Imelda de' Lambertazzi est un opéra (melodramma tragico) en deux actes, musique de Gaetano Donizetti, livret d'Andrea Leone Tottola, créé le Longtemps, une incertitude a régné quant à la date exacte de la première : 23 août, 28 août, 4 septembre ou 5 septembre. Les registres du Surintendant des Théâtres et Spectacles de Naples permettent de confirmer sans l'ombre d'un doute la date du 5 septembre (Jeremy Commons, 2007, ). 1830 au Teatro San Carlo de Naples. Avec Anna Bolena, qu'il précède immédiatement, il marque l'inflexion du style du compositeur vers l'opéra romantique.

Histoire Imelda de' Lambertazzi se situe au dans le cadre des affrontements des Guelfes et des Gibelins, que Donizetti mettra à nouveau en scène sept ans plus tard dans Pia de' Tolomei. Le sujet est tiré prétendument d'anciennes chroniques bolonaises, mais le librettiste, Andrea Leone Tottola, semble s'être directement inspiré d'une tragédie en cinq actes de Gabriele Sperduti, Imelda (Naples, 1825), dont, selon tous les auteurs, il avait tiré un livret pour un compositeur nommé SgricciIl ne s'agit certainement pas du poète et improvisateur Tommaso Sgricci (1789-1836), pas autrement connu comme compositeur. Aucun compositeur de ce nom n'est cité dans François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, Paris, Firmin-Didot, 1866-1868, 8 vol. en 1827. C'est semble-t-il ce même livret que Donizetti mit à son tour en musique trois ans plus tard.

Au moment de la composition d’Imelda de' Lambertazzi, Donizetti était installé à Naples depuis sept ans et avait donné seize opéras dans la capitale du royaume des Deux-Siciles, dont plusieurs avaient eu du succès. Il venait de donner au San Carlo, le , Il diluvio universale, qui avait été assez favorablement reçu, mais desservi par la médiocrité des effets spéciaux. Il entreprit la composition de son nouvel ouvrage en mai. Il faisait une chaleur éprouvante à Naples, qui rendait le travail particulièrement difficile« Il fait épouvantablement chaud ici et, travaillant comme je travaille, j'en souffre beaucoup, migraines et hémorroïdes... » (Donizetti à son père, ).

Pour la création de son opéra, le compositeur pouvait compter en premier lieu sur le baryton Antonio Tamburini qui n'avait pas encore atteint le comble de la faveur auprès du public napolitain mais qui commençait à s'imposer comme le chanteur de tout premier ordre qu'il devait devenir : aussi Donizetti lui confia-t-il le rôle du jeune premier, Bonifacio, dans lequel on aurait plus naturellement attendu un ténor. Le premier ténor du San Carlo, Berardo Calvari Winter, devait faire une belle carrière bien que, selon Bellini, il chantât « comme un chien » : Donizetti lui donna le rôle du frère d'Imelda, Lamberto, personnage brutal et tout d'une pièce. Cela ne laissait que l'autre ténor, Giovanni Basadonna, qui venait d'arriver à Naples, pour tenir le rôle du père, Orlando, alors même qu'il avait à peine 23 ans à l'époque et était donc sensiblement plus jeune que son supposé fils. Mais le principal problème de la distribution se révéla être la prima donna. On dit que Donizetti avait d'abord pensé à Adelaide Tosi, mais il avait dû se rabattre sur la jeune et inexpérimentée Antonietta Galzerani, fille du chorégraphe Giovanni Galzerani. Les moyens vocaux de celle-ci semblaient se détériorer au fur et à mesure des répétitionsLa Galzerani « est un feu de paille : elle est plus mauvaise d'un soir à l'autre. Pourtant, je l'aurai dans Imelda et je ferai de mon mieux. » (Donizetti à Simon Mayr, ). C'est probablement en raison des lacunes techniques de la chanteuse que, par exception, Donizetti ne lui donna pas d'aria finale mais seulement un arioso développé« une sorte de romance » selon le critique de Il Caffè del Molo. Il écrivit l'ensemble du rôle d'Imelda dans une tessiture inhabituellement grave pour un rôle de soprano, plus proche de celle du mezzo-soprano, et limita strictement les ornements.

La première eut lieu le . L'opéra fut bruyamment sifflé, et les quelques critiquesL'Indifferente, Il Caffè del Molo se firent l'écho de la froide réception du public. L'air de Tamburini à l'acte II fut seul à trouver grâce aux yeux des spectateurs. Au demeurant, seulement deux représentations pouvaient être données car les théâtres napolitains fermaient le pour laisser la ville se préparer à fêter son saint patron, Saint JanvierUne critique parue à Milan dans Il censore universale dei teatri laisse entendre que la seconde représentation eut davantage de succès que la première, suggérant que l'échec de la première était en grande partie imputable aux chanteurs..

Donizetti avait envisagé de faire jouer son opéra à Bologne, où se situait l'action et où lui-même avait fait une partie de ses études sous la direction du père Stanislao Mattei« En septembre, je donnerai Imelda de' Lambertazzi, dont, si tout va bien, j'aimerais offrir un exemplaire au Liceo de Bologne, ville dans laquelle, me dit-on, je ne suis pas très bien considéré (même si L'ajo nell'imbarazzo y a eu du succès) parce qu'on y croit que j'ai refusé d'écrire un opéra [pour leur théâtre], alors qu'on ne me l'a jamais demandé. » (Donizetti à Simon Mayr, 24 juin 1830), mais ce projet n'eut pas de suite. En revanche, Imelda fut reprise à Naples en avril 1831 et eut quatre représentations à cette occasion. Antonietta Galzerani avait été remplacée par une chanteuse plus expérimentée, Luigia Boccabadati pour qui Donizetti composa deux airs nouveauxUne cavatine (Amarti e nel martoro), qui n'est en réalité qu'une variante de la cavatine originale, et une aria finale (M'odi almen), qui est, elle, entièrement nouvelle. Les deux manuscrits sont au Conservatoire de Pesaro et portent tous les deux la mention « composta per la signora Boccabadati ».. L'opéra eut quelques autres productions au : à VeniseTeatro San Giovanni Crisostomo, date non précisée, à Barcelone en 1840, à La Corogne en 1843 et à Senigallia en 1856. Il disparut ensuite complètement jusqu'au , date à laquelle il fut donné en version de concert à Lugano.

Distribution thumb|right|Antonio Tamburini (1800-1876), créateur du rôle de Bonifacio. RôleLe livret mentionne un personnage supplémentaire, Ugo, basse (rôle qui aurait été attribué pour la première à Michele Benedetti). Mais si celui-ci est bien mentionné à l'acte II, scène 2, il n'apparaît dans aucune des différentes versions de l'opéra qui nous sont parvenues.Type de voixInterprètes lors de la premièrele Orlando LambertazziOrlando Lambertazzi, Prêteur (haut magistrat) gibelin de BologneténorGiovanni BasadonnaImeldaImelda, fille d'OrlandosopranoAntonietta GalzeraniLambertoLamberto, fils d'OrlandoténorBerardo Calvari WinterBonifacio GieremeiBonifacio Gieremei, chef des GuelfesbarytonAntonio TamburiniUbaldoUbaldobasseGennaro AmbrosiniClienti, e seguaci de' Lambertazzi, compagni, ed amici de' Gieremei, popolo, soldati.Clients et partisans des Lambertazzi. Compagnons et amis des Gieremei. Peuple. Soldats.

Argument L'action se déroule à Bologne, ville acquise aux Gibelins, et dans ses environs au . Durée totale : environ 2 h 10 min.

L'intrigue d’Imelda de' Lambertazzi est centrée sur les malheurs de deux amants, Bonifacio et Imelda, que sépare la haine inexpiable entre leurs familles, les Gieremei et les Lambertazzi, et que seule la mort peut réunir. Elle rappelle de près l'histoire de Roméo et Juliette qui, par une étonnante coïncidence, forme la trame de l'opéra de Bellini, I Capuleti e i Montecchi, donné à Venise le , quelques semaines avant que Donizetti ne s'attèle à son Imelda.

Acte I Durée totale : environ 1 h 10 min. Premier tableau Une des places principales de Bologne devant le palais des Lambertazzi. Durée totale : environ 17 min.

: Un héraut placarde une affiche qui annonce la fin de la trêve entre Guelfes et Gibelins et appelant la population à prendre les armes. Des habitants, désireux de maintenir la paix, en appellent à Orlando, le magistrat de la ville. : Lamberto, fils d'Orlando, apparaît à la tête d'une compagnie armée qu'il vient de recruter. Il parvient à galvaniser la population à la perspective de nouveaux faits d'armes (trio : Ah ! s'oda lo squillo).

Deuxième tableau Un appartement à l'intérieur du palais des Lambertazzi. Durée totale : environ 32 min.

: La fille d'Orlando, Imelda, déplore la brutalité de son frère, Lamberto, car elle aime en secret le chef des Guelfes, Bonifacio Gieremei (cavatine : Amarti, e nel martoro). : Ubaldo, officier au service des Lambertazzi, introduit un soldat guelfe venu apporter un message pour Orlando. Tandis qu'Ubaldo part délivrer le message, le soldat, resté seul avec Imelda, relève la visière de son heaume et se fait reconnaître : il s'agit de Bonifacio qui vient supplier la jeune fille de s'enfuir avec lui. Mais celle-ci, consciente de ses devoirs vis-à-vis de sa famille, refuse (duo : Non sai qual periglio) et se retire. : Ubaldo revient avec Orlando qui accepte de suspendre les hostilités et de recevoir un émissaire des Guelfes à la condition que leur chef, Bonifacio, reconnaisse qu'il a commis des atrocités. : Orlando a l'espoir de parvenir à une paix négociée mais Lamberto, qui les a rejoints sur ces entrefaites, compte faire échouer les pourparlers et pousser les deux camps vers l'affrontement armé. Bonifacio est furieux mais il parvient à se contenir et, sans s'être trahi, se retire pour – soi-disant – transmettre le message à son camp.

Troisième tableau La cour intérieure du palais des Lambertazzi. Durée totale : environ 21 min.

: Orlando, Lamberto et les Gibelins attendent l'envoyé des Guelfes. : Ils découvrent avec stupéfaction qu'il s'agit de Bonifacio en personne. Celui-ci exige que lui et ses partisans soient autorisés à rentrer dans Bologne et recouvrent leurs privilèges et propose d'épouser Imelda pour sceller la paix. Mais Lamberto élève toutes les objections possibles à cette union : la mère d'Imelda est morte à cause de Rolandino, père de Bonifacio, qui a également assassiné l'un de ses oncles et fait emprisonner Orlando. Le ton monte de part et d'autre. : Entre Imelda qui se désole de voir les deux camps continuer à se déchirer et se fait l'interprète du peuple de Bologne, mécontent et qui désire la paix. Mais Lamberto continue ses provocations tant et si bien que les hostilités sont désormais inévitables.

Acte II Durée totale : environ 1 h. Premier tableau Un appartement à l'intérieur du palais des Lambertazzi. Durée totale : environ 15 min.

: Lamberto, qui se doute de l'amour d'Imelda pour Bonifacio, interroge sa sœur. Il lui rappelle les crimes passés de Gieremei et le serment solennel qu'elle a fait de venger la mort de sa mère. Imelda répond que cette vengeance a été consommée lorsque Lamberto a tué le jeune frère de Bonifacio. Lamberto prétend alors avoir tué Bonifacio lui-même. La réaction d'Imelda le confirme dans ses soupçons. Avec cruauté, il lui déclare que si Bonifacio est encore vivant, elle vient de le condamner à mort (duo : Geremei ! Qual nome !). : Une lettre de Bonifacio destinée à Imelda a été interceptée par Ubaldo qui vient la remettre à Orlando. Dans sa missive, Bonifacio reconnaît l'impossibilité de leur union et demande à Imelda un rendez-vous d'adieu pour le soir même. Lamberto insiste pour qu'Ubaldo transmette le message à Imelda, mais sans qu'elle se doute qu'il en a découvert et l'auteur, et le contenu.

Deuxième tableau À la tombée de la nuit dans le bois où bivouaque l'armée des Guelfes. Durée totale : environ 15 min.

: Bonifacio retrouve ses compagnons. Il est effondré par l'échec de sa mission de paix (aria : Imelda a me volgea), mais ses partisans affirment qu'ils sont prêts à combattre jusqu'à la mort.

Troisième tableau Le jardin du palais des Lambertazzi. Durée totale : environ 13 min.