Le Muntjac de Reeves (Muntiacus reevesi), aussi appelé Muntjac de Formose ou Muntjac de Chine (parfois cerf aboyeur, ou abusivement, Cerf muntjac) est une espèce de petit cervidé originaire d'Asie. Ce muntjac est endémique de Taïwan et de Chine, où il vit dans les forêts humides. Il a été introduit en Grande-Bretagne (Royaume-Uni) où il est désormais largement répandu, notamment en Angleterre, mais aussi dans plusieurs parties d'Asie du Sud-Est, en Europe (aux Pays-Bas, en Belgique, en France, en Irlande), au Japon et aux États-Unis.

Cette espèce est, avec le Muntjac indien (Muntiacus muntjak), l'une des deux espèces de Muntjacs les plus connues et dont on connait le mieux les mœurs et l'écologie.

Dénominations Nom scientifique valide : Muntiacus reevesi (W. Ogilby, 1839) Protonyme : Cervus reevesi W. Ogilby, 1839 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Muntjac de Chine, Muntjac de Reeves, Cerf aboyeur, Muntjac de Formose, Muntiac chinois, Muntiac de Reeves, Muntjak de Chine, Muntjak de Reeves Nom vernaculaire (langage courant) : muntjak Reeves (breton)

Étymologie Il doit son nom à , de la Compagnie anglaise des Indes orientales en 1812 (et qui a donné aussi son nom au faisan vénéré (Syrmaticus reevesii)).

En langue chinoise, le mot muntjac peut se traduire comme « élément fort de la montagne », de par sa capacité de résistance et d'adaptation à un milieu parfois rude. Au Viêt Nam, il est aussi dénommé « cerf vivant dans la forêt épaisse et profonde ».

Taxonomie Trois sous-espèces sont actuellement reconnues : Muntiacus reevesi jiangkouensis Gu and Zu, 1998 Muntiacus reevesi micrurus Sclater, 1875 Muntiacus reevesi reevesi Ogilby, 1839 La sous-espèce taïwanaise (M.r. micrurus), est celle qui est communément appelée muntjac de Formose. Elle a une coloration plus foncée.

Répartition Le Muntjac de Reeves est présent naturellement sur l'île de Taiwan. Sur le continent, il est naturellement présent en Chine dans les provinces d’Anhui, de Fujian, de Gansu, de Guangdong, de Guangxi, de Guizhou, de Hubei, de Hunan, de Jiangsu, de Jiangxi, de Shanxi, de Sichuan, de Yunnan et de Zhejiang, soit globalement toutes les provinces du Sud-Est chinois.

Habitat Dans son aire de répartition, cette espèce de cervidé peuple les forêts subtropicales humides et tempérées montagnardes, et les milieux associés. La forêt dense constitue son habitat de prédilection. Il est particulièrement présent dans les forêts de feuillus ainsi que dans les sous-bois riches et diversifiés.

Cependant, il peut aussi s'accommoder d'un environnement plus ouvert comme les lisières de forêts ou de champs cultivés, voire aux parcs et jardins urbains dans les zones à présence humaine.

En Grande-Bretagne, ce muntjac s'est très bien adapté à la forêt décidue tempérée et aux landes buissonnantes (jusqu'en Écosse), ainsi qu'aux campagnes dotées de bosquets et de haies bocagères.

Le Muntjac de Reeves peut vivre à des altitudes variées, de 50 à , du moment que des ruisseaux sont présents.

Dans son habitat d'origine, il a, outre l'homme, plusieurs prédateurs dont il constitue souvent une part importante de l'alimentation.

Description Le Muntjac de Reeves a un pelage couleur noisette, avec une petite queue, noire sur le dessus et blanche en dessous, avec le dessus généralement foncé et le dessous clair. L'avant du corps, le cou et la tête sont souvent clairs avec une coloration plus ou moins jaune clair. Le dessus du mufle est foncé et deux lignes noires aux dessus des yeux et sur le front dans la ligne des cornes forment une sorte de V. Les femelles ont souvent, elles, le front noir. Il a deux pelages : un brun-roux la plupart de l’année notamment en été, et un gris terne/brun grisâtre en hiver.

Son apparence est voutée, la croupe étant plus en hauteur que l'échine, il peut être confondu de loin avec un chien. Il est d'un petit gabarit : il mesure jusqu'à de longueur et au garrot pour un poids allant de 10 à . Ses empreintes font quant à elles moins de de long.

D'un caractère primitif pour un cervidé comme pour le Cerf d'eau (Hydropote) et notamment le Cerf huppé avec lequel il est apparenté (et dont il partage une bonne partie de son aire de répartition avec celle de ce dernier, qui se chevauchent), le mâle possède deux bois le plus souvent droits, courts constitués d’un unique andouiller ( maximum) portés par un pivot très long avec pas ou peu d'embranchements (2 maximum). Les bois tombent après le rut lorsque la testostérone baisse. Les femelles, elles, ont juste de petits boutons osseux à l'emplacement desdits bois.

Il est aussi pourvu, comme pour les autres espèces de muntjacs, de longues canines supérieures (d'environ ) parfois visibles lorsqu'elles dépassent de la commissure des lèvres, qui peuvent constituer un moyen de défense ou d’agression capable de provoquer des blessures fatales lors de combats entre individus pour l'accès aux femelles, mais il s'en sert principalement pour s'alimenter (en grattant le sol pour déterrer des racines par exemple).

En dehors de la présence de cornes chez le mâle, il n'y a presque pas de dimorphisme sexuel, voire aucun, chez cette espèce comme pour toutes les autres espèces de cervidés. Il est de plus doté de glandes (aussi appelé larmiers) importantes devant les yeux qui produisent des sécrétions liquides et odorantes et dont il se sert pour marquer son territoire, sur des supports variés.

Comme pour toutes les autres espèces de muntjac ou petits ongulés de taille équivalente, c'est un animal inoffensif, discret, farouche, prudent, timide et souvent sur le qui-vive et qui reste caché la plupart du temps de la journée, ne s'activant généralement que lors des heures où les autres espèces sont moins en activité comme le matin, l'après-midi ou le soir. Il a une période d'activité ainsi souvent crépusculaire, mais aussi à la fois nocturne (comme le montrent plusieurs pièges photographiques) et diurne. La journée, le Muntjac a généralement une période d'activité le matin de 6 à 8 heures et 10 à 12 heures et une période d'activité le soir de 16 heures à minuit.

En général, les individus sont solitaires et ne se rencontrent que lors de la reproduction, mais il arrive que des groupes de 2 à quelques individus se forment temporairement et soient observés. Ils se déplacent la plupart du temps avec une locomotion lente afin de faire le moins de bruits possible. C'est un animal assez agile qui sait parfaitement se déplacer, et fuir si besoin est, avec aisance dans le sous-bois.

Le Muntjac de Reeves peut vivre jusqu'à 10 ans, notamment en captivité.

Alimentation Le Muntjac de Reeves se nourrit d'à peu près de tout ce qui se trouve à la base du sol, d'écorces, de feuilles, de fruits, de graines, de noix, de champignons, de fleurs, de racines, de baies, d'herbes et de bourgeons mais son alimentation principale se compose majoritairement de jeunes pousses d’arbres et d’arbustes et ce, à l'instar des autres espèces de cervidés. À l'occasion, il lui arrive de manger des œufs d'oiseaux se trouvant aux sol, des larves, et parfois de charognes lorsque l'occasion se présente, ce qui peut permettre l'obtention de certaines vitamines lors de carences. C'est l'un des rares cervidés à tendance omnivore avec le Cerf huppé, bien qu'il reste principalement herbivore.

Reproduction

La femelle a une gestation d'environ 7 mois (209 à 220 jours environ) et donne naissance à un ou deux petits par an. Cependant, il n'y a pas de réelle période de reproduction définie pour cette espèce et les individus peuvent se reproduire toute l'année (bien qu'en Angleterre, une période d'abondance ait été observée d'octobre à mars). Cette absence de saisonnalité de reproduction est rare chez les cervidés et presque propre aux espèces de muntjacs.

De plus, la maturité sexuelle est assez précoce puisque les femelles peuvent se reproduire dès l'âge de 7 à 8 mois et sont de nouveau réceptives quelques jours seulement après la mise-bas. Elles peuvent ainsi être presque constamment en gestation durant l'année.

La femelle donne généralement naissance à 1 à 2 petits qu'elle allaite durant 2 mois et qui deviennent indépendants à l'âge de 6 mois. Ces derniers, comme les autres cerfs, sont tachetés à la naissance et restent immobiles dans les fourrés en l'absence de leur mère.

Cris En cas de danger, de stress ou encore lorsqu'il rencontre un individu dominant, il émet des cris très sonores ressemblant à des aboiements, d'où son nom commun de « cerf aboyeur ». C'est sa manière de prévenir des congénères. Cette alarme du muntjac est aussi comprise par d'autres espèces de cervidés et par divers animaux.

À part cela, comme pour les autres cervidés, c'est un animal généralement silencieux, mais qui peut émettre différentes vocalises selon les situations. Lorsqu'elle se soumet avant de se reproduire, la femelle pousse une sorte de miaulement. Ses cris sont marqués par de courtes pauses avec des intervalles qui s'allongent en période de rut.

En outre, la communication chez les Muntjac est surtout chimique grâce la glande pré-orbitale dont il se sert pour marquer son territoire.

Croyance Dans certaines tribus mongoles, en Asie, le muntjac était vénéré comme une déité. Les populations locales en Asie voient les muntjac comme des habitants mystérieux de la forêt et sont pour eux un véritable système d’alarme en ce qui concerne la présence d’un potentiel danger (prédateurs notamment).

Le muntjac est aussi nommé Moon Jack (Connecteur à la lune) dans le folklore neuvicois. Il serait l'animal représentant et guide des Esprits de la Forêt.

Espèce invasive L'espèce est estampillée et considérée comme invasive dans toutes les régions du globe où elle a été introduite (souvent involontairement, mais aussi parfois par abandon, au départ comme animal de compagnie et/ou d'ornement pour les jardins). La seule menace importante que ce petit cervidé représente actuellement est la dégradation du renouvellement forestier en mangeant les pousses des jeunes arbres, notamment à cause du manque actuel de prédateur pour réguler ses populations.

En Europe Cette espèce fut introduite en Angleterre pour peupler le parc de l'abbaye de Woburn. S'en étant échappé vers le début du XXe siècle, en 1901 (au départ 11 spécimens) et rejoint par d'autres spécimens d'autres parcs ou libérés intentionnellement, ce cervidé asiatique de petite taille finit par coloniser le centre et le sud de l'Angleterre puis le pays de Galles.

En Angleterre, le cervidé n'a pas de prédateur hormis parfois le renard roux (mais qui s'attaque principalement aux jeunes) ou encore les chiens errants, de ce fait les chasseurs sont autorisés à l'abattre de manière à réguler les effectifs. La population continue de croître (8,2 % en moyenne par an) et a atteint aujourd’hui le million d’individus. La dispersion de l'espèce sur le territoire se fait de environ par an en moyenne. Il est impliqué régulièrement dans des accidents routiers avec en 2010 plus de 40 000 accidents environ. Des spécimens ont aussi été repérés en Irlande du Nord en 2009 et en république d'Irlande en 2010, presque certainement grâce à une assistance humaine. La chasse de cette espèce a été autorisée à l'année, les battues réalisées par des professionnels ont généralement un chiffre de quelques individus pour chaque battue.