Walter Model est un Generalfeldmarschall allemand de la Seconde Guerre mondiale, né le à Genthin (province de Saxe) et mort par suicide le dans les bois près de Ratingen (Allemagne).

Il est connu pour son rôle dans les batailles défensives de la deuxième moitié de la guerre, essentiellement sur le front de l'Est mais également sur celui de l’Ouest et pour son engagement inconditionnel auprès d'Adolf Hitler et du national-socialisme. Il est considéré comme le meilleur tacticien défensif de la Wehrmacht.

Jeunesse Model ayant décidé de brûler tous ses documents personnels à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on sait peu de choses sur sa jeunesse. Fils d'un professeur de musique de Genthin dans la région de Saxe prussienne de l'Empire allemand, il appartient à une famille non militaire de la classe moyenne inférieure. Il est admis à l'école des Cadets (Kriegsschule) de Neisse en 1908 où il se révèle un élève moyen et devient lieutenant dans le en 1910. Il se fait peu d'amis parmi ses collègues officiers et se fait rapidement connaître par son ambition, son entrain et son franc-parler, des caractéristiques qui sont restées les siennes tout au long de sa carrière.

Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, le d'infanterie fait partie de la qui sert sur le front de l'Ouest. Model commence la guerre en tant qu'officier adjoint du de ce régiment. En , il est gravement blessé près d'Arras : il obtient la croix de fer de en . Ses actions attirent l'attention du commandement qui, malgré des doutes concernant ce « subordonné pénible », recommande Model pour un poste à l'état-major de l’armée, où il se retrouve affecté. En conséquence, Model participe uniquement au début de la bataille de Verdun et évite le carnage de la bataille de la Somme dans laquelle son unité est engagée.

Model reste quelque temps à l'état-major avant de revenir comme officier adjoint dans la d'infanterie de la puis comme commandant de compagnie dans la d'infanterie et le de grenadiers. Il est promu capitaine en .

En 1918, il est assigné à l'état-major de la division de réserve « Ersatz » qui participe à l'offensive du Printemps. Il termine la guerre au sein de la de réserve.

Entre-deux-guerres À la fin de la guerre, Model a acquis une réputation d'officier efficace avec un grand potentiel. Dès le début de sa carrière militaire, il écrit un livre sur le général prussien August Neidhardt von Gneisenau. Il est alors repéré par Hans von Seeckt, le chef de la nouvelle Reichswehr, durant son passage à l'état-major et est fortement recommandé par le major général Franz von Rantau de la de réserve. Il n'est donc pas surprenant qu'il ait été l'un des à demeurer au sein de la Reichswehr. Model se tient à l'écart de la politique dans la période chaotique qui suit la création de la république de Weimar même s'il est impliqué, en tant qu'officier de l'armée, dans la répression sanglante d'un soulèvement communiste dans la Ruhr en 1920.

L'année suivante, il épouse Herta Huyssen avec qui il a trois enfants, Christa, Hella et Hans-Georg. Model a toujours détesté les récits de guerre et n'a jamais parlé de politique ou de guerre avec son épouse.

En 1925, Model est assigné à la d'infanterie mécanisée, une unité d'élite de la Reichswehr largement impliquée dans les innovations tactiques et technologiques de cette période. À partir de 1928, il enseigne les tactiques et l'histoire militaire aux jeunes officiers de l'état-major et en 1930, fort de cette expérience, il est transféré au département d'entraînement des forces armées. Il devient alors connu pour son soutien enthousiaste à la modernisation de l'armée mais également pour son manque complet de tact. Après être devenu général de brigade en 1938, il organise un test du canon Mörser de sur une maquette des fortifications tchécoslovaques qui n'impressionne pas Hitler. Comme de nombreux officiers de l'époque, Model se montre favorable au nazisme. À Berlin, il entre en contact avec des membres influents du régime nazi dont Joseph Goebbels et Albert Speer avec qui il reste en relations étroites durant la guerre.

Seconde Guerre mondiale Model passe la première année de la Seconde Guerre mondiale en tant que chef d'état-major, d'abord du IV. Armee-Korps durant la campagne de Pologne puis de la lors de la bataille de France. Il est promu GeneralleutnantÉquivalent en France de général de division. en et est affecté à la tête de la en . Il commence immédiatement par ignorer toutes les formalités du commandement, ce qui le rend populaire parmi ses hommes mais exaspère son état-major qui doit souvent ranger le désordre qu'il laisse derrière lui. Il met également en place un programme d'entraînement à la combinaison des armes dans lequel ses unités doivent être assemblées en groupements tactiques sans liens avec leur corps d'appartenance : les tankistes doivent s'entraîner avec l'infanterie, le génie avec les unités de reconnaissance et ainsi de suite. Model anticipe en cela le principe de Kampfgruppe, organisation de combat qui devient couramment utilisée à partir de 1943.

Invasion de l'Union soviétique

gauche|vignette|Avancées allemande durant l' de à . Pour l', la est affectée dans le XXIV. Panzer-Korps du Panzergruppe 2 de Heinz Guderian. L'offensive commence le et Guderian presse ses unités de progresser le plus rapidement possible dans le territoire soviétique, ce qui convient parfaitement à Model. Pressé de contrôler le pont de Koden, sur le Bug, il lance ses unités une demi-heure avant le début des opérations. Le , ses avant-gardes atteignent le Dniepr, un exploit qui lui vaut la croix de chevalier de la croix de fer. La traversée du fleuve se révèle cependant plus difficile, l'Armée rouge s'étant retranchée de l'autre côté. Les premières tentatives sont repoussées par la soviétique et ce n'est que le que les Allemands sont en mesure de traverser en force. Pour cette opération, Model réorganise son commandement en trois groupes : une force d'infanterie qui franchirait le fleuve pour établir une tête de pont, un groupe blindé qui exploiterait la tête de pont pour poursuivre l'avancée et une formation de soutien regroupant presque toutes les pièces d'artillerie. Le plan se déroule à merveille et la traversée est rapidement réalisée sans pertes excessives. Durant les deux semaines qui suivent, Model repousse les offensives soviétiques contre ses flancs et reçoit le soutien de la de cavalerie qui, avec la de panzers, forme le « Gruppe Model » ; il lance ensuite une attaque contre les troupes soviétiques massées près de Roslavl.

Après la chute de Smolensk en , Hitler remet en cause l'avancée sur Moscou et ordonne au groupe blindé Guderian de s'orienter vers le sud et d'entrer en Ukraine. L'encerclement des forces soviétiques défendant Kiev et menaçant les flancs allemands constitue alors l'objectif principal de ces manœuvres en Ukraine. La de panzers est à nouveau à la pointe de l'offensive et du au , Model réalise une progression fulgurante de sur l'arrière du front du Sud-Ouest soviétique et imprime dans l'esprit de ses hommes que la vitesse constitue l'élément le plus important de l'offensive. La manœuvre permet de rejoindre la de panzers du groupe d'armées Sud à Lokhvytsia, fermant ainsi la poche où se trouvent plus de soviétiques

Au début de l', Model a surmené ses hommes et parvient ainsi à atteindre le rythme de progression rapide demandé par Guderian. Il prend de gros risques puisqu'à un moment, la ne compte plus que dix chars opérationnels mais son audace et son habileté tactique ainsi que l'incompétence de ses adversaires ont produit des résultats spectaculaires.

Moscou

vignette|Model (au centre) discute avec l’Oberleutnant (lieutenant) Ernst-Georg Buchterkirch (en uniforme sombre des Panzertruppen). Russie, . Peu après Model est promu General der Panzertruppe et reçoit le commandement du blindé qui participe à l' visant à prendre Moscou. L'attaque avait commencé le et Model arrive à sa nouvelle affectation le au milieu de la bataille.

Le corps, faisant partie du Panzergruppe 3 du général Georg-Hans Reinhardt, se trouve alors à Kalinine à au nord-ouest de Moscou. L'unité est épuisée et les lignes de ravitaillement sont tellement tendues que Model, promu le , met deux semaines pour rejoindre Kalinine. Même si le froid commence à entraver l'offensive allemande, le moral des hommes est élevé et entretenu par la perspective de prendre Moscou. Model se démène comme un diable et se rend fréquemment sur le front pour encourager ses hommes à fournir l'effort final ; il ignore complètement les subtilités du protocole et de la chaîne de commandement et laisse généralement son état-major régler hâtivement les détails. Le , la de panzers arriva à Iohnca à seulement du Kremlin. L'avancée allemande est néanmoins stoppée car les températures descendant jusqu'à font geler l'essence et les armes.

Quelques jours après l'arrêt de l'offensive allemande, les fronts soviétiques de Kalinine, de l'Ouest et du Sud-Ouest lancent une contre-offensive massive visant à repousser le groupe d'armées Centre. L'attaque fut particulièrement violente contre le qui fait partie des unités les plus avancées. Après trois semaines de combats confus et féroces, Reinhardt parvient à sortir ses troupes d'un possible encerclement et à se replier derrière la . Chargé de couvrir la retraite, le style de commandement dur voire brutal de Model est efficace pour empêcher la panique de se propager dans les unités allemandes. À plusieurs occasions, il restaure l'ordre aux intersections bloquées en sortant un pistolet, malmenant puis réconfortant les hommes placés sous ses ordres ; la retraite ne se transforma pas en déroute.

Durant cette période, Model note que les attaques soviétiques, souvent des assauts frontaux mal coordonnés, se révèlent plus efficaces quand les Allemands adoptent une défense par points forts plutôt qu'une ligne continue. De plus, la logistique soviétique se montre encore incapable de soutenir une progression rapide ; par conséquent, même si le front est percé, cela n'est pas automatiquement une catastrophe. Il ordonne donc à ses hommes de se disperser et il crée de petits corps mécanisés capables de repousser toute percée. Ses tactiques se révèlent efficaces, bien que coûteuses en hommes et à la fin de , la de panzers ne compte plus que en intégrant les unités de combat, de ravitaillement et l'état-major. Il continue à défendre l'utilisation de tactiques similaires tout au long de la guerre.

Rjev

La résistance de Model sur ce front n'est pas passée inaperçue et en , il est placé à la tête de la occupant le saillant de Rjev malgré la présence d'au moins quinze commandants plus expérimentés dans le seul groupe d'armées Centre. Juste avant son départ pour le front, le nouveau commandant de l'armée a eu de longs échanges avec Hitler et Franz Halder. Ils lui font bien comprendre que la plus grande fermeté serait nécessaire pour empêcher la destruction de l'armée et sa véhémence en retour avait tellement impressionné qu'après le départ de Model, Hitler remarque : .