L'occupation japonaise de la Corée (en coréen hangeul: 일제강점기 ; en coréen hanja : 日帝強占期 ; en romanisation révisée du coréen : Ilje gangjeomgi, "époque de l'occupation de l'empire du Japon"; en japonais : 日本統治時代の朝鮮 ; en rōmaji : Nihon tōchi jidai no Chōsen "Corée de l'époque de la domination japonaise") est un épisode de l'histoire de la Corée durant lequel la Corée est annexée et occupée par l'empire du Japon.
À la fin du , au terme de la période Joseon, la Corée, longtemps isolée, devient l'objet de rivalités impérialistes. Le Japon, après avoir modernisé ses institutions à l'ère Meiji, cherche à étendre son influence. La victoire du Japon contre la Chine impériale en 1895 puis contre la Russie tsariste en 1905 confirme sa puissance en Asie de l'Est. En 1905, par le traité d'Eulsa, imposé sous la contrainte, l'Empire coréen, proclamé en 1897, devient un protectorat japonais. Finalement, en 1910, l'annexion complète de la Corée est formalisée par le traité d'annexion, marqué par la suppression du gouvernement coréen et le début d'une occupation coloniale.
Le Japon impose une administration militaire rigide. Les premiers gouverneurs généraux (comme Terauchi Masatake) gouvernent avec autorité : liberté de presse, de réunion et d'expression sont sévèrement restreintes. Dans les années 1930, une politique d'assimilation forcée s'intensifie : les Coréens sont poussés à adopter des noms japonais (Sōshi-kaimei), à parler uniquement japonais dans les écoles et dans la vie publique, et à participer aux rites shintoïstes. Le but est d'effacer l'identité coréenne pour intégrer la péninsule dans l'Empire japonais.
L'occupation transforme radicalement l'économie coréenne au profit du Japon. Les terres agricoles sont souvent confisquées et redistribuées à des colons japonais ou exploitées pour alimenter l'économie impériale. Les Coréens, majoritairement paysans, deviennent de simples métayers fortement taxés. Le Japon développe aussi l'industrie lourde en Corée, particulièrement dans le nord, en utilisant une main-d'œuvre coréenne bon marché. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'exploitation devient plus brutale : mobilisation forcée pour le travail dans les usines japonaises et dans l'armée japonaise de Corée et enrôlement de jeunes filles coréennes comme pour l'armée impériale japonaise.
Malgré la répression, des mouvements de résistance voient le jour. Le plus célèbre est le Mouvement du 1er Mars en 1919, où des millions de Coréens manifestent pacifiquement pour l'indépendance ; il est violemment réprimé par l'armée japonaise, avec des milliers de morts. Ce mouvement donne naissance au gouvernement provisoire de la république de Corée, établi en exil à Shanghai. Par la suite, de nombreux groupes, y compris des guérillas communistes et nationalistes, poursuivent la lutte contre l'occupant, parfois en coordination avec les forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale.
La capitulation du Japon en met fin à l'occupation de la Corée. Cependant, la libération est suivie d'une division de la péninsule par les forces soviétiques au nord et américaines au sud, prélude à la guerre de Corée. L'occupation japonaise laisse une empreinte profonde : traumatisme culturel, rancune envers le Japon, débats sur les compensations, mais aussi des traces dans l’infrastructure industrielle et les systèmes administratifs. Aujourd'hui encore, les relations tant de la Corée du Sud et de la Corée du Nord avec le Japon restent marquées par cette période douloureuse. Le traité de San Francisco en 1952 ainsi que le traité nippo-sud-coréen de 1965 ont acté la fin des prétentions japonaises sur la Corée.
Politique coloniale japonaise vignette|La Corée en tant que province de l'empire du Japon.
La colonisation de l'Empire coréen, considéré pauvre et archaïque, divisait au Japon. Le clan Chōshu l'avait soutenu, et c'est un de ses membres, Hirobumi Itō (1841-1909), qui y est nommé Résident général en 1906. Après l'assassinat de Hirobumi par le résistant coréen An Jung-geun le , c'est le général Terauchi, ministre de la Guerre depuis 1902, qui prend en main l'administration du pays et qui fait signer à celui-ci le traité d'annexion d' à l'Empereur Sunjong, à la grande satisfaction du gouvernement japonais.
La politique japonaise de colonisation de la Corée comprend divers volets : propagation de l'éducation élémentaire, développement de l'économie mal organisée, promotion de la culture japonaise en réservant la culture coréenne.
Ces mesures suscitent dès 1905 (et même avant, car c'est un mouvement allant croissant) l'hostilité des Coréens, et donnent lieu à toutes sortes de manifestations. Ces manifestations entraînent une présence militaire croissante, provoquant des attentats en réponse, eux-mêmes suivis par de fortes répressions.
Découpage administratif coréen durant l'occupation
Après l'annexion par le Japon, celle ci garda les provinces déjà existantes qu'avait établi l'ancien empire coréen et n'adopte pas le principe de préfecture alors en place sur l'archipel japonais. La Corée était constituée en 13 province :
Province de Keiki Province de Kōgen Province de Chūseihoku Province de Chūseinan Province de Zenrahoku Province de Zenranan Province de Keishōhoku Province de Keishōnan Province de Heiannan Province de Heianhoku Province de Kōkai Province de Kankyōnan Province de Kankyōhoku
Exploitation économique vignette|Le quartier japonais d'Incheon en 1906.
La domination japonaise méprisa la majeure partie de la population coréenne pour plusieurs raisons, la principale étant que les Japonais n'avaient pas préparé cette annexion, qu'ils estiment dès le départ trop coûteuse, et qu'ils cherchent à rentabiliser en modernisant un pays archaïque. De plus, le capitalisme japonais, au début du , n'est pas assez puissant pour permettre le développement économique des colonies.
Déjà commencée à la fin du , elle prend de plus en plus d'ampleur après la mise en place du protectorat : création de la Compagnie de développement oriental (東洋拓殖株式會社, Tōyō Takushoku Kabushiki Kaisha) en 1908 ; création de la Banque de Chosen, banque coloniale de Corée, en 1909, avec imposition d'une monnaie unique, le yen coréen, en 1910 ; délocalisation des zaibatsus dans les années 1930, afin d'industrialiser la Corée, puis de produire des armes au plus près du front chinois après 1937.
Outre l’exploitation économique, le Japon impérial a effectué des recherches sur les tombes royales du Koguryŏ, datant des premiers siècles de l'ère chrétienne, ce qui a été considéré par les Coréens comme un pillage du pays.
Système financier Le Japon possède une influence financière sur la péninsule coréenne dès 1878 avec l'installation de la Banque (Dai-Ichi Ginkō, 第一銀行), de Shibusawa Eiichi, dans le but de développer le commerce nippo-coréen et l'influence japonaise sur la péninsule. La banque se contentant à ses débuts d'opérations commerciales, devient une intendance pour les troupes japonaises lors de la première guerre sino-japonaise de 1894-1895. Cela se traduit financièrement par un afflux de yen en Corée.
La Corée, à ce moment, possède plusieurs systèmes de monnaies et fait face à de nombreuses difficultés. Ainsi, en 1902, la Corée décide d'émettre sa propre monnaie or, mais au même moment, la Banque obtient l'autorisation du gouvernement Coréen d'émettre ses propres billets , adossés au yen or, qui deviendra la monnaie officielle lors de l'annexion officielle en 1910. Il faut attendre 1920 pour que toutes les autres monnaies ne soient plus en circulation.
En 1909 est créée la Banque centrale et coloniale coréenne (Banque de Chosen), qui reprend les actifs de la Banque . Pour ce faire, elle doit avancer d'importantes sommes pour absorber les différentes monnaies et se lancer dans un marché intérieur difficile. Pour pallier ces difficultés intérieures, elle décide de se développer en Mandchourie et à la fin des années 1910, les activités de la banque centrale sont minoritaires sur la péninsule.
Agriculture En 1905, la Corée était à peine autosuffisante. Le recensement dynastique de 1906 donne environ 6 millions d'habitants, mais ce chiffre était connu pour être notoirement sous-évalué, car il servait de base à l'imposition. Le recensement japonais trouve lui 12 millions d'habitants. La population est en augmentation rapide : dès 1910, elle atteint 14 millions d'habitants. Il faut donc que le colonisateur trouve de quoi nourrir tous ces nouveaux venus avant d'espérer importer chez lui des denrées nouvelles. Les paysans coréens sont massivement expropriés, et deviennent métayers à 77 % ; 25 % de la surface agricole utilisée est directement aux mains des Japonais. Des cultures d'hiver sont introduites, et permettent d'obtenir une double récolte. C'est ainsi qu'avec une SAU de 4,5 millions d'hectares par an au début du siècle, la Corée passe à 6 millions d'hectares cultivés à la veille de la guerre. La culture du riz est généralisée, pour son meilleur rendement calorifique, et les récoltes sont destinées en priorité vers la métropole : 40 % en 1938. La ration de riz des Coréens passe de par an et par personne à pendant la colonisation japonaise ; même si cette baisse est en partie compensée par de nouvelles cultures (maïs, millet), la malnutrition est patente.
Celle-ci, jointe aux expropriations, à la modernisation de l'agriculture et à l'augmentation de la population coréenne, provoque une forte baisse de la population agricole et un exode rural ; de 90 % en 1905, la proportion d'agriculteurs passe à 75 % en 1938. L'exode rural et l'augmentation de la population (qui passe de 14 millions en 1910 à 25 millions en 1944) fournit aux usines japonaises une main-d'œuvre abondante. Une partie de celle-ci est partie au Japon dans les années 1920, une autre étant déportée pour travailler soit dans les usines, soit comme domestiques, au moment de la Seconde Guerre mondiale.
Infrastructures et industries
C'est d'abord dans le domaine des infrastructures que l'effort japonais s'est fait le plus important : de routes et de chemin de fer sont construits en un tiers de siècle, dans un pays montagneux, avec tous les ouvrages d'art que cela suppose, et cela avant tout pour permettre le transport rapide de troupe. Cependant, la création de ces chemins de fer n'est pas simple, réunir les fonds et les entrepreneurs nécessaires prend du temps, et le Japon dut notamment s'endetter auprès des États Européens pour la conception du chemin de fer liant Séoul et Busan au début des années 1900. Les chemins de fer japonais sont nationalisés en 1906, et les lignes de Corée sont rachetées et l'armée japonaise en prend le contrôle : les chemins de fer de Corée sont d'une importance stratégique dans le cadre d'un conflit avec la Russie ou la Chine.
Le sous-sol coréen est riche en minerais. L'activité minière est un des secteurs les plus en vue, mais elle nécessite de mobiliser des capitaux importants. La prise de risque y est traditionnellement importante et, malgré l'aménagement du chemin de fer, les transports intérieurs restaient rudimentaires et donc coûteux.
De manière assez exceptionnelle, la colonisation japonaise a quasi immédiatement développé un volet pour l'industrie lourde de transformation, la sidérurgie. Le groupe Mitsubishi aménagea ainsi une aciérie près de sa mine de fer à Kyumipo, produisant du sulfate d'ammoniac dès 1917, de la fonte dès 1918 et de l'acier dès 1919 . Ces débuts en fanfare furent douchés par la baisse des cours de l'industrie lourde dès 1919, puis l'éclatement en 1920 de la bulle spéculative touchant l'économie de manière plus générale.