Par architecture de la Suisse sont considérées les constructions situées en Suisse ainsi que celles issues de l'activité de Suisses à l'étranger.
Les constructions présentes sur le territoire de la Suisse actuelle sont de différentes périodes historiques dont on a des traces à partir du Néolithique puis, entre le et le , les premières colonies romaines militaires, notamment celles de Colonia Iulia Equestris et de Colonia Augusta Raurica. Au Moyen Âge se développe le christianisme. Les premiers édifices religieux sont établis aux environs de 350 à Genève et en 381 en Octodure. L'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune est fondée en . Les familles dynastiques assurent leur domination par les châteaux forts. De nouvelles villes apparaissent après le premier millénaire de l'ère chrétienne et se multiplient à la fin du et surtout au . Les habitations privées, en pierre, deviennent plus fréquentes à partir du . La maison paysanne, tantôt en bois, tantôt en pierre, varie, dans son architecture, selon les espaces naturels (Alpes, plateau et Jura). Au , la révolution industrielle transforme profondément les villes et le mode de vie de leurs habitants : les anciennes enceintes défensives et les portes urbaines sont abattues.
Les ingénieurs constituent une nouvelle élite, chargée de développer les communications (routes, navigation à vapeur, chemins de fer) et de diriger de grands travaux d’assainissement. En Suisse romande, Guillaume Henri Dufour, Adrien Pichard et Ignace Venetz comptent parmi les premiers ingénieurs cantonaux chargés de ce type de travaux (aménagement urbain, routes et ponts). Après l’ouverture de l’École spéciale de Lausanne (fondée en , première école d’ingénieurs en Suisse romande), le Polytechnicum de Zurich est inauguré en . Le directeur de cette dernière institution, Gottfried Semper, y enseigne l'architecture et marquera le secteur du bâtiment public par son style néo-classique.
De nombreux architectes originaires de la Suisse méridionale ont pratiqué la Renaissance et le baroque en Italie et en Europe : Pietro Antonio Solari, Pietro Lombardo, Domenico Fontana, Carlo Maderno et Francesco Borromini par exemple. Au , Le Corbusier architecte originaire de La Chaux-de-Fonds, est l'un des principaux représentants du mouvement moderne. Organisé par Le Corbusier, Hélène de Mandrot, et Sigfried Giedion, le tout premier congrès international d'architecture moderne (CIAM), s'est constitué en Suisse au château de La Sarraz en juin 1928. Au début du de nombreux architectes suisses ont une réputation internationale : Mario Botta, Diener & Diener, Herzog & de Meuron, Peter Zumthor entre autresArchitecture, Design site ead.nb.admin.ch consulté le 25 septembre 2008.. Certains, comme Bernard Tschumi, font leur carrière à l'étranger.
Protohistoire
Durant le Néolithique, les populations du plateau suisse pratiquent déjà l’agriculture. Les villages sont construits près des lacs et des cours d'eau et formés de maisons rectangulaires en colombage avec des murs formés d'entrelacements de branches et revêtus de torchis. On a relevé la présence de planchers en bois et de très nombreux pieux, ainsi que de palissades entourant les villages. En raison des innombrables palafittes découverts lors des fouilles archéologiques du , on a cru que les villages préhistoriques étaient construits sur de vastes plates-formes surplombant les flots. Ceci a donné naissance au concept de cité lacustre. Les recherches du démontrent cependant que cette notion est erronée, car ces constructions ne se trouvaient pas constamment sur l'eau, mais sur des terrains inondables. Ces maisons sont par conséquent construites sur des planchers rehaussés afin de se protéger des crues. Les historiens utilisent dorénavant le terme de « villages littoraux » Les villages préhistoriques du Léman, un patrimoine menacé Association pour la sauvegarde du Léman, bulletin , décembre 1997..
Parmi ces populations, la culture de Cortaillod s'établit sur les rives du lac de Neuchâtel, entre 4500 et et laisse de nombreux vestiges qui ont été découverts sur et à proximité de la commune de Cortaillod. En Suisse centrale, on trouve la civilisation d'Egolzwil et à l'est la civilisation de Pfyn, entre 3700 et 3500 av. J.-C., qui est à l'origine de la culture de Horgen au bord du lac de Zurich.
Des villages préhistoriques se trouvent également dans les régions montagneuses des Grisons et Valais.
À l'âge du bronze, entre 1800 et , on trouve au bord des lacs de Hallwyl et de Zoug des constructions faites avec des troncs équarris de conifères (madriers) et les villages protégés par des fossés et remblais (dans le Fricktal par exemple).
La civilisation de La Tène se développe pendant la période comprise entre 480 et ; elle tire son nom des fouilles archéologiques à l'extrémité orientale du lac de Neuchâtel, visibles au Laténium. De nombreuses tribus celtes se fixent sur le plateau suisse. Les premiers centres de type urbain, les oppida (Oppidum), présentent une organisation en quartiers, avec des spécialisations artisanales (forgerons, céramistes entre autres), la production de la monnaie, des espaces à vocation cultuelle et des sanctuaires. Ces oppida sont fortifiés par un puissant rempart de terre armée de bois et de parements de pierre sèche. Parmi ces peuples, les Helvètes, installés sur le plateau suisse à partir de , quittent leur territoire en pour fuir les Germains et, avant de partir, brûlent leurs villes. On estime qu’il y en avait une douzaine. Les principaux vestiges d'oppidums connus se trouvent sur la presqu'île de l'Enge à Berne (Brenodurum) et sur le site de la Gasfabrik à Bâle - 8.
Période romaine
La période romaine va durer du au . Les premières colonies militaires de Colonia Julia Equestris, basée à Nyon et de Colonia Augusta Raurica marquent le début de la romanisation du territoire, rattaché à la province romaine de Gaule belgique. Les Romains fondent ensuite Vindonissa et surtout Aventicum qui devient progressivement la capitale de l’Helvétie romaine, ainsi que son centre politique, religieux et économique au début du . Aventicum était alors tracée selon un plan en échiquier avec des quartiers (insulae), de environ. Deux rues principales de de largeur se croisent perpendiculairement et d'autres rues moins larges séparent les 48 quartiers. La ville est dotée d’un forum, d’une grande place publique et de thermes. Les premières maisons, datées de l'époque de Tibère (début du ), mêlent armatures de bois et pans de terre. Certains quartiers sont rebâtis en pierre, tandis que d'autres sont construits en bois et en briques crues et parfois ornés de peintures de qualité. Les seuils et colonnes sont souvent en molasse - 12.
Moyen Âge
À la suite de l'abandon du limes par l'Empire romain en 260, les Alamans (païens) et Burgondes (déjà chrétiens) se partagent le territoireavec Genève comme principal centre Burgondes en 443 sauf le Tessin et la Rhétie qui restent sous influence romaine. Entre le et le , le territoire suisse passe en main des Francs qui développent le christianisme.
À partir de 1033 et le rattachement du royaume de BourgogneRattachement du royaume de Bourgogne avec le couronnement de Conrad II le Salique à Payerne, la totalité du territoire suisse fait partie du Saint-Empire romain germanique où l'ordre hiérarchique repose sur un système féodal.
Les Burgondes construisent les palais et les églises en pierre alors que les maisons d'habitation sont en bois. Les Alamans, quant à eux, s'installent dans des maisons en bois dans des villages ou fermes isolées en évitant les villes romaines et chrétiennes. Avec les Carolingiens, au , apparaissent les premiers châteaux et palais.
Des agglomérations telles que Zurich, Saint-Gall, Payerne et Schaffhouse s'organisent autour des palais royaux et des cloîtres favorisent l'établissement d'artisans et des marchés. Elles furent élevées au rang de ville. Le commerce transalpin suivant le Rhin et le San Bernardino, les agglomérations de Coire (station de douane au ), Constance, Stein, Schaffhouse et Bâle ont reçu les privilèges accordés aux villes au .
Les principales familles dynastiques sont les Lenzboug, les Kybourg, les Zähringen, les Habsbourg, les Savoie, les comtes de Frohburg, de Neuchâtel, de Rapperswil, du Toggenbourg et de Werdenberg ainsi que les seigneurs de Sax. Les évêques et les supérieurs d'abbayes sont alors également de puissants suzerains.
De nouvelles petites agglomérations urbaines, fondées par ces familles dynastiques, apparaissent au . Elles sont situées de préférence aux points de jonction de grandes routes, aux endroits contrôlant les cours d'eau, dans une boucle de rivière ou au bord d'un lac. Fribourg (1157), Morat (1170) et Berne (1191) sont fondées par les Zähringen. Les Frohburg fondent Liestal, Olten et Aarburg notamment. Les Kybourg fondent Diessenhofen (1178), Aarau (1240) et Lenzburg (1240) par exemple. Les Habsbourg fondent Baden et Bremgarten. Les Savoie fondent Aigle (1231), Morges (1286), Rolle (1319), Romont et Yverdon. Les évêques de Bâle fondent Bienne, Laufon, Porrentruy, Saint-Ursanne et La Neuveville. Les évêques de Constance fondent Bischofszell et Neunkirch. Par la suite, les villes tentent d'obtenir l'immédiateté impériale afin de pouvoir disposer d'elles-mêmes.
À partir du il y a peu de villes nouvelles. La plus importante est Bâle avec .
Édifices religieux
La stabilité apportée par les Francs permet d'étendre la christianisation aux campagnes. Les limites entre les diocèses sont progressivement fixées permettant la construction des premiers édifices chrétiens sur le territoire de la Suisse à Genève (en l'an 350 environ), à Octodurus (en l'an 381).
Les premiers monastères sont l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune (fondée en 515) et le couvent de Saint-Gall (613) où, à l'époque de Gall, les maisons des moines se groupaient alors en désordre autour de l'église. On trouve ensuite l'abbaye de Moutier-Grandval (640) et l'abbaye d'Einsiedeln (934). Avec la période carolingienne, les édifices sont monumentaux. Parmi ceux-ci, on peut trouver le couvent bénédictin de Saint-Jean-des-Sœurs (780), la cathédrale de Bâle (entre 805 et 823) avec ses deux tours ou l'abbaye de Saint-Gall avec sa bibliothèque (820-830).
L'architecture romane est présente en Suisse occidentale et en Valais avec, notamment, l'abbatiale de Romainmôtier, le monastère de Payerne (965). Les cisterciens construiront l'abbaye d'Hauterive (1138) et celle de Bonmont.
Avec l'architecture gothique les villes se dotent de cathédrales symboles de puissance, comme celles de Genève, Lausanne, Fribourg ou Berne. vignette|235x235px|La porte de Spalen à Bâle
Châteaux forts et fortifications
Les familles dynastiques assurent leur domination par les châteaux forts qui servent à la fois d'habitation et de moyen de défense. Leurs emplacements sont choisis selon des considérations de position stratégique ou de la possibilité de surveiller le paysage environnant ; par exemple le château de Nidau est au bord d'une route, celui de Chillon entouré d'eau, celui de Lenzbourg sur une hauteur et le château de Mesocco est dressé sur un promontoire rocheux, barrant une vallée. La forme la plus simple du château est la tour d'habitation isolée comme au Hospental. Seuls quelques grands châteaux possédaient un immeuble d'habitation avec salle et chapelle indépendante comme les châteaux de Berthoud, Chillon, Kybourg ou Mesocco.