Gueorgui Apollonovitch Gapone (en , ), né le (gouvernement de Poltava, Empire russe) et mort le à Ozerki dans la banlieue de Saint-PétersbourgOzerki est incluse dans la ville de Saint-Pétersbourg depuis 1963., est un prêtre orthodoxe russe.

Le directeur de la police Sergueï Zoubatov, initiateur de sociétés ouvrières sous contrôle, lui demande instamment de veiller sur les ouvriers de Saint-Pétersbourg, quand il est obligé de quitter la capitale en 1903. Gapone organise avec eux le Collectif des travailleurs russes de Saint-Pétersbourg. Très populaire, grâce à son éloquence et ses dons d'organisateur, il est l'inspirateur de la pétition des travailleurs de Saint-Pétersbourg du 9 janvier 1905 et le meneur de la manifestation lors de la journée du Dimanche rouge qui constitue le début de la première révolution russe de 1905-1907.

Après le , il est l'organisateur de la Conférence de Genève de 1905, conférence conjointe de partis révolutionnaires de Russie en , en vue de préparer conjointement un soulèvement armé en Russie. Il est fondateur de l'organisation Union des travailleurs de toute la Russie. En octobre-, il dirige le Collectif des travailleurs russes de Saint-Pétersbourg, remis en activité après le Dimanche rouge. Il est allié du comte Sergueï Witte, partisan des réformes accordées dans le Manifeste du 17 octobre 1905 et opposant aux méthodes de la lutte armée. En , il est tué dans la banlieue de Saint-Pétersbourg à Ozerki (Saint-Pétersbourg) par un groupe de combattants du Parti socialiste révolutionnaire, qui l'accuse de collaboration avec les autorités et d'être traître vis-à-vis de la révolution. Après la chute de l'Union soviétique, les recherches historiques ont dissipé le mythe selon lequel Gapone était un agent provocateur de l'Okhrana.

Biographie Jeunesse et sacerdoce vignette|redresse|Gueorgui A. Gapone. Fils d'un modeste fermier du village de Beliki, dans le gouvernement de Poltava (Empire russe, actuellement en Ukraine) et d'une mère analphabète, Gapone naît en 1870 dans une famille extrêmement pieuse. Son nom de famille provient d'une variante ukrainienne du mot Agathos qui signifie bien, bon (en grec ancien adjectif : Ἀγαθός; nom propre : Ἀγάθων et en slavon d'église : Агаѳѡ́нъ) Secrets et histoire de Gapone Тайны и истории фамилий: Гапонов.. Selon la légende familiale, les ancêtres mâles de Gapone étaient des Cosaques zaporogues. Le père de Gapone, Apollon Fiodorovitch, était un paysan enrichi, il jouissait d'un grand respect de la part des villageois et avait été choisi comme commis de volost. Sa mère était une paysanne illettrée.

Gapone passe son enfance dans son village natal, il s'y occupe de travaux agricoles et aide ses parents en gardant des brebis, les veaux et les cochons. Enfant, il est très religieux et éprouve un penchant pour le mysticisme; il aime écouter des récits sur la vie des saints et rêve, comme eux d'accomplir des miracles. Il est très impressionné par l'histoire de saint Ilya de Novgorod, dont la légende disait qu'il avait réussi à capturer un démon et à l'amener à Jérusalem. Gapone se met à rêver qu'il attrape un démon. À l'âge de 7ans, il entre à l'école primaire, où il montre de grandes capacités d'étude. Suivant les conseils du curé du village, ses parents décident d'envoyer leur fils dans une école religieuse. Après avoir réussi l'examen d'entrée, Gapone entre en classe de deuxième de l'école de théologie de Poltava. Il s'y fait remarquer par sa curiosité et devient l'un des meilleurs étudiants. Le professeur Ivan Tregoubov (1858-1931), ancien participant au mouvement tolstoïen, donne à Gapone des textes en principe interdits de Léon Tolstoï, ce qui exerce sur lui une grande influence.

vignette|266x266px|gauche|L'évêque Ilarion. Après avoir obtenu son diplôme à l'école de théologie, Gapone entre au séminaire théologique de Poltava. Pendant ses études au séminaire, il est influencé par un autre tolstoïen, Isaac Feïnerman, originaire de Iasnaïa Poliana. Gapone poursuit ses études au séminaire mais entre en conflit avec la direction de celui-ci du fait qu'il exprime ouvertement ses idées tolstoïennes. Il est menacé de suppression de bourse, ce à quoi il répond qu'il la refuse de son propre gré, et il commence à gagner sa vie en donnant des leçons particulières. En 1893, il termine ses études avec succès au séminaire, mais du fait du conflit avec la direction il n'obtient pas le certificat lui donnant le droit d'entrer à l'université de Tomsk. Il commence alors à travailler au service des statistiques du zemstvo et continue à donner des leçons particulières.

En 1894, Gapone épouse la fille d'un commerçant et sur son conseil décide de devenir membre du clergé. Il fait part de son intention à l'évêque de Poltava, Ilarion, et celui-ci lui promet de le protéger en lui disant qu'il a bien besoin de gens tels que lui. La même année, Gapone est ordonné comme diacre d'abord, puis comme prêtre. Par décision de l'évêque Ilarion, il devient prêtre de l'église paroissiale de Tous les Saints au cimetière de Poltava. Comme prêtre, Gapone fait preuve d'un talent remarquable de prédicateur, et beaucoup de gens viennent écouter ses sermons. Il essaye de faire correspondre sa vie à ses principes chrétiens, accepte de célébrer des services religieux gratuitement pour les pauvres. Durant ses temps libres, il organise des discussions sur des thèmes religieux, qui rassemblent de nombreux auditeurs. La popularité croissante du jeune prêtre l'entraîne dans un conflit avec les prêtres des paroisses voisines, qui commencent à dire qu'il leur prend des fidèles paroissiens. Gapone, quant à lui les traite de pharisiens et d'hypocrites.

En 1898, la jeune épouse de Gapone décède inopinément de maladie. Il reste avec ses deux enfants, Maria et Alekseï. Cet événement a marqué un tournant dans la vie de Gapone. Pour se libérer de ses tristes pensées durant son deuil, il part pour Saint-Pétersbourg et entre à l'Académie théologique de Saint-Pétersbourg. Bien que son diplôme de second degré ne suffise pas pour y entrer, il réussit à obtenir l'appui de l'évêque Ilarion, qui entretient des relations amicales avec le procureur en chef du Saint-Synode, Constantin Pobiedonostsev. Avec sa lettre de recommandation d'Ilarion, Gapone se rend chez Pobiedonostsev et grâce à la protection de l'adjoint du procureur en chef, Vladimir Sabler il entre en première année d'académie. vignette|256x256px|Serge de Moscou (Stragorodski), évêque. Toutefois, les études à l'académie de théologie déçoivent rapidement Gapone. Dans les matières enseignées il ne voyait que la scolastique ennuyeuse qui ne lui donnait pas de réponse sur le sens de la vie. Atteint dans son équilibre émotionnel, Gapone abandonne ses études et part se refaire une santé en Crimée en 1899. Là, il visite les monastères de la région et se demande s'il ne deviendrait pas moine. Mais il finit par abandonner l'idée parce que la vie monastique lui semble incompatible avec le service à la population. Sa rencontre avec le peintre Vassili Verechtchaguine a eu une grande influence sur lui. Le peintre lui conseille d'abandonner la vie ecclésiastique et de se mettre au service du bien du peuple. Gapone est également marqué par sa rencontre avec le journaliste arménien libéral .

Début de l'activité sociale vignette|gauche|237x237px|Église Notre-Dame de la miséricorde à Saint-Pétersbourg. De retour à Saint-Pétersbourg, Gapone commence à participer à des missions de bienfaisance et à la prédication chrétienne dans le monde des travailleurs. À cette époque, à Saint-Pétersbourg, la Société religieuse et morale des lumières, dirigée par l'archevêque Philosoph Ornatski, développe des activités et Gapone est invité à y prendre part. En 1899, il commence à s'exprimer comme prédicateur à l'église Notre-Dame de la Miséricorde dans le quartier de Gavane [du port] sur l'île Vassilievski. Le staroste de cette église est à cette époque Vladimir Sabler (1845-1929) futur successeur de Pobiédonostsev.

Les sermons de Gapone rassemblent de nombreux auditeurs et souvent l'église ne peut contenir tous ceux qui veulent l'écouter qui sont parfois . Le quartier de Gavane est le lieu de réunion des clochards de Saint-Pétersbourg, et Gapone passe souvent des journées entières à parler avec ceux-ci notamment de la pièce de Maxime Gorki, Les Bas-fonds. Dans ses sermons, il part souvent de l'idée que le travail est le fondement du sens de la vie, et il essaye de faire prendre conscience à ses auditeurs de leur dignité humaine. Mais Gapone n'est pas satisfait de ses activités de prédication. Face aux pauvres, il se demande comment aider vraiment ces gens pour qu'ils retrouvent une vie humaine. vignette|gauche|231x231px|Jean de Cronstadt.

À cette époque, Gapone réalise son premier projet d'assistance mutuelle. Il se propose de fonder Une société des adeptes des jours de fêtes chrétiennes dont le but serait d'unir les croyants dans une fraternité orthodoxe. La charte de cette société est écrite par Gapone et comprend des articles sur l'assistance matérielle mutuelle de ses membres. Cependant cette charte n'est pas acceptée par les autorités de l'église et Gapone abandonne ce projet.

En 1900, Gapone est nommé aumônier de l'orphelinat Sainte-Olga, et de la Croix bleue. Ces établissements sont soutenus par des gens de la haute société et bientôt le jeune prêtre gagne en popularité dans les milieux de la cour. Selon Gapone, il exerçait une influence particulière sur les dames de la Cour, qui voyaient en lui comme un prophète, appelé à révéler de nouvelles vérités et à révéler le sens secret de l'enseignement du Christ. À diverses reprises Gapone est invité à officier pour les cérémonies de fêtes de saint Jean de Cronstadt, qui a eu une grande influence su lui. À d'autres occasions, Gapone concélèbre la liturgie en même temps que le recteur de l'académie de théologie, le futur patriarche Serge de Moscou (Stragorodski). Il assiste aussi souvent aux réunions du cercle philosophique et religieux de Saint-Pétersbourg. En même temps il continue à travailler parmi les ouvriers et les pauvres de Saint-Pétersbourg, chez qui il acquiert bientôt une immense popularité. Il lui arrive souvent de prendre la défense des pauvres, victimes de diverses injustices, ce qui lui vaut le dédain et l'hostilité de la part des tenants du pouvoir.Quand il se heurte à l'opposition des officiels, Gapone répète : .

droite|232x232px|vignette| Le métropolite Antoni (Vadkovski). En 1902 Gapone rédige un nouveau projet de fonctionnement d'institution de bienfaisance. Ce projet envisage la création de colonies de travail pour la réhabilitation des clochards, projet qui a servi à la Maison du travail de Kronstadt. Sur ce thème, Gapone écrit un rapport à soumettre à l'impértrice Alexandra Fiodorovna (épouse de Nicolas II). Le rapport est approuvé par le gradonatchalnik (maire) Nikolaï Kleïgels.

L'été 1902, en raison d'un conflit avec le conseil d'administration, Gapone est démis de ses fonctions d'aumônier de la Croix bleue. Quand le conflit s'aggrave, Gapone monte ses ouailles contre le conseil d'administration. Selon le témoignage de son confrère Mikhaïl Popov, Gapone était renommé pour sa capacité à diriger des foules. Les gens commencent à proférer des menaces contre les administrateurs et on leur jette des pierres dans la rue. En quittant sa fonction à l'orphelinat, Gapone emmène avec lui Alexandra Ouzdaliova qui a terminé ses études. Celle-ci devient ensuite son épouse civile (selon les canons de l'église orthodoxe, un prêtre veuf ne pouvait pas se remarier à l'église). La même année il est exclu de troisième année d'académie théologique, en raison du fait qu'il n'a pas réussi l'examen de passage entre les académies. Le président du conseil d'administration Nikolaï Anitchkov envoie une lettre de dénonciation au département de la sécurité et Gapone y est convoqué pour interrogatoire. Cet événement est la raison qui lui fait faire connaissance avec le département de la police.