, dont le nom d'artiste est Sukenobu, est un artiste japonais de l'estampe et de la peinture ukiyo-e. Il acquit sa célébrité, depuis Kyoto et Osaka, par l'excellence de sa peinture, mais aussi en raison de sa production très abondante et de très haute qualité dans le domaine du livre illustré, ehon. Il inaugure une nouvelle image de la femme aux traits plus doux que chez ses contemporains, vêtue de somptueux kimonos dont il a créé les motifs à la demande de teinturiers renommés. Son influence se manifeste chez plusieurs contemporains et dans les générations suivantes, dans les figures féminines de Suzuki Harunobu et jusqu'à Kitagawa Utamaro.

Il a publié, en 1738, un écrit sur la peinture le Gahō sishikihō, « Méthode de la peinture. Méthode des couleurs ».

Vie et œuvre Nishikawa Sukenobu est un artiste de la région de Kyoto et Osaka (Kamigata), ce qui en fait un cas particulier dans le monde de l'ukiyo-e, car la plus grande partie de ces artistes travaillaient à Edo. Son nom d'artiste a d'abord été Jitokusai Bunkado, même si on le connait sous celui de Sukenobu.

Sa vie, qui s'achève à Osaka, est particulièrement longue et bien remplie par une production considérable ; il aurait concouru à la réalisation de illustrés. Il a composé d'innombrables sujets avec les motifs les plus variés : jeunes femmes, scènes de la vie quotidienne, albums érotiques, événements contemporains ainsi que des contes et légendes historiques et un manuel épistolaire pour damesManuel épistolaire pour dames, 1728, Musée Guimet.. Il réalisa des peintures sur soie et publia des écrits sur la peinture.

Peinture Il étudia la peinture avec (de l'école Kanō) puis avec le peintre de l'école Tosa, (1675-1710). Mais comme Mitsusuke était plus jeune que Sukenobu, cette proposition est problématique : .. Cela dit, pour un peintre spécialisé dans la conception d'albums illustrés, le fait de s'être formé dans le cercle de la peinture de cour ou de la peinture aristocratique n'a rien d'étonnant, c'est le cas d'un grand nombre de peintres de lukiyo-e. Les livres illustrés de Yoshida Hanbei (act. 1665-1688) ont pu lui servir de référence initiale, on peut y voir une grande proximité stylistique. Ses premières œuvres signées apparaissent en 1708, mais il est généralement accepté qu'il aurait publié des dessins non signés pour des livres au moins dès 1699, une fiction illustrée connue en tant que ukiyo zōshi (« Notes sur le monde flottant ») et yakusha hyōbanki (« Critiques d'acteurs »). Il a fondé une école qui s'est hissée rapidement au niveau des meilleures d'EdoChristophe Castandet in : . Dans ses écrits sur la peinture il se situe dans le style Yamato et prône la valorisation du patrimoine artistique japonais, tant littéraire que pictural.

Portraits féminins Les éditeurs de Kyoto rivalisaient ou collaboraient pour la publication du Ehon Asaka-yama (« Livre illustré du mont Asaka »), mais c'est celui qui l'a publié, Kikuya Kihei, qui est devenu son principal sponsor. Celui-ci a publié 21 de ces livres illustrés entre 1729 et la mort de l'artiste en 1750. Il a acheté les droits pour d'autres livres et les a ré-imprimés encore longtemps aprèsLouise E. Virgin, in . Les portraits féminins du Ehon Asaka-yama sont considérés comme les plus importants des bijin'ga de Sukenobu. Il semblerait qu'il en existe au moins deux versions, la première (de 1739) avec , la seconde avec le même colophon (note finale) mais avec une préface et six planches placées en tête de l'ouvrage. Le titre fait allusion au parfum puissant des beautés féminines contenues dans le livre.

Livres érotiques Sur la quarantaine, environ, de ses livres érotiques un seul a été censuré.. Non pour cause d'obscénité mais parce qu'il semble avoir été contraire à l'ordre social. L'album a disparu, mais il s'agirait d'une version érotique de son Hyakunin jorô shinasadame (« Comparaison des qualités de cent femmes »)Kyoto 1723, peu après l'édit contre les livres licencieux de 1722.. Lequel présentait un choix qui allait des impératrices et des femmes de la cour, aux courtisanes des « maisons vertes » et jusqu'aux prostituées des rues. C'est ce rapprochement qui était inconvenant. Le contrôle gouvernemental a touché, en fait, peu de publications, qui s'écoulaient de manière clandestine, quoique diffusées très largement mais de manière anonyme ou sous des noms d'emprunts. Largement diffusés ceux de Sukenobu ont connu un succès durable. Harunobu en a réinterprété certaines planches.

Catalogues de décors pour kimonos Les plus grands soyeux de Kyoto ont demandé à Sukenobu des modèles de décor de kimonos (plus exactement de kosodeAncêtre du kimono moderne. Souvent en soie.). Celui-ci a publié à leur intention plusieurs livres illustrés de motifs (hinagata bon). À cette époque les kosode, de soie, sont souvent décorés de motifs au pochoir (katakanoko) et . Habituellement rehaussé de broderies de soie et, pour les plus luxueux, de fils d'or., et pour les plus luxueux de broderies de fils d'or et d'argent. Le premier hinagata bon (livre de motifs) avait été publié en 1666, c'est le Shinsen O-Hinagata (Sélection de motifs respectés). Voir, page 92, figure 10, un livre de Sukenobu, le Sanjūni-Sō Sugata Kurabe, Jochū Kyōkun Shina-Sadame. et à partir de 1680 ils sont recherchés. Voir aussi le même type de livre illustré par Moronobu, à la page Ukiyo-e.. Dès 1713 dans Shōtoku inagata (« Motifs de l'Ère Shōtoku »Dans : Une page de ce livre avec deux motifs de kosode qui semblent convenir, selon Sukenobu, à une courtisane de haut rang (le kosode est « l'ancêtre du kimono moderne, caractérisé par d’étroites ouvertures pour les mains à l’extrémité des manches » : notice Musée Guimet, Paris). La technique de peinture employée pour décorer ces kimonos est le yūzen, ici une peinture sur soie, technique perfectionnée par Miyazaki Yûzensai (1654-1736) de Kyoto. Sur cette technique voir le site de Japan National Tourism Organisation : . Cette relative nouveauté, à l'époque, était encore à la mode. On traçait au pinceau un contour à base de pâte de riz, la teinture était ensuite contenue par ce tracé. L'un des kosode comporte un motif de branches de prunier en fleur qui s'inspire d'Ogata Korin (1658-1716). Motif dont il habille une courtisane dans son « Cent femmes classées en fonction de leur rang », de 1723.) Sukenobu ne présente pas ses modèles comme un patron mais comme un vêtement porté par une jolie fille, suivant, en cela, le procédé de Moronobu. La technique de teinture employée pour décorer ces kimonos est le yūzenVoir les articles : Miyazaki Yûzensai et Peinture sur soie., qui repose sur la possibilité d'effectuer une peinture sur soie, le pinceau traçant "à la colle" les limites des zones à colorer. Le livre est divisé en sections correspondant à des styles « ciblés » sur une certaine clientèle. Dans son Sanjūni-Sō Sugata Kurabe, Jochū Kyōkun Shina-Sadame (approx. « Trente deux notes pour le savoir-vivre au féminin ») de 1717, il les accompagne d'un petit conseil calligraphié - ou plus exactement d'une « instruction » se référant aux règles de la société bouddhiste. Dans les années qui suivent la demande augmente, et la dernière page de Ehon ike no kokoro peint par Sukenobu et édité par Kikuya Kihei en 1740, comporte une liste d'ouvrages de ce type réalisés par Sukenobu, et d'autres par un certain Nonomura. Ces livres servaient aux fabricants comme source de motifs et aux marchands de kimonos comme catalogue. La construction d'un vêtement, les couleurs, la composition et les motifs décoratifs indiquaient le sexe, la profession et le statut de l'utilisateur.

Encyclopédie Par ailleurs Sukenobu a illustré entièrement le Ehon Yamato hiji, une sorte d'encyclopédie à la gloire du Japon traditionnel, en dix tomes, avec des paysages célèbres, des héros et de grands personnages historiquesMichel Maucuer in .

Style thumb|La belle à l'horloge. Encre et couleurs sur soie. Musée national de Tokyo Un nouvel idéal de corps féminin Il introduit progressivement, mais surtout à sa maturité, une révolution stylistique dans le traitement du corps humain, plus précisément en ce qui concerne l'image de la femme. Celle-ci apparait dans un raffinement de détails et d'élégance dans le traitImage en ligne, avec zoom : Deux femmes lisant un livre au sol, tirée de Fude no Umi v. 1730. Musée des Beaux Arts de Boston., radicalement nouveau ; il suffit pour s'en convaincre de comparer son dessin des mains et des pieds, aux phalanges soigneusement dessinées, avec celui de ses prédécesseurs. Ayant étudié la figure féminine et les tissus à motifs, il a composé un nouveau type féminin au visage plus doux, expressif et à la silhouette plus fragile. Aves ses jeunes femmes, élégantes et bien souvent rêveuses, il se détache radicalement du modèle des estampes de Masanobu (1686-1764) aux corps solides et bien moins détaillés. Dans ses livres érotiques shunga peints à la main (éditions de luxe), les nus féminins sont toujours très pâles, alors que les nus masculins ont une couleur plus chaude et l'anatomie est traitée d'une manière plus réaliste que chez les autres peintres de shunga. Pour représenter le corps il se tient entre la référence aux solutions anciennes et une attention à la nature observée. Il reflète aussi l'évolution de la société dans la première moitié du : « Sukenobu représente des relations sexuelles impliquant samouraïs et membres de la bourgeoisie sur un plan d'égalité, une mixité sociale autrefois inenvisageable ».

Principes esthétiques Outre un certain nombre de peintures remarquables par leur grâce et leurs couleurs chaleureuses, il réalise quelques estampes d'acteurs mais ce sont ses livres illustrés qui font circuler son nouveau style. Son Hyakunin joro shinasadame (Cent femmes classées en fonction de leur rang). est censuré car l'artiste avait eu l'audace de mêler dames de la cour et prostituées. Publié en deux volumes en 1723, il présentait ces femmes dans des scènes composées, l'impératrice, des femmes de haut rang, des femmes au travail et des prostituées.

Son style est aisément reconnaissable grâce à l'aspect des jeunes filles qu'il dépeint d'un pinceau extrêmement précis, dans des poses toujours gracieuses et naturelles, parfois avec l'ombre d'un sourire, et vêtues de kimonos splendidement ouvragés. En cela comme dans la composition ou dans son trait de pinceau il rencontre les idées des philosophes et poètes de son temps, qui se réfèrent aux mêmes conceptions : « éviter les erreurs qu'entraine une observation qui se fie sans réserve aux exemples anciens » ou avoir « une préférence démesurée pour les exemples pris sur le vif, qui va à l'encontre de la méthode de la peinture ». En un mot « éviter le vulgaire », la vulgarité ne résidant pas dans le sujet mais dans son traitement.

Gahō sishikihō, « Méthode de la peinture. Méthode des couleurs », 1738 Dans cet ouvrage théorique illustréLe texte est traduit, pour l'essentiel, dans . Le texte fait allusion () à ses illustrations qui ne sont pas reproduites dans la traduction. Sukenobu aborde la formation, les méthodes et les valeurs artistiques comparées en Chine et au Japon. Et son petit ouvrage propose même des illustrations qui pourraient servir de modèle à un étudiant.