L'élection présidentielle française de 1995 est la septième élection présidentielle à se tenir sous le régime de la Cinquième République, et la sixième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962. Les premier et second tours sont respectivement organisés les et .
Après avoir congédié Michel Rocard, le président François Mitterrand et les gouvernements socialistes d'Édith Cresson et de Pierre Bérégovoy sont impuissants à résoudre la crise des années 1991-1993, ce qui conduit la droite à revenir aux affaires lors de la deuxième cohabitation.
Jacques Chirac est candidat pour la troisième fois. Durant le second septennat de François Mitterrand, son autorité sur le RPR est remise en cause jusqu'aux législatives de 1993, notamment par Charles Pasqua et Philippe Séguin. À droite, longtemps donné grand favori par les sondages, le Premier ministre, Édouard Balladur, se présente également. Du côté du PS, Lionel Jospin s'impose comme candidat grâce à une stratégie de mise en retrait entamée après les cantonales de 1992. Les trois principaux candidats potentiels, Laurent Fabius, Michel Rocard et Jacques Delors, renoncent à se présenter.
Après avoir légèrement devancé Édouard Balladur au premier tour, Jacques Chirac l'emporte avec 52,6 % des suffrages exprimés au second tour face à Lionel Jospin.
La sincérité des comptes de campagne de Jacques Chirac et Édouard Balladur est remise en cause plusieurs années plus tard. Des soupçons de financement occulte pèsent notamment sur celle du Premier ministre de l’époque, qui sera finalement relaxé.
Contexte Retour de la droite au pouvoir La droite prépare activement la reconquête du pouvoir. En , Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing fondent l'Union pour la France. L'UPF souhaite gagner les élections législatives de 1993 et présenter un candidat commun à la présidentielle de 1995 à la suite d'une éventuelle primaire.
La droite est divisée sur la question européenne à l'occasion du référendum sur le Traité de Maastricht. Jacques Chirac, Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing ou encore Raymond Barre font campagne en faveur du . Philippe Séguin, Charles Pasqua et Philippe de Villiers portant la campagne du . Le , le l'emporte de justesse.
Après une campagne sans grand suspense, l'union UDF-RPR remporte un succès considérable aux élections législatives de mars 1993, avec sur 577. Le RPR obtient , l'UDF 215 et les divers droite 23. Le , François Mitterrand nomme Édouard Balladur Premier ministre. C'est la deuxième cohabitation.
L'accord entre Jacques Chirac et Édouard Balladur semble clair : le président du RPR se mettant en retrait pour préparer sa campagne présidentielle de 1995 et le Premier ministre installant simplement la droite au pouvoir en attendant le départ de François Mitterrand..
Affaiblissement de la gauche Empêtré dans les affaires et les révélations sur le passé de François Mitterrand, le PS se présente dans un bien mauvais état à la fin de l'année 1994.
Incarnation d'une alternative de gauche à François Mitterrand, Michel Rocard apparaît comme le candidat naturel du PS. Néanmoins, le parti essuie de violents revers aux élections régionales et cantonales de 1992, et subit la plus lourde défaite de son histoire aux élections législatives de 1993 : seuls socialistes ou apparentés sont élus. Laurent Fabius, premier secrétaire du PS, démissionne au congrès du Bourget. Il est remplacé par Michel Rocard. Celui-ci dirige la liste socialiste aux élections européennes de 1994 : avec seulement 14,5 % des voix, c'est un échec. Il est même talonné par la liste du Mouvement des radicaux de gauche, emmenée par Bernard Tapie (12,03 % des voix). Après le retournement des jospiniens, il démissionne de la tête du parti. Le , François Mitterrand annonça qu'il renonçait à se représenter..
L'émergence de Bernard Tapie est en mesure d'affaiblir le PS à gauche. Fort de son bon score aux élections européennes, sa candidature est envisagée par le parti Mouvement des radicaux de gauche. Mais, rattrapé par les scandales financiers (en particulier l'affaire VA/OM), la carrière politique de Bernard Tapie s'arrête.
C'est alors que l'ancien ministre Jacques Delors, président de la Commission européenne depuis 1985, est perçu comme le dernier recours à gauche. En tête dans tous les sondages, quelle que soit la configuration, il renonce pourtant à se présenter le . Pour justifier sa décision qu'il annonce dans l'émission 7 sur 7 sur TF1, il évoque tout d'abord et explique notamment que . avec et . Son renoncement fut assez mal vécu à gauche, mais également par l'équipe d'Édouard Balladur.
Au congrès de Liévin de , Henri Emmanuelli devient Premier secrétaire du PS. Il annonce l'organisation d'une primaire interne pour désigner le candidat du Parti socialiste, dans l'hypothèse où Jacques Delors ne se présenterait pas. Celle-ci se tient le 5 février 1995, et désigne Lionel Jospin. Celui-ci fait campagne sur le thème du , qui marque une prise de distance avec François Mitterrand.
De son côté, le Parti communiste français poursuit dans les sondages son effondrement entamé en 1981. Robert Hue, secrétaire national depuis 1994, semble toutefois bénéficier d'une bonne image dans l'opinion, et présente sa candidature.
Modalités du scrutin
Lors de l’élection présidentielle de 1995, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placésArticle 7 de la Constitution de la Cinquième République française.. L’élection présidentielle se tient les (premier tour) et (second tour) 1995 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du ..
Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions : être de nationalité française et ne pas être privé de ses droits civiques concernant l'éligibilité ; avoir au minimum ; être inscrit sur une liste électorale ; recueillir 500 de parlementaires ou d'élus locaux : ces parrainages doivent provenir d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer différents et pas plus d'un dixième des élus signataires ne doit provenir du même département ou de la même collectivité d'outre-mer.
La Constitution prévoit que : en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ; en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales.
Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats.
Candidats Dépôt des candidatures Le Conseil constitutionnel a rendu publique la liste des candidats deux semaines avant le premier tour, conformément à l'article 58 de la Constitution. Antoine Waechter et Brice Lalonde ont échoué à recueillir les 500 parrainages nécessaires, tout comme le régionaliste Max Simeoni..
Candidatures retirées ou n'ayant pas abouti Raymond Barre. Jacques Delors. Laurent Fabius. Valéry Giscard d'Estaing. Jean-François Hory Brice Lalonde Marlène Mourreau. Christian PoucetNon élucidé : l'affaire Robert Poucet, France 2, 9 février 2014. Michel Rocard.. Max Simeoni Bernard Tapie Antoine Waechter
Déroulement Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes :
dimanche : premier tour de à dimanche : second tour de à
Premier tour Le , Édouard Balladur et Philippe de Villiers appellent leurs électeurs à voter en faveur de Jacques Chirac. De son côté, Robert Hue et Dominique Voynet appellent à voter pour Lionel Jospin tandis qu'Arlette Laguiller ne donna aucune consigne de vote, conformément à ce qu'elle avait indiqué en .
Campagne du second tour Voyant son succès quasi assuré, Jacques Chirac réorienta son discours avec une ligne nettement plus libérale qu'au premier tour . Son discours devint davantage inspiré par Alain Juppé que par Philippe Séguin. Les politologues ne manquèrent pas de le faire remarquer, tout comme Lionel Jospin lors d'un meeting au lendemain du débat télévisé.
Lors du défilé du du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc, Jean-Marie Le Pen ne donna aucune consigne de vote..
Débat télévisé Le débat a lieu le . Animé par Alain Duhamel et Guillaume Durand, il dure 2 h 21. Les thèmes suivants sont successivement abordés : politique et institution ; finances ; société ; Europe et monde.
Bien plus décontracté que les précédents, le débat fut assez courtois et aucune tension ne fut observée.. Le seul moment marquant de l'émission fut lorsque Lionel Jospin prononça sa phrase sur une éventuelle victoire de Jacques Chirac : Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ça serait bien long.
Second tour Lionel Jospin concède sa défaite de manière respectueuse envers Jacques Chirac, jugeant qu'une victoire était quasiment impossible après les de : Les citoyens se sont exprimés ce dimanche pour élire le président de la République. La décision était grave et, sans doute, difficile à prendre pour beaucoup de Françaises et de Français en un temps où nombre d'entre vous doivent affronter de sérieux problèmes et s'interrogent sur l'avenir de notre pays. Une majorité a voté pour Jacques Chirac. Je le félicite pour son élection à la présidence de la République et je lui souhaite bonne chance.
Je salue François Mitterrand au moment où s'achève son second septennat. Je remercie chaleureusement les quinze millions de Françaises et de Français qui m'ont apporté leurs suffrages. Dans ce grand moment de confrontation démocratique qu'est une campagne présidentielle, j'ai senti se créer autour de ma candidature et de mes propositions, un profond mouvement de renouveau.
Il n'a pas permis, aujourd'hui, la victoire, mais il ne s'arrêtera pas car il est porteur d'espérance.
J'invite toutes celles et tous ceux qui croient aux valeurs de justice et de progrès à se rassembler pour prolonger cette espérance et préparer les succès de demain.
Campagne des principaux candidats Jacques Chirac Le président du RPR avait passé un accord avec Édouard Balladur après les législatives de 1993 pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle. Néanmoins, il fut confronté à la forte popularité d'Édouard Balladur ainsi qu'à la bonne entente entre François Mitterrand et son Premier ministre, alors même qu'il avait refusé de redevenir Premier ministre de François Mitterrand car cela lui avait beaucoup coûté lors de la présidentielle de 1988.
Le , il déclare sa candidature dans un entretien à La Voix du Nord, prenant de court l'ensemble de la majorité, y compris du côté de l'UDF... Le 12, il démissionne de la présidence du RPR, pour se consacrer exclusivement à la campagne, contrairement à 1981 et 1988 où il avait gardé sa fonction. Il s'entoure de Jacques Pilhan, un ancien conseiller de François Mitterrand pour travailler sur son image et sur sa communication avec sa fille Claude Chirac. Il choisit Patrick Stefanini pour diriger sa campagne, tandis que le jeune François Baroin fut désigné comme porte-parole..
Il réalise un coup d'éclat lors de son intervention médiatisée le sur la question des SDF en France, demandant l'application de l'ordonnance du pour réquisitionner des logements..