(en ) est un peintre russe, né à Omsk le , mort à Saint-Pétersbourg le . Son père est d'ascendance polonaise (la forme polonaise de son nom est Wróbel) ; sa mère, danoise, meurt alors qu'il n'a que trois ans.
Vroubel s'est illustré dans le symbolisme et l'Art nouveau et il est souvent considéré comme le plus grand représentant de ce dernier mouvement en Russie. En réalité, artiste solitaire, il se tint à distance des principaux courants de son époque et il fut assez critiqué par ses contemporains. La genèse de son style original est peut-être à chercher du côté des écoles byzantines tardives ou de la première Renaissance. Il est aussi parfois surnommé le Cézanne russe. Cette comparaison à Cézanne vient du rôle décisif joué par Vroubel pour la génération d'artistes qui le suit, celle de l'Art moderne et de l'avant-garde russe, en jetant un pont entre la fin du et le début du . Comme Cézanne, qui est considéré comme le Père de l'art moderne en France, il ne connut toutefois guère le succès de son vivant.
Vroubel était un lecteur assidu de Kant. Cela fortifia sa foi dans l'étude de la nature. Très versé en littérature classique et en latin, chose rare en Russie à cette époque, il maîtrisait aussi fort bien la philosophie allemande. vignette|droite|170px|1991.
Dans le domaine artistique, il a travaillé dans pratiquement toutes les formes d'arts picturaux : la peinture, la gravure, la sculpture, le décor de théâtre.
L'historienne d'art russe Nina Dmitrieva compare le récit de la vie du peintre Vroubel à un drame en trois actes débutant par un prologue et se terminant par un épilogue dont chaque passage à l'acte suivant se produit de manière brusque et inattendue. Le prologue est représenté par ses années de jeunesse, d'étude et de choix de sa vocation. Le premier acte, durant les années 1880, se passe à l'Académie russe des beaux-arts et à Kiev où il étudie l'art byzantin et la peinture d'église. Le deuxième acte se déroule à Moscou, débute en 1890 avec Le Démon assis et se termine avec Le Démon terrassé et l'hospitalisation du peintre. Le troisième acte se déroule durant les années 1903 à 1906 qui sont marquées par la maladie mentale, le déclin progressif des capacités physiques et intellectuelles du peintre. Durant les quatre dernières années de sa vie, l'épilogue, Vroubel perd la vue et n'a plus qu'une vie végétative.
C'est seulement grâce aux efforts du mécène Savva Mamontov qu'il est un peu reconnu. Durant les années 1880 à 1890, l'artiste ne trouve pas d'appui auprès de l'Académie des beaux-arts ni des critiques pour ses recherches sur la créativité. Par contre il devient un fournisseur fréquent de Savva Mamontov. Le peintre et les critiques en ont fait un des leurs pour se réunir autour de la revue Mir Iskousstva, et ses toiles sont devenues l'objet d'expositions permanentes de Mir Iskousstva et des rétrospectives de Serge de Diaghilev. Au début du , ses toiles font organiquement partie de l'Art nouveau. Pour sa renommée dans le domaine artistique il reçoit, le , le titre d'académicien de la peinture, précisément au moment où il abandonne toute activité en peinture du fait de sa maladie.
Formation
Enfance et adolescence Les membres de la famille Vroubel (du polonais — moineau) n'appartiennent pas à la noblesse. Le grand-père de l'artiste, Anton Antonovitch Vroubel, est originaire de Białystok et a été juge dans sa ville natale. Son fils Mikhaïl Antonovitch Vroubel (1799—1859) est devenu militaire de carrière, général-major au moment de sa mise à la retraite ; il s'est marié deux fois et a eu 3 fils et 4 filles Livre-liste sur la noblesse du gouvernement de Moscou Родословная книга дворянства Московской губернии / под ред. Л. М. Савелова.. Les dix dernières années de sa vie il a servi comme ataman chez les Cosaques d'Astrakhan. À cette époque, le gouverneur d'Astrakhan était un cartographe réputé, l'amiral Grigori Bassarguine. Le deuxième fils du premier mariage de Mikhaïl Antonovitch Vroubel, nommé Alexandre Mikhaïlovitch Vroubel a épousé sa fille Anna, qui deviendra Anna Grigorevna Bassarguina-Vroubel par son mariage. Ce sont les futurs père et mère de l'artiste. Il a terminé l'école des cadets, a servi dans le régiment d'infanterie Tenguinski, a participé à la Guerre du Caucase et à la Guerre de Crimée. En 1855, une fille nait de cette union, Anna Alexandrovna (1855—1928), mais en tout ils auront 4 enfants, avec un an de différence entre chaque enfant .
Mikhaïl Alexandrovitch Vroubel est né le à Omsk, où son père était à l'époque adjudant-chef supérieur dans les Corps détaché de Sibérie. C'est à Omsk également que naissent un frère cadet, Alexandre, et une sœur cadette, Ekaterina qui ne vivront pas jusqu'à l'adolescence. Ces naissances multiples et le climat de la ville d'Omsk ont entraîné la mort prématurée de sa mère, Élisabeth, d'une tuberculose, en 1859, alors que Mikhaïl n'avait que trois ans. Selon des témoignages tardifs, Mikhaïl se souvenait de sa mère malade, alitée, qui découpait pour ses enfants dans du papier des personnages, des chevaux et des figures fantastiques . Mikhaïl est de constitution faible depuis sa prime enfance et il ne commence à marcher qu'à trois ans. . thumb|La famille Vroubel en 1863. À gauche, la mère, Élisabeth Chritianovna Vessel-Vroubel. Mikhaïl est à côté de son père.
Anna et Mikhaïl ont passé leur enfance là où leur père était appelé par ses fonctions dans l'armée. En 1859, une fois qu'il est veuf, le père est envoyé à Astrakhan (où il pouvait être aidé par de la famille). En 1860 il est nommé à Karkhov. C'est là que le petit Mikhaïl apprend rapidement la lecture et où il prend goût aux livres illustrés, en particulier à la revue L'Éducation picturale. En 1863 le père Vroubel se remarie avec Élisabetha Vessel, de Saint-Pétersbourg. Celle-ci prend bien soin des enfants du premier mariage (elle donne naissance à son propre enfant en 1867). En 1865 la famille déménage à Saratov où le lieutenant-colonel Vroubel prend le commandement de la garnison provinciale. Les Vessel appartenaient à l'intelligentsia, et Alexandre, la sœur d'Élisabeth, est diplômée du Conservatoire Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg. Elle fait beaucoup pour orienter son neveu vers le monde de la musique. Élisabeth prend très au sérieux la santé de Mikhaïl, et comme il le rappelle avec ironie c'était pour lui le « régime de viande crue et d'huile de foie de morue ». Il n'est pas douteux que pour garder sa forme physique il s'obligeait à suivre ce régimeNikolaï von Vessel, l'oncle d'Anna et Mikhaïl, est un pédagogue féru de jeux éducatifs et d'instruction à domicile. Malgré les bonnes relations existant au sein de leur nouvelle famille Anna et Mikhaïl ont pris un peu leurs distances. Ils appellent leur belle-mère Madrinka, la perle des mères et expriment clairement leur souhait de mener une vie indépendante, hors de la maison, ce qui bouleverse leur père. Vers l'âge de dix ans Mikhaïl commence à faire preuve de capacités artistiques pour le dessin mais aussi pour le théâtre et la musique qui occupent une place importante dans sa vie. Selon l'historien N. A. Dmitrieva « le garçon était doué, mais promettait plutôt d'être un dilettante polyvalent plutôt que l'artiste obsessionnel qu'il devint plus tard ».
Pour que son fils puisse approfondir la peinture, son père invite au gymnase de Saratov le professeur Andreï Godin. À l'époque on fait venir à Saratov une copie de la fresque de Michel-Ange Le Jugement dernier, qui fait forte impression sur Mikhaïl qui la reproduisait en détail et de mémoire, selon les souvenirs de sa sœur Anna. thumb|left|Mikhaïl Vroubel et sa sœur Anna au gymnase dans les années 1870.
Les années au gymnasium Mikhaïl Vroubel entre au gymnasium à Saint-Pétersbourg (son père état alors en fonction à l'Académie de droit militaire d'Alexandrov). Ce gymnase veillait à toujours moderniser ses méthodes d'enseignement et attachait une importance particulière à la philologie classique, à la littérature. Des cours de danse et de gymnastique y sont introduits dans le programme. C'est à la Société impériale d'encouragement des beaux-arts que Vroubel étudie le dessin. Mais il s'intéresse aussi à l'histoire naturelle, que lui avait fait découvrir à Saratov le professeur N. A. Peskov. Après trois années dans la capitale, en 1870 la famille Vroubel part pour Odessa où le père de Mikhaïl est nommé juge de garnison.
À Odessa, Mikhaïl étudie au lycée Richelieu. Plusieurs lettres de cette période de sa vie adressées à sa sœur ont été conservées (Anna étudiait à Saint-Pétersbourg), dont la première date d'. Ce sont de longues lettres écrites dans un style léger et qui sont reprennent de nombreuses citations en latin et en français. Il y parle aussi de peinture. Mikhaïl peint un portrait de son petit frère Sacha (décédé en 1869) grâce à une photographie. Son portrait de sa sœur Anna décore le bureau de son père. Toutefois en comparaison avec ses autres centres d'intérêts, la peinture ne l'occupe que relativement peu . Vroubel apprend vite et est dans les premiers de classe. Il réussit bien en littérature et en langue, adore l'histoire, pendant les vacances il aime lire de la littérature latine à sa sœur dans le texte original en s'aidant d'une traduction. Dès le gymnase ses loisirs sont consacrés à ses passions : dans une de ses lettres il se plaint de ce que, pendant les vacances, il aurait voulu lire dans la version originale le texte de Goethe Faust et étudier dans son manuel 50 leçons d'anglais. Mais au lieu de cela il copie le Coucher de soleil, une huile d'Ivan Aïvazovski. Le théâtre, à cette époque, le fascine encore plus que la peinture des Ambulants. De passage à Odessa, il décrit en détail la troupe de l'opéra en tournée.
Université thumb|Illustration pour Anna Karénine de Léon Tolstoï. 1878, encre de Chine, sépia et plume sur papier brun, , dessin de Vroubel. Galerie Tretiakov.
Après avoir obtenu une médaille d'or au terme du gymnase, ni Mikhaïl, ni ses parents ne pensaient pour lui à une carrière d'artiste. Il est décide de l'envoyer à l'université de Saint-Pétersbourg. C'est Nikolaï von Vessel qui assume ses frais d'étudiant, et c'est chez cet oncle qu'il séjourne. La décision de suivre les cours de la faculté de droit est appréciée différemment selon ses biographes. Alexandre Benois, par exemple, qui étudiera quelques années plus tard à la même faculté, considère que c'était par tradition familiale et par souci de suivre l'exemple traditionnel dans son milieu social. En 1876, Vroubel poursuit encore la deuxième année et se justifie dans une lettre à son père en invoquant la nécessité de poursuivre sa formation et d'accroître ses connaissances. Mais il ne présente pas ses examens de fin de cycle et n'obtient qu'un certificat de fréquentation des cours. Il mène alors une vie de bohème, de connivence avec son oncle. Durant cette période, Vroubel s'intéresse beaucoup à la philosophie et se passionne pour les théories d'Emmanuel Kant sur l'esthétisme, bien qu'il ne réalise que peu de travail artistique. Durant son passage par l'université Vroubel réalise des illustrations pour des œuvres littéraires, classiques et contemporaines. Selon N. A. Dmitrieva, « en général… l'œuvre de Vroubel passe par la littérature : rares sont ses œuvres qui n'ont pas une source soit littéraire soit théâtrale ». Parmi les œuvres graphiques de cette période qui ont été conservées, la composition Anna Karénine et son fils (1878) est celle qui est le plus souvent présentée. Selon V. M. Domiteeva son travail de cette époque rappelle les revues et les illustrés de cette époque : « Incroyablement romantique, mélodramatique même, et toujours réalisé avec grand soin ».