Maurice Blanchot est un romancier, critique littéraire et philosophe français, né le au hameau de Quain, dans la commune de Devrouze en Saône-et-Loire, et mort le au Mesnil-Saint-Denis, Yvelines. Sa pensée et son écriture ont exercé une influence profonde sur tout un pan de la culture française des années 1950 et 1960 et sur les représentants de ce qu'on appelle la French Theory.

Les rapports de Maurice Blanchot avec l'antisémitisme et avec l'extrême droite font l'objet de nombreux débats. Ses choix politiques des années 1930 le rattachent à l'anticommunisme et à la droite anti-parlementaire. Sous l'Occupation, il travaille pour Jeune France (jusqu'en 1942), organisme financé par le gouvernement de Vichy, et il joue un rôle déterminant dans la presse et l'édition grâce à sa proximité avec les milieux maréchalistes. Dans le même temps, il tente de protéger certains des persécutions du régime. Par la suite, il milite activement contre la guerre d'Algérie, participe à des groupes de réflexion et d'actions pendant mai 68, combat en grande partie la politique du général de Gaulle, et se rapproche de certains milieux communistes.

selon la notice de ses œuvres chez Gallimard.

Biographie

De 1907 à 1939 Maurice Blanchot naît le au hameau de Quain à Devrouze (Saône-et-Loire), dans un milieu aisé. Il suit ses études à Strasbourg (philosophie, option allemand) de 1926 à 1929. Il fréquente l'Action française et déambule muni d'une canne au pommeau d'argent. C'est à Strasbourg qu'il rencontre Emmanuel Levinas : « très éloigné de moi politiquement à cette époque-là, il était monarchiste. » Blanchot dira : « [...] Emmanuel Levinas, le seul ami — ah, ami lointain — que je tutoie et qui me tutoie ; cela est arrivé, non pas parce que nous étions jeunes, mais par une décision délibérée, un pacte auquel j'espère ne jamais manquer. » (Pour l'Amitié). Jacques Derrida qualifiera cette amitié de Jacques Derrida cité par .

En 1928, il achève la lecture de Être et Temps de Martin Heidegger : « Grâce à Emmanuel Levinas, sans qui, dès 1927 ou 1928, je n'aurais pu commencer à entendre Sein und Zeit, c'est un véritable choc intellectuel que ce livre provoqua en moi. Un événement de première grandeur venait de se produire : impossible de l'atténuer, même aujourd'hui, même dans mon souvenir »Cité par .. Il passe son à Paris en 1929, puis obtient son à la Sorbonne en 1930 en réalisant un travail sur la conception du dogmatisme chez les Sceptiques. Il suit alors des études de médecine à l'hôpital Sainte-Anne, avec une spécialisation en neurologie et psychiatrie.

À partir de 1931, Blanchot collabore aux revues et journaux de la Jeune DroiteNicolas Kessler, Histoire politique de la Jeune Droite (1929-1942) : une révolution conservatrice française, L'Harmattan, 2001. : il publie son premier texte en à la Revue universelle de Jacques Bainville et Henri Massis : « Deux hommes en moi, par Daniel-Rops ». Il publie également à la Revue française d'Antoine Redier, aux Cahiers mensuels de Jean-Pierre Maxence, et au Journal des Débats dont il sera critique littéraire, chroniqueur et rédacteur en chef jusqu'à sa dissolution en 1944 (« c'est là qu'il passera, pendant près de dix ans, le plus clair de son temps ».). Il collabore à la revue Réaction pour l'ordre de Jean de Fabrègues. En 1932, il commence la rédaction de Thomas l'Obscur. En 1933, il entre au Rempart (de Paul Lévy) tout en poursuivant son travail au Journal des Débats. « Avec Blanchot, Maxence et Maulnier à des postes-clés, la Jeune Droite occupe cependant une place importante ».. Après la fin du Rempart, Blanchot retrouve Levy à Aux écoutes, où il est également rédacteur en chef. En 1935-1936, il écrit Le Dernier Mot et L'Idylle, qui seront d'abord republiés dans Le Ressassement éternel en 1951, puis dans Après coup en 1983. En 1936, il entre à la revue Combat de Thierry Maulnier, où il vitupère Léon Blum, puis à L'Insurgé en 1937, hebdomadaire d'extrême droite fondé par Thierry Maulnier et Jean-Pierre Maxence le Ariane Chebel d'Appollonia, L'Extrême-droite en France de Maurras à Le Pen, Éditions Complexe, collection : Questions au , novembre 1992, 446 pages, .Ouvrage collectif, auteurs : Michel Leymarie, Olivier Dard, Jeanyves Guérin L'Action Française, culture, société, politique, Presses universitaires du Septentrion, collection : Histoire et Civilisations, novembre 2012, tome 4, ., où il écrit en moyenne deux articles par semaine, dont certains consacrés à Charles Maurras qui lui reprochait son manque d'orthodoxie. Outre « La Dentelle du Rempart, par Charles Maurras » (L'Insurgé, ), Blanchot continue à faire référence à Maurras dans le but de rallier une partie de la droite conservatrice à la cause d'une révolution nationale qu'il appelle de ses vœux depuis 1933Cf. « La Révolution nécessaire », Le Rempart, , 22 juin 1933, in M. Blanchot, Chroniques politiques des années trente, David Uhrig (éd.), .. Blanchot va jusqu'à écrire : M. Blanchot, Penser avec les mains, par Denis de Rougemont, « L'Insurgé », , ..

De 1939 à 1945

En , Thomas l'Obscur est terminé : Jean Paulhan le reçoit chez Gallimard. Après l'invasion allemande, Blanchot soutient la prise de pouvoir du maréchal Pétain, critiquant les hommes politiques de l'entre-deux-guerresÉric Aeschimann, « Quand Blanchot soutenait Pétain », Le Nouvel Observateur, , semaine du 13 mars 2014, .. Il obtient du régime de Vichy l'autorisation officielle de faire paraître Aux écoutes à Clermont-Ferrand et y assure les fonctions de directeur pour trois numéros (n° des 13, 20 et )M. Blanchot, Chroniques politiques des années trente : 1931-1940, D. Uhrig (éd.), Paris : Gallimard, 2017, .. Il entre à l'association Jeune France fondée le et y devient, dans Paris occupé, le responsable de l'édition littéraire. « À partir d', et jusqu'aux derniers jours, Blanchot assurera le Journal des Débats, toujours plus vichyste, ultra-maréchaliste, d'une chronique littéraire régulière »..

Dans le même temps, en , Blanchot sauve Paul Lévy des persécutions, puis met en sécurité la femme et la fille de Levinas. Il participe à un réseau d'aide aux clandestins dans sa région natale.

À la fin de 1940, il rencontre Georges Bataille ainsi que sa compagne Denise Rollin (qui a peut-être eu une aventure avec Blanchot). Bataille lit à Blanchot L'Expérience intérieure, qui sera fort redevable à Thomas l'Obscur. Celui-ci fut publié en 1941 : Paulhan le conseille à la NRF ; en 1942 suit son second roman, Aminadab. Il rencontre Dionys Mascolo en 1943, alors qu'il publie son premier recueil de textes critiques, Faux Pas. Il devient membre du jury du prix de la Pléiade fondé par la NRF.

En 1944, Blanchot séjourne à Quain, où il dit avoir vécu l'un des événements les plus dramatiques de sa vie, relaté cinquante ans plus tard dans L'Instant de ma mort : il raconte avoir failli être fusillé par des soldats allemands. Depuis ce jour, la mort, comme déjà passée et devant revenir à nouveau, ne le quitta plus.

De 1945 à 2003

Après la guerre, Blanchot nie son engagement maréchaliste. Reconnu comme un grand critique, il devient un membre éminent de la scène littéraire française. En 1945, il fait partie du jury du prix des Critiques aux côtés de Marcel Arland, Jean Blanzat, André Billy, Jean Grenier, Émile Henriot, Armand Hoog, Robert Kemp, Frédéric Lefèvre, Gabriel Marcel et Jean PaulhanFrance-Soir, 8 novembre 1945., ainsi que du jury du prix de la Pléiade aux côtés de Marcel Arland, Joë Bousquet, Paul Éluard, Jean Grenier, Albert Camus, André Malraux, Jean Paulhan, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Roland TualLes Lettres françaises, 23 septembre 1944, .. Il collabore dans le même temps à diverses revues importantes : à L'Arche, qu’il rejoint dans son édition parisienne d’ en y publiant un texte sur le surréalisme (L'Arche, ), signalé dans Combat (), dans Les Lettres françaises () et encore dans Fontaine ()La participation de Blanchot, associé au comité de direction, se fera régulière, publiant dans chacun des numéros une chronique qui fait écrire à Maurice Nadeau dans Combat (5 mai 1946) : « Chaque mois, il est une chose à ne pas manquer: la chronique de Maurice Blanchot dans «l’Arche». , aux premiers numéros des Temps modernes, à la nouvelle revue Critique où il rencontre Jean Piel. Il donne un texte sur L'Espoir de Malraux à un numéro de la collection « Actualité » de Georges Bataille consacré à L'Espagne libreCalmann-Lévy, 1946, 126 p., en même temps que Bataille, Albert Camus, Jean Camp, Jean Cassou, Roger Grenier, Max-Pol Fouchet.

À la fin de l'année 1946, il décide de quitter Paris et s'installe à Èze-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes. Il poursuit une œuvre toujours plus exigeante et de laquelle il extirpe toute donnée biographique« Nul écrivain plus que Blanchot ne semble avoir plus catégoriquement évacué de la littérature toute problématique liée à l'autobiographie, au sens que Philippe Lejeune donne à ce mot », écrit . Il publie son dernier roman, Le Très-haut en 1948, et dès 1947, avec Le Dernier Mot jusqu'à la fin de sa vie, il n'écrit plus désormais que des récits. Une étude, Lautréamont et Sade, est publiée en 1949, ainsi qu'un second recueil de textes critiques, La Part du feu, dans lequel se trouve peut-être le programme de son « livre » à venir, La Littérature et le Droit à la mort. Il publie dans la revue Empédocle « Un récit ? » (qui ne sera publiée en livre qu'en 1973 sous le titre La Folie du jour). À la suite du choix du genre du récit, il retravaille Thomas l'obscur, l'abrège de deux cents pages, le termine en 1948 (il sera republié en 1950). En 1953, il commence sa collaboration à la NRF, régulièrement, jusqu'au moins 1969. Il regroupe les premiers de ces essais (les Recherches) dans L'Espace littéraire, puis Le Livre à venir. Un autre récit suit, Le Dernier Homme, en 1957. Il revient alors à Paris, où il rencontre Robert Antelme, dont il devient l'ami.

Toujours plus en retrait, dans le silence de ce qu'il nomme la « solitude essentielle »Ce thème récurrent dans son œuvre constitue le titre du premier chapitre de L'Espace littéraire (Gallimard, 1955). Sur la question du silence on peut se reporter à l'article de Claude Perruchot, « La littérature du silence (À propos de Parrain, Blanchot et Des Forêts) », Études françaises, volume 2, numéro 1, 1966, (lire en ligne)., il côtoie pourtant Antelme, Marguerite Duras, Dionys Mascolo, Ginetta et Elio Vittorini, et sa pensée tend à se radicaliser. Il participe activement au Manifeste des 121 défendant le droit à l'insoumission en Algérie. À partir de 1960-1961, l'idée germe de création d'une Revue internationale. Le projet, porté par Blanchot jusqu'en 1964 au moins, recoupera l'histoire de la plupart des écrivains importants des années 1950 et 1960 en Europe, ainsi qu'aux États-Unis et en Amérique du Sud. Louis-René des Forêts sera l'un des piliers, avec Vittorini, Hans Magnus Enzensberger, et dans une moindre mesure, Italo Calvino, Roland Barthes, Michel Butor, Günter Grass, etc.

En 1962, paraît L'Attente l'oubli, point d'orgue de son œuvre, première tentative d'écriture du fragment.