Jacques Soustelle, né le à Montpellier (Hérault) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un ethnologue, homme politique et académicien français.
D'abord homme de gauche, membre de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, il est ensuite député gaulliste, secrétaire général du RPF. Il est nommé gouverneur général de l'Algérie au début de la guerre d'Algérie. Il est plusieurs fois ministre (Information, Colonies) dans les années 1940-1950.
Partisan de l'Algérie française, il soutient l’OAS, rejoignant alors les opposants à Charles de Gaulle. Poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, il est expulsé en Suisse et passe six ans en exil, jusqu'à l'amnistie générale de 1968. Il revient ensuite en politique et retrouve un siège de député en 1973. Il est élu à l’Académie française en 1983.
En 1989, la chute du dictateur paraguayen Alfredo Stroessner, auquel il était lié, entraîne des révélations concernant son implication dans un scandale financier ; le Paraguay renonce à le poursuivre compte tenu de son état de santé.
En 2025, la presse française redécouvre la poétesse Françoise Quintin-Ryszowska, filleule du maréchal Jean de Lattre de Tassigny, et découvre son rôle dans les réseaux favorables à l’Algérie française et à l’Organisation de l'armée secrète (OAS), notamment à partir de plusieurs dossiers des Renseignements généraux déclassifiés, qui la présentent comme « agent de liaison » de Jacques Soustelle . Selon les mêmes documents, ainsi qu'un article du journal L'Humanité, elle aurait notamment hébergé celui-ci dans l’une de ses résidences et effectué des déplacements pour son compte.
Biographie Famille Jacques Soustelle est issu d'une famille protestante d'origine cévenole et ouvrièreDevenu agnostique lors de ses études supérieures, Jacques Soustelle conserve un attachement pour le protestantisme dont il parle parfois au cours de sa carrière, qui le conduit à se rendre devant l'Assemblée annuelle du Christianisme social en 1955 pour défendre l'auto-détermination algérienne, et à faire organiser un service religieux protestant pour ses obsèques. Voir l'ouvrage de Geoffrey Adams : The Call of conscience: French Protestant responses to the Algerian War (1954-1962), Wilfrid Laurier University Press, 1998, , 296 pages, (lire en ligne).. Il est le fils de Jean Soustelle (1886-1945), comptable, et de Germaine Blatière (née en 1888). Son père quitte le foyer familial au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Du fait de l'absence de son père, il est élevé « aux limites de la modestie et de la pauvreté » par sa mère, ses tantes et grand-tantes maternelles, ainsi que par son grand-père, qui meurt en 1918.
Ethnologue américaniste Élève brillant, Jacques Soustelle suit des études primaires à Villeurbanne puis, en 1920, grâce à une bourse, intègre en huitième le lycée du Parc à Lyon, où il fait ses études secondaires en lettres et philosophie — il obtient le prix national de philosophie au concours général devant Maurice Schumann, et son baccalauréat avec mention « très bien » en 1928.
Après une seule année de préparation, il est reçu dès l'année suivante, à l'âge de dix-sept ans et demi, premier au concours de l’École normale supérieure, devant Jean Bérard et Victor-Henry Debidour.
Jacques Soustelle est diplômé d’ethnologie en 1930 (18 ans), agrégé de philosophie (reçu premier en 1932)« Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 », Ressources numériques en histoire de l'éducation ; consulté le 2 janvier 2022. et docteur ès lettres en 1937 (25 ans). En ces années 1930, il a pour condisciples Georges Pompidou, Léopold Senghor, Henri Queffélec, Thierry Maulnier, Victor-Henry Debidour. Mais il fraye peu avec ses camarades. Il préfère vivre en solitaire dans une petite chambre de bonne. Il sort peu, lit beaucoup. Pour les vacances, il revient toujours à Lyon.
Il se marie le à Caluire avec Georgette Fagot, de deux ans son aînée, alors étudiante en histoire-géographie à l'université de Lyon.
Disciple de Paul Rivet, qu'il admirait, il étudie la vie des Indiens Lacandons et la survivance de la civilisation maya dans le monde contemporain.
Jacques Soustelle est polyglotte, parle et a une bonne connaissance des langues mayas. Il travaille en collaboration avec sa femme Georgette, également ethnologue. Ensemble, de à , ils étudient la société des Otomi. Ces travaux font l'objet d'une importante thèse — La famille otomi-pame du Mexique central — publiée dans la collection des Travaux et Mémoires de l'Institut d'ethnologie en 1937, après Mexique, terre indienne en 1936.
Il est nommé sous-directeur du musée de l'Homme par Paul Rivet en 1938 et chargé de cours au Collège de France, à l’École nationale de la France d'outre-mer, ainsi que professeur à l’École pratique des hautes études à partir de 1951.
Par la suite, il a de nombreuses occasions de poursuivre ses travaux sur les civilisations du Mexique, notamment durant son exil.
Entre 1980 et 1985, en tant que directeur du Centre d'études et de recherches anthropologiques à l'université de Lyon-II, il dirige des fouilles au Nayarit (Mexique).
Président du Groupe PACT, il est chargé de coordonner, sous l'égide du Conseil de l'Europe, les techniques appliquées à l'archéologie dans dix-sept pays européens.
En 1980, le gouvernement mexicain lui décerne le titre d'commandeur de l'ordre de l'Aigle aztèque et, en 1981, il reçoit le prix international Alfonso-Reyes.
Intellectuel pacifiste d'avant-guerre
Marxiste internationaliste (anti-stalinien), il participe aux revues Masses, Spartacus (dirigées par René Lefeuvre), parfois sous le pseudonyme de Jean Duriez. En , il écrit dans L'Humanité son premier article d'ethnographie destinée au grand public..
Il est également membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA)Contrairement à ce qu’affirment beaucoup de ses notices biographiques, par exemple le , Jacques Soustelle n'a jamais appartenu à la direction du CVIA.. Jacques Soustelle est alors pacifiste de conviction, comme une bonne partie des intellectuels de la gauche de l’entre-deux-guerres.
Il dénonce pourtant en 1938 les accords de Munich. Il devient l'un des secrétaires généraux avec Jacques Solomon de l'Union des intellectuels français pour la justice, la liberté et la paix (UDIF), en opposition au CVIA. Il garde longtemps une réputation d’homme de gauche, ce qui le rendra suspect aux yeux des ultras de l’Algérie française.
Se trouvant au Mexique au moment de la déclaration de guerre, il rentre en France pour y être mobilisé et il est renvoyé en comme chargé de mission à Mexico, où il devient l'adjoint de l'attaché militaire français en .
Choix de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale
Opposé à l'armistice du 22 juin 1940, il rejoint immédiatement les Forces françaises libres (FFL) à Londres. Le général de Gaulle le charge d'organiser un comité de soutien au Mexique, puis après un voyage à Londres en et , de superviser ces comités dans toute l'Amérique latine.
Ses efforts permettent de rallier de nombreux Français d'outremer, et ils court-circuitent la diplomatie pétainiste dans l'ensemble du continent.
Commissaire à l'information de la France libre vignette|redresse|gauche|Jacques Soustelle en 1945. Il entre ensuite au Comité national français de Londres (Gouvernement de la France libre, puis de la France combattante), où il assume le Commissariat national à l'information en 1942Il cède sa place en 1943 à Henri Bonnet.. Il dirige alors les services de presse, notamment Radio Londres sur les ondes de la BBC avec l'émission Honneur et Patrie animée par le porte-parole de la France libre, Maurice Schumann avec qui il doit partager un appartement.
Jacques Soustelle contrôle également à l'époque Radio Beyrouth, Radio Brazzaville, Radio du Cameroun, Radio Nouméa et Radio Papeete. Il supervise La lettre de la France combattante et des cycles de conférences à travers l'Angleterre.
Les bureaux du commissariat ont dû alors déménager au 1 Carlton Gardens, non loin des bureaux du Comité, au 4 Carlton Gardens à Londres..
Directeur des services de renseignement Membre du cabinet de Charles de Gaulle, il est nommé à Alger le , à la tête de la Direction générale des services spéciaux (DGSS). Il s'efforce de réaliser la fusion de l'ancien BCRA de la France libre avec le Service de renseignements d'Alger afin d'intervenir aux côtés de la Résistance intérieure.
Il est surnommé Gros Matou ; certains considèrent qu'avoir dirigé les services de renseignement constitue sa « tache originelle », selon son biographe Marc Francioli.
Après la Libération de Paris, il conserve la direction des services spéciaux, réorganisés en Direction générale des études et recherches (DGER) de 1943 à 1944 par le Comité français de la Libération nationale. Il y reste jusqu'en et est brièvement nommé Commissaire régional de la République (préfet) à Bordeaux à la Libération, en remplacement de Gaston Cusin en .
Ministre du gouvernement provisoire de la République française vignette|gauche|redresse|Jacques Soustelle en 1945. Ministre de l'Information dans le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) le , il rejoint l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). Il est Comme à la même époque, et au même endroit Robert Buron. en Mayenne, soutenu par Francis Le Basser et Jacques Foccart. Yves Grosrichard le suit dans sa campagne en Mayenne. Il est le seul éluPour Robert Buron : avec 20 % des voix dans une liste composée de trois résistants et sous l'étiquette Union républicaine et sociale et d'Action paysanne. Il devient député à la Assemblée constituante. Il est ministre des Colonies le dans le GPRF. Après la démission du général de Gaulle, il quitte le gouvernementFélix Gouin lui aurait, selon lui, proposé le ministère de l'Éducation nationale.. Député sortant, il conduit une liste Rassemblement des gauches républicaines (RGR), et est battu en juin 1946Il ne se représente pas en novembre 1946. Sa défaite provoque la démission du maire de Laval, Francis Le Basser.. Il n'a pas réussi à s'implanter localement contrairement au démocrate chrétien Robert Buron.
Engagement gaulliste au RPF Il soutient l’action du général de Gaulle. Il est à ses côtés lors du discours de Strasbourg amenant la création du Rassemblement du peuple français (RPF). Le général de Gaulle lui confie au début de 1947 l’organisation du RPF. Il en devient le premier secrétaire général de 1947 à 1951. Soustelle y défend une opposition intransigeante aux partis de la Troisième Force.
Sur les terres d'Édouard Herriot, il est élu député RPF du Rhône en juin 1951. Il prend la présidence du groupe parlementaire RPF à l’Assemblée nationaleCe groupe est composé de 120 députés sans grande expérience parlementaire. Dans l'opposition, le RPF vit un véritable ostracisme de la part des autres partis politiques alors que certains de ses parlementaires tentent, malgré tout, de renouer les contacts contre l'avis du général de Gaulle qui refuse toute compromission.. Lors d'une crise ministérielle en , pressenti pour prendre la présidence du ConseilIl ne refuse pas la possibilité de former un gouvernement en acceptant d'engager des consultations à la demande de Vincent Auriol., il doit renoncer sur l'injonction du général de Gaulle, qui refuse toute compromission. Il est considéré comme partiellement responsable des dissensions au sein du RPF qui, le , aboutissent à la scissionVingt-sept députés RPF votèrent l'investiture du gouvernement d'Antoine Pinay contre l'avis du général de Gaulle. Ils sont alors exclus.. Il est élu conseiller municipal à Lyon en 1953. Député influent, il vote l'investiture de Pierre Mendès France le .
Gouverneur général de l'Algérie thumb|redresse|Jacques Soustelle en tenue de gouverneur de l'Algérie.