Antoine Barnave est un homme politique français, né le à Grenoble et mort guillotiné le à ParisAntoine Barnave..
Il a joué un rôle important durant les premières années de la Révolution.
Député du Dauphiné aux états généraux, il devient un des principaux membres de l'Assemblée nationale constituante, où il siège d'abord à gauche, au sein du « triumvirat » Duport-Barnave-Lameth.
Mais, craignant la radicalisation de la révolution après la tentative de fuite de Louis XVI (), il se rapproche de la cour. Après la chute de Louis XVI (10 août 1792), il est incarcéré dès le en raison de la découverte d'une correspondance compromettante. Un an plus tard, après la victoire des montagnards sur les girondins (), il est déféré par la Convention devant le Tribunal révolutionnaire au début de la Terreur, condamné à mort le et exécuté le lendemain.
Biographie Origines familiales et formation thumb|left|Anonyme, Antoine Barnave, château de Versailles.
Issu d’une famille protestante de la haute bourgeoisie de Grenoble, Antoine Pierre Joseph Marie Barnave est le fils de Jean-Pierre Barnave, avocat auprès du parlement de Grenoble, et de Marie-Louise de Pré de Seigle de Presle.
Il a un frère cadet, mort en 1783.
Antoine Barnave fait des études de droit à l’université de Grenoble. Il obtient le diplôme de bachelier, puis de licencié en droit à l’université d'Orange (1780).
Carrière sous l'Ancien Régime En 1783, Barnave est choisi parmi les jeunes avocats pour prononcer le discours de clôture du parlement de Grenoble. Il se fait remarquer par son indépendance d’esprit en discourant sur .
Comme la plupart des représentants de la bourgeoisie, il souhaite qu’.
Prélude à la Révolution (1788) Lors de la journée des Tuiles (), Barnave rédige un libelle L'Esprit des édits, appelant à soutenir le parlement de Grenoble suspendu par le pouvoir royal. Il se rapproche alors d’un autre avocat de Grenoble, Jean-Joseph Mounier (1758-1806).
Barnave et Mounier demandent la réunion des députés des trois ordres du Dauphiné, qui a lieu le au château de Vizille. Une résolution de Mounier réclamant le rétablissement des parlements provinciaux et la convocation des états généraux est adoptée.
Dans une situation générale difficile, notamment pour des raisons financières, le , convoque les états généraux du royaume pour le mois de . C'est la première convocation depuis 1614, avec une innovation : dans chaque circonscription, le tiers état aura deux députés au lieu d'un seul.
Le , Mounier et Barnave sont élus représentants du tiers état à cette assemblée.
Débuts de la Révolution (5 mai - 6 octobre 1789) Des états généraux à l'Assemblée nationale constituante (5 mai - 9 juillet 1789) La première séance (plénière) des états généraux a lieu le à Versailles. Le roi refuse une revendication essentielle du tiers état : que les états généraux travaillent toujours en séance plénière et que le vote des résolutions ait lieu par tête (une voix par député) et non par ordre (une voix pour chaque ordre, à la suite d'un vote séparé).
Barnave joue rapidement un rôle important au sein de la députation du Dauphiné en appui de Mounier. Ils soutiennent le point de vue du parti patriote. Le , les députés du tiers état se déclarent « Assemblée nationale ». Mounier, en désaccord avec cette formulation radicale, est cependant un des responsables du serment du Jeu de paume du : ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France.
Après une période de flottement, des membres du clergé (notamment des curés) et de la noblesse se rallient au tiers état. Le , reconnaît l'assemblée du tiers état comme « Assemblée nationale constituante » et ordonne aux députés réticents de s'y joindre.
La crise de juillet 1789 (14 juillet - 5 août) et la déclaration des droits de l'homme (août) Le , Louis XVI renvoie le ministre des Finances Jacques Necker. Cet acte est interprété comme une marque d'hostilité à l'égard de l'Assemblée constituante, d'autant que des troupes ont été acheminées à Paris. Le , Paris se soulève : c'est la prise de la Bastille, la formation d'une milice bourgeoise (puis Garde nationale de Paris), l'installation d'une municipalité indépendante, la Commune de Paris. L'Assemblée constituante n'est plus menacée, mais elle devient dépendante de la situation à Paris.
Le a lieu l'assassinat par une foule parisienne de l’intendant général Foullon et de son gendre Berthier de Sauvigny, ce qui suscite des réactions à l'Assemblée. Le lendemain, Barnave monte à la tribune et réplique aux députés indignés par cet acte : , phrase passée à la postérité et à laquelle quelqu'un, dans l'assemblée, répliqua : , surnom qui va rester par la suite à Barnave.
C'est à ce moment que les chemins de Barnave et de Mounier se séparent. Ce dernier penche pour un compromis respectueux du pouvoir monarchique (en fait, il souhaite des réformes, mais n'est pas du tout révolutionnaire). Barnave s’éloignant alors de lui se rapproche d'Adrien Duport et des frères Charles et Alexandre de Lameth, un groupe d'action politique appelé « le triumvirat », siégeant à de l'assemblée. Mounier se rallie à un groupe modéré, les monarchiens.
La deuxième moitié de juillet est marquée par une extension de la révolution aux autres villes du royaume, puis aux campagnes, où la Grande Peur aboutit à un grand soulèvement anti-seigneurial.
Confrontée à une situation exceptionnelle, l'Assemblée constituante décide d'opérer une grande réforme sociale : c'est la nuit du 4 août, l'abolition de tous les privilèges (personnels, sociaux et locaux) et de tous les droits d'origine féodale (en revanche, les droits seigneuriaux sont maintenus).
En , l'assemblée se consacre surtout à l'élaboration de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (préambule de la constitution à venir), qui est votée le . Mais Louis XVI refuse de promulguer cette déclaration, ainsi que les décrets du .
La crise de l'automne (26 août 1789-6 octobre 1789) Barnave est un des rares orateurs à rivaliser avec Mirabeau. Il acquiert par son éloquence un peu froide et son ardent amour pour la liberté une influence et une popularité importantes.
Le mois de septembre est marqué par ce conflit, qui se résout au début d'octobre par deux journées révolutionnaires : les 5 et 6 octobre, une manifestation de Parisiennes à Versailles, suivies de militants révolutionnaires, puis de la Garde nationale, oblige Louis XVI à lever son veto. Il est aussi décidé que le roi revienne à Paris, où il sera hébergé au palais des Tuileries, sous la protection et la surveillance de la Garde nationale (commandée par La Fayette).
Barnave obtient gain de cause contre Mounier : l'Assemblée accorde au roi un veto suspensif, alors que les monarchiens sont partisans du veto absolu. Les monarchiens sont effondrés. Rentré en Dauphiné, Mounier donne sa démission le , puis émigre en .
L'Assemblée constituante d'octobre 1789 à la fuite du roi (juin 1791) Le triumvirat Duport, Barnave et Alexandre de Lameth participe à la création de la Société des Amis de la Constitution et de la Liberté, connue sous le nom de Club des jacobins. Ils intriguent afin d’écarter Mirabeau et La Fayette du pouvoir, craignant qu’ils ne confisquent l’un comme l’autre la Révolution à leur profit.
En , un conflit ponctuel oppose l’Espagne et l’Angleterre, ce qui pose le problème du pacte de famille franco-espagnol et donc des pouvoirs du Roi en matière de déclaration de guerre. Cette question oppose vivement Barnave à Mirabeau et l’Assemblée vote finalement une motion de compromis : .
thumb|Buste d'Antoine Barnave par Jean-Antoine Houdon, (musée de Grenoble).
Le , Barnave est élu maire de Grenoble. Il accepte dans un premier temps, mais se désiste quelques mois plus tard, invoquant les contraintes de son mandat. Il accède à la présidence de l’Assemblée constituante le pour une durée de quinze jours. Sa popularité atteint son apogée.
Cependant, Barnave et ses amis, partisans du suffrage censitaire, défendent le droit de propriété. Ils se sentent dépassés par une gauche démocrate et égalitaire. Barnave est attaqué par Brissot, membre fondateur de la Société des Amis des Noirs, qui lui reproche dans son journal Le Patriote français ses prises de positions coloniales conservatrices sur le statut des « gens de couleurs ». En , Brissot publie même en ce sens une brochure intitulée Lettre ouverte à M. Barnave. Car le député du Dauphinois suivait le Club Massiac, dont faisaient également partie les frères Alexandre et Charles Lameth. Ainsi, au cours de débats à l'assemblée constituante, Barnave s'exclama : . Cette position ternit sa popularité auprès de nombreux patriotes, et figure dans l'acte d'accusation qui l'envoie à l'échafaud en sous la TerreurJean-Jacques Chevallier, Barnave ou les deux faces de la Révolution, Presses Universitaires de Grenoble, 1979.. Il ne réussit dans un premier temps à empêcher le vote d'un décret qui accordait l'égalité des Blancs avec une partie des hommes de couleur libres (les propriétaires citoyens actifs et non les affranchis) le . Mais le , dans un nouveau contexte de régression feuillante, il parvient à faire abroger le décret, rompant complètement avec les jacobins qui le radient du club le lendemain. Le vote du sera au contraire accueilli avec satisfaction par Marie-AntoinetteJacques Thibau, Le temps de Saint-Domingue, l'esclavage et la révolution française, Paris Jean-Claude Lattès, 1989 ; Jean-Daniel Piquet, L'émancipation de Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, ..
thumb|Carte d’entrée à la salle du Manège signée par Barnave.|gauche
En , Barnave, qui se représente à la présidence de l’Assemblée, est battu par Charles Antoine Chasset. Le triumvirat, attaqué sur sa droite par Mirabeau, est de plus en plus déconsidéré au Club des jacobins, malgré leurs positions communes lors de l’affaire du serment à la Constitution civile du clergé ou celle de l’émigration des tantes du roi ( Adélaïde et Victoire). La motion Barnave écarte ainsi de l’Assemblée tous les ecclésiastiques refusant de prêter serment au maintien de la Constitution civile (). Mais on reprochait à Barnave de s'être battu en duel en pour régler un différend, et de sacrifier ainsi à des pratiques d'Ancien RégimeJean-Jacques Chevallier, Barnave ou les deux faces de la Révolution, Presses universitaires de Grenoble, 1979.. À l’occasion de la tentative de fuite de Adélaïde et Victoire, Barnave dépose un amendement pour interdire à tout membre de la famille royale de s’éloigner de Paris.
vignette|Discussion sur les hommes de couleur, estampe satirique de 1791 représentant les débats à l'Assemblée sur le statut des Libres de couleurs. Barnave (au centre, sous le chiffre 2) est accusé d'être corrompu par les membres du parti colonial. Après la mort de Mirabeau, la Cour cherche de nouveaux alliés, notamment auprès du triumvirat. Barnave et ses amis fondent le un nouveau journal, le Logographe, qui affiche sa confiance dans une monarchie limitée. Barnave et Lameth sont attaqués par Robespierre et les anti-esclavagistes sur la question des droits de gens de couleur qui revient en discussion, puis Robespierre obtient, contre l’intervention de Duport, un vote de l’Assemblée sur la non-rééligibilité de ses membres. Le triumvirat contrôle toujours au Club des jacobins le fameux Comité des correspondances, lien essentiel avec les sociétés provinciales affiliées, mais l’extrême gauche, très minoritaire à l’Assemblée, progresse dans les clubs (Clubs des jacobins et des cordeliers).
La tentative de fuite du Roi et ses conséquences vignette|Caricature de Barnave en politicien jouant double jeu.
Lors de sa tentative de fuite (21 et ) vers Montmédy, Louis XVI est arrêté à Varennes.
Barnave est envoyé par l’Assemblée, en compagnie de Pétion et de Latour-Maubourg, pour ramener la famille royale à Paris. Les trois députés rejoignent la berline royale au lieu-dit du Chêne fendu, sur la commune de Boursault.