Mathieu Molé, comte Molé, né le à Paris et mort le à Épinay-Champlâtreux, est un homme d'État français. Il est successivement ministre de la Justice sous le Premier Empire, ministre de la Marine et des Colonies sous la Restauration, ministre des Affaires étrangères et président du Conseil de 1836 à 1839 sous la monarchie de Juillet.

Biographie Jeunesse et vie familiale

Louis-Mathieu Molé, fils d'Édouard-François Molé, est issu d'une très ancienne famille de la magistrature parisienne. Le plus célèbre de ses ancêtres est Mathieu Molé (1584-1656) qui incarnait pendant la Fronde l'autorité du pouvoir judiciaire. Sa mère, Marie-Louise de Lamoignon, appartient aussi à une illustre famille de la magistrature parisienne.

Descendant du financier Samuel Bernard, la famille possède l'une des grandes fortunes du temps, un bel hôtel particulier à Paris (246 faubourg Saint-Germain), le château de Champlâtreux au nord de Paris et celui de Méry, près d'Auvers-sur-Oise.

Le traumatisme de la Révolution La Révolution marque profondément le jeune Mathieu Molé. En , les Molé émigrent. Mais après la loi du qui prévoit que les émigrés non rentrés en France sont passibles de la peine de mort et leurs biens séquestrés, ils rentrent en France en . Après la journée du 10 août 1792, le père de Mathieu est arrêté et emmené à la prison de l'Abbaye. Le , les massacres commencent. Un domestique fidèle parvient à obtenir de justesse sa libération. En octobre 1792, il est arrêté de nouveau avec sa femme. Mathieu, à douze ans, se débat auprès du comité révolutionnaire de son quartier pour sauver ses parents de l'échafaud. Il obtient leur élargissement à condition que les Molé soient surveillés chez eux par quatre gardiens qu'ils payent. En , sous la Terreur, son père est à nouveau arrêté, puis guillotiné le , et leur maison mise sous scellés. Mathieu, à treize ans, se retrouve orphelin de père, sans argent et sans logement, chargé d´une mère à demi-paralysée par une attaque et de ses deux sœurs. Ils sont sauvés, le 9 thermidor, par la fin de la Terreur et se réfugient au château de Méry dont ils retrouvent la jouissance. Ces souvenirs ne s'effaceront jamais de l'esprit de Molé.

Molé, qui ne se remet pas de la mort de son mari, se retire de la société en 1803 et fonde à Vannes la congrégation des sœurs de la Charité de Saint-Louis. Avant sa retraite, elle précipite le mariage de ses enfants.

Mariage et descendance Mathieu n'a que dix-sept ans quand il épouse, le à Méry-sur-Oise, Caroline Lalive de La Briche (Paris, - Paris, ), fille de feu Alexis Lalive de La Briche et d'Adélaide Prévost. Fille unique, elle est héritière d'une grosse fortune, dont le beau château du Marais, près de Saint-Chéron, où, chaque année, de mai à octobre, sa mère reçoit la brillante société parisienne, et un hôtel particulier à Paris, rue de la Ville-l'Évêque.

Ce mariage hâtif est malheureux. Dès l'hiver 1798-1799, Mathieu prend conscience que son épouse n'est pas la compagne qu'il attend et que le genre de vie de sa belle-famille ne lui convient pas. Le couple a deux filles : Clotilde Molé (Paris, - Château du Marais, Val Saint-Germain, ), mariée avec Fernand de La Ferté-Meun, marquis de La Ferté-Meun (Paris, 1805 - Paris , ), sans postérité ; Élisabeth Molé (Paris, - Paris, ), mariée à Paris le avec Hubert de La Ferté-Meun, (frère de Fernand) député de la Nièvre (Paris, - château de La Rochemillay, ). Dont une fille unique : Clotilde de La Ferté-Meun (château de Champlâtreux, - ibid, ), mariée le avec Jules-Charles-Victurnien de Noailles (1826-1895), duc d'Ayen puis duc de Noailles dont postérité.

Il a vingt-six ans lorsqu'il débute en littérature par ses Essais de morale et de politique (1806) qui eurent deux éditions, dont la seconde fut accompagnée d'une vie de Mathieu Molé (1584-1656), Premier président du parlement de Paris sous la Fronde. Cet ouvrage, qui renferme un éloge outré des institutions impériales, est diversement jugé. Fontanes, avec qui Molé s'est lié dans le salon de de Beaumont, où il a également rencontré Chateaubriand et Joubert, le traite avec beaucoup de bienveillance dans le Journal de l'Empire et présente le jeune écrivain à .

Sous l'Empire Molé connaît alors une ascension exceptionnellement rapide sous l'Empire. Il est nommé auditeur au Conseil d'État () avant d'y être admis comme maître des requêtes (juin 1806). Rapporteur au Conseil d'État de la loi d'exception que l'Empereur veut édicter à l'encontre des Juifs, Molé trouve le projet incompatible avec les principes égalitaires de la Révolution française et préconise une reconnaissance officielle de la religion juive, à la suite de quoi l'Empereur le nomme commissaire impérial au Sanhédrin israélite. Il est ensuite préfet de la Côte-d'Or (novembre 1806-1809), conseiller d'État (1809), directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines (1809-1813), comte de l'Empire () et commandeur de l'ordre de la Réunion.

Molé est cependant détesté de ses subordonnés qui lui reprochent sa morgue, et décrient son ignorance des questions techniques et son manque d'expérience administrative ; mais il jouit de la faveur de l'Empereur. Le , il est chargé de proposer au Sénat d'attribuer à l'Empereur, par un sénatus-consulte, la nomination du président du Corps législatif sans présentation de candidat.

Le , il succède à Régnier, duc de Massa, aux fonctions de grand juge, ministre de la Justice jusqu'au . Avec les autres ministres, il accompagne l'impératrice Marie-Louise à Blois en .

Première Restauration Il se tient prudemment à l'écart de la vie publique sous la Première Restauration, et ce n'est que comme membre du conseil municipal de Paris qu'il signe, quelques jours avant le , l'adresse présentée au roi Louis XVIII, dans laquelle se trouve la phrase : Sous les Cent Jours Napoléon ne lui en tient pas rigueur et, pendant les Cent-Jours, il retrouve sa place au Conseil d'État ainsi que ses fonctions de directeur général des Ponts et Chaussées, ayant prudemment refusé les portefeuilles de la Justice, de l'Intérieur ou des Affaires étrangères que lui offrait l'Empereur pour se contenter de ce poste peu compromettant. Il refuse de signer la déclaration du Conseil d'État du contre les Bourbons, ce dont, vivement blâmé par Napoléon, il s'excuse en faisant valoir Cité par le Dictionnaire des parlementaires français.. Napoléon le nomme pair de France le , mais Molé part pour les eaux de Plombières, écrit de là pour s'excuser de ne pas siéger et attend la suite des événements. Deuxième Restauration Revenu à Paris après Waterloo, il proteste auprès de de son « inaltérable fidélité », est sauvé par la réclamation de clémence de Talleyrand auprès du roi « au nom du président Molé », conserve son fauteuil au Conseil d'État et est renommé directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines ( – ) ainsi qu'à la Chambre des pairs ().

Au procès du maréchal Ney, il vote la peine de mort. Certains biographes affirment cependant qu'il usa ensuite de son influence pour soustraire d'autres victimes à la Terreur blanche.

Le maréchal de Gouvion Saint-Cyr passant du ministère de la Marine à celui de la Guerre, le comte Molé est nommé ministre de la Marine et des Colonies le . Il conserve ce portefeuille jusqu'au . Il est notamment chargé de présenter à la Chambre des pairs, pour la session de 1818, le projet de loi sur la liberté de la presse. Il quitte le pouvoir avec le duc de Richelieu, lors de la dislocation partielle du cabinet consécutive aux élections de La Fayette, Manuel et Benjamin Constant. Il siège dès lors à la Chambre des pairs avec les royalistes constitutionnels et combat plusieurs fois à la tribune les opinions des ultras. Ainsi, à la séance du , il parle le premier contre le rétablissement du droit d'aînesse, invoquant les intérêts moraux de la famille et les intérêts financiers de l'État. Cordélia de Castellane thumb|Cordélia de Castellane. En 1815, à 34 ans, il rencontre Cordélia de Castellane (1796-1847) qui en a 21, fille du banquier Louis Greffulhe, épouse du futur maréchal de France le comte Boniface de Castellane (1788-1862), connue pour sa beauté et son esprit. Molé la dépeint ainsi dans ses Mémoires : « Tout son charme venait de son âme et pourtant rien n'égalait la pureté de ses traits ; son front était celui d'un ange, ses yeux bleus et un peu couverts, son nez noble et régulier comme sa bouche, ses dents admirables, son menton un peu avancé, son teint pâle et d'une extrême finesse, ses cheveux d'un blond que je n'ai vu qu'à elle... Tous ses mouvements étaient gracieux, mais de cette grâce idéale et véritable qui serait celle d'une statue antique qui sortirait du repos. Elle avait de longs yeux bleus, héritage de sa mère... » . C'est le coup de foudre. Il devient son amant en 1816, mais elle rompt brusquement sans explication en 1817. Ils renouent en 1821, mais, en , Cordélia entame une liaison passionnée avec François-René de Chateaubriand, quinquagénaire, ministre des Affaires étrangères, ancien ami de Molé devenu son adversaire politique et revenu au premier plan après l'assassinat du duc de Berry et le triomphe des ultras. Cette liaison prend fin vers et Molé, séparé de fait de son épouse, vivra à partir de 1827 de façon quasi-officielle, le mari allant de garnison en garnison s'accommode très bien de la situation, avec Cordélia qui s'est installée dans un modeste hôtel particulier, rue de la Ferme-des-Mathurins, où elle élève ses quatre enfants. « Sa relation avec Molé », écrit Charles de Rémusat, « était devenue le grand intérêt de son existence ; c'était son occupation, son amusement et son orgueilCharles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1959, T.3. p.170. ». Elle y tient un salon qui devient politique en 1836 avec le ministère de Molé. Pasquier, Broglie, Duchâtel, Rémusat, Guizot s'y rendent, mais l'on y trouve aussi Mérimée et Sainte-Beuve. Peu de femmes, la plus remarquable étant la duchesse de Talleyrand. Le duc de Broglie écrit dans ses Mémoires : « La littérature y faisait à propos diversion à la politique. de Castellane, très réellement instruite, en avait le goût et M. Molé n'oubliait jamais qu'il était de l'AcadémieJacques-Alain de Sédouy, Le comte Molé, Perrin, 1994, p.180. ».

Cordélia de Castellane fut le grand amour de Molé malgré les trahisons et les ruptures. À la mort de celle-ci, le , il écrit :

Monarchie de Juillet Après la révolution de 1830, le comte Molé est appelé le , sur la suggestion du duc de Broglie, au ministère des Affaires étrangères dans le premier ministère du règne de . Sans expérience de la diplomatie, mais grand seigneur et partisan de la paix, il travaille à faire reconnaître le nouveau régime par les puissances étrangères. Il adopte, non sans hésitation, le principe pacifique cher à Louis-Philippe de non-intervention. Mais, en raison de son impopularité et de différends avec ses collèguesMolé est d'une susceptibilité aiguë et supporte mal que l'ambassadeur à Londres, Talleyrand, corresponde directement avec le roi par l'entremise de Madame Adélaïde, n'envoyant à son ministre que de banales dépêches., il n'est pas maintenu dans le ministère Laffitte, le .

Lorsque le duc de Broglie démissionne du ministère des Affaires étrangères le , Thiers suggère au roi de faire appel à Molé pour lui succéder, mais Guizot, qui se juge affaibli par le départ de son ami du ministère et considère que l'entrée de Molé au gouvernement l'affaiblirait davantage, s'y oppose, ce dont Molé lui voulut beaucoup.