Jacques-Bénigne Bossuet, plus souvent désigné par Bossuet, surnommé l'« Aigle de Meaux », né le à Dijon et mort le à Paris, est un homme d'Église, évêque, prédicateur et écrivain français.
Prédicateur tôt renommé, il prononce des sermons et des oraisons funèbres qui demeurent célèbres. Il est l'auteur d'une abondante œuvre écrite qui porte sur la spiritualité, l'instruction du dauphin, la controverse antiprotestante ou encore diverses polémiques dont celle qui l'oppose à Fénelon à propos du quiétisme.
Originaire de Dijon, Bossuet fait ses études dans une école jésuite avant de s'inscrire au collège de Navarre à Paris, où il étudie la philosophie et la théologie. En 1652, il fut ordonné prêtre et devint docteur en théologie. Il passe les sept années suivantes à Metz, où il perfectionne ses compétences oratoires et politiques, avant de revenir à Paris et d'asseoir sa réputation de grand prédicateur. Au début des années 1660, Bossuet prêchait régulièrement devant la cour du roi à Versailles. Il fut nommé précepteur du Dauphin en 1670 et élu à l'Académie française un an plus tard en 1671. En 1681, il fut nommé évêque de Meaux, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.
Bossuet était un ardent défenseur de l'absolutisme politique et du droit divin des rois. Plus tard dans sa vie, il fut également impliqué dans les controverses sur le gallicanisme et le quiétisme et soutint la révocation par le roi de l'édit de Nantes, qui abolissait les droits de la minorité protestante huguenote. Bossuet meurt en 1704 à l'âge de .
Le cardinal Grente voit en lui « le plus grand [orateur] peut-être que le monde ait connuDictionnaire des lettres françaises, Le , dir. cardinal Georges Grente, éd. révisée sous la direction de Patrick Dandrey, coll. « La Pochothèque », Le Livre de poche, 1996, . ».
Biographie Famille et études secondaires à Dijon : un fils de parlementaires gauche|vignette|Acte de baptême de Bossuet. Jacques-Bénigne Bossuet est le fils de Bénigne Bossuet (-), avocat puis substitut du procureur général du Parlement de Bourgogne, nommé en conseiller au Parlement de MetzGeorges Blondeau, Les Bretagne au parlement de Metz, , dans Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 1933, CXVI année, (lire en ligne).. Sa mère est Marguerite Mochet (-), également issue d'une famille de magistrats.
Jacques-Bénigne Bossuet fait ses études secondaires au collège des Jésuites de Dijon, qui lui donnent une éducation classique et un goût pour les langues anciennes (apprentissage du grec et du latin). Son goût pour l'étude lui vaut le surnom de (« bœuf accoutumé à la charrue »)..
Études à Paris au collège de Navarre : Nicolas Cornet, son maître À , il vient à Paris pour y poursuivre ses études au collège de Navarre, où il a pour maître Nicolas Cornet. Il y étudie en profondeur la philosophie et la théologie. Bossuet prononcera en 1663 l'oraison funèbre de Nicolas Cornet, son maître.
Bossuet dans le cercle de François Bossuet le riche thumb|gauche|Arbre généalogique simplifié des Bossuet
Bien que destiné au sacerdoce, il côtoie pour quelque temps un milieu mondain : il apprécie Corneille, il s'adonne à l'écriture de vers précieux et fréquente l'hôtel de Rambouillet.
Il semble qu'il ait eu accès facilement à ces cercles parisiens grâce à l'appui de son cousin, François Bossuet le riche, alors l'un des plus grands financiers du royaume, qui trouvera la ruine dans les années 1658-1661, et notamment après la chute de Nicolas Fouquet. Ce personnage joue un rôle sans doute beaucoup plus important qu'il n'y paraît dans la jeunesse de Bossuet et les rencontres qu'il peut faire. Son génie fera ensuite le reste à la chute de son cousin. D'ailleurs, un peu plus tard, dans les années 1654-1661, Bossuet, encore jeune, a pu accéder au cercle du Surintendant des Finances grâce à Fouquet mère, Marie de Maupeou, membre du cercle des dévots parisiens.
Entrée dans les ordres Ordonné sous-diacre à Langres par Sébastien Zamet en , il fait l'expérience d'une conversion religieuse et abandonne sa vie mondaine. C'est l'époque de sa Méditation sur la brièveté de la vie, qui porte les traces de ses futurs ouvrages. La même année, il expose l'essentiel de ses idées sur le rôle de la Providence, dans sa Méditation sur la félicité des saints.
1652 : archidiacre de Sarrebourg En , Bossuet est nommé archidiacre de Sarrebourg. Il est ordonné prêtre le . Quelques semaines plus tard, il défend son brillant travail de doctorat et devient docteur en théologie.
1654 : archidiacre de Metz thumb|gauche|La cathédrale de Metz thumb|Anne d'Autriche par Nanteuil, MET, NY Il passe les sept années suivantes à Metz, où il occupe désormais la charge d'archidiacre. Il est immédiatement plongé dans le vif de la controverse ; près de la moitié de Metz est protestante, et la première apparition imprimée de Bossuet est une réfutation du pasteur huguenot Paul Ferry (1655). Pendant le reste de son séjour à Metz, il s'engage fréquemment dans des controverses religieuses avec les protestants (et, moins régulièrement, avec les juifs). Réconcilier les protestants avec l'Église catholique devient son rêve et, pour cela, il commence à se préparer soigneusement à la chaire, centre d'influence très important dans un pays où les assemblées politiques sont inconnues et où les romans et les journaux naissent à peine. Son imagination de jeunesse est débridée et ses idées se transforment facilement en une sorte de subtilité paradoxale, évoquant les facultés divines. Néanmoins, son séjour à Metz constitue un moment important pour développer son oratoire en chaire et pour lui permettre de poursuivre son étude de l'Écriture et des Pères de l'Église. Il acquiert également une expérience politique grâce à sa participation à l'Assemblée locale des Trois Ordres.
En 1657, à Metz, Bossuet prêche devant Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. De ce fait, il reçoit le titre honorifique de « Conseiller et Prédicateur du Roi ».
Bossuet à Paris : les sermons thumb|Saint Vincent de Paul, qui a profondément marqué Bossuet jeune En 1657, Saint Vincent de Paul convainc Bossuet de s'installer à Paris et de se consacrer entièrement à la prédication. Il ne rompt cependant pas entièrement ses liens avec la cathédrale de Metz : il continue à en détenir son bénéfice et en 1664, lorsque son père, veuf, est ordonné prêtre et devient chanoine du chapitre de la cathédrale de Metz, Bossuet est nommé chef du chapitre. doyen.
Bossuet acquiert rapidement une réputation de grand prédicateur et, dès 1660, il prêche régulièrement devant la Cour dans la Chapelle royale. En 1662, il prêche son célèbre sermon « Sur les devoirs des rois » à au Louvre.
À Paris, les congrégations n'ont aucune pitié pour la logique purement cléricale ou le goût clérical ; si un prédicateur voulait capter leur oreille, il doit réussir à s'adresser à eux dans des termes qu'ils accepteraient de considérer comme raisonnables et bien élevés. Ayant des idées très sévères sur la dignité d'un prêtre, Bossuet refusa de s'abaisser aux procédés habituels visant à éveiller l'intérêt populaire.
thumb|gauche|Portrait de L. Bourdaloue, gravure du
L'élément narratif des sermons de Bossuet raccourcit d'année en année. Il n'a jamais dessiné de tableaux satiriques comme son grand rival Louis Bourdaloue. Il n'écrirait pas ses discours dans leur intégralité, et encore moins les apprendrait par cœur : sur les deux cents imprimés dans ses ouvrages, tous, sauf une fraction, ne sont que des brouillons. Des dames comme de Sévigné l'abandonnent lorsque Bourdaloue apparaît à l'horizon parisien en 1669, bien que Fénelon et La Bruyère, deux critiques bien plus solides, refusent de suivre leur exemple.
Bossuet possède tout l'équipement de l'orateur : voix, langage, souplesse et force. Il n’a jamais besoin de faire des efforts pour obtenir un effet ; son génie frappe d'un seul coup la pensée, le sentiment et le mot. Ce qu'il disait de Martin Luther s'applique particulièrement à lui-même : il peut jeter sa fureur dans des thèses et ainsi unir la lumière sèche de l'argumentation au feu et à la chaleur de la passion. Ces qualités atteignent leur apogée dans les Oraisons funèbres.
Bossuet est toujours le meilleur lorsqu'il travaille sur une grande toile ; d'ailleurs, ici aucun scrupule de conscience n'est intervenu pour l'empêcher de consacrer beaucoup de temps et de réflexion au côté artistique de son sujet. L'Oraison, comme son nom l'indique, se situe à mi-chemin entre le sermon proprement dit et ce qu'on appellerait aujourd'hui une notice biographique. C'est du moins ce que Bossuet a fait ; car sur ce terrain, il était non seulement premier, mais seul.
137 des sermons de Bossuet prêchés entre 1659 et 1669 existent, et on estime qu'il en a prêché plus d'une centaine qui ont depuis été perdus. En dehors des occasions d'État, Bossuet est rarement apparu dans une chaire parisienne après 1669.
Évêque de Condom (Gers) Le , Charles-Maurice Le Tellier devenu archevêque de Reims consacre, avec l'assentiment du pape, Jacques-Bénigne Bossuet évêque de Condom, en l’église du couvent des Cordeliers à Pontoise ; mais l'année suivante, Bossuet renonce à ce poste et devient le précepteur du dauphin, fils de . Le roi lui donne le Prieuré du Plessis-GrimoultFrédéric Alix, « Les Abbés du Plessis-Grimoult », Gallia Christiana, .
1670-1680 : Bossuet Précepteur du Grand Dauphin, fils de Louis XIV / les années les plus intenses de sa vie thumb|gauche|Le Grand Dauphin, estampe par Nicolas de Larmessin. thumb|Portrait de Bossuet par Pierre Mignard, vers 1675. Musée Bossuet de Meaux.
Il devient précepteur du dauphin Louis de France, le fils du roi et de Marie-Thérèse d' Autriche en . Mais l'éloquence du prélat est peu faite pour un enfant de et le dauphin avouera plus tard que ses durs et austères éducateurs lui ont donné une aversion extrême Saint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 1985, IV, 81.. Bossuet terminera cette mission en , date du mariage de son élève avec Marie-Anne de Bavière.
En , Bossuet écrit son Discours sur l'histoire universelle dans lequel, après avoir exposé sa vision de l'histoire du monde (depuis la Création jusqu'au triomphe de l'Église catholique en passant par la chute des empires antiques), il en cherche la raison dans les desseins de Dieu sur son Église. Il y mêle Providence et références à des sources (aussi bien la Bible et les docteurs de l'Église que les auteurs gréco-latins, comme Hérodote). Voltaire, Le siècle de , , Œuvres complètes de Voltaire, Paris, Desoer, 1817, , . Voir aussi Wikisource. Pour le Dauphin, il écrit aussi le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, dans lequel il suit en général la doctrine de René Descartes, et se montre aussi profond philosophe qu'écrivain.
Bossuet se réserve l'enseignement de l'histoire, qu'il considère comme fondamental pour la formation du prince - dans l'avant-propos du Discours sur l'histoire universelle.. Pendant près de dix ans, il raconte au dauphin l'histoire des rois qui se sont succédé à la tête du royaume, en tirant de ce récit des enseignements politiques, psychologiques et moraux ; le récit est mené jusqu'au règne de . Le dauphin doit résumer oralement la leçon, puis la rédiger en français et la mettre en latinLes thèmes latins cessent avec le règne de , car on estime alors que le dauphin sait assez de latin. sur des cahiers qui ont été conservés. Récit d'histoire par Louis Dauphin et Bossuet, édité par Régine Pouzet, Clermont-Ferrand, Adosa, 1993, , 8 pl. . Il écrit lui-même les livres de classe pour son royal élève. Bossuet s'entoure également de nombreux scientifiques durant cette période.
Bossuet a une conception très littéraliste de la vérité de la Bible. . . En , il fait brûler l'ouvrage de Richard Simon Histoire critique du vieux testamentJacques-Bénigne Bossuet, lettre du à Nicolas de Malézieu, Œuvres complètes, Paris, Hatier, 1917, 593 et 594. Cité par ..