Susan Sontag, née Rosenblatt le à New York où elle meurt le , est une essayiste, romancière et militante américaine.
Elle s'est fait connaître en 1964 en publiant un essai intitulé ., qui décrit l'avènement de l'esthétique camp, laquelle joue sur l'exagération, le grotesque, le drôlatique, la provocation délibérée et l'ironie, et émerge comme une forme de sensibilité importante dans la culture alternative des années 1960, notamment dans la contre-culture californienne.
Reconnue internationalement, Susan Sontag est aussi connue pour ses essais Contre l'interprétation, Sur la photographie, Devant la douleur des autres et pour des romans tels que L'Amant du volcan ou En Amérique.
Autrice engagée, elle a beaucoup écrit sur les médias et la culture, mais aussi sur la maladie, sur le sida, les droits de l'homme et le communisme.
Peut-être davantage que ses romans, on retiendra ses réflexions sur les rapports du politique, de l'éthique et de l'esthétique et sa critique de l'impérialisme américain.
Biographie Famille et formation Susan Sontag passe son enfance et son adolescence à Tucson, en Arizona puis à Los Angeles en Californie. Sa mère d'origine polonaise née aux États-Unis, Mildred (née Jacobson) est institutrice, et son père, Jack Rosenblatt, né en Estonie, un négociant en fourrures., meurt en Chine alors qu'elle a . Quelques années plus tard, sa mère se remarie avec un militaire, Nathan Sontag, qui donne son nom à Susan et à sa sœur Judith, mais sans les adopter légalement« Finding fact from fiction ». The Guardian (Londres). 27 mai 2000. Consulté le 19 juin 2007.. Née dans une famille de juifs laïcs (ce qu'on appelle les « Juifs séculiers »), Susan Sontag entre pour la première fois dans une synagogue au milieu de la vingtaine..
Lectrice précoce à trois ans, elle fréquente l'université dès ses en 1949, au terme d'une enfance peu heureuse. Elle commence ses études à l'université de Californie à Berkeley avant de se lancer dans des études de philosophie, de littérature et d'histoire à l'université de Chicago. Très jeune, à , elle épouse un assistant d'université de , . Elle donne naissance à un fils, David, à l'âge de et collabore avec son mari en effectuant les recherches préalables à son étude , publiée en 1959.
Oxford, Paris et la Sorbonne thumb|Le Tournon, Le Monaco, ou, ici photographié, Les Deux Magots sont l'univers parisien de Susan Sontag dans les années 1950. Lauréate d'une bourse de l'Association américaine des femmes diplômées des universités, Sontag quitte les États-Unis durant l'année 1957-1958 pour séjourner au St Anne's College d'Oxford, laissant son fils et son mari derrière elle.
Mais peu séduite par cette expérience, elle quitte Oxford après seulement un semestre pour s'installer à Paris, s'inscrivant à la Sorbonne et vivant au Quartier latin.
Elle joue comme figurante dans le film Le Bel Âge de Pierre KastAlice Kaplan, « Kennedy, Sontag, Davis : leurs années capitales », Vanity Fair , octobre 2013, pages 188-197..
Une bisexualité assumée À l'âge de , Sontag s'était pressentie lesbienne, avant d'avoir sa première aventure avec une femme à UC BerkeleySusan Sontag, , Hamish Hamilton, 2010.. À Paris, elle vit ses relations homosexuelles très librement et abandonne alors tout idéal de vie conventionnelle.
En 1958, elle a une relation amoureuse mouvementée avec l'écrivaine, éditrice et modèle d'artiste américaine . Dans son journal, à la date du , Sontag écrit :
C'est toujours à Paris qu'elle tombe amoureuse de la dramaturge d'avant-garde cubaine-américaine María Irene Fornés, figure essentielle du mouvement théâtral Off-off Broadway à New York. Elle regagne New York en 1959, pour divorcer de son mari et vivre avec Fornès, obtenant la garde de son fils David Rieff.
À , elle est un temps enseignante en philosophie des religions à l'université Columbia, puis participe à plusieurs magazines américains et britanniques comme Partisan Review, The New Yorker, Granta ou le supplément littéraire du Times.
Elle entame là une longue carrière d'essayiste, poursuivie jusqu'à sa mort, notamment au sein de The New York Review of Books.vignette|gauche|Susan Sontag en 1966.
À la fin des années 1960, toujours à Paris, elle rencontre et tombe amoureuse de la comédienne et réalisatrice française Nicole Stéphane. Elles vivent ensemble jusqu'au milieu des années 1970. À cette période, Susan Sontag souffre d'un cancer du sein, dont elle guérit. Nicole Stéphane aura été d'un grand soutien à ses côtés. Par la suite, elle vit une relation aussi sentimentale qu'intellectuelle avec le poète russe Joseph Brodsky, dont elle admire le talent. Puis, à la fin des années 1970, elle devient la compagne de la danseuse et chorégraphe américaine Lucinda Childs, l'une des figures de proue de la danse contemporaine ; Don Levine, spécialiste du cinéma, in Regarding Susan Sontag, documentaire réalisé par Nancy Kates, 2014..
Dans une interview au Guardian en 2000 elle avoue avoir été amoureuse neuf fois au cours de sa vie, de cinq femmes et quatre hommes.
Elle s’est fait connaître par ses essais sur la littérature et l’art. Elle est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages traduits dans plus de 30 langues ; son premier roman, Le Bienfaiteur, est paru en 1965.
Engagée à gauche, proche de Roland Barthes et compagne de la photographe Annie Leibovitz de la fin des années 1980 à sa mort, elle est connue pour son engagement politique contre la guerre du Viêt Nam, puis plus tard contre la guerre contre l'Irak et contre la torture pratiquée dans la prison irakienne d'Abou Ghraib.
En 1983, elle témoigne, aux côtés d'intellectuels cubains en exil, dans le film documentaire Mauvaise Conduite concernant la réalité des unités militaires d'aide à la production mises en place par le régime castriste pour enfermer les Cubains qualifiés d'asociaux.
Sarajevo Sur invitation de son fils, correspondant de guerre, elle se rend à Sarajevo dès 1992 et à plusieurs reprises ensuite.
Par solidarité avec les habitants de la ville assiégée, elle décide d’y mettre en scène avec des acteurs bosniaques En attendant Godot, la pièce de Samuel Beckett.
Elle considérait ses séjours dans la capitale bosniaque assiégée comme l’expérience la plus importante qu'il lui ait été donné de vivre :
En 2000, le National Book Award, l'un des plus prestigieux prix littéraires américains, lui a été attribué. Elle a également reçu le prix Jérusalem pour l'ensemble de son œuvre.
Elle avait aussi tourné quatre films et mis en scène des pièces pour le théâtre.
Sur la photographie thumb|Tombe de Susan Sontag au cimetière du Montparnasse (). Son recueil d'essais est considéré comme l'un des ouvrages de réflexion les plus importants sur le sujet.
Les six essais, écrits entre 1973 à 1977, ont fortement influencé toute la pensée sur la photographie avec notamment ce constat :
Elle passe la fin de sa vie avec la photographe Annie Leibovitz et meurt d'une leucémie à l'âge de à New York à l'hôpital Sloane Kettering en ..
Susan Sontag est enterrée à Paris, au cimetière du Montparnasse..
Œuvres Romans
Nouvelle 1977 : Moi, etcetera (trad. française : Seuil Fiction & , 1983)
Essais
Films 1969 : Duo pour cannibales (Duett för kannibaler) 1971 : Les Gémeaux (Brother Carl), avec Geneviève Page, Gunnel Lindblom, Laurent Terzieff, Keve Hjelm 1974 : La Déchirure (Promised Lands), documentaire 1984 : Per un viaggio in Italia, épisode
Distinctions 1990 : prix MacArthur 2001 : prix Jérusalem, attribué tous les deux ans à un écrivain dont les œuvres explorent la liberté de l'individu dans la société. 2003 : prix de la paix des libraires allemands à l'occasion de la Foire du livre de Francfort. 2003 : prix Prince des Asturies avec Fatima Mernissi
Controverses Le cancer de l'humanité Susan Sontag s'est attiré des critiques pour avoir écrit en 1967 dans Partisan Review :
Selon le journaliste Christopher Hitchens, Susan Sontag s'est par la suite rétractée, disant que « cela diffamait les cancéreux »..
Fascisme à visage humain À un rassemblement new-yorkais en soutien à Solidarność en 1982, Susan Sontag déclara que « les gens de gauche », comme elle, « ont de bonne grâce ou à contre-cœur raconté beaucoup de mensonges. ». Elle ajouta qu'ils
Le discours de Susan Sontag « récolta des huées et des cris du public ». The Nation publia son discours, excluant le passage comparant le magazine au Reader's Digest, et les réactions d'autres intellectuels au discours. Les réponses varièrent, certains soutenant qu'elle avait trahi ses idéaux.
Hommages 2004 : deux jours après sa mort, le maire de Sarajevo a annoncé que la ville baptiserait une rue à son nom, la qualifiant d'« auteur et d'humaniste qui a activement participé à la création de l'histoire de Sarajevo et de la Bosnie-Herzégovine. » 2014 : une rue piétonne porte son nom à Paris. 2019 : le Met Gala a pour thème , une exposition du Anna Wintour Costume Center qui s'inspire de l'essai de Sontag.. 2024 : le cratère mercurien Sontag est ainsi nommé en son honneur.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Ouvrages Béatrice Mousli, Susan Sontag, Coll. Les grandes biographies, Flammarion, Paris, 2017, 610 p. - Traduction chinoise : Susan Sontag, Simplified Chinese edition, Shanghai Elegant People Books Co Ltd, 2022, 695 p. Daniel Schreiber, Susan Sontag : Geist und Glamour. Biographie, Aufbau, Berlin, 2007, 342 p. + pl. David Rieff, Mort d'une inconsolée : les derniers jours de Susan Sontag (traduit de l'anglais par Marc Weitzmann), Climats, Paris, 2008, 181 p. Phillip Lopate, Notes on Sontag, Princeton University Press, Princeton, Oxford, 2009, VI-247 p. Sigrid Nunez, Sempre Susan, souvenirs sur Sontag Editeur Globe, 2022, 160 p. Benjamin Moser Sontag (traduit de l'anglais par Cécile Roche), Christian Bourgois Editeur 898 p.
Articles de presse Annalisa Zox-Weaver (intro.), « On Susan Sontag », in Women's studies, numéro spécial, , , vol. 37, Raphaëlle Rérolle, « Susan Sontag ou le triomphe de la volonté », Le Monde des Livres, supplément du Monde, Raphaëlle Rérolle, « Susan Sontag, la lutte, toujours », Le Monde des Livres, supplément du Monde, Susan Rubin Suleiman, « Susan Sontag, les passions de l'esprit » (nécrologie), Le Monde,
Liens externes Susan Sontag Fondation - Site officiel Author, activist Susan Sontag dies at 71 - Portrait par MSNBC. Daniel Geary, « Les intellectuels américains et l’idéal démocratique », in Cahiers d’histoire : revue d’histoire critique, , 2009, en ligne, mis en ligne le 2012 (consulté le )
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