Un pamphlet est une œuvre littéraire courte qui attaque, accuse, parodie ou calomnie un pouvoir, une institution, une personne ou une idée. Il emploie un ton ironique, agressif ou violent.
De nos jours, le terme « pamphlet » est souvent employé de manière péjorative pour désigner une critique virulente de la production d’autrui .
Le pamphlet fait partie de la littérature satirique ou polémique, et relève souvent d'une écriture militante ou engagée.
À l'origine, le mot « pamphlet » désignait principalement des écrits courts. Aujourd'hui, il est employé pour désigner toute production ayant une dimension critique virulente (article de journal ou de revue, discours, chanson, poème, lettre ouverte, nouvelle, roman, mémoires apocryphes, dessin de presse, peinture, œuvre cinématographique ou télévisuelle).
Au Québec, en langage courant, le terme pamphlet est parfois utilisé dans son sens anglais, c'est-à-dire celui de tract.
Description Étymologie L'origine étymologique du substantif pamphlet est incertaine. Dans des textes de 1510, les mots anglais pamphlet, paunflet et pamphlet viendraient de palme-feuillet : feuillet qui se tient dans la main (comme une brochure ou un tract).
La plupart des grands dictionnaires font dériver ce vocable du palme-feuillet anglais. Gaston Paris rapporte une origine latine plus lointaineDans un article paru dans La Revue critique du 28 septembre 1874, p.197.. Pamphlet est cité dans la seconde moitié du par Dirk van Asenede dans sa traduction néerlandaise de Flore et Blanche Flor. Or Pamphlet est le nom vulgaire de Pamphile, sorte de comédie en vers latins du .
Saint-LaurentDans le Dictionnaire encyclopédique usuel. découvre l'emploi de « », issu de (« tout ») et (« brûler ») par Sophocle, puis, quelques siècles plus tard, par le rhéteur et grammairien Athénée.
Définition et procédés Yves Avril propose une définition du pamphlet dans son article Le pamphlet : Essai de définition et analyse de quelques-uns de ses procédés. Il s'agit d'un . Il s'agit d'un texte appartenant au genre démonstratif qui joue sur des valeurs morales, recourt le plus souvent au blâme, mais peut aussi utiliser l'éloge de manière ironique.Son champ de prédilection est la doxa, sur laquelle vont jouer ses principaux procédés : coupage notionnel, jeu sur les maximes idéologiques et sur les présupposés implicites du lecteur. Son but essentiel est la réfutation. L'appel au réel, contre le mauvais usage des mots, et la dénonciation des paralogismes et des sophismes de l'adversaire sont les principaux outils de son argumentation.
Historique
Antiquité La pratique pamphlétaire remonte aux premières manifestations de l'écriture.
Selon le journaliste Pierre Dominique dans l'avant-propos de Les Polémistes français depuis 1789 :
Les Philippiques sont une série de discours prononcés par l'orateur athénien Démosthène, entre 351 et 341 pour dénoncer les ambitions de Philippe II de Macédoine. Ils sont considérés comme les premiers écrits pamphlétaires. Ils inspireront l'orateur latin Cicéron : trois siècles plus tard, il rassemble ses Quatorze discours contre Marc Antoine sous la même appellation (voir Les Philippiques).
Le pamphlet ne se limite pas aux sujets politiques. Le théâtre d'Aristophane dépeint des dieux ridicules et satirise la ville d'Athènes et ses habitants.
Moyen Âge Au Moyen Âge, le pamphlet prend, parmi d'autres formes, celle du fabliau.
Époque moderne France Le pamphlet en France, toutes formes confondues - des fabliaux du Moyen Âge aux innombrables brûlots révolutionnaires - participe aux soubresauts de l'histoire. Il révèle la situation intellectuelle et sociale du pays. Il mesure la marge laissée au droit d'expression.
La Satire Ménippée (1594), œuvre collective de juristes, d'ecclésiastiques et de poètes, est née sous l'impulsion du chanoine rouennais Pierre Le Roy. Elle est étroitement associée à la période de la Ligue. Elle reste un exemple d'efficacité dans son soutien à Henri IV.
Elle n'est pas la première œuvre polémique en France. Des auteurs s'étaient déjà distingués dans le genre : Alain Chartier avec son Quadriloque invectif (1422), appel à la nation française, et Montaigne, qui écrit, dans L’Apologie de Raymond Sebond, premier article de ses Essais : , ainsi que Calvin, La Boétie, et Rabelais.
Le utilise le genre pamphlétaire dans tous les domaines (politique, poésie, religion, théâtre) : l'attaque de Mathurin Régnier contre Malherbe, qualifié de « tyran des lettres » ; les chansonniers et leurs mazarinades sous la Fronde, inspirées entre autres par les pamphlets de Mathieu de Morgues à la mort du cardinal de Richelieu ; ou encore le pastiche du cardinal de Retz intitulé Manifeste de Monseigneur le duc de Beaufort en son jargon.
Le règne de Louis XIV voit Boileau, les pièces de Molière et les Provinciales de Pascal.
Au XVIIIe siècle, Voltaire pratique la satire de manière indirecte, les chansonniers tournent en dérision les maîtresses de Louis XV, puis de Marie-Antoinette.
Peuvent être considérés comme pamphlets les romans et ouvrages singuliers, théoriques philosophiques, pornographiques, psychologiques et fortement sulfureux de Sade (1740-1814), qui passa 30 années en prison, sur ses de vie.
À la fin du règne de Louis XVI, les libellés insultants ou obscènes se multiplient : Mirabeau, en , avec le Journal des États généraux, suivi de nombreuses feuilles ; Le Père Duchesne d'Hébert entrecoupe ses appels au massacre de « bougre » et de « foutre », pour « faire peuple » ; certains numéros atteignent les vendus ; Camille Desmoulins qui se surnommait le « Procureur de la Lanterne » dans Révolutions de France et de Brabant ; Marat, dans L'Ami du Peuple, réclame la tête de âmes. Côté royaliste, Rivarol, avec son Journal politique national devra s'exiler en .
Époque contemporaine France En 1800, Bonaparte fait édicter le décret du soumettant à censure toute parution de presse. Treize journaux obtiennent le privilège de passer outre. L'empereur n'échappe pas aux critiques. Chateaubriand écrit : .
Le terme « pamphlet » apparaît de manière officielle en 1824 dans l'œuvre de Paul-Louis Courier : Le Pamphlet des pamphlets. En 1853, de son exil à Jersey, Victor Hugo publie Les Châtiments, long pamphlet contre Louis-Napoléon Bonaparte..
Les critiques contre ce genre d’écrit, les moyens mis en œuvre pour le faire disparaître, ou pour le cantonner à une verdeur de bon aloi, demeurent vigoureux.
Marc Angenot souligne le paradoxe de la situation de cet écrivain de combat : .
Aux attaques intellectuelles, s'ajoutent l'arsenal juridique et les pressions économiques sur les éditeurs.
Dans son « Anthologie du pamphlet de la Libération à nos jours » (août-), Le Crapouillot, « magazine non conformiste » selon sa propre définition, s'inquiète de l’avenir du genre pamphlétaire : .
Dix ans plus tard, le journal confirme ce constat : Victor Hugo.
Pamphlétaires
Antiquité
Aristophane Cicéron Démosthène
Moyen Âge
Hugues de La Ferté Hugues de Lusignan
Ancien Régime et Révolution
et premier
Depuis 1945
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Léon Daudet, Flammes. Polémique et polémistes, Paris, Grasset, 1930 Frédéric Saenen, Dictionnaire du pamphlet, collection « Illico » , Infolio, 2010 Daniel Cosculluela, Les enragés de la liberté : Anthologie des pamphlétaires du , éd. Max Milo, 2023
Articles connexes Éloge, Blâme, Sermon Libelle Mazarinade Mise en scène du pouvoir politique Propagande
L'Innocence persécutée La Belle France
Marc Angenot
Liens externes pamphletaire.com "Le pamphlétaire de l'ère numérique" Répertoire des grands pamphlets en langue française
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