Un (en arabe : [ḥāfiẓ], gardien ; conservateur, [ḥuffāẓ], variante , au féminin) est une personne qui connaît le Coran par cœur et qui souvent aussi en récite au moins des parties à des occasions précises. On estime le nombre de à dans le monde.. ou est aussi l’un des attributs de Dieu en islam.
Étymologie Hafiz est un terme arabe qui signifie « celui qui se souvient », le « gardien ». Ce terme est utilisé comme nom divin. La racine du terme évoque la protection et la mémoireN. Kahteran, "HAFIZ / TAHFIZ / HIFZ /MUHAFFIZ", Encyclopedia of the Qur'an, p. 231 et suiv.. D'autres termes sont associés à cette mémorisation, comme Tahfiz qui en évoque le processus ou Muhaffiz, le maître accompagnant l'apprenant.
Le titre peut aussi honorer un chanteur reconnu comme un maître (de même que « ostad » ou « cheikh »).
Coran et oralité
Mahomet vivait au en Arabie. Une prédominance de l'oralité en Arabie a longtemps été supposée par les spécialistes des débuts de l'islam. Cette conviction repose sur plusieurs arguments, comme celui qu'aucun document originel écrit de cette période ne nous est parvenu. Un second argument est celui du faible nombre de personnes lettrées à l'avènement de l'islamChristian Robin, « Les inscriptions de l'Arabie antique et les études arabes », Arabica, T. 48, Fasc. 4, 2001, p. 509-577.
Cette supposition s'accorde mal avec les résultats des recherches épigraphiques puisque l'Arabie se distingue par l'abondance de ses inscriptions. À partir du , quel que soit le mode de vie (nomade et sédentaire), une grande familiarité avec l'écriture semble attestée. Pour Christian Robin, . L'écriture, trop défective pour le développement d'une littérature, a dû limiter l'usage de l'écrit à des emplois précis. Ce système rudimentaire permettait la remémoration de textes connus d'avance ou de textes avec une phraséologie répétitive. Ainsi, si la poésie arabe préislamique nous est connue par des recensions postérieures au , elle . Cela n'a pas empêché la présence d'interpolations, de variantesKouloughli. Des études ont été menées sur l'oralité de ces poésies, ce qui a permis de mettre en lumière des formulaires, à l'origine d'une grande homogénéité.
Selon le récit musulman, quand Mahomet proclame les versets rassemblés ensuite pour former le Coran, ses disciples les conservent principalement par mémorisationM.A Amir Moezzi, Le Coran silencieux et le Coran parlant, .. Les premiers récits de l’islam indiquent que les lettrés musulmans écrivent également les versets quand ils les mémorisent (sur des supports variés, tels que des os plats d’animaux, des feuilles de palmiers, des tessons de poterieMohammad Ali Amir-Moezzi & Pierre Lory, Petite histoire de l'islam dans Histoire des religions, Librio, 2008, .. D'autre part, selon la version sunnite courante, le calife 'Uthmân aurait été alerté que les musulmans répartis dans les provinces éloignées de l'empire récitaient certains passages du Coran de façon assez divergenteMohammad Ali Amir-Moezzi & Pierre Lory, Petite histoire de l'islam dans Histoire des religions, Librio, 2008, .. C'est ce qui conduit le calife Uthman ibn Affan à collecter les sourates et à les mettre par écrit dans une rédaction unique vers 650 - 656.
La recherche islamologique a montré que "La fin d'une énigme", L'histoire, 472, 2020, p.3. et il ne semble pas que cette mise par écrit repose entièrement sur une tradition orale ininterrompuePourquoi et comment se fait un texte canonique : quelques réflexions sur l’histoire du Coran, in G. Dye, A. Van Rompaey & C. Brouwer (Eds.), Hérésies : une construction d’identités religieuses, Bruxelles, Ed. de l’Université de Bruxelles, 2015, . Pour Frédéric Imbert, l'étude des inscriptions et graffiti permet de dire que le Coran n'avait pas encore la place qu'il occupe actuellement . En effet, la plupart des inscriptions anciennes sont des invocationsFrédéric Imbert, « Le Coran des pierres », dans Le Coran des historiens, t.1, 2019, ..
La mémorisation du Coran Le Coran dans sa version finale se présente comme un livre compact, composé en arabe littéraire dans un style particulier, dans une prose rythmée, cadencée, parfois assonancéeMohammad Ali Amir-Moezzi & Pierre Lory, Petite histoire de l'islam dans Histoire des religions, Librio, 2008, .. La mémorisation du Coran a été extrêmement importante dans le passé et reste importante de nos jours encore pour les musulmans. Chaque année, de nombreux élèves étudient le Coran et complètent cet enseignement par le (exégèse du Coran) et la mémorisation. Le nombre total de et de aujourd’hui dans le monde est estimé en millions.
Plusieurs méthodes permettent d'apprendre le Coran par cœur. Ainsi, l'une d'entre elles est de l'apprendre de manière circulaire par juz'. Le mentor possède un rôle important dans le processus. Des concours nationaux et internationaux permettent d'obtenir des récompenses pour la récitation du Coran et servent de stimulant à cet apprentissageM. Chodkiewicz, "Les Musulmans Et La Parole De Dieu." Revue De L'histoire Des Religions 218, no. 1 (2001), p.13-31.. Le hafiz, .
Notes et références
Voir aussi Coran Compétition internationale de récitation du Coran
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