces-Unies. Contrairement à l'Espagne, la France est engagée dans un conflit naval, sollicitant par suite moins d'hommes que pour un conflit terrestre. « La Royale » n'y est d'ailleurs pas engagée à grande échelleR.G. van Kampen, Histoire des Pays-Bas, vol. 2, Hambourg, 1833, S. 208f..
Le seul adversaire potentiel de l'expansion française se présente en la personne de l'empereur Léopold . En effet, conformément aux accords d’Augsbourg de 1548 et en tant que membre du cercle de Bourgogne, les Pays-Bas espagnols sont sous la protection du Saint-Empire romain germanique, qui leur doit assistance en cas d'agression. Pour éliminer cette menace, la diplomatie française se lie avec la Ligue du Rhin, dont le but est le maintien des clauses du traité de Westphalie. Les princes allemands s'engagent ainsi à ne laisser passer dans leurs États aucune troupe destinée à attaquer la France dans les Pays-Bas espagnols ou en d'autres lieuxHeinz Schilling, Höfe und Allianzen – Deutschland 1648–1763, Berlin, 1998, S. 215f..
Les combats et batailles right|200px|thumb| Les préparatifs Les mois de mars et avril 1667 marquent le début des préparatifs militaires de Louis XIV. Le marquis de Castel-Rodrigo, gouverneur de la province flamande, alerte en vain Madrid.
Considérablement réduit à la suite du traité des Pyrénées, le contingent français ne compte que en 1665. Au printemps 1667, Louis XIV fait passer ce nombre à .
Sans attendre la fin de la guerre anglo-hollandaise, le « Grand-Roi » adresse le Traité des droits de la Reine Très-Chrétienne à Madrid le , dans lequel il réclame la cession du duché de Brabant, de la seigneurie de Malines, d'Anvers, de la Gueldre supérieure, de Namur, du Limbourg, avec les places d'outre-Meuse, du Hainault, de l'Artois, de Cambrai, du duché de Luxembourg, d'une partie de la Flandre et de toute la Franche-ComtéJules Roy, Turenne - Sa vie, les institutions militaires de son temps, Paris, 1896, .. Louis XIV ne songeait pas à en recueillir pour lui la totalité. Aussi, dès 1665, à la mort de Philippe IV, fit-il proposer à l’empereur Léopold , gendre comme lui du défunt, un traité de partage, qui fut signé en secret à Vienne dans la nuit du 19 au Yves Bottineau, Les Bourbons d'Espagne 1700-1808, Fayard, Paris, 1993, 451 pages, à 17..
Alors que le dossier évoquant le droit de dévolution à la reine parcourt son chemin jusqu'à Madrid, la Flandre voit arriver les troupes françaises et son roi, parti non pas en campagne mais en .
Une succession de sièges La campagne de Flandre En quatre jours ont pu être rassemblés entre Mézières et la mer. Ayant quitté Paris le Luc-Normand Tellier, Face aux Colbert : les Le Tellier, Vauban, Turgot et l'avènement du libéralisme, PUQ, 1987, 806 pages, ., l'armée principale forte de , marche sous la conduite du roi lui-même, accompagné du maréchal Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne. À leur gauche, le corps d'armée du maréchal Antoine d'Aumont de Rochebaron avance en longeant les côtes de la Manche. Un troisième corps, commandé par le lieutenant général François de Créquy, protège l'armée principale sur son flanc droit. Le , les trois corps passent à l'attaque et envahissent ensemble le territoire espagnolJules Roy, Turenne - Sa vie, les institutions militaires de son temps, Paris, 1896, .. Le fait d'y aller massivement avait pour but de garantir la supériorité numérique des Français, et d'empêcher l'ennemi de se concentrer sur une seule colonne.
Les Pays-Bas espagnols étant mal préparés à un état de siège, son gouverneur le marquis de Castel Rodrigo constitue une armée de campagne en réunissant une milice et les quelques troupes espagnoles qu'il commande.
La France, qui combat également sur un autre front ou plutôt sur un autre flot, celui de la mer du Nord, depuis le , veut maintenant s'en dégager afin de récupérer ses troupes pour les masser contre les Pays-Bas espagnols.
thumb|260px|left| Sur la terre ferme, les trois corps d'armée du roi sont prêts.
Le premier objectif est la forteresse de Charleroi, située au niveau de la Sambre, frontière naturelle délimitant le nord et le sud des possessions espagnoles. La petite armée du marquis de Castel-Rodrigo essaie d’opposer une résistance face au siège français, mais elle n’y arrive guère, surtout après que l'armée française eut détruit les fortifications protégeant la forteresse. Le maréchal de Turenne s’empare de Charleroi le . L’ingénieur principal Vauban est appelé, afin de décider l'ordre d’attaque des villes de Mons et de Namur, en fonction de leurs défenses. Cette décision prenant du temps, le premier corps d’armée campe une dizaine de jours à Charleroi. Finalement, l'Espagne ayant renforcé les forteresses de Mons et de Namur, Turenne contourne Mons et arrive aux portes de la ville d’Ath. Ses fortifications ne sont pas un problème pour les Français vu qu'ils les ont construites quand la ville faisait encore partie du royaume de France. Les Espagnols, surpris par la stratégie française, essaient tant bien que mal de se défendre, mais le , la ville est conquise.
L'objectif du maréchal de Turenne est dorénavant en plein centre de la Flandre : Lille. Mais la ville espagnole est défendue par les villes de Bruges, Gand, Bruxelles et Namur. Il se détourne donc vers Tournai. Louis XIV se présente devant Tournai le ; le jour suivant, la première tranchée s'ouvre. La ville se livre enfin le 25 et le château le 26. Puis l'armée principale se déplace le long de l’Escaut sur son flanc ouest et assiège avec succès Douai le .
Pendant ce temps, plus au nord, le corps d’armée du maréchal d'Aumont a avancé avec succès au sein de la Flandre, en prenant la ville de Bergues le et celle de Furnes six jours plus tard. Après cette réussite, d'Aumont ordonne l'attaque de Courtrai, qui sera enfin conquise le , quatre jours après la déclaration de guerre de l'EspagneFrançois Pernot, La Franche-Comté espagnole : à travers les archives de Simancas, une autre histoire des Franc-Comtois et de leurs relations avec l'Espagne de 1493 à 1678, Presses univ. Franche-Comté, 2003, 457 pages, .. Le corps d’armée de Turenne ayant rejoint celui d’Aumont, ils prennent ensemble la garnison espagnole d'Oudenaarde du 29 au , puis le fort de Scarpe et enfin la ville d'Armentières. right|150px|thumb|