Beni Yenni (en kabyle : At Yenni, localement : At Yanni ; en tifinagh : ⴰⵜ ⵢⴻⵏⵏⵉ ; en ) est une commune de la wilaya de Tizi Ouzou, région de Kabylie en Algérie. Elle est située à environ au sud-est de Tizi Ouzou.

Géographie Situation La commune de Beni Yenni est située à au sud-est de la wilaya de Tizi Ouzou.

Relief alt=La chaîne de Djurdjura vue d'Ath Yenni|vignette|Le massif du Djurdjura vue d'Ath Yenni. Ath Yenni est une commune rurale située dans le massif de Kabylie dont le relief est constitué d'une succession de collines au piémont du massif du Djurdjura qui en constitue la limite septentrionale.

Les villages sont bâtis au sommet des crêtes de montagne à une altitude de 800 à .

Le Djurdjura est visible depuis plusieurs villages, ainsi que de l'ancienne station de ski de Tikjda ou du sommet du Thaletat.

Localités de la commune

La commune d'Ath Yenni est composée, lors de sa création en 1984 dans ses limites actuelles, de onze localitésJournal officiel de la République Algérienne, 19 décembre 1984. Décret , fixant la composition, la consistance et les limites territoriale des communes. Wilaya de Tizi Ouzou, page 1506. : Taourirt Mimoun (chef-lieu de la commune), Ath Lahcène, Ath Larbaâ, Taourirt L'Hadjadj (Takhabit, ancien nom), Tigzirt, Agouni Ahmed, Tansaout, Agouni, Taourirt Khelf, Taourirt Issoulass, M'Draa.

Transports et voies de communication Les villages de la commune d'Ath Yenni sont bâtis le long de la route CV n°06 qui est la voie de communication entre tous les villages.

La commune d'Ath Yenni est reliée au réseau routier national algérien par les routes nationales suivantes : RN30 vers Draâ El Mizan à l'ouest, et la wilaya de Bouira à l'est ; RN30A vers Tizi Ouzou et le barrage de Taksebt au nord, et la RN12 qui mène vers Alger à l'ouest et Béjaïa à l'est ; RN71 vers Azazga et Aïn El Hammam au nord-est puis Dellys et la mer Méditerranée au Nord.

Ainsi que par les chemins wilayaux suivants : CW1 vers Larbaâ Nath Irathen et la RN12.

Toponymie Le nom de la commune provient du nom de la tribu de Kabylie Ath Yenni .. Dans sa version arabisée, la particule change et devient Beni Yenni. À travers l'histoire et en particulier à l'époque coloniale, on trouve également les orthographes Beni Ienni, Beni Ianni, Beni Yanni ou Benni Yenni, Aït Yanni, Aït Yenni, etc.

La prononciation dans le parler est : At Yanni.

Histoire Antiquité Plusieurs légendes entourent l'origine réelle des Ath-Yenni qui font partie des tribus de Kabylie. Elles s'accordent toutefois sur le fait que la tribu est issue d'un ancêtre commun nommé Yenni, fils de Aïssam qui eut deux fils, dont son frère Ouacif, lui-même ancêtre des Aït-Ouacif

La région est habitée depuis au moins le , soit lors de la présence romaine en Numidie occidentale. Une présence romaine dans la région était encore visible à la fin du dans le village de Taourirt El Hedjadj

La plus ancienne référence écrite au sujet des Ath-Yenni date de 1379], elle est signée par Ibn Khaldoun, lequel les classe parmi les principales tribus Zouaoua aux côtés des Aït Idjer, At Menguellat, Aït Betroun, Aït Bougherdane, At Yetouregh, Aït Bou Youcef, Aït Bou Chaïb, Aït Aïssi, At Sedka, Ait Ghobri, Aït Haddad, Aït Guechtoula, Aït Iraten, Aït Fraoussen, Aït Khellili ainsi que les Aït Yahia Le livre des exemples, Ibn Khaldoun, 1379..

À l'époque du royaume de Koukou et de la régence d'Alger Au , les Ath Yenni font partie du royaume de Koukou unifié par Sidi Ahmed ou el Kadhi. Ils participent à plusieurs batailles menées par le royaume lors de la lutte contre les Espagnols, puis à la prise d'Alger aux Turcs en 1520.

Au milieu du , probablement en 1559, une guerre éclate entre le royaume de Koukou et le royaume des Beni Abbès. Allié aux Turcs de la régence d'Alger, les sujets du sultan de Koukou finissent par vaincre les troupes d'Ath Abbès dirigées par Abd-Al-Aziz et alliées aux Espagnols. En guise de butin de guerre, le sultan de Koukou prend plusieurs artisans de Béjaïa qu'il répartit dans son royaume afin d'y développer de nouveaux métiers. C'est ainsi que des bijoutiers s'installent chez les Ath Yenni probablement à Ath Larbaa et y développent une industrie du bijou en formant les habitants de la région à cet art.

Par la suite, les Ath Yenni développent également les arts de la forge, de l'armurerie, de l'orfèvrerie, formant ainsi un important centre artisanal qui fabrique des bijoux, des fusils (moukahla), des sabres (Flissa), des fourreaux en bois sculpté, des rasoirs en acier, des cadres et pupitres ornés. Souvent ces objets étaient estampillés de la mention en arabe « Fait chez les Beni Yenni » et exportés vers les marchés d'Alger, Constantine ou Tunis. La richesse de son industrie permet aux habitants de vivre dans une certaine aisance à l'époque et certains d'entre eux s'installent à Alger au fil des siècles pour y faire du commerce. Plus tard, ils développent une activité importante de fabrication de fausse-monnaie imitant les pièces de monnaie de la régence d'Alger, mais également du Maroc, de Tunisie, de Tripoli.

Consolidation du territoire des Ath Yenni Entre 1612 et 1616, alors que le pouvoir du royaume de Koukou s'estompe, des luttes intestines secouent la région et provoquent des guerres entre tribusCours de langue kabyle, Belkacem Ben Sdira, . Les Ottomans de la régence d'Alger s'appuient sur les marabouts afin de faciliter l'administration de la Kabylie. Peu avant 1616, un marabout du nom de Sidi Ali Ou Yahia, fils de Sidi Ali Ben Machich, originaire de Meknès et venant de Seguia el-Hamra, s'installe à Taourirt Mimoun, y devint un important chef militaire et donnera naissance à tous les marabouts de la région. En unifiant les troupes, il mène plusieurs batailles contre les autres tribus de la région dont les Aït-Ouacif.

À son arrivée, Ath-Yenni ne comptait que les villages d'Ath Lahcene, Ath Larbaa et Taourirt Mimoun, mais ses victoires ont permis d'étendre le territoire en prenant les villages de Takhabit (aujourd'hui devenu une partie Taourirt el Hedjadj), Taourirt el Hadjadj, et Tigzirt à une tribu désormais disparue, celle des Ath Belkacem. Le village de Tigzirt sera repeuplé par la suite par des réfugiés des Aït OuacifHenri Genevoix, Les Beni Yenni, 1971.. Le village de Tansaout sera fondé par un marabout des Aït Ouacif nommé Sidi Ahmed Ou Zegane. Enfin, le village d'Agouni Ahmed sera construit par Ahmed Ou Hamza et sera habité par des habitants de Taourirt Mimoune et de Tassaft Ouguemoune.

En agrandissant leur territoire, et grâce à leur maîtrise des métiers de l'armurerie, les Ath Yenni devinrent d'importants guerriers, ils menèrent et gagnèrent d'autres guerres notamment contre les Aït Sedka et les Aït Saada. Ils aidèrent également un chef des Ouadhias à rétablir la paix dans sa région.

Durant le , Sidi Lmouhoub, ou Ali fils de Sidi Ali Ou Yahia, qui faisait commerce de la poudre et de balles dans les marchés de la régence d'Alger, se fit arrêter par les janissaires ottomans et fut emprisonné par le bey d'Alger. Plusieurs légendes orales parlent de cet événement et divergent sur le déroulement des événements, elles se rejoignent toutes dans le fait que Sidi el Mouhoub fut libéré, et le bey d'Alger fit construire à ses frais une mosquée ottomane dans le village de Taourirt Mimoune à l'endroit voulu par Sidi el Mouhoub.

Entre 1818 et 1824, une guerre éclata avec les Aït Aïssi, dont les Aït Yenni sortirent vainqueurs.

Fabrication de la fausse monnaie, en conflit ouvert avec la Régence d'Alger Face aux importantes taxes imposées par la Régence d'Alger, les habitants d'Aït Yenni réputés pour leur maîtrise de l’orfèvrerie et de l'artisanat, développent une importante activité de fabrication de fausse monnaie imitant les pièces de monnaie de la régence d'Alger, mais également du Maroc, de Tunisie, de Tripoli. D'abord utilisées pour payer les taxes, elle finiront par s'écouler partout dans le Maghreb.

En 1827, alors que la fausse monnaie produite par les Aït Yenni inonde les marchés de la régence d'Alger y provoquant une crise économique, le dey d'Alger ordonne à l'Agha Yahia de procéder à l'arrestation de tous les faux-monnayeurs sur les marchés d'Alger, de Constantine, de Sétif et d'Annaba. Il les menace de mort si on ne lui remet pas les moules et matrices qui servent à la fabrication de fausse monnaie. Pour sauver leurs frères, les habitants d'Aït Larbaa finissent par remettre leurs instruments et payer une forte amende.

Une fois libérés, ils reprennent aussitôt l'activité en augmentant la production, ce qui contraint le Dey à tenter de négocier avec eux en leur proposant des terres dans la plaine de la Mitidja à condition qu'ils abandonnent leur activité. L'offre est refusée avec à la clé une réponse bien sarcastique : . Le conflit se termine par un accord de paix entre les deux parties, et le Dey fait construire à Aït Larbaa, une mosquée de style ottoman qui fut détruite lors de l'arrivée de l'armée au début de la colonisation en 1857 et dont il ne subsiste que la porte d'entréeColonel Robin, Notes et documents concernant l'insurrection de 1856-1857 de la Grande Kabylie..

Colonisation française Résistance à la colonisation thumb|Cherif Boubaghla et Lalla Fatma N'Soumer (Henri Félix Emmanuel Philippoteaux , 1866)Même si la colonisation de l'Algérie a débuté en 1830, les Ath Yenni ainsi que la plupart des tribus voisines resteront insoumises à la France jusqu'en 1857. La capacité des Ath Yenni à fournir la région en armes et matériel de guerre en fera un bastion protégé et impénétrable, et a permis aux multiples actes de résistance de perdurer dans le temps, notamment celle menée par Cherif Boubaghla, qui séjournera chez les Ath Yenni en 1854.

En 1857, la population est Ath Yenni, est constituée d'environ ce qui fait d'elle l'une des plus peuplées de la région. Le village d'Ath Lahcene qui compte entre et est surnommé la "ville" grâce au nombre important de ses habitations, et est considérée comme la capitale industrielle de la Kabylie grâce à ses armuriers-orfèvres, capable de mobiliser 500 fusils en temps de guerre. Le deuxième village le plus peuplé est Taourirt Mimoune avec 2.000 à . Alors que le village d'At Larbaa produisait dans ses forges de la fausse monnaie française, et la vendait au taux de 80 Francs les 1.000 Francs.

En , le maréchal Randon sur ordre de l'empereur Napoléon III lance une campagne militaire afin de soumettre les Tribus de la Kabylie, en mobilisant 35.000 militaires et officiers du génie militaire repartis en trois divisions dirigées par des généraux français : les divisions Mac-Mahon, Renault et Jusuf ainsi qu'un corps d'observation. Il s'agit à l'époque de la plus grande armée mobilisée en Afrique par la France.

Alors que la division Mac Mahon mène la bataille d'Icheriden, les divisions Renault et Jusuf seront chargées en date du d'attaquer les Ath Yenni depuis les deux flancs de leur région avec un total de 15.000 militaires français soit plus que la population totale des Ath Yenni à l'époque, et équipés de batteries d'artillerie. Alors que la plupart des hommes de la tribu sont mobilisés dans la bataille d'Icheriden, d'âpres combats seront menés par la population restante notamment les femmes d'Ath Lahcene , qui ne résistera pas longtemps face au nombre important de militaires français épaulés par des régiments de zouaves. Ils s'enfuirent vers les montagnes, abandonnant leurs maisons livrées à un incendie provoqué par l'Armée française, tout en prenant soin d'emporter leurs bijoux et trésors ancestraux. Les villages sont livrés au pillage et aux razzias. vignette|Le général Randon, vainqueur de la résistance kabyle en 1857 Le les villages d'Ath Lahcene, Ath Larbaa et Taourirt Mimoune tombent aux mains de l'Armée française simultanément à la bataille d'Icheriden où des milliers d'hommes sont tués. Le maréchal Randon installe sa tente à At Lahcene, après avoir brûlé les trois villages dont la mosquée ottomane d'At Larbaa .