, né le , est un homme d'État japonais.
Longtemps dirigeant du Parti démocrate du Japon (PDJ), il est le Premier ministre du Japon du au .
Il est élu à la Chambre des représentants du Japon de à , pour le électoral de Hokkaidō de à ; avant cela, il est l'un des représentants de l'ancien de cette île.
Le PDJ ayant remporté une victoire historique aux élections législatives du , en obtenant à lui seul 308 députés sur 480, Yukio Hatoyama est nommé Premier ministre le suivant.. Il forme ensuite un gouvernement de coalition avec le Parti social-démocrate et le Nouveau parti du peuple, deux petites formations centristes également membres jusque-là de l'opposition « », Mainichi, 22/08/2009. Il est alors le premier représentant de l'île d'Hokkaidō à devenir le chef du gouvernement nippon.
Rapidement devenu impopulaire à la suite d'un scandale financier touchant certains de ses collaborateurs et de l'abandon de certaines promesses de campagne, il annonce sa démission le , après huit mois passés au pouvoir et cinq semaines avant le renouvellement de la Chambre des conseillers. Il reste toutefois en place jusqu'à l'élection de Naoto Kan quelques jours plus tard pour lui succéder à la tête du PDJ, puis du gouvernement.
Origines, formation et carrière professionnelle thumb|left|Le Premier ministre Ichirō Hatoyama et ses deux petits-fils, de gauche à droite : Yukio et Kunio Hatoyama.
Membre d'une grande dynastie politique
Né dans l'arrondissement de Bunkyō à Tokyo, Hatoyama est le fils de Iichirō Hatoyama qui fut ministre des Affaires étrangères de Takeo Fukuda (1976-1977), le petit-fils de Ichirō Hatoyama, ancien Premier ministre japonais (1954-1956) et fondateur du Parti libéral-démocrate (PLD), et l'arrière-petit-fils de l'ancien samouraï Kazuo Hatoyama qui fut président de la Chambre des représentants de 1896 à 1897.
Il est également le frère aîné de Kunio Hatoyama, qui est aussi engagé dans la politique japonaise mais au sein du PLD et qui fut ministre de la Justice des gouvernements Abe puis Fukuda de 2007 à 2008 ainsi que ministre des Affaires intérieures et des Communications dans le gouvernement Asō de à .
De plus, son grand-père maternel est Shōjirō Ishibashi, le fondateur du fabricant de pneus Bridgestone. Grâce à cette ascendance, Yukio Hatoyama fait partie des plus grosses fortunes de la Diète du Japon, avec un patrimoine qui s'élèverait en à 1,65 milliard de yens (soit environ 13,8 millions d'euros) « Yukio Hatoyama DPJ », Japan Visitor Blog, 21/07/2009..
L'importance de la famille Hatoyama dans la vie politique japonaise depuis les années 1940, sa richesse et la carrière quasiment simultanée des deux frères Yukio et Kunio ont valu à ces derniers d'être régulièrement comparés aux Kennedy « New Japan opposition Chief Hatoyama dreams of a “Country full of Love” », Asian Gazette, 17/05/2009..
Une éducation soignée
Il fait, comme son frère et la plupart des membres de sa famille, l'essentiel de sa scolarité, du primaire au collège, au sein de la Compagnie scolaire Gakushūin, institution privée connue pour être essentiellement réservée aux enfants de l'aristocratie japonaise. Il fait ensuite des études scientifiques brillantes, étant licencié en ingénierie de l'université de Tokyo, la plus importante et la mieux notée du Japon, en 1969, puis recevant son PhD en recherche opérationnelle de l'université Stanford (Californie) en 1976, avec une thèse portant sur la propriété de Markov appliquée à la maintenance des machines et intitulée Markov Maintenance Models with Repair (en français : Modèles de maintenance de Markov avec repère) Présentation de la thèse de Yukio Hatoyama, Markov Maintenance Models with Repair, 1976, sur le site du Defense Technical Information Center OAI, préparée sous la direction de Gerald J. Lieberman M. Hlynka, « NEWS FLASH! New Prime Minister of Japan Yukio Hatoyama is a queueing theorist! (See August 30, 2009 entry below.) », Myron Hlynka's Queueing Theory Page, Université de Windsor, Canada, 2009.
Vie personnelle Comme son grand-père, Hatoyama est chrétien baptiste.
Il a épousé en 1975 Who's who in Asian and Australasian politics, vol. 1, 1991, p. 103, ancienne danseuse de la revue Takarazuka connue durant sa carrière sous le nom de scène de et qu'il a rencontrée pendant ses études en Californie où elle résidait à l'époque avec son premier mari.. Désormais critique culinaire et auteur de livres portant sur les arts domestiques (cuisine, décoration, notamment) sous le nom de , elle est une habituée des émissions et magazines portant sur ces sujets.
Leur fils, , né en Californie pendant les études de son père en 1976, est diplômé en génie urbain de l'université de Tokyo, spécialisé dans les transports urbains et notamment la circulation routière, et est professeur invité à l'université d'État de Moscou Kyodo News, « Hatoyama's son in spotlight in Russia », Japan Today, 13 septembre 2009 Kyodo News, « Hatoyama's eldest son, Kiichiro, in demand as potential heir apparent », Japan Times, 13 septembre 2009 de 2008 à 2011, puis lecteur à l'université de Tokyo de 2011 à 2017 et finalement professeur associé à l'université technique de Nagaoka depuis 2017. Il a donné à Yukio et Miyuki Hatoyama deux petits-enfants, une fille et un fils, ce dernier étant né dans la capitale russe.
En 1996, à la veille d'élections législatives, une partie de la presse accuse Yukio Hatoyama d'entretenir depuis dix ans une relation extra-conjugale avec une femme à Muroran. Toutefois, son épouse le soutient, estimant avoir une part de responsabilité dans son adultère pour l'avoir laissé trop seul et coupant court ainsi à un éventuel scandale M. Itoh, The Hatoyama dynasty : Japanese political leadership through the generations, éd. Palgrave Macmillan, 2003, ..
Ses passions et loisirs incluent le touch football, ayant découvert le football américain à StanfordAFP, « Yukio Hatoyama, un héritier flegmatique », Le Matin, 16 septembre 2009 et étant président de l'Association japonaise de touch football, le tennis, regarder le baseball à la télévision (sport qu'il a également pratiqué, comme beaucoup de Japonais, avant son départ pour les États-Unis, c'est un supporter de l'équipe américaine des Pirates de Pittsburgh AP, « Hatoyama throws pitch for Pirates game », ESPN, 25 septembre 2009), l'informatique et écouter de la musique, essentiellement classiqueA. Vaulerin et M. Temman, « Yukio Hatoyama, attention chantiers », Libération, 17 septembre 2009. Il a d'ailleurs enregistré, alors qu'il est tout jeune député à l'été 1987, une chanson intitulée , et diffusée à seulement 100 exemplaires de disques vinyles, non commercialisés mais distribués gratuitement à des partisans à Hokkaidō. Une fois devenu Premier ministre, la chanson refait surface et est commercialisée par la maison de disques Teichiku Entertainment à compter du sous format CD cette fois H. Borland, « Singing Japanese PM Set To Top Music Charts », Sky News, 2 novembre 2009. C'est également un amateur de drama, citant Takako Tokiwa ou Miho Nakayama comme ses actrices préférées, ainsi que de la culture populaire sud-coréenneAssociation d'amitié franco-coréenne, « Yukio Hatoyama, un Premier ministre japonais ouvert sur la Corée », blog de l'Association d'amitié franco-coréenne, 29 novembre 2009.
Comme son grand-père, il est de religion chrétienne, plus précisément protestante baptiste.. Il est le huitième Premier ministre japonais chrétien S. Carrcer, « Taro Aso, un cattolico in corsa per la guida del Giappone », Il Sole 24 Ore, 19 septembre 2004 et le troisième protestant.
Son apparence physique (notamment son visage et ses yeux) autant que son excentricité, son idéalisme et ses discours souvent atypiques (avec par exemple l'emploi fréquent du terme « amour ») lui ont valu le surnom d'« E.T. » ou d'. Il s'en est d'ailleurs servi par la suite dans sa stratégie de communication politique, faisant commercialiser par le PDJ durant son premier passage à la présidence du parti des figurines le représentant sous la forme d'un extra-terrestre aux yeux globuleux SAPA et AFP, « Japan's Hatoyama, the 'alien' promoting a kinder society », Mail & Guadian, 19 août 2009. En 2000, dans son ouvrage Y. Hatoyama, 「成長の限界」に学ぶ (Apprendre des "limites de la croissance"), éd. Shōgakukan, Tokyo, 2000, 125 p., il dit apprécier son surnom, estimant que
Un universitaire engagé assez tardivement en politique Contrairement à son frère cadet, qui se fait élire à la Chambre des représentants à 28 ans en 1976, Yukio Hatoyama ne s'engage pas tout de suite dans le combat politique. Il devient en effet universitaire, exerçant successivement comme chercheur assistant au sein du département des sciences de gestion de l' de 1976 à 1981 puis professeur associé à la faculté de gestion de l'université Senshū de 1981 à 1983. Ses travaux continuent de porter sur la recherche opérationnelle et l'optimisation appliquée notamment au génie industriel et au commerce, et en particulier la propriété de Markov et la théorie des files d'attente.
Les publications scientifiques de Yukio Hatoyama incluent alors Bibliographie de Yukio Hatoyama, site du CiNii : (en français : « Modèles de maintenance de Markov avec contrôle des files d'attente »), Journal of the Operations Research Society of Japan, (3), éd. The Operations Research Society of Japan , 09/1977, . - (en français : « Sur les politiques d'optimisation pour les modèles de maintenance de Markov multi-repères »), Journal of the Operations Research Society of Japan, (2), éd. The Operations Research Society of Japan , 06/1979, éd. The Operations Research Society of Japan , 06/1979, . - (en français : « Un problème de remplacement avec la reprise »), Journal of the Operations Research Society of Japan, (3), éd. The Operations Research Society of Japan , 09/1980, , .
Il met un terme à sa carrière universitaire en 1983 pour devenir le secrétaire particulier de son père à la Chambre des conseillers, faisant un premier pas vers le monde politique.
Carrière politique Débuts au PLD Il se lance finalement en politique avec comme objectif affiché l'idée de réformer le Japon en utilisant les techniques de la recherche opérationnelle , The Mainichi Daily News, 5 septembre 2009, ce qu'il appelle alors la . Il se présente pour la première fois à la Chambre des représentants sous les couleurs du Parti libéral-démocrate lors des élections de 1986, en étant « parachuté » dans l'ancien électoral de Hokkaidō (à savoir les sous-préfectures de Sorachi, Iburi et Hidaka), et tente de mener une campagne reprenant sa vision rationnelle de la politique, comme en témoigne son slogan : . Il bénéficie du désistement en sa faveur de l'un des titulaires de la circonscription, le député sortant Saburō Saegusa qui est un ami de son père, du prestige toujours fort du nom Hatoyama dans la région remontant à la possession par la famille entre 1894 et 1946 d'une importante propriété dans le bourg de Kuriyama et du soutien de l'une des plus puissantes et des plus anciennes factions internes du parti, le plus connu sous le nom de « faction Tanaka » car dominé par l'ancien Premier ministre et figure majeure de la vie politique japonaise dans les années 1970 et 1980 Kakuei Tanaka. Pour favoriser son implantation, sa mère, héritière de la famille Ishibashi, lui achète un immeuble de trois niveaux dans le port industriel de Muroran, principale agglomération de la circonscription. Hatoyama est alors élu en deuxième position sur les cinq dont dispose le district au vote unique non transférable, obtenant et 16,1 % des suffrages exprimés , sur le site ..