Daniel François Malan, né le à Riebeek West dans la colonie du Cap et mort le à Stellenbosch dans la province du Cap, est un pasteur calviniste et homme d'État sud-africain. Il est premier ministre de l'Afrique du Sud de 1948 à 1954.
À l'origine pasteur de l'Église réformée néerlandaise, il devient rédacteur en chef et éditorialiste au journal Die Burger ce qui lui permet d'entamer une carrière politique consacrée à promouvoir l'unité du peuple afrikaner.
Membre du Parti national, représentant au parlement les circonscriptions de Calvinia (1919-1938) et de Piketberg (1938-1954), il est successivement ministre des Affaires intérieures, de la santé publique et de l'Éducation (1924-1933) dans les gouvernements de James Barry Hertzog avant de devenir le chef de l'opposition parlementaire (1935-1948).
À la suite de la victoire lors des élections générales sud-africaines de 1948 de sa coalition nationaliste-afrikaner, constituée autour du concept de l'apartheid, Daniel François Malan, âgé de , devient chef du gouvernement sud-africain, poste qu'il cumule comme ses prédécesseurs avec celui de ministre des affaires étrangères, dans un contexte international bouleversé par la Seconde Guerre mondiale, par les débuts de la guerre froide et par ceux de la décolonisation.
La politique d'apartheid est alors lentement et progressivement mise en place sous ses gouvernements dans une quasi-indifférence internationale alors qu'il arrime l'Afrique du Sud aux États-Unis et au camp occidental, apaisant par ailleurs ses relations avec le Royaume-Uni. Au niveau national, la vie politique sud-africaine est marquée par la montée du nationalisme noir et par des campagnes de défiance contre les lois de l'apartheid ainsi que par les luttes intestines au sein du gouvernement entre la vieille garde nationaliste contemporaine de la guerre des Boers et une plus jeune génération d'hommes politiques afrikaner et radicaux.
Bien que victorieux une nouvelle fois lors des élections générales sud-africaines de 1953, il décide de se retirer de la vie politique un an plus tard, en 1954, sans être arrivé toutefois à imposer comme son successeur Nicolaas Havenga, un pragmatique et un modéré, au poste de premier ministre, contré par la jeune garde radicale de son parti qui lui préfère Johannes Strijdom, un partisan strict et dogmatique de l'apartheid.
D.F. Malan est également président de l'université de Stellenbosch de 1941 à 1959.
Origines familiales D.F. Malan est né en 1874 près de Riebeek West à de la ville du Cap. Il est le deuxième enfant survivant de Daniël François Malan ( – ) et d'Anna Magdalena du Toit ( – )Leurs trois premiers enfants sont morts à leur naissance et le petit-fils de Daniel Francois Malan (1817-1853) et de Francina Marais.
Descendant de huguenots français, la famille de D.F. Malan s'est implantée en Afrique du Sud au . Jacques Malan (v. 1665-1742) a fui très jeune la France après la révocation de l'édit de Nantes, s'est réfugié aux Pays-Bas et de là, embarque en 1688 pour la colonie du Cap où il devient viticulteur du côté de Franschhoek et se marie en 1699. Ses fils construisent la ferme de Vergelegen au pied de la montagne de la Table.
En 1788, son petit-fils Dawid Malan (1750-1824), est contraint de s'éloigner de la colonie après avoir été pris en flagrant d'adultère avec l'esclave de l'un de ses voisins. Banni, il franchit la Great river Fish et explore les territoires xhosas. En 1815, il participe à la révolte boer de Slagters Neck et est inculpé de haute trahison. En 1838, Hercule Malan, l'un de ses fils, participe au Grand Trek. Ce voortrekker est tué avec Piet Retief sous les sagaies des Zoulous du roi Dingane et empalé, le crâne écrasé à coups de pierre et sa dépouille laissée en pâture aux vautours sur le flanc d'une collineRian Malan, Mon cœur de traître, </ref>. Son frère Jacob Jacobus Malan venge Retief et ses compagnons à la bataille de Blood River après avoir prêté serment à Jéhovah. Ses fils, Jacobus et Hercule Malan, sont cofondateurs des républiques boers.
Daniel Malan (1741-1828), frère de Dawid, vit pour sa part toute sa vie dans la région de Stellenbosch tout comme son fils François Stephanus Malan (1789-1862), l'arrière-grand-père de D.F. Malan.
Une jeunesse afrikaner Issue de cette lignée enracinée dans le sol sud-africain, D.F. Malan est élevé avec ses frères et ses sœurs à AllesverlorenHistoire de Allesverloren, acheté en 1872 par Daniël Malan et détenu dans la famille depuis 5 générations, la ferme familiale achetée en 1872 près de Riebeek West, où ses parents sont amis et voisins de ceux de Jan Smuts. Daniël Malan, son père, qui est un homme sévère et autoritaire, est un fermier aisé, un homme d'église et un partisan de l'Afrikaner Bond dont il dirige la branche locale à Riebeeck WestBiographie par Lindie Korf, . thumb|300px|Premier rang : Koos Malan. Deuxième rang : Cinie, Daniel François et Fanie Malan. Troisième rang en arrière-plan : Mimie Malan. thumb|300px|Riebeek West (ou Riebeek Wes en afrikaans), le village où grandirent les Malan. Les 3 enfants premiers nés de la famille, Maria (1867-1876), Daniel François (1868-1874) et Stephanus Malan (1870-1878) sont morts avant d'atteindre leur dixième année. Sa sœur aînée, Francina Susanna « Cinie » Malan (1872-1935), brillante élève et camarade de classe de Jan Smuts avec qui elle est constamment en compétition pour la première place, est une jeune fille profondément croyante qui donne des cours du dimanche aux enfants d'ouvriers et plus tard travaille dans des œuvres sociales missionnaires notamment au sein de la communauté métis de Wellington puis au MashonalandCinie Malan épousera un missionnaire, André A. Louw, et deviendra la première traductrice de la langue chikaranga, publiant notamment en 1915 le premier manuel de grammaire et de vocabulaire de chikaranga. ; Maria Mimie Malan (1876-1964), sa seconde sœur, se marie avec un instituteur du Transvaal ; Son jeune frère, Stephanus François (Fanie) Malan (1878-1962), se révèle le plus apte à reprendre et à gérer Allesverloren, l'exploitation agricole familialeD.F. Malan, thèse de doctorat par Lindi Korf, et s.. S.F. Malan est l'un des fondateurs du parti national au Cap, est élu au conseil provincial et finit sa vie politique en tant que sénateur. Professionnellement, il devient directeur de la coopérative vinicole, KWV, directeur de Sanlam et un membre éminent de la société civile du CapAllesverloren est géré successivement à partir de 1945 par son fils Daniel François Malan, qui la consacre entièrement à l'exploitation viticole, puis à partir de 1961 par son petit-fils Fanie Malan (mort en 2003) et depuis 1991 par son arrière-petit-fils Danie Malan ; Pieter Malan (1880-1890), autre jeune membre de la fratrie, a très tôt la vocation de missionnaire mais meurt dramatiquement à l'âge de lors d'un pique-nique familial, écrasé par un bloc de pierre tombé d'une paroi rocheuse. Les quelques shillings économisés par le jeune garçon pour exercer sa future vocation seront symboliquement utilisés pour créer une fondation missionnaire portant son nom ; Jacobus Koos Malan (1882-1938), le plus jeune des frères, ne fait pas de politique mais devient médecin.
Enfant peu prolixe et complexé, timide, myope et faible physiquement, D.F. Malan, qui partage avec son père les mêmes prénoms, reçoit une éducation victorienne. Bon élève lors de sa scolarité à l'école de Riebeek West, il a notamment comme instituteur le professeur Theunis Stoffberg. Ce jeune évangéliste de dix-huit ans, qui loge pendant cinq années chez les Malan, exerce une influence spirituelle importante au sein du foyer familial et sur D.F. Malan en particulier Marié ensuite avec Cinie Roussouv, la demi-sœur de Daniël Malan, Stoffberg deviendra plus tard sénateur. En même temps, D.F. Malan reçoit le dimanche des cours de soutien scolaire de Jan SmutsKorf, thèse 2010, En dépit de l'opposition politique future entre les deux hommes, Malan et Smuts conserveront jusqu'à la fin de leur vie leurs liens d'amitiés -Biographie de D.F. Malan par Lindie Korf, .
Comme beaucoup d'enfants afrikaners du , les enfants Malan ne sont pas élevés seulement par leurs parents et par leurs instituteurs d'école mais aussi par le personnel métis au service de la famille. Le jeune D.F. Malan est notamment élevé par deux vieilles femmes coloureds et par un vieux couple né esclaves. Durant ces années et jusqu'à l'adolescence, les enfants Malan vivront ainsi dans une atmosphère familiale paternaliste et dans une grande promiscuité personnelle avec le personnel métis de la famille. À cette époque et jusqu'à ses études supérieures, le jeune D.F. Malan ne croit pas en une quelconque différence inhérente entre les races mais plutôt que l'éducation peut effacer toutes les différences existantes entre Blancs et ColouredsBiographie par Lindie Korf, .
Formation et études Les années Stellenbosch Très tôt, D.F. Malan montre peu d'envie à l'idée de reprendre la gestion de la ferme familiale et se replie sur la lecture. Il fait part à ses parents de son intérêt pour faire des études de droit mais ses parents refusent au prétexte qu'un avocat Biographie par Lindie Korf, . Après son certificat obtenu en 1890, son père, qui, dépité a constaté que son fils aîné ne manifeste finalement aucune aptitude pour devenir fermier et reprendre l'exploitation familiale, l'envoie à Stellenbosch où il obtient un certificat intermédiaire au collège Victoria. Pendant ce temps, sa mère meurt (1893) et son père se remarie en mars 1894 avec Esther Fourie (1865-1927), une jeune femme de sa cadette. Le couple aura trois filles surnommées Essie (1894-1962), Annie (1900-1976) et Stinie (1905-1965)Soit Esther, Anna et Catherine ainsi qu'un petit garçon, Jonathan (1897-1901), mort en bas âge. D.F. Malan s'entend bien avec sa belle-mère et ses sœurs, notamment Nettie Fourie qui devient l'une de ses plus proches amies intimes.
Après avoir obtenu son diplôme universitaire de premier degré en mathématique et science en 1895, D.F. Malan, qui a alors 21 ans, décide de suivre des études de philosophie et de théologie, notamment, décrira-t-il dans une lettre, en raison de l'influence qu'aura exercé sur lui la piété de ses parents. Il passe avec succès l'examen d'entrée au séminaire de théologie. Durant ses études, il se révèle être un étudiant assez distant, timide, peu communicatif mais néanmoins méthodique et discipliné. Grâce à Jan Smuts, il est devenu membre de la Société des débats, un forum d'étudiants qui est surtout une école d'entrainement à l'oral et à la rhétorique pour tous les aspirants politiciens et orateurs. La première prestation orale publique de Malan est un récit de la pièce La mort de Napoléon. En dépit des moqueries qui accueillent sa performance jugée peu convaincante, il persévère, surpasse sa timidité et ses complexes et remporte brillamment son tout premier débat oratoire dans lequel il critique la politique de Cecil Rhodes, le Premier ministre de la colonie du Cap, mais aussi la société De Beers, le système financier local, tout en développant une rhétorique nationaliste, anti-capitaliste et anti-socialiste, axée non sur le progrès mais sur la protection du peuple afrikaner dans une période lourde d'incertitude. Ainsi, pour le jeune étudiant, le capitalisme ne peut que piller les populations locales de leur richesse et déstabiliser leurs sociétés en créant une inégalité économique laquelle conduit nécessairement au socialisme ou à l'anarchismeKorf, thèse 2010, .