vignette|redresse|Anna P., qui vécut de nombreuses années sous une identité d'homme, prise en photo pour le livre de Magnus Hirschfeld, Sexual Intermediates, en 1922.

Les termes de troisième sexe ou troisième genre qualifient soit un individu considéré comme n'étant ni femme ni homme, ou à la fois femme et homme, ou relevant d’une catégorie dite neutre ; soit un individu appartenant à une troisième catégorie sociale dans des sociétés dont la culture connaît trois genres ou plus.

L'état de n'être ni femme ni homme peut faire référence au sexe biologique, au rôle traditionnel des sexes, à l'identité sexuelle ou à l'orientation sexuelle. Selon différentes cultures, le troisième sexe peut désigner un état intermédiaire entre la femme et l'homme ou une appartenance simultanée aux deux sexes, l'état de neutralité, la capacité à changer de sexe, ou encore une catégorie complètement séparée de femme et d’homme. Cette dernière interprétation est considérée comme la plus stricte. Selon les époques ou les contextes, le terme troisième sexe peut être utilisé pour désigner les personnes travesties, les personnes transgenresLa Thaïlande recrute des hôtesses de l'air du troisième sexe, Obsession - Nouvel Observateur, 28 mars 2012, voire les homosexuels dans leur ensemblePierre Zobermann (dir), Queer Volume 2 : Écritures de la différence ? - Représentations : artistes et création, L'Harmattan, 2008, page 59..

Ce terme a été utilisé pour décrire les chamanes, sipiniit et enfants inversement socialisés dans la culture inuitSaladin d'Anglure, Bernard (1992). « Le troisième sexe », La Recherche, , p. 836-844., les Hijra d'Inde et du PakistanAgrawal, Anuja (1997). Gendered Bodies: The Case of the ‘Third Gender’ in India, Contributions to Indian Sociology, n.s., 31 (1997): 273–97, les Mahu de Polynésie, les vierges sous serment des BalkansYoung, Antonia (2000). Women Who Become Men: Albanian Sworn Virgins. , entre autres, et il est utilisé par certains de ces groupes pour se décrire eux-mêmes. Dans le monde occidental, les homosexuels, transgenres et intersexes ont été décrits comme faisant partie d'un troisième sexe, bien que certains contestent cette qualification.

Le terme « troisième » est habituellement compris comme « autre ». Certains anthropologues et sociologues en ont décrit un quatrième Will Roscoe, Changing Ones: Third and Fourth Genders in Native North America, Palgrave Macmillan, . Voir aussi Randolph Trumbach, « London’s Sapphists: From Three Sexes to Four Genders in the Making of Modern Culture. » in Gilbert Herdt (dir.), Third Sex, Third Gender: Beyond Sexual Dimorphism in Culture and History, 1994, 111-136, New York, Zone (MIT)., un cinquièmeSharyn Graham, "Sulawesi's fifth gender", Inside Indonesia, avril-juin 2001 ou de nombreux autres parfois qualifiés de « surnuméraires »Martin, M. Kay and Voorhies, Barbara (1975). Supernumerary Sexes, chapitre 4 (New York: Columbia University Press, 1975), p.23..

Troisième genre dans les sociétés contemporaines vignette|Hijra de New Delhi en 1994.

Asie

Inde Les HijraRajesh Talwar, (1999). The Third sex and Human Rights, Gyan Publishing House. d'Inde et du Bangladesh sont probablement les représentants du troisième sexe les mieux connus et les plus nombreux du monde contemporain. La coopérative de santé The Humsafar Trust de Bombay estime leur nombre à 5 à 6 millions en Inde. À d'autres endroits, ils sont connus sous le nom de Aravani/Aruvani ou Jogappa. Dans certaines langues (dont l'anglais, une des langues officielles de l'Inde), ils peuvent être appelés eunuques, quoiqu'ils ne soient pas nécessairement castrés. Ils peuvent être nés intersexués ou avoir des organes génitaux mâles, s'habillent à la façon des femmes et se voient généralement eux-mêmes comme ni hommes ni femmes. Environ 8 % des hijras visitant la clinique de l'institut Humsafar sont des nirwaan (castrés). La photographe indienne Dayanita Singh écrit, à propos de son amitié avec Mona Ahmed, un hijra :

En plus du rôle féminin des hijra, qui est très répandu en Inde, quelques occurrences de l'institutionnalisation de « femmes masculines » ont été notées dans l'Inde moderne. Parmi les Gaddi, vivant au pied de l'Himalaya, certaines filles adoptent le rôle de sadhin, renoncent au mariage, s'habillent et travaillent comme des hommes, mais gardent des noms fémininsPeter Phillimore (1991). Unmarried Women of the Dhaula Dhar: Celibacy and Social Control in Northwest India. Journal of Anthropological Research 47 (3): 331-50.. Un anthropologue de la fin du a noté l'existence d'un rôle similaire dans les Madras, celui de basiviFred Fawcett, (1891). On Basivis: Women Who, through Dedication to a Deity, Assume Masculine Privileges. Journal of the Anthropological Society of Bombay (July). Bombay: Education Society's Press; London: Treubner.. Cependant, l'historien Walter Penrose conclut que dans les deux cas, « leur statut est plus transgenre que troisième genre »« their status is perhaps more 'transgendered' than 'third-gendered.' » Walter Penrose, (2001). Hidden in History: Female Homoeroticism and Women of a "Third Nature" in the South Asian Past, Journal of the History of Sexuality 10.1.

Des associations de Hijra ont fait campagne pour la reconnaissance d'un troisième sexeIndia's eunuchs demand rights, par Habib Beary, correspondant de la BBC à Bangalore. lire en ligne. et, en 2005, les formulaires de demandes de passeports indiens ont été mis à jour et se sont mis à proposer trois choix de sexe : M, F et E (pour masculin, féminin, eunuque)‘Third sex’ finds a place on Indian passport forms, The Telegraph, 10 mars 2005. lire en ligne. Le , la Cour suprême de l'Inde a reconnu l'existence d'un troisième sexe, obligeant légalement le pouvoir fédéral et les États du pays à accorder aux transgenres et eunuques les mêmes droits sociaux qu'au reste de la population.

Thaïlande En Thaïlande, les khatoeysTotman, Richard, (2004). The Third Sex: Kathoey: Thailand's Ladyboys, Souvenir Press. (dames-garçons) sont considérés de différentes façons par les khatoeys eux-mêmes et par les membres du public. Le chercheur Sam WinterWinter, Sam (2003). Language and identity in transgender: gender wars and the case of the Thai kathoey. Hawaii conference on Social Sciences, Waikiki, juin 2003. Lire en ligne. informe que le public thaïlandais les voit à 50 % comme des hommes ayant un esprit de femme, à 35 % comme un troisième sexe et à 15 % comme des femmes nées dans un corps d'homme. Quant aux khatoeys, ils se définissent à 45 % comme femme, à 36 % comme « un deuxième genre de femme » et à 11 % comme « khatoey » (non-homme).

En 2004, l'école de technologie de Chiang Mai a réservé un espace de toilettes séparé pour les khatoeys, montrant sur la porte les symboles masculin et féminin entremêlésTransvestites Get Their Own School Bathroom, Associated Press, .. Dans le reste de l'école, les khatoeys doivent porter des vêtements masculins mais peuvent porter des coupes de cheveux féminines.

Indonésie Les Bugis reconnaissent cinq sexes : masculin, féminin, androgyne (bissu), homme travesti (calabai) et femme travestie (calalai)

Monde occidental Albanie Les vierges sous serment ou vierges jurées sont des femmes albanaises qui ont choisi de vivre comme des hommes, au sein de la société patriarcale traditionnelle albanaise. Elles ont fait vœu de chasteté et elles portent actuellement uniquement des vêtements masculins. En contrepartie de ce vœu, elles bénéficient de nombre d'avantages traditionnellement réservés aux hommes. Ce fait est surtout visible en Albanie, mais il a aussi pu être observé dans d'autres pays des Balkans occidentaux, comme au Kosovo, en Macédoine, en Serbie ou au Monténégro.

Le cas des vierges sous serment fait l'objet d'un film homonyme (en ), inspiré d'un roman de l'Albanaise Elvira Dones, écrit et réalisé par Laura Bispuri et sorti en 2015.

Certains auteurs suggèrent qu'un troisième sexe a pu exister en Angleterre autour de 1700Trumbach, Randolph. (1998) Sex and the Gender Revolution. Volume 1: Heterosexuality and the Third Gender in Enlightenment London. Chicago: U of Chicago P, 1998. (Chicago Series on Sexuality, History & Society). Ce troisième sexe aurait été constitué par la sous-culture des employés masculins efféminés d'établissements de prostitution appelés molly house, à une époque de très grande hostilité à l'égard des hommes efféminés ou homosexuels. Ces personnes se décrivirent elles-mêmes comme appartenant à un troisième sexe au moins à partir des années 1860 avec les écrits de Karl Heinrich Ulrichs Hubert C. Kennedy (1980) The “third sex” theory of Karl Heinrich Ulrichs, Journal of Homosexuality. 1980-1981 Fall-Winter; 6(1-2), p. 103-1, et jusqu'à la fin du avec Magnus HirschfeldHirschfeld, Magnus, 1904. Berlins Drittes Geschlecht (« Le Troisième Sexe à Berlin), John Addington SymondsHavelock Ellis et John Addington Symonds, 1897. Sexual Inversion., Edward CarpenterEdward Carpenter, 1908. The Intermediate Sex: A Study of Some Transitional Types of Men and Women., Minna Wettstein-Adelt (sous le pseudonyme de Aimée Duc)Aimée Duc, 1901. Sind es Frauen? Roman über das dritte Geschlecht (« Are These Women? Novel about the Third Sex ») et d'autres. Ces écrivains se décrivaient eux-mêmes, ainsi que les autres personnes de leur condition, comme un sexe « inversé » ou « intermédiaire » faisant l'expérience d'un désir homosexuel, dont ils appelaient par leurs écrits à une plus grande acceptation socialeJones, James W. (1990). “We of the third sex” : Literary Representations of Homosexuality in Wilhelmine Germany. (German Life and Civilization v. 7) New York: Peter Lang Publishing, 1990. . Plusieurs de ces auteurs, pour défendre leur cause, citaient des exemples similaires dans la littérature grecque classique et dans la littérature sanskrite.

En français, on trouve l'expression sous la plume de Théophile Gautier dans Mademoiselle de Maupin, qui fait dire au personnage éponyme dans une de ses lettres à son amie Graciosa "Je suis d'un troisième sexe qui n'existe pas encore". Le personnage se décrit comme l'alliance d'un corps et d'un cœur de femme, et de l'esprit et la force d'un homme.

Dans l'Allemagne de Guillaume II, les mots drittes Geschlecht (« troisième sexe ») et Mannweib (« homme-femme ») étaient également utilisés pour décrire les féministes, surtout par leurs opposantsWright, Barbara D. (1897). 'New Man', Eternal Woman: Expressionist Responses to German Feminism, The German Quarterly, 60, (automne 1987): 594. et quelquefois par les féministes elles-mêmes. En 1899, le roman Das dritte Geschlecht d'Ernst Ludwig von Wolzogen décrit les féministes comme « neutres » avec des caractéristiques extérieures féminines et une âme mâle défectueuse.