L'Antarctique (prononcé , ou aussi ), parfois appelé « le Continent Austral » ou « le Continent Blanc », est le continent le plus méridional de la Terre. Situé autour du pôle Sud, il est entouré des mers de Ross et de Weddell et, suivant les classifications, des océans Atlantique, Indien et Pacifique ou du seul océan Austral. Il forme le cœur de la région antarctique qui inclut également les parties émergées du plateau des Kerguelen ainsi que d'autres territoires insulaires de la plaque antarctique plus ou moins proches. L'ensemble de ces territoires, qui partagent des caractéristiques écologiques communes, constitue l'écozone antarctique.

Avec une superficie de de kilomètres carrés, l'Antarctique est plus petit que l'Asie, l'Afrique ou l'Amérique ; seules l'Europe et l'Océanie sont plus petites que lui. Quelque 98 % de sa surface sont recouverts d'une couche de glace d'une épaisseur moyenne de . C'est pourquoi la morphologie du sous-sol antarctique reste encore peu connue voire inconnue, alors que petit à petit se dévoile la présence de lacs subglaciaires et de chaînes de montagnes comme celle de Gamburtsev. Cette épaisseur de glace fait de l’Antarctique le continent dont l'altitude moyenne est la plus élevée.

L'Antarctique est le continent dont le climat est le plus froid, le plus sec et le plus venteux. Puisqu'il n'y tombe que peu de précipitations, excepté sur ses parties côtières où elles sont de l'ordre de , l'intérieur du continent constitue le plus grand désert du monde. À part les bases scientifiques, il n'y a pas d'habitat humain permanent et l'Antarctique n'a pas de population autochtone connue. Seuls des plantes et des animaux adaptés au froid, au manque de lumière et à l'aridité y vivent, comme des manchots, des phoques, des poissons, des crustacés, des mousses, des lichens et de nombreux types d'algues.

Le nom « Antarctique » vient du grec , qui signifie « opposé à l'Arctique ». Bien que des mythes et des spéculations concernant une Terra Australis (« Terre Australe ») remontent à l'Antiquité, le continent n'est aperçu pour la première fois – de façon attestée – qu'en 1819 par le navigateur britannique William Smith. Cette découverte suscita un vif intérêt de la part des chasseurs de phoques européens et américains qui affluèrent sur les côtes antarctiques dans les années qui suivirent et s'employèrent à décimer une population de plusieurs millions d'individusLes espèces de phoques qui vivent en Antarctique sont l'éléphant de mer du sud (Mirounga leonina), le phoque de Ross (Ommatophoca rossii), le phoque de Weddell (Leptonychotes weddellii), le léopard des mers (Hydrurga leptonyx), le phoque crabier (Lobodon carciniphaga) et les otaries (Arctocephalus sp.). au point de parvenir pratiquement à son extinction en 1830. De 1895 à 1922, de nombreuses expéditions sont menées par les Européens, Américains, Australiens et Japonais afin de parvenir au pôle Sud.

À la suite du traité sur l'Antarctique, signé en 1959 par douze États et suivi en 1991 par le protocole de Madrid, l'ensemble des territoires situés au sud du parallèle sud acquiert un statut particulier : les activités militaires y sont interdites ainsi que l'exploitation des ressources minérales sauf celles qui sont menées à des fins scientifiques. Les signataires accordent la priorité aux activités de recherche scientifique. Les expériences en cours sont effectuées par plus de de diverses nationalités et ayant des intérêts différents. Considéré comme une réserve naturelle, le continent est protégé par la Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) et divers accords internationaux sur la protection de la biodiversité et sur la restriction du tourisme. Modeste ressource jusque dans les années 1980, le tourisme attire de plus en plus de visiteurs : en 2000, en 2010, en 2019 soit plus de touristes que de scientifiques présents. La majorité des touristes se concentre durant l'été à proximité de la péninsule Antarctique.

Conjecture liée à la forme de la Terre vignette|Carte du monde d'après Ptolémée.

L'histoire du continent antarctique est née avec les hypothèses concernant l'« équilibre » de la Terre, celui-ci expliquant sa forme. Durant l'Antiquité, les philosophes anciens Grecs, et en particulier le pythagoricien Philolaos de Crotone au , estiment que la Terre est une sphère symétrique ayant nécessairement un point d'équilibre appelé « pivot » (polos en grec) de part et d'autre de l'équateur.. C'est ainsi que l'Arctique du grec ancien (Arktikos) se trouve un opposé et que l'Antarctique est pour la première fois évoqué. Emprunt du grec ancien , le mot « Antarctique » se forme à partir de deux termes : ant(i)- () c'est-à-dire « ce qui est contraire, opposé » et arktos ( dérivé de ) qui signifie « ours », en référence à la constellation indiquant le nord appelée « Petite Ourse »Climat, une enquête aux pôles sur le site du CNRS. Consulté le 24 juin 2010..

Même si, au , l'astronome grec Ptolémée est persuadé que le continent existe, au point d'affirmer que ces terres sont reliées aux autres continents, habitées et cultivées., il faut attendre le , lorsque Bartolomeu Dias et Vasco de Gama parviennent à passer et à contourner le cap de Bonne-Espérance au sud de l'Afrique, pour réfuter l'hypothèse d'un continent étendu jusqu'aux plus hautes latitudes sud. Mais, lorsque Fernand de Magellan contourne le Sud du continent américain en 1520, il découvre un détroit difficile à franchir, et au-delà duquel un épais manteau neigeux apparaît sous un climat très froid. Les géographes émettent donc l'hypothèse qu'un immense continent existe et qu'il serait continu de la Terre de Feu à l'Australie. Celui-ci est alors nommé « Terra Australis » sur les planisphères de l'époqueRappels historiques sur le site de l'Institut polaire français. Consulté le 24 juin 2010.. Lorsque Francisco Pizarro donna le gouvernement du royaume du Chili à Pedro de Valdivia, Pedro Sánchez de la Hoz le contredisant, exhiba une Real cédula datée du et émanant de l'empereur Charles Quint, dans laquelle il était nommé gouverneur sur les côtes au sud du détroit de Magellan et sur les îles non attribuées qu'il y découvrirait.. Sánchez meurt avant d'atteindre son Royaume. Cette ordonnance royale est une des pierres angulaires sur lesquelles se basent les revendications territoriales du Chili sur l'Antarctique..

Découverte de l'Antarctique

En , envoyé par le gouvernement anglais, Francis Drake quitte Plymouth avec une flotte de cinq navires pour explorer l'océan Pacifique. Le , il commence la traversée du détroit de Magellan qu'il effectuera en seize jours. Commandant le , Drake et son équipage sont alors pris dans une violente tempête qui les entraîne au large de la Terre de feu. C'est alors qu'ils s'aperçoivent que l'hypothétique ne s'étend pas jusque dans cette région. La majorité des cartes de l'époque ne corrigeront pourtant l'erreur que lorsque Jacob Le Maire et Willem Schouten contourneront le cap Horn en 1616 Sir Francis Drake: A Pictorial Biography by Hans P. Kraus sur le site de la bibliothèque nationale américaine. Consulté le 29 juin 2010..

Le , Jean-Baptiste Charles Bouvet de Lozier, missionné par la Compagnie des Indes pour découvrir des terres inconnues et y établir des comptoirs, découvre une île brumeuse qu'il prendra pour un continent : l'actuelle île Bouvet pourtant située à de l'Antarctique Bouvetoya sur btinternet.com. Consulté le 25 juin 2010.. Cette découverte incite le géographe Philippe Buache à publier une carte des terres australes en Sylviane Léoni, Réal Ouellet (dir.), , p. 82.

Début 1772, Marc Joseph Marion du Fresne, secondé par le capitaine Julien Crozet à bord du Mascarin, découvre les « îles Froides » (aujourd'hui les îles du Prince-Édouard) et l'« île Aride » (l'actuelle île de l'Est des îles Crozet)Archipel du Crozet sur le site de l'Institut polaire français. Consulté le 25 juin 2010.. Le l'amiral de Kerguelen découvre les îles qui portent désormais son nom.

vignette|Illustration d'un des navires et d'un canot du deuxième voyage de James Cook parmi les icebergs de l'Antarctique.

En commence le deuxième voyage de James Cook comprenant les navires la et l. L'amirauté lui donne l'ordre d'explorer les mers australes afin de découvrir le pôle Sud. Après avoir dépassé Le Cap, Cook se dirige au sud mais ne trouve aucune terre supposée par les cartes de Bouvet de Lozier. Néanmoins, il continue sa descente au sud et franchit pour la première fois le cercle polaire, le . Par la suite, se trouvant dans un pack serré, les deux navires qu'il commande ne peuvent poursuivre leur descente au sud bien qu'ils se situent, sans le savoir, à du continent. Ils reprennent donc une route nord-est et naviguent vers la Nouvelle-Zélande en franchissant à deux reprises le cercle polaire et en rejoignant Wellington en . Le voyage se poursuit et, le , Cook franchit de nouveau le cercle polaire par 148° de longitude ouest et aperçoit le premier iceberg. Il reprend la direction du nord mais décide bientôt de replonger au sud pour dépasser encore une fois le cercle polaire le . Malgré le pack et le brouillard, le capitaine poursuit et s'avance, le jusqu'à de latitude sud et de longitude ouest. Il rencontre alors des champs de glace parsemés de montagnes de glace dont la majorité sont très hautes. Jugeant la poursuite du voyage dangereuse, Cook décide de rebrousser chemin mais lui et son équipage resteront pendant cinquante ans les hommes à avoir atteint la position la plus méridionale. Enfin, l'avancée de Cook signe la fin du mythe de la , nouvel espace politique et économique où les gens espéraient trouver un temps clément au sud alors qu'ils rencontrent une terre de glace inhabitable..

C'est en définitive au que l'Antarctique a été officiellement découvert.. En effet, le capitaine au long cours britannique William Smith, à bord de son navire le , révèle au monde l'existence du continent austral le , jour au cours duquel il rapporte avoir vu des terres au sud du William Smith’s Memorial, Public Record Office (Londres) PRO, ADM 1/5029 ( ci-dessous).. Il y retourne le et nomme « » un chapelet d’îles dont il prend possession au nom du roi George III deux jours plus tard, le , après avoir débarqué dans une des baiesPublic Record Office (Londres), PRO ADM 1/2548 "Captain Shirreff forwaded a copy of W. Smith log o the Admiralty" (). À cette occasion, cependant, il découvre les vestiges d’un navire de guerre espagnol, le San Telmo, qui avait disparu au cours d’une tempête en passant le cap Horn un mois et demi plus tôt.. Ce fait est rapporté dans les mémoires du capitaine Robert Fildes, ami de William SmithSPRI, MS 101/1, Robert Fildes journal of a voyage in the brig Cora of Liverpool Bound to New South Shetland Islands, 1820.