Robert Banks Jenkinson, comte de Liverpool, né le à Londres et mort le à Kingston upon Thames, est un homme d'État britannique qui est Premier ministre du Royaume-Uni durant plus de 14 ans, de 1812 à 1827.
En tant que Premier ministre, il appelle à des mesures répressives au niveau national pour maintenir l'ordre après le massacre de Peterloo de 1819. Il traite sans heurts avec le prince régent lorsque le roi George III est frappé d'incapacité. Il dirige également le pays à travers la période de radicalisme et de troubles qui suit les guerres napoléoniennes, favorise les intérêts commerciaux et manufacturiers ainsi que les intérêts fonciers et cherche un compromis sur la brûlante question de l'émancipation des catholiques. La relance de l'économie renforce sa position politique : dans les années 1820, il est le chef d'une faction réformatrice de « conservateurs libéraux » qui abaisse les tarifs, abolit la peine de mort pour de nombreux délits et réforma le droit pénal. Au moment de sa mort, cependant, le parti conservateur, qui avait dominé la Chambre des communes pendant plus de 40 ans, se déchirait.
L'historien John Derry dit que Liverpool est :
Son mandat en tant que Premier ministre est principalement marqué par la guerre anglo-américaine de 1812, les sixième et septième coalitions contre l'Empire français, la conclusion des guerres napoléoniennes au congrès de Vienne, les Corn Laws, le massacre de Peterloo, l'Acte trinitaire de 1812 et la question émergente de l'émancipation catholique. Les historiens le classent en bonne position parmi tous les premiers ministres britanniques, mais Liverpool est également surnommé « l'archi-médiocre » par un Premier ministre conservateur plus tardif, Benjamin Disraeli.
Jeunesse
Robert Jenkinson est baptisé le en l'église Sainte-Marguerite de Westminster. Il est le fils d'un proche conseiller du roi George III, Charles Jenkinson, qui devient plus tard comte de Liverpool, et de sa première épouse, Amelia Watts, fille d'un haut fonctionnaire de la Compagnie britannique des Indes orientales, William Watts, et de son épouse Begum Johnson. La mère de Jenkinson, âgée de 19 ans, décéda des suites de l'accouchement un mois après ce dernier. Par l'intermédiaire de la grand-mère maternelle, Isabella Beizor, Jenkinson descend de colons portugais en Inde.
Jenkinson fait ses études à Charterhouse School et à Christ Church à Oxford. À l'été 1789, il passe quatre mois à Paris pour perfectionner son français et élargir son expérience sociale. Il retourne à Oxford pendant trois mois pour terminer ses études et est diplômé ès lettres en .
gauche|vignette|Robert Jenkinson par Thomas Lawrence dans les années 1790.
Il remporte l'élection à la Chambre des communes en 1790 pour Rye, siège qu'il occupe jusqu'en 1803. N'ayant pas encore l'âge nécessaire pour entrer au Parlement, il s'abstient toutefois de siéger dans l'immédiat et consacra l'hiver et le début du printemps suivants à visiter les Pays-Bas et l'Italie. À son retour, il est assez âgé pour occuper son siège au Parlement. La date de son arrivée à la Chambre des communes n'est pas connue avec précision, mais étant donné qu'il ne fête son vingt-et-unième anniversaire qu'à la toute fin de la session de 1791, il est possible qu'il ait attendu l'année suivante.
Grâce à l'influence de son père et à son talent politique, Jenkinson connait une ascension plutôt rapide au sein du gouvernement conservateur. En , il répond à la motion critique de Samuel Whitbread sur la politique russe du gouvernement et prononce plusieurs autres discours au cours de la session, dont un contre l'abolition de l'esclavage, qui reflète la forte opposition de son père à la campagne de William Wilberforce. Il est membre du Conseil de contrôle de l'Inde de 1793 à 1796.
Dans l'agitation qui suit le déclenchement des hostilités avec la France, Jenkinson est l'un des premiers ministres du gouvernement à s'enrôler dans la milice. Il devient colonel aux Cinque Ports Fencibles en 1794 et s'absente fréquemment des Communes du fait de ses obligations militaires. Son régiment est envoyé en Écosse en 1796 et est cantonné pendant un certain temps à Dumfries.
Massacre de Tranent, 1797
En 1797, Jenkinson est le chef des dragons légers de Cinque Ports, qui sont chargés de réprimer une manifestation contre la loi sur la milice à Tranent dans l'East Lothian : douze civils sont tués. En 1810, Jenkinson est nommé colonel de la milice.
Son activité parlementaire est également obérée par le conflit qui l'oppose à son père, hostile au projet de mariage de son fils avec Louisa Hervey, fille du comte de Bristol. Après l'intervention de William Pitt et du roi en sa faveur, le mariage a finalement lieu à Wimbledon le . Lorsque son père est nommé comte de Liverpool en , Jenkinson prend le titre de courtoisie de Lord Hawkesbury et continue de siéger aux Communes. Il devient baron Hawkesbury à part entière et est élevé à la Chambre des lords en , en reconnaissance de son travail en tant que ministre des Affaires étrangères. Il est en outre maître de la monnaie (Master of the Mint) de 1799 à 1801.
Membre du gouvernement
Secrétaire d'État aux Affaires étrangères et ministre de l'Intérieur
Il intègre le gouvernement d'Henry Addington en 1801 en tant que secrétaire d'État aux Affaires étrangères. À ce titre, il négocie la paix d'Amiens avec la France en 1802. La majeure partie de son activité au ministère est consacrée à la gestion des relations avec la France et les États-Unis. Il aurait aimé que le procès que Napoléon voulait faire à Jean-Gabriel Peltier n'ait pas lieu, celui-ci lui reprochait les commentaires agressifs parus dans le journal Paris pendant l'année1802, édité à Londres. La condamnation sera sans conséquence pour le journaliste.
Il est maintenu au cabinet en qualité de secrétaire d'État à l'Intérieur dans le deuxième gouvernement de William Pitt le Jeune. Alors que Pitt est gravement malade, Jenkinson prend en charge les affaires du pays et rédige le discours du roi pour l'ouverture officielle du Parlement. À la mort de William Pitt en 1806, George III propose de le nommer au poste de Premier ministre, mais Jenkinson refuse, car il pensait ne pas avoir une majorité suffisante pour gouverner. Il est ensuite chef de l'opposition sous le ministère de Lord Grenville (la seule fois où Jenkinson n'occupe aucune fonction gouvernementale entre 1793 et après sa retraite). En 1807, il reprend le portefeuille de l'Intérieur dans le gouvernement du duc de Portland.
Secrétaire d'État à la Guerre et aux Colonies
Deux ans plus tard, Jenkinson, devenu comte de Liverpool à la mort de son père en 1808, accepte le poste de secrétaire d'État à la Guerre et aux Colonies dans le gouvernement de Spencer Perceval. Dès son entrée en fonction, il doit obtenir du général Arthur Wellesley l'assurance que sa petite armée est capable de résister à une attaque française afin de persuader le cabinet de continuer à financer le maintien de ses troupes au Portugal.
Premier ministre du Royaume-Uni
vignette|Robert Jenkinson, comte de Liverpool, huile sur toile de Thomas Lawrence, avant 1827, National Portrait Gallery, Londres.
Lorsque Perceval est assassiné en mai 1812, George, le prince régent tente successivement de nommer quatre hommes pour lui succéder, mais aucun ne parvient à former un ministère. Liverpool, qui n'est que le cinquième choix du prince régent pour le poste, accepte cette mission à contrecœur le : formellement désigné dans un premier temps par le cabinet pour succéder à Perceval, et alors que Lord Castlereagh est nommé leader de la Chambre des communes, un vote défavorable à la Chambre basse contraint les deux hommes à donner leur démission. Le prince régent estime cependant qu'il est impossible de former une coalition différente et confirme Liverpool dans ses fonctions de chef du gouvernement le . Son ministère rassemble un certain nombre de futurs grands dirigeants britanniques, tels que Lord Castlereagh, George Canning, Arthur Wellesley, Robert Peel et William Huskisson. Liverpool se forge une réputation d'homme politique habile, capable d'unir les ailes libérales et réactionnaires du Parti conservateur, ce que ses successeurs Canning, Goderich et Wellington ont toujours eu beaucoup de mal à faire.
Guerres napoléoniennes et congrès de Vienne
Le ministère de Liverpool est long et mouvementé. La guerre de 1812 avec les États-Unis et les dernières campagnes contre la France de Napoléon ont lieu au cours de son mandat. L'engagement britannique sur le continent européen est particulièrement prononcé dans la péninsule Ibérique, où se bat l'armée du général Wellington. La France est vaincue en 1814 et Liverpool se voit décerner l'ordre de la Jarretière. Lors des négociations de paix qui suivent, la principale préoccupation de Liverpool est d'obtenir une paix européenne qui garantisse l'indépendance des Pays-Bas, de l'Espagne et du Portugal et ramènerait la France à l'intérieur de ses frontières d'avant 1792 sans porter atteinte à son intégrité nationale. Pour y parvenir, il est prêt à rendre toutes les conquêtes coloniales faites par l'Angleterre pendant le conflit. Au congrès de Vienne, il approuve rapidement l'initiative audacieuse de Castlereagh de conclure une alliance défensive avec l'Autriche et la France en . À l'issue de la tentative de retour au pouvoir de Napoléon, mise en échec par la défaite de ce dernier à la bataille de Waterloo face aux armées anglo-prussiennes en juin de la même année, la paix est rétablie pour de nombreuses années en Europe.
Adoption des Corn Laws et problèmes internes
En dépit de la situation avantageuse du Royaume-Uni au sortir des guerres napoléoniennes, le pays est secoué par des problèmes internes. Le gouvernement Liverpool adopte dès 1815 une première loi destinée à protéger l'agriculture britannique (Corn Law), interdisant l'importation de blé étranger jusqu'à ce que le prix intérieur atteigne un niveau minimum acceptable. Par la suite, les bonnes récoltes faites entre 1819 et 1822 font baisser les prix et suscitent un engouement en faveur d'un protectionnisme élargi. Le puissant lobby agricole au Parlement s'étant fait l'écho de telles revendications, Liverpool cède à la nécessité politique et soutient l'entrée en vigueur de nouvelles lois protectionnistes. Bien que partisan du libre-échange, le Premier ministre considère que ces mesures — à ses yeux temporaires — faciliteraient la transition vers une économie de temps de paix.
Son principal problème en la matière est celui des finances nationales. Les intérêts de la dette publique, massivement gonflés par les dépenses énormes des dernières années de guerre et auxquelles s'ajoutent les pensions militaires, absorbent la plus grande partie des recettes publiques. Le refus de la Chambre des communes, en 1816, de maintenir l'impôt sur le revenu instauré en temps de guerre ne laisse pas d'autre choix aux ministres que de continuer avec la spirale ruineuse de l'emprunt pour faire face aux dépenses annuelles nécessaires. Liverpool appuie en définitive le retour à l'étalon-or en 1819.
Inévitablement, les impôts augmentent pour compenser les emprunts et rembourser la dette, ce qui engendre de nombreux troubles entre 1812 et 1822. À cette époque, un mouvement clandestin connu sous le nom de luddisme se fait remarquer en brisant des machines destinées aux industries textiles de la West Riding of Yorkshire. Tout au long de la période 1811-1816, les destructions de machines se multiplient et bon nombre d'inculpés sont exécutés.
vignette|Impression en couleur de Richard Carlile représentant la charge de la cavalerie britannique lors du massacre de Peterloo en 1819.