Malcolm Sathiyanathan Adiseshiah est un pédagogue indien, né à Vellore en Inde du Sud le et mort le à Madras.
Pendant la période postcoloniale, Adiseshiah défendit l’éducation comme un facteur vital du développement socio-économique.
Dans les années qui suivirent la guerre, estimant non seulement que l’éducation ne recevait pas une part équitable des ressources nationales et de l’aide internationale destinée à la mise en place et au développement d’institutions, mais que les dirigeants des pays nouvellement indépendants faisaient leur la notion superficielle de l’éducation dont ils avaient hérité, il souligna l’importance croissante que l’éducation revêtait pour l’édification d’une nation. Il agit sur la pensée des banquiers et de ceux qui fournissaient une aide, comme sur celle des bénéficiaires de cette aide ; il modifia la façon dont était perçu « le rôle de l’homme dans le développement », expression qu’il utilisait souvent et qu’il rendit célèbre.
Adiseshiah proclama que l’éducation jouait un rôle qui transcendait ces paramètres limités et qu’elle constituait un service public déterminant pour l’éradication de la pauvreté et pour la croissance socioéconomique. Aux postes de haute responsabilité qu’il occupa à l’Unesco au cours des années 1950 et 1960, il se rendit célèbre par sa thèse selon laquelle l’éducation pouvait apporter une contribution décisive au développement socio-économique du tiers monde.
Biographie
Né dans la ville de Vellore en Inde du Sud, il est le fils d'un professeur de philosophie. Sa mère fut la première femme à siéger au conseil municipal de Vellore et à présider le club féminin de Vellore.
Après huit années d’études universitaires à Madras, à la London School of Economics et à Cambridge, Malcolm Adiseshiah enseigne pendant dix ans l’économie à Calcutta et à Madras avant d’entrer à l’UNESCO. C’est l’époque où John Maynard Keynes ébranlait les fondements traditionnels de l’économie. Frais émoulu de ses études auprès de Keynes, Adiseshiah enseigne la macro-économie et les causes du chômage prolongé à ses étudiants de licence du Christian College de Madras. Il enseigne l’importance du secteur agricole, montrant que, dans un pays comme l’Inde, la croissance économique repose sur le développement de l’agriculture et que l’industrialisation ne peut être réalisée sans une rupture avec l’économie de subsistance.
Les archives de l’UNESCO contiennent 118 fichiers d’écrits d’Adiseshiah, ce qui doit représenter à peu près pages. Ses deux de ses principaux domaines d’action à l’UNESCO sont : En premier lieu, le travail de pionnier que furent le lancement et la mise au point de projets d’assistance technique dans le tiers monde et, en second lieu, les huit années où il exerça les fonctions de directeur général adjoint. À soixante ans, il retourne en Inde, pour y promouvoir le développement socio-économique de son pays. Il fonde l’Institut d’études du développement de Madras (MIDS). Le MIDS devient rapidement un centre de recherche pour l’État du Tamil Nadu et pour l’Inde.
Au cours des premières années du MIDS, il dirige un certain nombre d’études sur le Tamil Nadu rural : l’économie de la culture sèche, de la réforme agraire, de l’irrigation, de l’emploi rural et du logement rural. Il institue en 1971, avec le concours du Conseil indien de recherche en sciences sociales, un programme de formation de six semaines en méthodologie de la recherche à l’intention des étudiants du doctorat en économie de toutes les universités de l’Inde du Sud.
Il organise ensuite un programme spécial de formation pour les directeurs d’études de doctorat. Ces activités donnent lieu à la publication d’un guide, A guide to research in economics, . Dans le cadre des programmes du MIDS nouvellement créé, Adiseshiah, en sa qualité de fondateur-directeur, lance une série de séminaires mensuels destinés à servir de tribune publique pour des discussions sérieuses sur des questions socio-économiques variées.
Le MIDS publie tous les mois une lettre d’information, le Bulletin, qui reproduit le document établi pour le séminaire mensuel ainsi qu’un compte rendu des débats auxquels il assure ainsi une plus large diffusion. . Il s’agit d’un commentaire mensuel factuel sur les facteurs économiques, éducatifs et sociaux relatifs au Tamil Nadu, à l’Inde et aux affaires internationales.
En plus de son travail au MIDS, Adiseshiah est membre en 1972 de la Commission de planification de l’État du Tamil Nadu nouvellement créée ; de 1975 à 1978, il est le vice-chancelier de l’Université de Madras et, de 1978 à 1984, membre du Parlement. Il est aussi membre du Conseil consultatif central de l’éducation, du Conseil indien de la recherche en sciences sociales, du Conseil national de formation des maîtres et président de l’Association économique indienne. Il dirige la publication d’un certain nombre d’ouvrages, notamment Science in the battle against poverty [La science dans la bataille contre la pauvreté] et Towards a learning society [Vers une société étudiante]. Il est l’auteur de deux livres sur l’importance socio-économique de l’éducation : Que mon pays s’éveille (1970) et Il est temps de passer à l’action (1972). .
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L’économie du développement
Adiseshiah s’est principalement attaché au rôle de l’éducation comme facteur premier de promotion économique et sociale, et il n’a jamais cessé de mettre l’accent sur le rapport positif existant entre l’éducation et le développement. Ayant soumis l’éducation aux rigueurs de la théorie économique, il la fit apparaître sous un jour nouveau comme condition préalable du progrès économique tant aux yeux des donateurs de l’aide qu’à ceux de ses bénéficiaires.
L’éducation était l’obsession d’Adiseshiah et l’économie son cadre conceptuel. L’éducation étant ainsi considérée comme un facteur essentiel de la croissance économique globale, elle se voyait attribuer une position prioritaire dans les plans de développement, dans l’élimination des barrières financières et dans l’attention accrue accordée à la planification de l’éducation. Pour bien saisir ce changement de perspective en matière d’éducation, il convient d’examiner les racines de l’approche méthodologique d’Adiseshiah et les outils économiques dont il s’est servi dans son analyse des questions de développement auxquelles il a dû faire face dans les pays en développement qui accédaient à l’indépendance.
Bien qu’il maîtrisât la théorie économique, Adiseshiah ne voulait pas lui-même être un théoricien. Ce qui l’intéressait, c’était la dynamique de la vie et de la société. Pour lui, aucune théorie économique n’avait le monopole de la vérité. C’est ainsi qu’il écrivait : Adiseshiah, op. cit., ..
Il insistait également sur « la nécessité de tenir compte des aspects de la dynamique de la vie et de la société qui ne sont pas du ressort de l’économiste »Ibid., ..
Adiseshiah avait des idées très arrêtées sur ce qui l’intéressait personnellement. Son but était d’aider les pays en développement, de même que la communauté internationale, à appréhender l’importance de l’éducation en tant qu’agent du développement économique sans lequel aucun développement n’était possible. Il voulait montrer les rapports existant entre éducation, productivité et revenu. Il recourait aux outils analytiques de l’économie pour démontrer que l’augmentation des revenus des travailleurs pauvres était la stratégie la plus efficace à suivre dans le contexte multiforme du développement durable et que le meilleur moyen d’y parvenir était d’améliorer les prestations des services publics, en particulier dans le domaine de l’éducation et de la santé. Il s’employait à empêcher l’aide au développement de tomber dans le très dangereux piège du développement matériel, au mépris de la mise en valeur des ressources humaines, ce qui était la tendance de la politique de financement de la Banque mondiale au cours de ses premières années d’existence. Il y voyait un détournement du financement qui rendait plus riches les riches du tiers monde aux dépens de la majorité pauvre. Il voyait dans la montée des inégalités le plus grand danger à menacer les pays en développement. Il écrivait : M. Adiseshiah, dir. publ., L’éducation des adultes fait face aux inégalités, UNESCO-Université de Madras, 1981, ..
Ainsi, la montée des inégalités qu’Adiseshiah observait dans les premiers stades du développement était due à un certain nombre de facteurs humains, et l’aspect « économiquement non optimal » de l’inégalité en était la dimension économique. En 1974, la Banque mondiale et le Sussex Institute of Development Studies avaient publié conjointement une série d’articles intitulée Redistribution with growth. Reconnaissant qu’un arbitrage entre croissance et équité était inévitable, le rapport étudiait en détail les types d’utilisation des ressources redistribuées qui minimiseraient le dilemme croissance/équité. Le rapport était destiné à fournir une base théorique pour une approche nouvelle des politiques de développement. S’opposant à cette conception, Adiseshiah resta fidèle à son opinion selon laquelle la stratégie correcte de développement pour le tiers monde n’entraînerait pas d’aggravation des inégalités. Le progrès, estimait-il, devait conduire à une société équitable et non à l’accentuation de différences excessives de revenu et à l’émergence d’une minorité inamovible de privilégiés ; en fait, la croissance économique ne pouvait être durable que si elle s’accompagnait de changements structurels favorisant l’équité.
Lorsque la première phase du développement industriel fondé sur le remplacement des importations marqua un ralentissement en Inde, Adiseshiah fit valoir que le seul moyen de susciter la demande nécessaire à la relance de l’industrialisation était de commencer à relever la production et les revenus dans le secteur qui représentait encore la majorité de la population et la majorité des pauvres, à savoir l’agriculture. Il fallait, selon lui, jeter les bases d’une expansion régulière de la demande émanant des secteurs ruraux. L’industrie devait être au service de l’agriculture et lui fournir les moyens de production améliorés et l’équipement dont elle avait besoin. Pour lui, il n’était pas question, dans un grand pays en développement comme l’Inde, d’arbitrer entre croissance et équité aussi longtemps que le processus de développement garantissait une répartition efficace des ressources disponibles entre les différents secteurs en compétition.
L’optimum exige que la distribution des biens et des services soit progressivement améliorée en faveur du secteur le plus pauvre et le moins favorisé, sans compromettre l’efficacité de la répartition des ressources et sans diminuer les ressources totales, c’est-à-dire le volume global de la production. Cette double condition peut et doit être remplieAdiseshiah, Que mon pays s’éveille, op. cit., ..