La philosophie des sciences est la branche de la philosophie qui étudie la définition, les fondements philosophiques, les méthodes et les implications de la science. Elle est également parfois désignée sous le terme d'« épistémologie ».

Elle s'intéresse aux objectifs que la science se propose d'atteindre, que ce soit de manière générale ou dans des domaines spécifiques (mathématiques, physique, biologie), ainsi qu'aux méthodes utilisées pour y parvenir. Elle examine également les principes fondamentaux qui guident la recherche scientifique. Un autre axe majeur de la philosophie des sciences concerne les relations entre différentes disciplines scientifiques : elle questionne leur interconnexion et la possibilité de leur unification. Enfin, elle se penche sur la relation entre la science et la réalité, analysant la portée et la justesse des affirmations scientifiques sur le monde réel.

Cette réflexion s'appuie sur la philosophie (métaphysique, ontologie, éthique) et l'histoire des sciences. Elle se distingue de la théorie de la connaissance qui porte sur la connaissance en général et non spécifiquement sur la connaissance scientifique.

Contours historiques de la philosophie des sciences La distinction entre la théorie de la connaissance et la philosophie des sciences est récente. Elle est due à l'apparition de la science moderne et à la constitution de la « science » comme un champ différent de la « philosophie ». Cette distinction n'a véritablement émergé qu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, bien que des ouvrages relevant de la philosophie des sciences aient été publiés au XIXe siècle.

L'émergence d'une science moderne ?

Depuis la fin du XIXe siècle, un important débat historiographique a opposé deux camps : d'un côté, ceux qui mettaient en avant la rupture marquant les débuts de la science moderne, incarnée au milieu du par la théorie de la révolution scientifique. De l'autre, une minorité soulignait plutôt les continuités entre la science scolastique, ainsi que la science arabe et antique, tel que Pierre Duhem.

La production de connaissance antiques et médiévales La connaissance antique et médiévale est marquée par une forte interconnexion entre les différentes disciplines, ainsi qu'une recherche constante de principes unificateurs et d'explications causales en faisant appel à l'observation, la mesure et la logique. Mais durant le moyen âge la production de savoir reste contrôlée par l'église et ce jusqu'au début du XVIe siècle. L'Église exerce son plein contrôle sur les lettrés, qui appartiennent majoritairement au clergé, la connaissance sont intégrées dans l'édifice scolastique, couronné par la théologie. Les savants médiévaux voulant réaliser, avec la scolastique, une synthèse entre la philosophie d'Aristote et le christianisme.

La constitution de la science en tant que discipline à part

L'avènement de la science en tant que discipline distincte est généralement lié à celui de l'astronomie à travers les découvertes de Nicolas Copernic ou de Galilée aux .

L'émergence de la philosophie des sciences

Origines et Précurseurs La tradition humaniste de la Renaissance fait remonter l'origine de la science aux penseurs présocratiques tels que Pythagore ou Thalès. Aristote quant à lui met en avant l'importance de l'observation empirique et de la classification des êtres vivants dans la biologie. Elle rejette au contraire l'héritage intellectuel de la période moyenâgeuse, bien que cette dernière soit également héritière de l'Antiquité classique. Thomas d'Aquin par exemple, s'appuie sur la philosophie aristotélicienne pour développer une théologie rationnelle, qui influence à son tour la pensée moderne.

Des penseurs précurseurs tels que David Hume, Emmanuel Kant et William Whewell ont formulé des réflexions influentes sur les connaissances scientifiques de leur époque. Cependant, ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que la philosophie des sciences est institutionnellement reconnue en tant que discipline distincte, marquée par l'établissement des premières chaires spécialisées en « philosophie inductive » ou en « théorie des sciences inductives ».

La constitution en une discipline portant uniquement sur la science

Les premières occurrences de l'expression « philosophie des sciences » sont liées à des tentatives de classification des sciences qui en respectent la diversité tout en affirmant leur unité, avec une vocation pédagogique accentuée et soutenant le discours du progrès.

Le terme « scientist » est ainsi inventé en 1833, et le terme « philosophie des sciences » à proprement parler est utilisé pour la première fois par André-Marie Ampère dans son Essai sur la philosophie des sciences en 1834, où il envisage les sciences comme autant de faits, et la philosophie des sciences consiste à découvrir l'ordre naturel de ces groupes. Au même moment, Auguste Comte propose une classification plus ample sous l'appellation de "philosophie des sciences" allant des mathématiques aux sciences biologiques, et à ce qui devient la sociologie.

En Angleterre, William Whewell introduit l'expression "The philosophy of science" dans le vocabulaire philosophique anglais en 1840 dans son grand livre The philosophy of inductive sciences, founded upon their history, qui présente cette philosophie des sciences comme "une vue complète de l'essence et des conditions de tout savoir réel".

Histoire

Le cercle de Vienne Les réflexions Cercle de Vienne, qui se réunit entre 1923 et 1936, marquent un tournant décisif dans l'évolution de la philosophie des sciences. Formé autour de figures telles que Moritz Schlick, Rudolf Carnap et Otto Neurath, ce groupe de penseurs promeut le positivisme logique, une approche visant à établir un fondement scientifique rigoureux pour la philosophie. Ils plaidnt pour l'élimination des métaphysiques spéculatives, insistant sur la vérification empirique des propositions et l'analyse logique du langage. Leurs travaux influencent profondément les normes de clarification conceptuelle et de rigueur scientifique, remodelant ainsi la manière dont les connaissances scientifiques sont évaluées et validées dans le champ philosophique.

Philosophie générale des sciences La philosophie générale des sciences, aborde les questions fondamentales posées par l'activité scientifique, indépendamment des disciplines spécifiques.

Problème de la démarcation

Paul Feyerabend dans son ouvrage. veut montrer qu'il n'y a pas une seule description de la méthode scientifique qui puisse être suffisamment large et générale pour englober l'ensemble des méthodes et approches utilisées par les scientifiques. Il a critiqué l'établissement d'une méthode scientifique normative, au titre qu'un tel procédé ne pourrait que ralentir, voire réprimer le progrès scientifique. Pour lui, le seul principe qui ne gêne pas l'activité scientifique est le laisser-faire. En effet aucune méthodologie (ni l'inductivisme, ni le réfutationnisme) ne s'accorde avec l'histoire de la physique.

Toutes les méthodologies ayant leurs limites, une seule règle survit, c'est « Tout est bon ». Mais cette affirmation ne veut pas dire faire n'importe quoi ! La méthodologie selon lui « peut » fournir des critères d'évaluation qui permettent aux scientifiques de prendre des décisions (ie: les Programmes de recherches chez Imre Lakatos), mais, en général, ils ne contiennent pas de règles qui leur disent ce qu'il « faut faire ».

Induction

Réfutabilité

Karl Popper, dans Conjectures et réfutations, utilise la réfutabilité comme critère de scientificité. Une théorie qui n'est pas réfutable, c'est-à-dire dont les prédictions ne peuvent être prises en défaut par l'expérimentation, n'est pas scientifique. Une science indépassable ne prouve rien.

Il n'est pas possible de déduire un énoncé général d'une série d'énoncés particuliers, mais il est tout à fait possible d'infirmer un énoncé général si un seul cas particulier est démontré faux. Trouver un cygne noir est une raison suffisante de dire que l'énoncé « tous les cygnes sont blancs » est faux.

La réfutabilité évince habilement le problème de l'induction, parce qu'elle n'utilise précisément pas de raisonnement inductif. Cependant, elle introduit une autre difficulté. Lorsqu'une observation contredit une loi, il est presque toujours possible d'introduire une extension théorique qui lui rend son caractère de vérité scientifique. Par exemple, il aurait suffi aux ornithologistes ayant trouvé un cygne noir en Australie de dire que ce n'en était pas vraiment un en construisant un nouveau Genre (biologie) ad hocL'exemple du cygne blanc est un exemple donné par Popper, voir La “falsifiabilité” chez Karl Popper, c’est quoi ?; date=8 mai 2026 ; auteur=Nicolas Tenaillon. Remarque : l'auteur N. Tenaillon fait aussi référence à David Hume 1748 : Enquête sur l'entendement humain..

Cohérence

Rhétorique de la science

Rasoir d'Ockham Le rasoir d'Ockham est une pierre de touche en philosophie des sciences. Guillaume d'Occam énonça qu'il faut toujours préférer la manière la plus simple d'expliquer un phénomène si on a le choix entre plusieurs possibilités valides. Lui-même ne dit rien sur la véracité intrinsèque d'un tel énoncé, mais souvent la manière la plus simple d'expliquer parfaitement un phénomène s'est révélée être finalement plus exacte que les propositions plus « complexes ».

Guillaume Lecointre. juge nécessaire de rappeler : « le principe de parcimonie ou principe d'économie d'hypothèses, implique que lorsque nous faisons une inférence sur le monde réel, le meilleur scénario ou la meilleure théorie sont ceux qui font intervenir le plus petit nombre d'hypothèses ad hoc, c'est-à-dire non documentées ».

Autonomie de la science

Besoin de philosophie et utilité

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Aurel David explique ainsi que ..

Pour le prix Nobel de physique Steven Weinberg, auteur de Le Rêve d'une théorie ultime (1997)Steven Weinberg, Le Rêve d'une théorie ultime, 1997, Odile Jacob. la philosophie des sciences est inutile car elle n'a jamais aidé la connaissance scientifique à avancer.

Responsabilité sociétale

Le philosophe Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) pointe la responsabilité que portent toutes les personnes de la société vis-à-vis des conditions d'application technique des sciences.

Les incidences de la science sur la société incitent la philosophe Isabelle Stengers à poser la question de la pertinence des savoirs scientifiques. Pour elle la réponse ne peut émaner que d’un débat démocratiqueIsabelle Stengers, Sciences et pouvoirs, La Découverte, 1997, et 107.

Pierre Bourdieu : "Puisque les savants sont censés produire de la vérité sur le monde [… il leur faut] restituer les acquis de la science dans les domaines où ces acquis pourraient contribuer de manière positive à résoudre des problèmes qui ont accédé à la conscience publique. Mais la fonction la plus utile, en plus d'un cas, serait de dissoudre les faux problèmes ou les problèmes mal posés. [… À la télévision], les faux philosophes [… prennent] au sérieux les faux problèmes [scientifiques proposés dans l'émission]. [… ⇒] il faudrait des commandos d'intervention philosophique rapide pour détruire les faux problèmes [scientifiques], pour faire du Wittgenstein dans la vie de tous les jours et spécialement dans les médias" .. La sociologie ? un sport de combat ? ! "Face à la TV, il faudrait une sorte de mouvement de résistance civique […] contre l'imposition généralisée de problématiques [aller voir directement les qualificatifs évoqués !]..