Le Bismarck est un cuirassé allemand mis en service le .

Construit par le chantier naval Blohm & Voss de Hambourg entre et , il est le premier cuirassé de la . Construit pour la sous le Troisième Reich, il est, avec son navire-jumeau le , le plus grand navire de guerre utilisé par l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

Il porte le nom du chancelier allemand Otto von Bismarck, qui fut l'un des architectes de l'unification allemande au .

En , il quitte la mer Baltique pour participer à l'opération où il doit, accompagné du croiseur lourd , attaquer les convois alliés entre l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni.

Durant leur trajet vers l'Atlantique nord, les deux navires sont repérés et la tente de les intercepter. Lors de la bataille du détroit de Danemark le , le Bismarck détruit le croiseur de bataille et oblige le cuirassé à se replier. Ayant été touché et perdant du combustible, le Bismarck met le cap vers la France occupée pour y être réparé tandis que le Prinz Eugen poursuit sa mission.

Après la destruction du Hood, la mobilise des dizaines de navires pour intercepter le cuirassé avant qu'il ne puisse rejoindre une zone sous la protection de l'aviation et des sous-marins allemands. Le , le Bismarck est attaqué par des Fairey Swordfish du porte-avions équipés de torpilles, l'une d'entre elles rendant inopérant son gouvernail. Dans l'impossibilité de manœuvrer, il est rattrapé le lendemain par les cuirassés et , neutralisé par un intense bombardement des Britanniques et coule après avoir été sabordé par son équipage ; seuls et un chat survécurent sur un effectif de plus de d'équipage.

Son épave est localisée en par l'océanographe américain Robert Ballard à au large de la côte française, à presque de profondeur.

Histoire

Projet et conception Après le sabordage de la flotte allemande à Scapa Flow, l'Allemagne ne possède en vertu du traité de Versailles plus aucun cuirassé et le tonnage des navires ne peut pas dépasser .

C'est après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir que les études pour la construction de nouveaux cuirassés reprirent.

Le Bismarck fut commandé sous le nom d' pour remplacer le vieux pré-dreadnought lancé en 1905.

Construction et essais Le contrat pour sa construction fut accordé au chantier naval Blohm & Voss de Hambourg où la quille fut posée le .

Lancement Le navire fut lancé le en présence d'Adolf Hitler et il fut baptisé par Dorothee von Löwenfeld, la petite-fille de l'ancien chancelier Otto von Bismarck qui avait donné son nom au cuirassé.

Armement Fin 1939, la proue est allongée de . Il fut achevé durant l'été 1940 et il entra en service le .

Mise en service La mise en service a lieu le .

Essais Le , trois semaines après sa mise en service, le Bismarck quitte Hambourg pour des essais en mer dans la baie de Kiel. Le dragueur de mines Sperrbrecher 13 l'escorte ensuite jusqu'au cap Arcona puis à Gotenhafen pour des essais dans le golfe de Dantzig.

Lors des tests, la capacité du navire à virer en utilisant uniquement ses hélices se révéla médiocre et l'équipage nota que même en faisant fonctionner à pleine vitesse et en sens contraire les hélices extérieures, cela ne changeait que légèrement le cap du cuirassé. À l'inverse, les essais de vitesse démontrèrent le bon fonctionnement des machines tandis que les tests d'artillerie à la fin du mois de novembre furent très satisfaisants. Le Bismarck resta en mer jusqu'à son retour à Hambourg le où il subit quelques modifications mineures.

Il était prévu que le navire se rende à Kiel le mais un navire marchand fit naufrage dans le canal de Kiel, bloquant le Bismarck jusqu'en mars. Le commandant Ernst Lindemann fit remarquer que .

Alors qu'il se trouvait à Hambourg, le cuirassé fut visité par le capitaine de vaisseau Anders Forshell, l'attaché militaire suédois en Allemagne, qui rédigea une description détaillée du navire à son retour en Suède. Le document fut transmis secrètement au Royaume-Uni par des éléments pro-britanniques de la marine suédoise, ce qui permit à la d'obtenir ses premiers renseignements sur le navire même si des éléments importants comme le rayon d'action, la vitesse maximale et le déplacement restaient inconnus.

Carrière opérationnelle vignette|gauche|Photographie du Bismarck en . Le , le Bismarck quitte Hambourg pour aller mouiller à midi à Brunsbüttel avec deux Sperrbrechers et un brise-glace.

Le , il s'amarre à Scheerhafen pour embarquer des munitions, du ravitaillement et du combustible et être peint de motifs dazzle sur la coque.

Des bombardiers britanniques attaquent sans succès le port le . Le , le cuirassé et escortent le Bismarck jusqu'à Gotenhafen pour de nouveaux essais.

Préparations d'une opération en haute mer avec le Bismarck L (« Haut commandement de la flotte » ; OKM) commandé par l'amiral Erich Raeder, compte poursuivre ses opérations d'attaque des convois alliés à l'aide de ses navires de surface. Les deux cuirassés de la se trouvent alors dans le port français de Brest qu'ils avaient rejoint à la fin de l'opération Berlin au cours de laquelle ils avaient coulé alliés. Le navire-jumeau du Bismarck, le Tirpitz étant quasiment terminé, il est envisagé que les quatre cuirassés se retrouvent dans l'Atlantique et la date fut fixée au lors de la nouvelle lune pour éviter que les Britanniques ne les repèrent.

Ce plan ne se réalise pas, les travaux d'achèvement du Tirpitz étant plus longs que prévu. Dans le même temps, le est torpillé dans le port de Brest le puis bombardé trois jours plus tard pendant qu'il est en réparations en cale sèche. Les dégâts sont limités mais le navire est indisponible pendant plusieurs mois tandis que les chaudières du devaient être remplacées ; les deux cuirassés de la classe Scharnhorst n'étaient donc pas disponibles pour l'opération prévue. Pour ne rien arranger, les bombardements britanniques sur les arsenaux de Kiel ralentirent les réparations sur les croiseurs lourds Admiral Scheer et Admiral Hipper qui ne sont pas disponibles avant le milieu de l'été.

Devant ces difficultés, l'amiral Günther Lütjens, choisi pour diriger la sortie, suggère de la repousser jusqu'à ce que le Scharnhorst ou le Tirpitz puissent y participer mais l'OKM décida de lancer l'opération avec seulement deux navires : le Bismarck et le croiseur lourd . Lors d'une réunion avec l'amiral Raeder à Paris le , Lütjens décida finalement de lancer l'opération le plus rapidement possible afin de ne pas laisser de répit à l'ennemi.

Mai 1941 : opération

Le , Hitler et Keitel visitent le Bismarck à Gotenhafen et Hitler échange avec Lütjens sur la mission à venir. Le , ce dernier rapporta que ses deux navires étaient prêts pour l'opération et il fut autorisé à prendre la mer dans la soirée du . Dans le cadre de l'opération, une dizaine de pétroliers sont déployés dans l'Atlantique pour ravitailler le Bismarck et le Prinz Eugen tandis que quatre sous-marins sont positionnés entre la Nouvelle-Écosse et les îles Britanniques pour repérer les convois alliés.

Au début de sa mission, le Bismarck compte et marins .

Le cuirassé quitte Gotenhafen le à du matin en direction des . Il est rejoint à par le Prinz Eugen qui avait quitté le cap Arkona la veille. Les deux navires sont escortés par trois destroyers ainsi que par plusieurs dragueurs de mines tandis que la Luftwaffe assure la protection aérienne. Le vers midi, Lindemann informe les équipages de leur mission.

À peu près au moment de la communication du commandant, une dizaine d'appareils de reconnaissance suédois repèrent les navires et rapportent leur cap sans être repérés par les Allemands. Une heure plus tard, la flottille croise le croiseur suédois qui la suit discrètement pendant deux heures dans le Cattégat et qui informe l'état-major suédois que . Lütjens et Lindemann estiment que le secret de l'opération a été éventé et effectivement, le rapport suédois est transmis à l'attaché militaire britannique qui en informa à son tour l'Amirauté. Les casseurs de code de Bletchley Park confirment qu'un raid dans l'Atlantique est imminent, ayant décrypté les rapports allemands selon lesquels le Bismarck et le Prinz Eugen embarquaient des équipages de prise et avaient demandé des cartes marines supplémentaires. Deux chasseurs Supermarine Spitfire sont envoyés en reconnaissance le long de la côte norvégienne pour repérer la flottille allemande.

Dans le même temps, plusieurs vols de reconnaissance allemands notent qu'un porte-avions, trois cuirassés et quatre croiseurs n'ont pas quitté la base navale britannique de Scapa Flow en Écosse ; cette information pousse Lütjens à considérer que les Britanniques n'étaient finalement pas au courant de sa sortie.

Le soir du , le Bismarck et le reste de la flottille atteignent la côte norvégienne et les dragueurs de mines sont renvoyés en Allemagne. Le lendemain, les opérateurs radio du Prinz Eugen captèrent des messages radio britanniques demandant des vols de reconnaissance pour localiser deux cuirassés et trois croiseurs remontant la côte norvégienne. À du matin, les marins allemands repèrent quatre appareils non identifiés qui s'éloignèrent rapidement. En début d'après-midi, la flottille arriva à Bergen et mouilla dans le Grimstadfjord.

vignette|gauche|Photographie aérienne prise par un pilote anglais le montrant le Bismarck (à droite) dans le Grimstadfjord de Bergen en Norvège. Alors que le Bismarck était en Norvège, deux chasseurs Bf 109 volaient autour du fjord pour empêcher les attaques aériennes britanniques mais un pilote de Spitfire parvint à survoler la flottille et à la photographier depuis une altitude de . Ayant reçu cette information, l'amiral John Tovey ordonna au vieux croiseur de bataille , au nouveau cuirassé et à six destroyers de rejoindre les deux croiseurs patrouillant dans le détroit de Danemark tandis que le reste de la fut placé en état d'alerte. furent envoyés attaquer les navires allemands mais le mauvais temps empêcha la réussite de la mission. Le Bismarck ne fut pas ravitaillé en combustible durant son mouillage en Norvège car cela n'était pas imposé par ses ordres.

Le , le Bismarck et le Prinz Eugen remontent le long des côtes norvégiennes et arrivent à au fjord de Kors pour refaire le plein de mazout. Un résistant norvégien du nom de Viggo Axelssen aperçoit les navires allemands devant Kristiansand et informe les résistants d'un autre réseau qui informe l'Amirauté de la présence des navires. Le même jour à , le Bismarck, le Prinz Eugen et les trois destroyers d'escorte quittent Bergen.

Ces derniers font demi-tour à le alors que la flottille se trouve au niveau de Trondheim et vers midi, Lütjens ordonne à ses deux navires de se diriger vers le détroit du Danemark.

Décidant de franchir le passage le plus rapidement possible, il demande le au matin d'accroître la vitesse à . Le brouillard réduit la visibilité à quelques kilomètres et les deux navires activèrent leurs systèmes radar; le Bismarck précédait le Prinz Eugen d'environ . À , les deux navires pénètrent dans le détroit du Danemark. La présence de glace oblige à une réduction de la vitesse à et les deux navires durent manœuvrer pour éviter les blocs les plus importants. À , les opérateurs des radars et des hydrophones détectent le croiseur lourd britannique à environ et le Prinz Eugen intercepte une communication du navire adverse qui alertait la flotte britannique de leur présence.

Le Suffolk commence alors à filer le Bismarck. Lütjens ne fait pas tirer sur le croiseur anglais, mais tente seulement de le semer. En effet, il ne veut pas gaspiller ses munitions alors que sa mission est de détruire les navires marchands.