Idi Amin Dada Oumee, né Idi Awo-Ongo Angoo vers 1925 à Koboko et mort le à Djeddah, est un militaire et homme d'État ougandais, exerçant un pouvoir absolu sur le pays entre le et le , en tant que président à vie. Il laisse l’image d’un dictateur violent et sanguinaire.

Il rejoint les King's African Rifles dans les années 1940 et participe à plusieurs actions militaires britanniques en Afrique dont la répression de la révolte des Mau Mau. Après l'indépendance de l'Ouganda en 1962, il reste dans l'armée ougandaise et devient un commandant de haut rang.

En 1971, il renverse le président Milton Obote lors d'un coup d'État appuyé par le Royaume-Uni et Israël et devient le nouveau président du pays. Son gouvernement est caractérisé par une corruption endémique, une violation généralisée des droits de l'homme, dont la persécution de certains groupes ethniques par des escadrons de la mort, et par une mauvaise gestion économique. D'abord soutenu par les pays occidentaux et Israël, il est soutenu à partir de 1972 par l'Union soviétique et la Libye sous Mouammar Kadhafi. Par ailleurs, il ordonne l'expulsion de la communauté sud-asiatique (soit environ ) du pays en 1972. En 1976, il soutient les preneurs d'otages palestiniens dans l'opération Entebbe, ce qui fait perdre la réputation internationale de l'Ouganda. L'année suivante, le Royaume-Uni rompt les relations diplomatiques avec le pays et Amin déclare qu'il vient de « conquérir » l’Empire britannique.

Il ordonne une invasion de la Tanzanie en 1978 dans le but d'annexer la région de Kagera, mais est renversé l'année suivante par une invasion tanzanienne. Il s'enfuit alors en exil, d'abord en Libye, puis en Arabie saoudite, où il vit jusqu'à sa mort en 2003.

Biographie Jeunesse Il y a une incertitude quant à la date de sa naissance. Idi Amin Dada n’a, de son vivant, jamais publié ni autorisé de biographie officielle. La plupart des sources indiquent qu’il serait né en 1923, 1924 ou 1925. dans la province du Nil occidental, au nord-ouest du pays à Koboko Encyclopædia Britannica: Idi Amin., à proximité de la frontière avec la république démocratique du Congo. Mais selon le chercheur ougandais Fred Guweddeko, de l’université Makerere, Idi Amin Dada est né Idi Awo-Ongo Angoo à Kampala le , dans une fratrie de huit enfants (il a trois frères et quatre sœurs). Jaffar Amin, le fils d'Idi Amin Dada, après avoir passé en revue plusieurs dates usuellement proposées, s'arrête finalement sur le mercredi , celle-ci correspondant à Aïd al-Adha, la grande fête des musulmans, ce qui, pour Jaffar, explique aussi le prénom qui lui a été donné, Idi correspondant à Aïd, en swahiliMark Leopold, Idi Amin: The Story of Africa's Icon of Evil, Yale University Press, 2020, p. 30..

Son père Andreas Nyabire (1889-1976), de l’ethnie Kakwa, dont une lignée aurait vécu à Aru, du côté de la république démocratique du Congo, et de religion catholique romaine, s’est converti à l’islam en 1910 et il aurait changé son nom en Amin Dada « Rejected then taken in by dad; a timeline » , The Monitor, mars 2004.. D’autres sources indiquent que « Dada » n’était pas le nom de son père mais un surnom qu’Amin acquit plus tard à l’armée « 'Dada' always rubbed Kenya the wrong way », Sunday Nation, 17 août 2003..

Son père sert dans un régiment colonial de l’armée britannique comme simple soldat, puis intègre en 1921 la police ougandaise comme nervi.

Sa mère, toujours selon le chercheur ougandais Fred Guweddeko, est appelée Assa Aatte (1904-1970), de l’ethnie Lugbara. Elle est la fille d’un chef tribal de Leiko Iruna, village situé en république démocratique du Congo. Elle était spécialiste des plantes médicinales et des pratiques chamaniques et soignait, entre autres, la famille royale du Buganda. Le monde de la magie dans lequel Amin Dada passe une partie de sa jeunesse joue, par la suite, un grand rôle dans sa vie et dans l’influence qu’il a sur beaucoup d’Ougandais. Entre 1924 et 1929, elle a pour patients le Kabaka (roi) du Buganda, Daudi Chwa, et son épouse la Nnabagereka (reine) du Buganda, Irene Druscilla Namaganda.

Ses parents se séparent en 1931 et Idi Amin Naayma est abandonné par son père, qui aurait soupçonné le Kabaka Daudi Chwa d’être son vrai père.

Idi Amin grandit dans sa famille maternelle à Mawale près de (actuel district de Luwero). Son frère et sa sœur meurent en 1932. Entre 1936 et 1938, il garde des chèvres. De 1938 à 1940, il habite dans la ville de Semuto, chez le cheikh Ahmed Hussein (autorité musulmane locale qui l'initie aux sciences islamiquesMicah D. Halpern, Thugs: How History's Most Notorious Despots Transformed the World through Terror, Tyranny, and Mass Murder, Thomas Nelson, 2007, p. 62), puis, en 1940, part pour Bombo pour vivre avec son oncle maternel Yusuf Tanaboo.

Selon le chercheur Fred Guweddeko, il semble qu’il n’ait pas suivi l’école primaire de la ville à cause de la discrimination envers les Nubiens dont il faisait partie, et qu'il ait participé tant à des révoltes qu'à des rixes contre les étudiants de l’université Makerere à Wandegeya, là où Alicia Decker précise que, si Idi Amin a bénéficié d'une éducation séculière somme toute élémentaire, sa fréquentation de l'école islamique Garaya de 1941 à 1944 lui procura par contre une maîtrise certaine de la religion musulmane, recevant des honneurs pour sa récitation du Coran, se démarquant aussi dans la mémoration du livre sacré de l'islamAlicia C. Decker, In Idi Amin’s Shadow: Women, Gender, and Militarism in Uganda, Ohio University Press, 2014, p. 25.. Son éducation islamique lui inculquera notamment une pratique de la langue arabe, qu'il maîtrisera finalement mieux que l'anglais ou le swahili, les deux langues officielles du pays, selon Denis RopaDenis Ropa, Qui est Idi Amin Dada?, Harmattan, 1995, p. 24..

Sa mère s’établit avec son fils dans la région de Lugazi, au nord du lac Victoria, où de nombreuses personnes de son ethnie travaillent dans les champs appartenant à une riche famille indienne, les Metha. Puis elle s’installe non loin à Jinja, où est cantonné un régiment des King's African Rifles de l’armée coloniale britannique d’Afrique. Idi Amin Dada fait différents petits travaux avant de se faire recruter dans ce régiment comme aide-cuisinier, en 1946. Un officier britannique l’aurait remarqué alors qu'il était portier dans un hôtel de la ville.

Carrière militaire gauche|vignette|255x255px|Idi Amin Dada et Mobutu. Amin Dada travaille dans les casernements de Magamaga à Jinja aux cuisines et à la buanderie. Son physique et sa carrure ( pour )Christophe Ayad (18 août 2003), « Feu Amin Dada, tyran monstre », Libération, consulté le 11 décembre 2020. impressionnent ; il suit alors un entraînement militaire, puis est envoyé comme soldat en 1947 au Kenya à Gilgil où il sert dans la d’infanterie du KAR puis en Somalie à Belet Uen pour combattre les raids sur le bétail des . Il est formé à la contre-insurrection.

En 1950, l’unité d’Idi Amin Dada retourne à Fort Hall, au Kenya. Il s’entraîne alors avec la fanfare militaire écossaise du régiment. En 1951, il retourne brièvement à Jinja avant de repartir pour le Kenya la même année. En 1952, son bataillon est engagé dans la répression de la révolte des Mau Mau au Kenya. Amin Dada devient caporal, puis sergent, en 1953, pour son rôle dans les patrouilles mobiles dans les forêts occupées par les Mau Mau. Pendant cette période, il a deux enfants, une fille et un garçon, avec des femmes Kikuyu. Idi Amin est considéré comme un soldat habile, obéissant, mais cruel. Il n'est cependant pas sanctionné pour les atrocités qu'il commet. Illettré (il lit avec peine, par la suite), il sait susciter l’empathie de ses supérieurs par un mélange de zèle et de bouffonnerie. Il passe chef de peloton en 1958. L’année suivante, il est fait effendi, plus haut grade pour les Noirs dans l’armée coloniale britannique d’Afrique, quasiment équivalant au premier grade d’officier. Pour l’anecdote, selon certains, le surnom « Dada » pourrait lui être venu de cette période militaire au Kenya où, fréquemment surpris au camp avec deux filles dans sa tente, alors qu’une seule était autorisée, il avait pris l’habitude de répondre aux officiers britanniques que l’une était sa dada (sœur en swahili).

Amin retourne en Ouganda en 1954 à Jinja. Il est choisi pour commander le détachement responsable de la parade prévue à l'occasion de la visite de la reine Élisabeth II. C’est lui, aussi, qui dirige, l’année suivante, la garde d’honneur qui accueille de son retour d’exil le roi Mutesa II. Il part, ensuite, sur le district de Lango où il réussit, à la tête d’un escadron, à défendre les Langi contre les raids des Karimojong. Il a un nouvel enfant avec une femme Langi. La même année, il est envoyé dans le sud du Soudan pour contrer une mutinerie militaire, tâche dont il s’acquitte avec succès. En 1957, il essuie un refus à une demande d’augmentation de sa solde. Il échoue, aussi, à des tests pour obtenir une promotion. En 1958, nouvel échec à des tests, mais il réussit les exercices sur le terrain et est promu en . En , à la suite de la mort d’un officier britannique, tué par les Turkana dans le Karamoja, Idi Amin Dada est envoyé dans cette région puis est félicité par le commandement de l’armée britannique pour « avoir rétabli le prestige de la loi de l’ordre dans la région du Karamoja ». Il aurait exécuté trois guerriers Turkana et aurait fait aligner les autres, leur sexe posé sur une table, en les menaçant de le leur couper s’ils ne révélaient pas où ils avaient caché leurs armes.

En , deux ans avant l’indépendance, il devient l’un des deux seuls Ougandais parvenus à être nommés officiers, avec le grade de lieutenant. La même année, il fait partie du groupe chargé de trouver un compromis politique avec Edward Mutesa II, qui était favorable à la seule indépendance du royaume du Buganda. Il convainc Mutesa que l’armée ougandaise n’agira jamais contre le royaume, remplissant les objectifs qui lui sont fixés.

Idi Amin est envoyé de nouveau contre les nomades Turkana en 1962 pour apaiser leurs querelles sur le bétail avec les Karamojong ougandais. Son escadron commet alors un véritable massacre dans plusieurs villages. Une enquête britannique au Kenya découvre, par la suite, que plusieurs Turkana ont été tués, torturés, certains brûlés vifs. Alors que cet acte aurait dû lui valoir la cour martiale, ses bonnes relations avec les officiers britanniques, et surtout l’indépendance qui s’annonce, expliqueraient que ces derniers ne lui font qu’une réprimande.

Selon certains historiens de la colonisation, les autorités militaires britanniques, à l’approche de la décolonisation africaine, ont favorisé la promotion de soldats peu instruits et sur lesquels ils pensaient pouvoir garder une influence pour, indirectement, contrôler les futures armées nationales.

Durant cette période dans l’armée, Idi Amin est un athlète accompli : champion de natation, il est de plus champion d’Ouganda de boxe dans la catégorie poids lourd-moyen de 1951 à 1960.

Ascension À la tête de l’armée, après l’indépendance vignette|Amin Dada en 1966.