Le prieuré de Val Duchesse (en néerlandais : Hertoginnedal) est un couvent de religieuses dominicaines du , établi dans la vallée de la Woluwe, à Auderghem, en Belgique, fermé par le pouvoir révolutionnaire en 1796, ce qui en reste passe entre les mains de personnes privées au avant de devenir propriété de l'État belge en 1930. Le prieuré et son domaine sont maintenant souvent utilisés pour d'importantes réunions et colloques nationaux ou internationaux.
Origine de la fondation thumb|left|150 px|Adélaïde de Bourgogne, d'après son sceau de chasse. En 1262, la duchesse Adélaïde de Bourgogne, fonde la communauté religieuse de Val Duchesse, qui est généreusement dotée selon la volonté de sa fondatrice. Les dominicaines sont appelées sœurs blanches en raison de la robe de laine blanche et du capuchon blanc qu’elles portaient.
Situé à proximité du hameau d’Auderghem, le couvent s’installe sur une colline en pente douce au bord d’un grand lac. La chapelle Sainte-Anne existait avant le prieuré et devient sa propriété dès sa fondation. Petit oratoire roman du début du , elle comprend une nef unique et un clocher carré (1250).
Dès 1273, , fils d’Adélaïde, offre à la nouvelle fondation (soit ) de la forêt de Soignes pour permettre son installation. Une partie des bois recensés au XVIIe siècle montre un territoire qui s'étend à Woluwe-Saint-Pierre, entre le bois de Varenberg et la forêt de Soignes. Il lui cède également un moulin à eau à proximité contre un modique cens. En 1411, le prieuré possédait des terres et des immeubles dans plus de . Outre ces immunités, le prieuré reçoit le patronat des églises de Watermael, Ekeren et Orten. Le pape leur confère même le droit de revêtir des prêtres et des clercs de l’habit de saint Dominique et de leur octroyer les cures en question.
La clôture s’étend sur quelque comprenant plusieurs étangs de la Woluwe où l’on élève des carpes dont la chair est très appréciée.
En 1496, le prieuré compte professes, six converses, trois confesseurs, le prévôt, son clerc et plusieurs ouvriers laïques. Le prieuré n’est, en théorie, accessible qu’aux filles nobles. Il arrive toutefois fréquemment, sous la pression de notables, qu’elles soient forcées d’accueillir des enfants illégitimes. C’est devenu tellement fréquent qu’elles s’en plaignent à Philippe le Bon qui, en 1444, défend strictement d’admettre des sœurs qui ne seraient pas nées légitimes. La prieure porte le titre de dame de Watermael, de Ekeren et possède de plein droit d’importants privilèges.
Les affres des guerres de religion
Le couvent connut une période de grande prospérité jusqu’aux troubles religieux et politiques du , qui obligèrent les religieuses à se réfugier à Bruxelles, en 1562, et en 1567, le couvent fut incendié. En 1578, les moniales durent une seconde fois se replier à Bruxelles. Ce n’est qu’à partir 1585, que la reconstruction du couvent put être reprise.
Alors qu’il avait été préservé de toute agression pendant les 3 premiers siècles de son existence, le prieuré est victime de l’attaque d’une bande armée dans la nuit du . Ils avaient transformés des troncs d’arbre en béliers de fortune pour enfoncer les portes d’accès. Échouant à les faire entendre raisons, les religieuses, mortes de peur, se réfugient dans une des tours de l’église où elles se barricadent efficacement. Rageurs, les malfrats entrent dans l’église, rassemblent tout ce qu’ils trouvent au milieu de la nef, aspergent le tout de poudre et y mettent le feu. L’incendie se propage à une vitesse foudroyante aux autres bâtiments pendant que les bandits boivent tranquillement le vin des dominicaines dans les caves. Les sœurs appellent à l’aide en sonnant les cloches à toutes volées, tellement fort que la corde finit par se casser. Croyant les secours proches, les bandits s’en vont en emportant argenterie et vases sacrés. Pris au dépourvu, ils répandent le contenu des tonneaux de vin dans la cave.
Si les dégâts matériels sont considérables – les principaux bâtiments sont détruits, le trésor et la bibliothèque de manuscrits perdus – les 60 religieuses eurent toutes la vie sauve, la tour ayant été miraculeusement épargnée de l’incendie. Un des coupables, Étienne Jaque, chef d’une troupe de bohémiens, fut appréhendé, jugé et brûlé vif sur la Grand-Place de Bruxelles, le .
Avec l’aide financière du roi, , les moniales entreprirent courageusement la restauration de leur prieuré. La nouvelle église, ornée de vitraux de Pierre Boels offert par l’abbé de Park, Charles Van der Linden, fut inaugurée en 1570. Traquées par les gueux, les moniales durent se réfugier à Bruxelles, dans leur maison « La Fontaine » place de la chapelle, en attendant des jours meilleurs. Elles ne reviennent à Val Duchesse qu’en 1585 dans les ruines et la désolation. Hypothéquant leurs biens, organisant des ventes de mobilier et de bibelots, recevant des dons de particuliers, elles réussissent une nouvelle fois à remettre leur prieuré en état.
Une nouvelle enceinte est construite entre 1649 et 1650 autour des sept hectares rassemblant les bâtiments conventuels, les dépendances et les jardins. Les constructions se serrent en trois groupes entre la rive de l’étang et le bas de la colline au sommet de laquelle se dresse la chapelle Sainte-Anne : au-delà de la porte charretière située au bout de la rue du Moulin, se trouvent les logements des serviteurs et les communs précédés d’un potager ; plus loin, à l’extrémité d’une cour, se trouvait le cœur du monastère avec son cloître percé dans un carré de bâtiments dont l’église forme le côté oriental ; un troisième groupe formée de la ferme et de ses dépendances, d’aspect trapu et percé d’étroites baies, se trouve autour du moulin, situé au bord de l’étang. Un vaste verger et un vignoble s’étalent sur toute la largeur de la propriété.
La fin des ennuis n’était pourtant pas arrivée. Bravant les vicissitudes, le prieuré est saigné à blanc par les armées occupantes, espagnoles, autrichiennes ou françaises. L’époque autrichienne ramène toutefois la prospérité.
A la veille de la mort de Charles de Lorraine, le nouveau logis prioral de style est construit, entre 1770 et 1781, sous l’impulsion de l’avant-dernière prieure, Cécile de Neufforge (ce logis prioral existe encore et fait partie de l'actuel château de Val Duchesse).
Une façade néo-classique, très lourde, y a été ajoutée côté sud. Mais les moniales n’eurent pas le temps d’en profiter.
Chassées de leur couvent par le décret impérial de 1783 qui les oblige à vendre tous leurs biens, les moniales y reviennent triomphalement en :
Ce retour est malheureusement de courte durée puisque le prieuré de Val Duchesse est, comme toutes les fondations soniennes, frappé d’interdiction en 1796. Le couvent des dominicaines a été vendu les et pour quelques milliers de francs l’année suivante. Église, cloître et une bonne partie des bâtiments conventuels sont alors démolis. Quant au moulin, il sert encore à fabriquer du papier et à moudre du grain avant d’être démoli à son tour en 1903.
De la propriété privée au domaine de l'État La propriété passe ensuite dans de nombreuses mains – Eugène-Amour de Cartier (1803-1869) bourgmestre de Watermael, l’acquiert en 1840 - avant d’aboutir entre les mains de Charles-Henri Dietrich (1865- ), financier et homme d’affaires bruxellois, qui la transforme en somptueuse résidence. Il venait de vendre le castel de Linthout, qu’il avait acquis en 1893, aux sœurs de Lille qui y fondèrent le sacré-cœur de Linthout. Il a d’abord restauré les deux parties du logis prioral qu’il a réuni par des constructions du même style. L’aile nord-ouest, trop haute, est couronnée par une coupole tronquée sur plan carrée.
Il a modernisé le parc et a été autorisé à incorporer la Woluwe dans son domaine, en échange de laisser celui-ci à l’État à son décès. Transféré à la Donation royale en 1930, le prieuré de Val Duchesse est aujourd'hui le siège de réunions nationales et internationales.
Il ne reste aujourd'hui, du prieuré d'origine, que quelques pans de murs et une chapelle dédiée à sainte Anne, restaurée à la fin des années 1960Joseph Delmelle, Abbayes et béguinage de Belgique, Rossel Édition, Bruxelles, 1973, ..
Notes et références
Pour compléter Articles connexes Liste des monastères en Belgique Liste des couvents en Belgique Liste des anciens prieurés et couvents de la Forêt de Soignes Château de Val Duchesse Quartier du Val Duchesse Chapelle Sainte-Anne Drève du Prieuré Avenue Valduchesse Forêt de Soignes Liste des duchesses de Brabant Métairie de Val Duchesse
Bibliographie
Christian Laporte, « Val Duchesse, grande et petite histoire », La Libre Belgique, , en ligne. R. Lemaire, La Chapelle Sainte-Anne au château de Val Duchesse à Auderghem, 59 p. A. Mignot, Val-Duchesse, un univers, 30 ans à la chapelle Sainte-Anne, Hayez, 1991, 191 p. A. Mignot, Val-Duchesse à l’époque du Marché commun, Lib. Craps, 1972, 163 p. A. Mignot, Le Prieuré de Val Duchesse en 1782, Ed. Universitaires, 1969. A. Mignot, Les Douze Propriétaires de 1812 à 1930 de la chapelle Sainte-Anne à Val Duchesse, 1976. A. Mignot, La Salle gothique au château de Val Duchesse, 1986, 91 p. H. Schelliers, Le monastère de Val-Duchesse de 1262 à 1662, Hayez, 1970, 83 p. V. Tahon, La chapelle Sainte-Anne à Val Duchesse, Bruxelles, J. Goemaere, 1917. V. Tahon, Le prieuré de Val Duchesse, Vromont et Cie, 1910, 176 p.
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