La pointe du Raz ([]Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, éd. Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, p. 104., nom local en breton Beg ar Raz) est un promontoire rocheux constituant la partie la plus avancée vers l'ouest du cap Sizun, face à la mer d'Iroise, au sud-ouest du Finistère. Située à l'ouest de la commune de Plogoff, elle forme une « proue » d'une hauteur de soixante-douze mètres dominant le raz de Sein. C'est l'un des sites les plus emblématiques des côtes granitiques de la Bretagne, qui a été classé en 1987 et a obtenu en 2004 le label Grand Site de France.
Géographie Situation géographique thumb|left|Dans le détail le cap Sizun est formé de deux pointes rocheuses, la pointe du Van au nord, la pointe du Raz au sud, encadrant la baie des Trépassés. Ce site naturel classé forme la branche inférieure d'un trident rocheux fendant la mer d'Iroise à l'ouest du Finistère, avec ses trois pointes : la pointe Saint-Mathieu, la presqu'île de Crozon et la pointe du Raz. Il est situé à l'extrémité occidentale du cap Sizun..
Cadre géologique
vignette|redresse=1.5|Carte géologique du Massif armoricain. La pointe est située à l'une des extrémités occidentales du Massif armoricain. Elle correspond au prolongement occidental du domaine centre armoricain (synclinorium médio-armoricain) et du domaine sud armoricain (domaine hercynien)Figure 9 : Les divers domaines constitutifs de la zone sud armoricaine, tiré de Carine Cartier, « Structure de l’unité de Saint-Georges-sur-Loire et du domaine ligérien (Massif Armoricain). Implications géodynamiques pour la chaîne hercynienne », Géologie appliquée, Université d’Orléans, 2002, p. 24.. S'inscrivant dans le cadre géologique du cap Sizun, elle est située juste au sud du prolongement occidental du cisaillement sud-armoricain (CSA) qui constitue un « Y » horizontal dont la base du raz de Sein à Quimper se divise en deux grands accidents linéamentaires (branche nord s'étendant vers l'est en direction d'Angers, branche sud en direction de Nantes)..
C'est le CSA qui guide la mise en place de la ceinture des leucogranites en feuillets ou en lobes qui la jalonne, depuis la pointe jusqu'à Nantes. Sur le plan pétrographique, ce massif est ainsi constitué par un leucogranite à deux micas (biotite et muscovite) de grain très fin (millimétrique) dont le faciès varie selon la distance au cisaillement, sa nuance jaunâtre résultant de l'oxydation homogène de la surface du massif, sur plusieurs mètres voire sur plus d’une dizaine de mètres d’épaisseur. Source : Indication Géographique Granit de Bretagne.. . Cette roche plutonique présente une déformation très hétérogène qui se traduit notamment par un débit en lames de quelques décimètres d'épaisseur, très redressées et orientées est-ouest (orientation plus ou moins mylonitique), parallèlement au CSA. Les axes de structuration hercynienne (N 110 °E) s'expriment par les deux grands accidents linéamentaires et la morphologie actuelle de la pointe M. Barrière, L. Chauris, Y. Fouquet, A. Guilcher, J.-P. Lefort et A. Pelhate, Notice explicative de la feuille Pointe du Raz à 1/50 000, Éditions du BRGM, 1985, p. 10..
Climat
. En effet :
Les hivers sont doux et humides (voir le tableau climatique ci-dessous). Les étés sont secs et frais. La température moyenne du mois le plus chaud (ici août) y est inférieure à 22 °C. Le mois de juillet connaît une saison sèche (2T > P et P < 30 mm). L'écart entre les précipitations moyennes du mois le plus pluvieux et celles du mois le plus sec est supérieur à un facteur 3 (le facteur est de 3,007).
Lieu touristique Le peintre Eugène Boudin, un des mentors de l'impressionnisme, séjourne dès 1855 en Bretagne et y effectuera plus de . Il fait un long voyage entre Le Croisic et la pointe du Raz en passant par Pont-AvenNotice de Denise Delouche, in Les Noms qui ont fait l'histoire de Bretagne, 1997, . Au moins onze rues portent son nom en Bretagne..
thumb|center|600px|La pointe du Raz (rive sud) vue de la mer : la plate-forme sommitale qui surplombe de la mer d'Iroise, descend lentement vers l'océan et sa pointe extrême n'est plus qu'à au-dessus de la mer. vignette|center|600px|Pointe du Raz, au loin l'île de Sein. Géomorphosite du cap Sizun, il se caractérise par un versant (formé d'une pente sommitale ventilée, de segments de versants réglés recouverts de pierriers de pente, et d'une falaise sur lesquelles se développent des ceintures de végétation selon les degrés d'exposition au sel et au ventCeintures de lichens littoraux de l'étage supralittoral ; ceintures de végétations chasmo-halophiles ou chomo-halophiles (sous-alliances phytosociologiques de l‘Armerio maritimae-Asplenienion marini et du Crithmo maritimi-Limonienion binervosi) ; ceintures de pelouses aérohalines (sous-alliance du Sileno maritimae-Festucenion pruinosae) ; de pelouses écorchées, de pelouses rase, de landes sommitales menacées par le développement des ptéridaies, et de fourrés littoraux. .) qui relie parfois une surface sommitale (surface d'érosion comprenant des altérites caillouteuses et sableuses) à une surface basale (l'estran comprenant un platier rocheux).
thumb|upright=1.3|Tempête à la pointe du Raz.
Site naturel de notoriété internationale, il fait l'objet d'une importante fréquentation touristique (en 1990, un demi-million de visiteurs par an pour , 1 million aujourd'hui). Dans les années 1960, des aménagements tels que des commerces, des restaurants et des parkings sont conçus très rapidement sur la Pointe du Raz. Cette pression humaine, et notamment le surpiétinement qui conduit à la dégradation paysagère et écologique du site, a nécessité des mesures de protection environnementale dans le cadre d'une opération Grand site national, pour restaurer son couvert végétal composé principalement de bruyère, et d'une mise en valeur du territoire. Cinq hôtels se sont partagé la pointe simultanément. Ils sont détruits par l'armée allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Deux sont reconstruits sur le site inscrit en 1942 : l'hôtel de l'Iroise en 1952Hôtel tenu par Marie Le Coz, il a un côté symbolique et pittoresque qui a mobilisé de nombreux sympathisants pour éviter sa démolition. Cf. . et l'hôtel de l'Atlantique six ans plus tard. En 1958, les élus locaux décident de rationaliser le développement de baraquements commerciaux et votent la construction d'une cité commerciale qui sort de terre en 1962. Regroupant quatorze enseignes jouxtant le sémaphore, elle est organisée autour d'un parking payant l'été de deux hectares en forme de « piste d'aviation » et recouvert d'un bitume rouge, peut-être supposé évoquer la couleur des bruyères en fleursVoir Comparer une photo de la pointe du Raz en 1952 et aujourd'hui, sur le site de l'IGN.. Le programme gouvernemental « Cent mesures pour l'amélioration de l'environnement » en 1970, visant à restaurer la naturalité de la pointe, se heurte à la réticence des commerçants et au projet de centrale nucléaire de Plogoff qui remet en cause l'argumentaire pour la préservation du site. La pointe est un site classé le 21 décembre 1987 et est inscrite au programme de réhabilitation des grands sites nationaux dégradés. Les deux hôtels sont démolis en , et la cité commerciale en . Parallèlement, un nouveau centre commercial et deux parkings sont construits 800 mètres à l'est du sémaphoreL'ensemble est construit avec des matériaux de la région : toiture en ardoises, parements en pierre locale des bâtiments du centre, murets en pierre sèche qui dissimulent les parkings pour automobilistes et camping-caristes., dans la vallée de BestréeDoté d'une cale et d'un petit môle, le port-abri de Bestrée a été jusqu'au l'embarcadère pour l'île de Sein et pour la relève des gardiens des phares de la Vieille et d'Ar-Men. Un treuil pour remonter le poisson est installé par les pêcheurs locaux. Cf. ., pour être à peine visibles de la pointe, des chemins de randonnée sont aménagés, et à partir de 1995, des méthodes de restauration passives (mise en défens par monofil ou bifils) mais aussi actives (revégétalisation par reconquête spontanée, transplant de mottes, dépôt de broyats de lande fauchée, ensemencement hydraulique) sont mises en œuvre et font l'objet de suivis scientifiques réguliers par des chercheurs du SEPNB, en liaison avec le Conservatoire botanique national de Brest et le Conservatoire du littoral... La réhabilitation est menée en 1996-2000 dans le cadre d'un programme financé par l'État et des entreprises mécènes pour faire de ce lieu un Grand site de France. Cette gestion lui vaut l'obtention du label Grand Site de France en 2004, puis son renouvellement sur un périmètre étendu en 2012 (ensemble des espaces naturels côtiers, soit et 4 communes), suivi d'un second renouvellement le ( et 5 communes).. Le Syndicat mixte pour l'aménagement et la protection de la pointe du Raz et du Cap Sizun (rassemblant la communauté de communes Cap Sizun - Pointe du Raz, le Conservatoire du littoral et le conseil départemental du Finistère) assure la gestion du site. thumb|upright=1.3|Un des 59 sémaphores de surveillance des littoraux français. L'île de Sein, située à 8 km à l'ouest sur la chaussée de Sein, est séparée de la pointe du Raz par le raz de Sein dont les violents courants sont à l'origine de la . Deux phares automatisés sont établis sur des îlots de ce dernier : La Vieille et Tévennec. La statue de Notre-Dame des Naufragés, sculptée par Cyprian Godebski, et un sémaphore sont placés à l'extrémité du plateau sommital. De nombreuses légendes sont racontées depuis toujours par les habitants et étaient autrefois perpétuées par les guides locaux... thumb|upright=1.3|Notre-Dame des Naufragés, statue en marbre de Cyprian Godebski. L'Enfer de Plogoff, galerie creusée par la mer sous la pointe, est réputé pour être le lieu où le flot dépose les noyés. Il est ainsi décrit dans une revue touristique en 1907 : « ... gouffre en forme d'entonnoir où la mer s'engage et gronde avec de sourdes détonations jusqu'à la paroi abrupte où l'on voit, en se penchant, le jour et la mer de l'autre côté d'une fissure qui perce comme un tunnel la masse du cap. ».
« Trou de l’enfer » à la Pointe du Raz
Le Trou de l'Enfer est situé au nord de la Pointe du Raz, c’est une petite crique taillée dans la roche où se rejoignent, d’une part :
- Un tunnel traversant la Pointe du Raz, d’est en ouest d’environ 60m de long.
Un énorme rocher d’environ 2 mètres de diamètre situé au milieu ce tunnel bloque partiellement ce dernier. Il faut une petite échelle pour franchir ce rocher afin de rejoindre à la nage le trou de l’enfer jusqu'à l’extrémité de la Pointe du Raz.
- Une faille naturelle traverse en partie la Pointe du Raz du nord au sud, la mer passe ainsi de la baie de Douarnenez à la baie d’Audierne à partir du « Trou de l’enfer.
Plus au nord se trouvent d’énormes grottes dans lesquelles s’engouffre la mer sous la Pointe du Raz, l’accès se fait uniquement par la mer. Au nord comme au sud, d’immenses failles ont été sculptées par la mer. Jo Evenat (Plongeur sauveteur)
La beauté du site est renforcée par celle des côtes proches qui s'incurvent au nord le long d'une grande plage sableuse au fond de la baie des Trépassés, fermée par la pointe du Van au-delà de laquelle s'étend l'immense baie de Douarnenez fermée par le cap de la Chèvre. Vers le sud s'étend la baie d'Audierne.
Un espace commercial et un parking payant sont construits à une distance respectable, reliés au site par une navette de bus et des chevaux du centre équestre de Plogoff.
Un sentier européen de grande randonnée de , le sentier européen E5, relie la pointe du Raz à Venise. Le sentier de grande randonnée 34, qui longe toutes les côtes bretonnes depuis le mont Saint-Michel jusqu'à Saint-Nazaire, passe également par ce site. L'itinéraire touristique « Route du Vent Solaire ». va de la pointe du Raz à celle de Penmarch en longeant la baie d'Audierne.