L’église Saint-Merry (ou Saint-Merri ou Saint-Médéric), communément appelée Saint-Merry, est une église catholique située sur l’actuelle rue Saint Martin au 78 (l’ancienne voie romaine nord-sud) et sur la rue de la Verrerie, avec au 76 le siège de la paroisse, dans le de Paris, à proximité du centre Georges-Pompidou.

Le nom de Saint-Merry viendrait de l’abbé saint Médéric, mort en l’an 700, canonisé puis rebaptisé Saint-Merri par contraction. Les restes de ce saint reposent toujours dans la crypte de l’église.

L’église Saint-Merry est considérée comme l’une des « quatre filles » de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Construite de 1500 à 1565, en pleine période de la Renaissance, elle est cependant d'une architecture de style gothique flamboyant et en raison de son architecture similaire à celle de la cathédrale, elle porte également le surnom de « Notre-Dame la petite ». L'église possède l’un des orgues les plus prestigieux de Paris ainsi qu’une grande collection de peintures des XVII et XIX siècles.

Depuis , et par décision de l'archevêque de Paris, Michel Aupetit, la paroisse Saint-Merry est confiée à la communauté de Sant'Egidio.

Historique de l'église Le monceau Saint-Merri sur lequel s'est établie l'église, est, avec le monceau Saint-Germain l'Auxerrois, le monceau Saint-Gervais et le monceau Saint-Jacques, l'une des buttes les plus proches de la Seine et de l'Île de la Cité, entourées par des terrains marécageux (d'où l'appellation de "Marais") inondés par le fleuve, où se firent, au cours du Haut Moyen Âge, les premières implantations sur la rive droite de Paris.

La tradition La tradition raconte que Médéric (Medericus)Jean Colson (dir.) et Marie-Christine Lauroa (dir.), Dictionnaire des monuments de Paris, Hervas, 1992, 917 p. [rééd. Georges Poisson, 2003 ], 718., abbé de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, vint vivre en ermite avec son disciple saint Frou dans un ermitage à proximité de l’oratoire « Saint-Pierre-des-Bois » qui s’élevait à cet endroit. Après deux ans et neuf mois, il meurt le , le « 4 des calendes de septembre », et y est enterré. L'oratoire est transformé en chapelle toujours sous le nom de Saint-Pierre-des-Bois ou plus simplement Saint-Pierre, mais devenant de plus en plus la chapelle du saint homme de Dieu.

Son tombeau, étant l'objet d'une véritable vénération dû à de nombreux miracles, en 884 le prêtre Thèodelbert soumet à l’évêque de Paris, Gozlin, de faire exhumer son corps et de mettre en châsse les restes de Saint Médéric, qui deviendra Saint-Merri, désormais considérés comme des reliques. C’est à cette époque, aussi lors du dernier siège de Paris par les Normands, que saint Médéric est choisi pour devenir le saint patron de la rive droite. La chapelle prend alors le nom de chapelle Saint-Médéric, ou chapelle Saint-Merri.

L'église du Le culte du saint abbé est à l’origine d’une nouvelle église Saint-Pierre-Saint-Merri sur l’initiative d’un officier royal, Eudes Le Fauconnier, au . Même si la date exacte de construction reste hypothétique, on sait qu'Eudes Le Fauconnier a bel et bien existé, puisque lors de la reconstruction de l’église au , on découvrit dans le vieux cimetière le squelette d’un guerrier chaussé de bottes de cuir doré, avec l’inscription :

« Ici repose un homme de bonne réputation, Odo Falconarius, fondateur de cette église ».

Le nouvel édifice bénéficie de plusieurs donations, dont celles d'un certain comte Adalard, soutenues par les rois Eudes et Carloman, et confirmées par une charte de Louis d'Outremer, donnée à Laon le .

Vers 1010, l'évêque de Paris, Renaud de Vendôme, en fait don au chapitre de Notre-Dame. Devenue collégiale, elle est alors desservie par une communauté de sept chanoines issus du chapitre. En 1200, l'église bâtie à sa place est érigée en paroisse sous le nom de Saint-MerryDictionnaire de la conversation et de la lecture, 46, 1838, Belin-Mandar libraire, 20. Elle est ainsi l’une des quatre « filles de Notre-Dame » . et la dernière subsistante aujourd'hui. Mais le développement démographique du quartier des Halles et du Beau-Bourg nécessite une nouvelle construction. Jean Beaupère, l’un des juges de Jeanne d’Arc, fut curé de la paroisse à cette époque. L’église accueillit également l'écrivain et poète italien Boccace, ou encore saint Edmond, futur archevêque de Cantorbéry, tous deux paroissiens de Saint-Merry..

L'église du à nos jours thumb|200px|left|Église Saint-Merri (S.MARRI) sur le plan de Truschet et Hoyau (v. 1550).

L’édifice actuel a été édifié entre 1500 et 1565 (la nef entre 1500 et 1515, le transept entre 1525 et 1535, le chœur entre 1535 et 1565).

En 1612, le clocher est surélevé d’un étage.

Le est pour l’église une ère de remaniement : le jubé de 1558 est détruit en 1709 ; l'architecte Germain Boffrand réalise, au sud, en 1743, la chapelle de la Communion ; les frères Slodtz sont chargés en 1759 de remanier le chœur dont les arcs brisés sont cintrés et recouverts comme les piliers d’un placage de marbre et de stuc. Le sol est recouvert d’un dallage de marbre, le mobilier est renouvelé et les vitraux sont en partie remplacés par du verre blanc.

Les abbés Marie François Moufle et Pierre Jacques Vitalis, vicaires de l'église Saint-Merii, sont tués lors des massacres de septembre 1792 Plaque commémorative, « à la mémoire des glorieuses victimes de septembre 1792 ».

Fermée en 1793 en raison de la Révolution, l’église devient une fabrique de salpêtre. De 1797 à 1801, des théophilanthropes en font le « temple du Commerce ». Elle est rendue au culte catholique en 1803. Le le pape Pie VII visita l'église Saint-Merry et y célébra les Saints Mystères.

Entre 1843 et 1849, de grands noms de la peinture décorent à fresque les chapelles du déambulatoire. En 1862, l'église fait l’objet d’un classement par liste au titre des monuments historiques.. En 1871, un incendie détruit le troisième étage du clocher carré, permettant ainsi à ce clocher de retrouver sa hauteur d'origine (deux étages).

En , l'église Saint-Merry a été inscrite sur la liste des monuments en péril du Fonds mondial pour les monuments. Une partie de ses décors, classés monuments historiques, sont gravement menacés..

Architecture thumb|165px|Plan de l'église (l'Est est en haut de l'image). L’église est entièrement de style gothique flamboyant, sans aucune trace d’architecture Renaissance. Elle est, dans l'ensemble, assez homogène, bien que le second collatéral ne soit présent que sur le flanc droit de la nef, présentant donc la double particularité de comporter un bas-côté supplémentaire au sud et d’avoir le même plan que la cathédrale Notre-Dame de Paris. (le chœur étant sensiblement égal en longueur à la nef).

Elle fut d’ailleurs administrée par sept chanoines de la cathédrale et fut surnommée « Notre-Dame la petite ».

Façades La façade ouest, de style gothique flamboyant, est recouverte de dais, d’arcatures, de baldaquins, de frises de feuillages et d’animaux fantastiques, notamment sur les chambranles des porches latéraux.

À gauche de cette façade il y avait une petite porte, aujourd'hui murée, qui permettait l'accès par un escalier en vis aux maisons construites sur le collatéral nord de l'église. Ces constructions ont été détruites en 1950. Un peu plus haut se trouve un campanile élancé et étroit dont le sommet en bois renferme une cloche très ancienne datant de 1311, qui serait la plus vieille de ParisJacques Hillairet - Dictionnaire historique des rues de Paris - T.2, .

Le portail principal est percé de trois portes ogivales surmontées de crossettes et de fleurons. Les voussures sont sculptées de multiples statuettes (martyrs, anges) dans un matériau spécifique : le ciment de Vassy. Cette partie de l’ensemble statuaire est réalisée au milieu du par l’architecte Étienne-Hippolyte Godde à partir de moulages pris sur les statuettes du portail méridional de la cathédrale Notre-Dame de Paris (le portail Saint-Étienne) avant sa restauration par Viollet-le-Duc.Au centre de cette façade figure un grand porche sur les piédroits duquel se dressent des statues d'apôtres réalisées par les sculpteurs Louis Desprez et Joseph-Silvestre Brun au en remplacement de celles détruites à la Révolution.

thumb|upright=0.65|Le « Baphomet » du portail principal.

Sur cette façade ouest les maîtres sculpteurs du ont posé sous nos yeux d'étranges figures, en particulier un bestiaire riche et étonnant. En revanche, celle qui orne la clé de voûte du portail principal date de la restauration menée dans les années 1841-1843Georges Poisson, Histoire de l'Architecture à Paris, Paris, 1997, .. Elle représenterait le Baphomet, c’est-à-dire pour certains le diable, pour d’autres l'idole possiblement vénérée par les Templiers (dont la maison principale se trouvait très près de Saint-Merry), ou enfin tout simplement l'occitanisation de MahometMichael Routledge, The Troubadours: An Introduction, Simon Gaunt and Sarah Kay, Cambridge University Press, 1999, . Ce petit diablotin, être cornu mi-homme mi-femme, doté d’ailes de chauve-souris, évoque les publications d’Eliphas Lévi (né Alphonse-Louis Constant 1810-1875). Il appartient à l’iconographie occultiste du , inspirée d’anciennes figures trouvées chez les Templiers. Cette présence insolite est signalée par Claude Seignolle dans son recueil de nouvelles La Nuit des Halles, Umberto Eco dans son roman Le Pendule de Foucault ainsi que par les auteurs Éric Giacometti et Jacques Ravenne dans leur roman Le Septième Templier (page 429). Comme l'ensemble de la façade principale, il a été restauré lors des travaux réalisés en 2013-2014.

Le flanc nord de l'église a été dégagé en 1950 des maisons qui s’y appuyaient.

Le long de cette façade se trouvent de nombreuses gargouilles.

La façade sud, du fait des immeubles confrontant l'église, n'est pas visible de la rue. Une vue de 1892, prise d'une fenêtre d'un bâtiment proche, permet toutefois d'en apercevoir les parties hautes. De même le chevet, caché par les bâtiments qui jouxtent l'église à l'Est, est peu visible.

Vitraux Les verrières des fenêtres hautes des premières travées de la nef datent du début du et retracent, à droite, les vies de saint Nicolas de Myre, de sainte Agnès, de saint François d'Assise, et de la Vierge ; à gauche, la vie de sainte Marie Madeleine, des miracles du Christ, les vies de saint Jean Baptiste et de saint Thomas.

Les vitraux latéraux du chœur sont aussi du et illustrent à gauche, L’Histoire du patriarche Joseph en Égypte ; à droite, L’Apostolat de saint Pierre. Ceux de l’abside, avec au centre La Résurrection du Christ, ont été réalisés en 1866 sur les cartons de Claudius Lavergne.

Trois autres vitraux du sont enclavés dans la chapelle à gauche de la chapelle axiale de la Vierge, et représentent saint Martin partageant son manteau avec un pauvre, une Piéta et saint Éloi. Des fragments divers, également du , ont été remontés en médaillons, au , dans la chapelle axiale de la Vierge.

Les vitraux des verrières du transept et du chœur du côté nord sont attribués à Nicolas Beaurain. Des précisions furent apportées en 1997 sur la datation des vitraux attribués à Jean Chastellain, du côté sud, et à Nicolas PinaigrierFrançoise Gatouillat, Guy Michel Leproux & Élisabeth Pillet, l'église de Saint-Merry de Pris, un monument daté par ses vitraux, dans Les Cahiers de la Rotonde, , Paris, 1997, , 79 fig., 8 pl. coul..

Dès 1733, une partie des vitraux de la nef sont détruits et remplacés par des verrières blanches pour faciliter la lecture pendant l’office. Entre 1750 et 1754, ce sont les verrières du déambulatoire qui sont elles aussi détruites. Entre 1847 et 1865, Prosper Lafaye restaure les vitraux du chevet et du chœur. De nouvelles restaurations sont entreprises en 1870.

Nef et collatéraux