Simone de Beauvoir (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ), née le dans le de Paris et morte le dans le , est une philosophe, romancière, mémorialiste, professeur et essayiste française.

En 1954, après plusieurs romans dont L'Invitée (1943) et Le Sang des autres (1945), elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins. Puis, de 1958 (Mémoires d'une jeune fille rangée) et jusqu'à la fin de sa vie (La Cérémonie des adieux, 1981), Beauvoir rédigea une œuvre monumentale composée de mémoires et de récits autobiographiques comprenant également La Force de l'âge (1960), La Force des choses (1963), Une mort très douce (1964), Tout compte fait (1972), la distinguant alors parmi les plus importantes mémorialistes du . Ses œuvres sont parmi les plus lues dans le monde.

Souvent considérée comme une théoricienne majeure du féminisme, notamment grâce à son magnum opus Le Deuxième Sexe publié en 1949, ouvrage encyclopédique s'inscrivant dans le courant philosophique de la phénoménologie et en particulier dans son moment existentialiste, Simone de Beauvoir a ardemment participé au Mouvement de libération des femmes dans les années 1970.

Elle a partagé sa vie avec le philosophe Jean-Paul Sartre. Leurs philosophies, bien que très proches, ne sauraient être confondues.

Dans les années 2010, son aura de féministe est écornée par une réévaluation controversée du trio amoureux ambigu formé entre elle-même, ses élèves et Sartre.

Biographie Enfance et jeunesse Née « Simonne Lucie Ernestine Marie Bertrand de Beauvoir »Acte de naissance (le prénom y est orthographié « Simonne »), Archives de Paris ()., elle est la fille de Georges Bertrand de Beauvoir, alors avocat, comédien amateur, et de Françoise Brasseur, issue de la bourgeoisie verdunoise.

Enfance Elle voit le jour à Paris dans un appartement cossu au 103, boulevard du MontparnasseIl s'agit de l'adresse mentionnée sur l'acte de naissance. et entre à l'âge de cinq ans au cours Desir (où elle restera jusqu'au baccalauréat)Le cours Desir sur En-Vols.com.Le cours Desir, Desmoulin.net : . où sont scolarisées les filles de . Sa sœur cadette, Hélène (dite Poupette), l'y rejoint deux ans plus tard. Dès le plus jeune âge, Simone de Beauvoir se distingue par ses capacités intellectuelles. Notamment, elle devient consciente de sa mort quand elle est enfant, disant .

Beauvoir partage chaque année la première place avec Élisabeth Lacoin (dite Élisabeth Mabille ou « Zaza » dans son autobiographie), fille de l'ingénieur Maurice Lacoin. Zaza devient rapidement sa meilleure amie.

Dans sa jeunesse, Simone de Beauvoir passe ses vacances d'été en Corrèze, à Saint-Ybard, dans le parc de Meyrignac, créé vers 1880 par son grand-père Ernest Bertrand de Beauvoir. La propriété avait été acquise par son arrière-grand-père Narcisse Bertrand de Beauvoir au début du . On retrouve de multiples évocations de ces séjours heureux en compagnie de sa sœur Hélène dans ses Mémoires d'une jeune fille rangée :

C'est au contact de la nature et au cours de longues promenades solitaires dans la campagne que le désir d'une vie se forge en elle.

Après la Première Guerre mondiale, son grand-père maternel, Gustave Brasseur, ancien président de la Banque de la MeuseDans . qui a fait faillite, est déclaré banqueroutier, précipitant toute sa famille dans le déshonneur et la déconfiture. Les parents de Simone de Beauvoir sont alors contraints, par manque de ressources, de quitter l'appartement du boulevard du Montparnasse (à proximité de l'actuel restaurant La Rotonde) pour un appartement sombre, exigu, au cinquième étage sans ascenseur, d'un immeuble de la rue de RennesDanièle Sallenave, Castor de guerre, Gallimard, « Folio », 2008, .. Simone souffre de voir les relations entre ses parents se dégrader.

La suite de son enfance en sera marquée. Dans son milieu, à cette époque, il est incongru qu'une jeune fille fasse des études poussées. Pourtant son père, un passionné de théâtre et d'art dramatique, qui pense que , est convaincu que ses filles doivent s'y résoudre pour sortir de la condition dans laquelle elles se trouvent :

Il regrette à la fois qu'elle ne soit pas un homme car elle aurait pu faire Polytechnique et à la fois qu'elle ne soit pas assez féminine. Il lui répète :

Émancipation progressive Élevée par une mère très pieuse, puis devenue elle-même croyante exaltée et mystique pendant quelques années, Simone de Beauvoir perd progressivement la foi à quatorze ansIbid., 187-196., bien avant son départ du cours Desir. Elle commence alors à s'émanciper intellectuellement de sa famille, sans pouvoir immédiatement l'assumer au grand jour.

À quinze ans, son choix est déjà fait : elle sera un écrivain célèbre. Après le baccalauréat en 1925, malgré son attirance pour la philosophie elle se dirige d'abord vers une licence classique, pour obéir à ses parents qui ont été mis en garde par les enseignantes de son ancienne école : Ibid., p.225.. Elle entame des études supérieures à l'Institut catholique de Paris pour les mathématiques et à l'Institut Sainte-Marie de Neuilly pour les lettres.

Son professeur de littérature française, Robert Garric, catholique fervent mais surtout socialiste et humaniste très engagé, l'impressionne beaucoup. Il dirige un mouvement, les Équipes sociales, qui se propose de répandre la culture dans les couches populaires. Grâce à son cousin Jacques, dont elle est secrètement amoureuse et qui se trouve être un des équipiers de Garric, sa culture littéraire s'élargit. .

Elle obtient, au cours de cette première année à l'université de Paris, les certificats de mathématiques générales, de littérature et de latin.

L'année d'après, elle suit les cours de philosophie et obtient en le certificat de philosophie générale. Elle obtient finalement la licence ès lettres mention philosophie au printemps 1928, après l'obtention des certificats d'éthique et de psychologieElle n'obtient cependant pas la licence ès lettres mention lettres classiques, ayant renoncé à préparer le certificat de philologie. et entame alors la rédaction d'un mémoire sur Leibniz pour le diplôme d'études supérieures.

À la faculté des lettres de l'université de Paris, elle rencontre d'autres jeunes intellectuels, dont Jean-Paul Sartre, qu'elle regarde comme un génie. Dès cette époque, se noue entre eux une relation qui deviendra mythique, longtemps supposée libre et égalitaire.. Elle sera son , par rapport aux qu’ils seront amenés à connaître l'un et l'autre. Simone de Beauvoir est reçue deuxième au concours d'agrégation de philosophie en 1929, juste derrière Jean-Paul Sartre.

La mort de son amie d'enfance Zaza, quelques mois plus tard, la plonge dans une grande affliction. Elle marque définitivement pour elle la fin de ce chapitre de sa vie.

Enseignante Début du Castor À la suite de l'obtention de son agrégation en 1929, Simone de Beauvoir devient professeur de philosophie.

Elle est surnommée par Herbaud (René Maheu dans Mémoires d'une jeune fille rangée) car est proche de l'anglais (signifiant castor.), et que, comme elle, . Ce surnom est ensuite repris et conservé par Jean-Paul Sartre qui publie à l'édition Blanche chez Gallimard, Lettres au Castor., un recueil de lettres qu'il a écrites à celle qui a été son ...

Entre 1929 et 1931, elle est professeur agrégée et donne des cours au lycée Victor-Duruy de ParisPerrine Simon-Nahum, « Chronologie de Simone de Beauvoir », Le Nouveau Magazine littéraire , , ., ce qu'elle vit comme une libération : Odile Roynette, « La mixité : une révolution en danger ? », L'Histoire , , .. Elle se trouve ensuite nommée à Marseille au lycée Montgrand. La perspective de quitter Sartre, lui-même nommé au Havre en , la jette dans l'angoisse et ce dernier lui propose de l'épouser afin d'obtenir un poste dans le même lycée. Bien que viscéralement attachée à Sartre, elle rejette la proposition : , écrit-elle dans La Force de l'âge., . L'année suivante, elle parvient à se rapprocher de Sartre en obtenant un poste au lycée Jeanne-d'Arc de Rouen où elle fait la connaissance de Colette Audry, enseignante dans le même lycée..

Elle entretient des relations amoureuses avec certaines de ses élèves mineures, mais réfute jusqu'à sa mort toute idée de bisexualité le la liant à Sartre lui permettant de connaître des . Elle présente ces élèves à Sartre qui forment avec lui, selon un comme le qualifie Marie-Jo Bonnet., des trios, voire des quatuors, amoureux.. Elle se lie également avec un élève de Sartre, « le petit Bost », futur mari d'Olga Kosakiewicz, pour laquelle Sartre s'est pris entre-temps de passion (non réciproque). L'amitié de ce groupe d'amis surnommé , ou encore , reste indéfectible jusqu'à la mort de chacun d'entre eux, malgré petites brouilles comme graves conflits.

vignette|Le de la rue Cels où Simone de Beauvoir habita à plusieurs reprises pendant la guerre.

L'année où elle enseigne à Marseille, elle se découvre une passion pour la randonnée, et elle ne cesse dans les années qui suivent d'arpenter les chemins de France, souvent en solitaire, à chaque fois qu'elle en a l'occasion. Avec Sartre, elle voyage aussi beaucoup en Europe, dans des conditions très frugales, ce qui leur permet de visiter presque chaque été un nouveau pays : ils voient ainsi l'Espagne, l'Italie, la Grèce, l'Allemagne, et le Maroc. À côté de cela, même avant d'être finalement tous les deux mutés à Paris, leur vie sociale reste très parisienne. C'est là qu'ils se retrouvent souvent, ensemble ou avec leurs amis, ils sortent au théâtre, et suivent assidument l'actualité littéraire et cinématographique.

Après 1936 En 1936, elle obtient enfin un poste à Paris. Elle enseigne au lycée Molière de 1936 à 1939Bulletin 2006 de l'Association amicale des anciens et anciennes élèves du lycée Molière, 2006, . ; elle en est suspendue à la suite de sa liaison avec Bianca Bienenfeld, l'une de ses élèves âgée de seize ans, fille d'un juif polonais réfugié en France avec ses deux filles et leur mère qui est gravement malade.

Son premier livre Primauté du spirituel, écrit entre 1935 et 1937, est refusé par Gallimard et Grasset (il paraîtra beaucoup plus tard en 1979 sous le titre Quand prime le spirituel puis Anne ou quand prime le spirituel).

Un second livre, son roman L'Invitée est publié en 1943 par Gaston Gallimard, en plein Paris occupé. Elle y décrit, à travers des personnages imaginaires, la relation entre Jean-Paul Sartre, Xavière et elle-même, tout en dévoilant une réflexion philosophique concernant la lutte entre les consciences et les possibilités de la réciprocité. Cette Xavière est une autre jeune fille mineure polonaise, Olga Kosakiewicz, que Simone de Beauvoir avait séduite avant Bianca Bienenfeld, et livrée à Jean-Paul Sartre.

Simone de Beauvoir est à nouveau suspendue le à la suite d'une plainte pour incitation de mineure à la débauche déposée en par la mère d'une autre de ses élèves, Natalie Sorokin (1921-1967). La plainte aboutit à un non-lieu., mais Beauvoir est définitivement révoquée de l'Éducation nationaleLisa Appignanesi, Simone de Beauvoir, Haus Publishing, , .

L'incertitude sur la raison réelle de son éviction a suscité une polémique jusqu'à la publication en 1993 par une de ses précédentes victimes, Bianca Lamblin, de Mémoires d'une jeune fille dérangée, en réponse à la publication en 1990 des Lettres au Castor et à quelques autres de Jean-Paul Sartre, dans lesquelles elle s'était aperçue qu'elle était désignée sous le pseudonyme de Louise Védrine. Elle révèle alors au public comment Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ont abusé d’elle à l’âge de seize ans et écrit :