Jináb-i-Quddús (arabe :قدوس) (vers 1820-1849), fut le titre donné par le Báb (1819-1850) à son plus fameux disciple Mullá Muḥammad ‘Alí-i-Bárfurú, la dix-huitième et dernière des « Lettres du Vivant ».
Jeunesse Quddús naquit selon diverses sources entre 1815 et 1822, plus probablement en 1819-1820, dans une famille de cultivateurs de riz aux alentours de Bárfurú, dans la province perse du Mázindarán. Il passa son enfance comme domestique d'un dignitaire local chiite nommé Mullá Muḥammad-Ḥamzih arí’at-Madár.
Il fut envoyé à la capitale provinciale de Sárí pour y être éduqué dans une école coranique (madrisih). Il intégra au cours des années 1830 un petit groupe d'étudiants de la ville de Mahad et y fit connaissance de Mullá Hụsayn Burú'í (1813-1858) et d'autres futurs babis. À l'âge de 18 ans, Quddús quitta cette ville pour se rendre à la ville sainte chiite de Karbilá en Irak et y passa 4 années parmi les disciples ayí de Siyyid Káẓim-i-Ratí (1793-1843). Puis il revint à Bárfurú vers 1843.
On le décrivait comme un chef religieux (mullá) charismatique "courtois, mais en même temps digne et d'une noble attitude", et il devint un notable dans sa ville natale. Mírzá Músá, qui le rencontra en 1846, déclara : "quiconque l'approche est pris d'un irrépressible sentiment d'admiration pour son charme juvénile".
Rencontre avec le Báb Il rencontra le Báb à íráz et l'accompagna au cours de son pèlerinage à La Mecque. Ils quittèrent Búihr en octobre 1844 (chawwal 1260 ap.H.) et arrivèrent à La Mecque le ( de dhou al-hijja 1260 ap.H.). Durant ce pèlerinage, le Báb déclara pour la première fois en public sa revendication d'être Al-Mihdí et d'avoir une mission prophétique, défiant l'un des plus éminents ayí, Mírzá Muḥít-i-Kirmání et envoyant une lettre au Chérif de la Mecque par l'intermédiaire de Quddús.
Revenu à Búihr en février-mars 1845, le Báb informa Quddús qu'ils ne se rencontreraient plus dans cette vie :
Les jours de notre association tirent à leur fin, dit-il. L'heure de la séparation a sonné, une séparation qui ne sera suivie d'aucune réunion si ce n'est dans le royaume de Dieu, en présence du Roi de gloire. En ce monde de poussière, il ne vous a été accordé que neuf mois éphémères d'association avec moi. Sur les rivages du grand au-delà, cependant, dans le royaume de l'immortalité, la joie de la réunion éternelle nous attend. La main du destin vous plongera bientôt dans un océan de tribulations endurées pour son amour. Moi aussi, je vous suivrai; moi aussi, je serai plongé dans les profondeurs de cet océan. Que votre joie soit immense car vous avez été choisi comme porte-étendard de l'armée de l'affliction, vous vous tenez à l'avant de cette noble armée qui connaîtra le martyre en son nom. Dans les rues de íráz, vous serez accablé d'affronts, et votre corps sera affligé des blessures les plus graves. Vous survivrez au traitement ignominieux de vos ennemis et parviendrez auprès de celui qui est l'unique objet de notre adoration et de notre amour. En sa présence, vous oublierez tous les maux et toutes les disgrâces qui vous auront été infligés. Les armées de l'Invisible se précipiteront à votre secours et proclameront au monde entier votre héroïsme et votre gloire. À vous, appartiendra alors l'ineffable joie de boire à la coupe du martyre pour son amour. Moi aussi, je foulerai le chemin du sacrifice et vous rejoindrai dans le royaume d'éternité."Chronique de Nabil", chapitre 8, 137
C'est à íráz que Quddús fit pour la première fois l'expérience des persécutions contre les babis, quand lui et Mullá Ṣádiq eurent la barbe brûlée, le nez percé pour y passer une corde et les conduire comme du bétail à travers les rues, avant d'être chassés de la ville.
À la suite de cette expulsion, il voyagea à travers la Perse pour faire connaître la nouvelle Foi. Il fut l'un des trois principaux participant de la conférence de Badat, qui se déroula en juin-juillet 1848 et au cours de laquelle il conseilla que la Foi babie soit moins révolutionnaire et plus traditionnelle.
Bataille du fort de ay Ṭabarsí
Entre le et le survint le premier grand affrontement armé entre les babis et les militaires locaux, poussés par le clergé chiite.
La population commença par s'en prendre à un groupe de 200 babis, qui se réfugièrent dans le mausolée tout proche de ay Ṭabarsí. Ils y édifièrent des fortifications et s'y défendirent contre les attaques de plus en plus fortes lancées d'abord par les milices locales, puis par les troupes impériales. Bien que Mullá Ḥusayn joua un rôle au début du conflit, c'est Quddús qui prit la direction des opérations dès qu'il eut rejoint le camp retranché.
Les historiens baháʼís mentionnent plusieurs évènements "miraculeux" dans les mois suivants, au cours desquels un petit groupe de défenseurs inexpérimentés résista avec succès à des régiments gouvernementaux beaucoup mieux entraînés, armés, et bien supérieurs en nombreVoir le chapitre 3 de "Dieu passe près de nous", ainsi que les chapitres 19 et 20 de la "Chronique de Nabil"..
Durant le dernier mois du siège, la famine frappa les babis, qui durent se nourrir du cuir des chaussures, d'herbes bouillies et d'os fracassés pour survivre. La bataille embarrassait grandement les autorités perses et il y fut mis un terme par l'intervention du prince Mihdí-Qulí Mírzá, qui fit parvenir à Quddús une copie du Coran avec le message suivant inscrit sur la page de la première sourate, et scellé de son sceau :
Je jure par ce Livre très sacré, par la justice de Dieu qui l'a révélé, et la mission de celui qui fut inspiré de ses versets, que je ne nourris d'autre dessein que celui de promouvoir la paix et l'amitié entre nous. Sortez de votre forteresse et soyez assurés qu'aucune main ne se lèvera sur vous. Vous-même et vos compagnons, je le déclare solennellement, êtes sous la protection du Tout-Puissant, de Muḥammad son prophète et de Náṣiri’d-Dín áh notre souverain. Je jure sur mon honneur qu'aucun homme, soit de cette armée, soit du voisinage, ne tentera jamais de vous attaquer. La malédiction de Dieu, le Vengeur omnipotent soit sur moi si, dans mon cœur, je chéris d'autre désir que celui que je viens de déclarer."Chronique de Nabil", chapitre 20, 372
À peine sortis du camp retranché, les babis furent désarmés et réunis sous une tente, et quelques-uns furent envoyés en prison. Puis l'armée pilla et rasa la fortification et fusilla finalement tous les prisonniers babis restants.
Martyre Quddús lui-même fut escorté par le prince jusqu'à Bárfurú, où la population en liesse fêtait la victoire. Le projet du prince était de conduire son prisonnier jusqu'à Téhéran pour le remettre au áh. Cependant, le Sa'ídu'l-'Ulamá (le plus haut dignitaire religieux) de Bárfurú jura de refuser l'hospitalité au prince jusqu'à ce qu'il eût tué Quddús de ses propres mains. Le prince arrangea une entrevue entre Quddús et le chef religieux, et laissa finalement le premier aux mains du second.
Le ( de joumada ath-thania 1265 ap.H.), Quddús fut jeté en pâture à la populace déchaînée, qui dépeça son corps et le jeta au feu. Ses restes furent recueillis par un ami et enterrés non loin de là. Nabil raconte dans sa chronique :
D'après le témoignage de Baháʼu'lláh, ce jeune héros, qui était encore au seuil de sa vie, fut soumis à des tortures et à une mort telles que même Jésus, à l'heure la plus sombre de son agonie, n'en connut de pareilles. L'absence de toute entrave de la part des autorités gouvernementales, la barbarie ingénieuse dont firent preuve avec tant de talent les bourreaux de Bárfurú, le fanatisme féroce qui enflammait les cœurs de ses habitants í`ahs, l'appui moral que leur accordaient les dignitaires de l'Église et de l'État dans la capitale et, par-dessus tout, les actes d'héroïsme qu'avaient accomplis leur victime et ses compagnons et qui avaient servi à intensifier leur exaspération, tout cela concourut à donner de la vigueur aux assaillants et à accroître la férocité diabolique qui caractérisa le martyre de Quddús. Les circonstances de ce martyre furent telles que le Báb, qui était alors emprisonné dans la forteresse de Čahrīq, ne put, pendant une période de six mois, ni écrire ni dicter. Le profond chagrin qu'il ressentit fit taire la voix de la révélation et rendit muette sa plume."Chronique de Nabil", chapitre 20, 380
Décrivant la bataille au prince Aḥmad Mírzá environ deux ans après ces événements, le général assiégeant `Abbás-Qulí án la compara à la bataille de Karbilá et se compara à imr ibn il-Jawan, qui ordonna la mise à mort du troisième Imám chiite ḤusaynNote 45 à la page 403 du chapitre 20 de la "Chronique de Nabil"..
Rang de Quddús pour les baháʼís Il apparaît qu'en dépit de la hauteur unique de son rang, Quddús ne doit pas être considéré dans la foi baháʼíe comme une "Manifestation de Dieu", ni ses écrits comme constituant des écrits saints baháʼís, mais comme des documents historiques.
En ce qui concerne la station et le rang de Quddús, ils ne devraient en aucune manière être considérés comme "prophétiques". Son rang est indubitablement très élevé et loin au-dessus de celui des autres "Lettres du Vivant", y compris de celui de la première "Lettre" Mullá Hụsayn Burú'í. Plus qu'aucun autre disciple Quddús a reflété la lumière des enseignements du BábLettre écrite à un baha'i de la part de oi Effendi le 11 novembre 1936..
Il peut être utile de considérer que, dans la dispensation du Báb, Quddús est qualifié de "dernier pointNuqṭiy-i-Ura, titre que Baháʼu'lláh lui décerna dans son "épître de toutes nourritures"." et de "dernier nom de Dieu", qu'il est identifié dans "Dieu passe près de nous" comme l'un des "messagers accusés d'imposture" mentionnés dans le CoranQur'án 36/14, et comme l'un des "deux témoins" bibliques dans lequel "l'esprit de vie divin" doit entrerApocalypse de Saint Jean 11/11, selon le témoignage de ʻAbdu'l-Bahá dans les "Leçons de Saint-Jean-d'Acre", mais que malgré cela il ne doit pas être considéré comme une "Manifestation de Dieu" indépendanteLettre de la Maison universelle de justice écrite à un baha'i le 24 août 1974..
Notes et références
Bibliographie Sources officielles bahá'íes "La Chronique de Nabíl" (Dawn-Breakers), écrit en persan à la fin du par Muḥammad-i-Zarandí Nabíl-i-A’ẓam, traduit du persan en anglais par Shoghi Effendi, traduit de l'anglais en français par M.E.B. et édité par la Maison d'éditions baha'ies (Bruxelles 1986), D/1547/1986/6 "Dieu passe près de nous", écrit par oi Effendi, publié par L’ASN des baha’is de France (Paris 1970) "A Concise Encyclopedia of the Bahá'í Faith" de Peter Smith (1999), Oneworld Publications, Oxford, Royaume-Uni,
Autres
Catégorie:Babisme Catégorie:Foi baháʼíe Catégorie:Naissance en 1820 Catégorie:Naissance en Iran Catégorie:Décès en mai 1849 Catégorie:Personne écartelée