Alfred Ost, né le Zwijndrecht le et mort à Anvers le , est un peintre, dessinateur, illustrateur, lithographe et affichiste belge (flamand).
Liminaire Il est d'usage de subdiviser la carrière artistique d'Alfred Ost en trois périodes, suivant le lieu où s’exerça son activité. On distingue ainsi une période malinoise, qui correspond à la période d’avant la Première Guerre mondiale, et comprend une série de peintures, d’affiches et de dessins assez exubérants, aux couleurs vives et gaies, au trait clair et appuyé, figurant la réalité sans la déformer outre mesure, cernant avec netteté les figures, et représentant des scènes populaires, des épisodes de l’Évangile et des animaux, en particulier le cheval, son animal de prédilection ; une période amstellodamoise, qui coïncide grosso modo avec la Première Guerre mondiale, période marquée par une activité créatrice intense et diverse, moins baroque, où Ost assimile dans une certaine mesure les tendances nouvelles de l’art pictural, mais sans adhérer à aucun mouvement ; et enfin sa période anversoise, qui se prolonge de 1919 jusqu’à sa mort en 1945, période moins fructueuse, marquée par la désillusion, et où sa thématique se fait plus sociale et morale, tandis que parallèlement, en partie sans doute sous l’influence du cubisme et de l’expressionnisme, sa manière change, devenant plus décousue, utilisant un trait plus fiévreux, plus détaché, et privilégiant l’intensité expressive, en même temps que sa palette s’assombrit.
Dans ses dernières années, il réalisa d’impressionnantes fresques au fusain dans les couloirs de deux collèges de la banlieue anversoise.
Estimée à quelque pièces, l’œuvre d’Ost, tombée dans l’oubli après sa mort, connut un regain d’intérêt dans les années 1980.
Enfance et jeunes années Alfred Ost naquit à Zwijndrecht, non loin d’Anvers, d’un père malinois, marchand de charbon, issu d’une famille de mariniers, et d’une mère originaire de Rupelmonde, s’occupant du foyer. Il était le quatrième d’une fratrie de cinq enfants, dont Urbain Ost qui deviendra avocat-général, et son frère cadet Hector, qui se destinera à la prêtrise. L’enfance d’Alfred sera rythmée par les fréquents déménagements de la famille Ost, qui la conduisirent à Anvers entre 1886 et 1888, à Haasdonk, dans le Pays de Waes, puis de nouveau à Zwijndrecht, où Alfred fréquenta l’école primaire jusqu’en 1891. Dès cette époque, il était fasciné par les chevaux évoluant sur le terrain servant au commerce de charbon de son père, et très jeune déjà, il manifesta le désir de devenir artiste. De nouveaux déménagements menèrent la famille à Reet, puis en 1892 à Willebroek, où Alfred fréquenta l’école primaire jusqu’en 1895. Il fit ses humanités d’abord, entre 1895 et 1898, comme interne à l’Institut Saint-Berthuin à Malonne, près de Namur, en même temps que son frère Urbain, ensuite, jusqu’en 1901, au petit séminaire de Hoogstraten, où cependant il ne se sentit point à l’aise. Très doué pour le dessin, il alla, à l’âge de 18 ans, contre l’avis de son père, fréquenter les cours de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers, où il obtint le premier prix de dessin.
Formation artistique et période malinoise thumb|Ost dans son atelier de Malines en 1909.
À la suite d'un nouveau déménagement, la famille vint s’établir à Malines, où elle résida jusqu’en 1903. Alfred suivit dans cette ville des cours à l’Académie des Beaux-Arts, se liant d’amitié avec Rik Wouters, Prosper de Troyer et , qui deviendra son biographe.
En 1903, la famille s’en retourna s’installer à Zwijndrecht. Alfred, ayant trouvé à se loger sur la place Conscience à Anvers, suivit alors les cours de l’Institut supérieur des Beaux-Arts à Anvers, section peinture animalière. Entre 1907 et 1911, il fut chargé par le zoo d’Anvers de dessiner des animaux, des plantes, des fleurs et des éléments décoratifs dans un des édifices de ce zoo, appelé Temple égyptien. Lié d’amitié avec W. Van den Bergh, futur directeur du zoo, il trouvera toujours au zoo d’Anvers appui et compréhension. Le monde animal, comme on le verra, ne cessera d’être, tout au long de sa vie, une importante source d’inspiration. Il figura aussi à cette époque, dans des dessins et aquarelles réalistes et au tracé clair, de nombreux chevaux de trait, spécialement ceux utilisés à la manutention dans le port d'Anvers, mais aussi un Rhinocéros indien (1909), ainsi que des œuvres à thématique religieuse comme la Dernière Cène (1908) et Pour nos Péchés (‘Om onze Zonden’, 1909).
C’est en 1905, lorsqu’il remporta le concours public en vue de la création d’une série de cartes postales (mais sans obtenir de pouvoir dessiner l’affiche) pour les fêtes de Frédéric de Merode à Berchem-Anvers, que commença sa carrière officielle. Il fut engagé peu après par un éditeur anversois de littérature et de théâtre populaires ; les dessins qu’il créa pour illustrer une série de livres bon marché de cet éditeur se caractérisent par leur côté anecdotique et leur atmosphère dramatique, et sont peuplés de figures populaires fortement expressives avec une tendance à la caricature. En 1908, il se vit confier la création de plusieurs affiches commerciales, notamment pour une brasserie de Willebroek ― l’occasion pour lui de donner corps pour la première fois à des chevaux de trait galopant ou se cabrant, motif qui reviendra avec régularité dans son œuvre par la suite.
Ayant réussi ainsi à se faire une solide réputation de dessinateur de scènes populaires et religieuses, d’images pieuses, de chevaux, et ayant surtout connu le succès par ses illustrations d’un ouvrage de Godenne, Malines jadis et aujourd’hui (1908), il sera sollicité, à partir de 1909 et de façon ininterrompue jusqu’à l’éclatement de la guerre, de réaliser des affiches de fêtes, des images publicitaires et des illustrations de livres, pour le compte de firmes commerciales ou d’associations malinoises officielles ou caritatives. La municipalité malinoise elle-même fut plus réticente à lui confier des commandes pour ses manifestations socio-culturelles (on ne lui en confiera que deux), et lui préféra Albert Geudens, issu de l’académie locale, auteur d’images d’atmosphère représentant la vieille ville, et en quelque sorte le peintre attitré de Malines. Ost, en revanche, privilégiait les personnages issus du petit peuple, et attirait souvent l’attention par ses attitudes peu conformistes. Enfin, la réticence de la municipalité peut s’expliquer par le fait que dans la querelle du beffroi, qui agitait fortement les esprits des Malinois à l’époque, Ost s’engagea ostensiblement, notamment par le biais de cartes postales illustrées, pour la préservation du beffroi de Malines (et du patrimoine architectural de la ville en général), c’est-à-dire contre la municipalité, qui se proposait de remanier la vieille halle et son beffroi.
La famille, une fois de plus, déménagea, cette fois vers Bruxelles, en 1911. Dans la capitale, Alfred Ost réalisa, pour le compte notamment du Théâtre de la Monnaie et de plusieurs associations flamandes bruxelloises, un certain nombre d’affiches lithographiques en couleur destinées à annoncer des manifestations culturelles, telles que la célébration de la bataille des éperons d’or, des concerts en plein air, et en 1912, les festivités autour du centenaire de la naissance d’Henri Conscience ; à cette même occasion, il fut par ailleurs chargé de réaliser des cartes postales illustrant des œuvres de l’écrivain. Durant cette même période encore, il réalise également des lithographies, vivement colorées, prenant pour sujet Malines.
En 1913, il eut une première grande exposition à la Galerie Boute à Bruxelles, puis, en 1914, une deuxième grande exposition à Anvers, dans la salle Memlinc, avec 202 pièces. Ces expositions, qui réunissaient des représentations de la halle de Malines, de têtes de chevaux, et de gens du peuple croqués d’une pointe vive, furent accueillies très favorablement par la presse, y compris francophone, qui loua la multiplicité de son talent, sa maîtrise technique et son inépuisable imagination. Cela lui valut de décrocher à Bruxelles quelques commandes d’affiches, entre autres pour le théâtre de la Monnaie et une affiche de promotion touristique, chez des imprimeurs bruxellois de renommée internationale.
La période malinoise d’Alfred Ost se distingue par un tracé fin, c’est-à-dire une ligne continue pour dessiner les contours, des lignes interrompues pour les composants et les détails, et des traits parallèles pour les reliefs et le rendu des tonalités. Les surfaces ainsi délimitées sont comblées de couleurs souvent sans demi-teintes, par quoi ces surfaces se démarquent les unes des autres. C’étaient, à la fin du et au début du , les caractéristiques de base de l’art moderne de l’affiche. La prédominance d’une seule figure en est une autre, quoique ce trait entrât en conflit avec la tendance à la prolixité d’Ost, qui, ayant l’horreur du vide, tend à surcharger ses compositions et à ne laisser libre aucune marge. Autant que la manière de dessiner, les sujets mis en scène sont également typiques de la période malinoise : théâtre populaire, ducasses, marchés aux bestiaux, processions ― scènes peuplées de personnages bruegheliens, croqués avec réalisme et typés individuellement, potelés et joufflus, ou, à l’inverse, des pages, des chevaliers et des damoiselles sur des chevaux blancs, avec en arrière-plan le vieux Malines menacé par les projets de la mairie. À la fin de cette période, sans doute pour répondre au vœu de certains commanditaires (comme la municipalité de Malines), cette iconographie brueghelienne cède le pas à des figures plus classiques et à une atmosphère plus historicisante, sous forme de compositions cohérentes, plus mesurées, moins tumultueuses, qui réunissent autour d’une figure centrale des éléments locaux et historiques (armoiries, pignons, tours). Il consentit aussi à intégrer dans ses affiches les courbes végétales et lignes serpentines propres à l’Art nouveau, dont Ost avait assimilé le langage lors de son séjour à Paris, ― Art nouveau qui, bien que déjà passé de mode, perdurait encore dans le graphisme publicitaire de ces années.
Première Guerre mondiale et période amstellodamoise