Carentoir est une ancienne commune française située dans le département du Morbihan, en région Bretagne.

Le , elle fusionne avec la commune de Quelneuc. Ces deux communes donnent alors naissance à la commune de Carentoir qui prend le statut administratif de commune nouvelle. Géographie Localisation thumb|left|Carte de l'ancienne commune de Carentoir (avant la création de la commune nouvelle en 2017) et des communes avoisinantes.

Géologie et relief En dehors du quart septentrional, le sous-sol de la commune est constitué de schistes briovériens. Depuis le nord, se succèdent une bande granitique, une bande de grès armoricain, puis de la formation de Pont-Réan, l'extrême Nord-Est appartenant à la formation de Traveusot (siltstones). Pédologiquement parlant, le sol est dans cette partie d'une valeur agricole plus faible que dans la partie schisteuse où elle est globalement excellenteGrenville Astill, Wendy Davies, Un paysage breton ; De l'archéologie à l'histoire dans le sud de la Haute-Bretagne, Les Dossiers du Ce.R.A.A., suppl. X, 2001, 214 p..

Environnement La ressource en eau a été affectée par l'industrie. Avec de nitrate par litre d’eau, le captage du Siloret de Carentoir a dû être fermé en 1993. Le site a été boisé ( après) par le syndicat intercommunal sur , puis de 2007 à 2010. il s'agissait de profiter des capacités des boisements et milieux forestiers à faire chuter le niveau de nitrate des eaux (alors qu’on mesure des taux de /l pour un champ de maïs fourrager, ils sont généralement de /l dans les sous-sols forestiersMarc Benoît M. et al. (1997). Agriculture et qualité de l’eau. Une approche interdisciplinaire de la pollution par les nitrates d’un bassin d’alimentation. Cahiers Agriculture 1997 ; 6 : 97-105, avec un résultat progressif (pour un effet maximal espéré en 8 à )La Gazette des communes, Bonne pratique : Carentoir (Morbihan) boise autour de son captage d’eau (...Récit d'un long combat pour l'ouverture d'un captage d'eau), Oct 2012.

Toponymie Le nom breton de la commune est Karantoer.

Carantoer en 826Albert Dauzat, DENLF, p. 148aErnest Nègre, TGF (lire en ligne) https://books.google.fr/books?id=jbpVLN1tRNoC&lpg=PA1040&ots=fghMeoLmLJ&dq=Ernest%20N%C3%A8gre%20Carantoir&hl=fr&pg=PA1040#v=onepage&q=Ernest%20N%C3%A8gre%20Carantoir&f=false], Karantoer en 864, Carantor au , Carentor en 1171, 1178 : Carentor en 1178, Carantoër en 1286, Karantoer en 1387, Karantoir en 1430 , Karantoir en 1441, Kerentoer en 1516, Carantouër en 1553Site de Kerofis : Carentoir + formes anciennes.

Carentoir a été rapproché du vieux breton Caer an toer, « le village du couvreur »Albert Dauzat, op. cit.Ernest Nègre, op. cit..

Les formes anciennes régulièrement attestées ne postulent pas en faveur de cette étymologie, en effet, hormis la forme isolée Kerentoer, elles sont toutes en Car-, jamais en Caer-, Quer-. Il convient de réinterpréter le radical non pas en Car-, mais en karant-Hervé Abalain, Les noms de lieux bretons, Jean-Paul Gisserot, 2000, d'origine gauloise, c'est-à-dire un thème celtique *karant- « ami, qui aime » qui a également donné le gallois car, pluriel ceraint « parent » et le breton kar, kerent « parent »Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise : description linguistique, commentaire d'inscriptions choisies, Errance, Paris, 1994,(Collection des Hesperides), ..

Ce thème est répandu dans l'onomastique personnelle celtique, par exemple : nom d'homme gaulois Carantos qui entre en composition dans les toponymes Carency, Charency, Charancieu, Cransac, avec le suffixe gaulois -iācum équivalent du brittonique *-ōgon (vieux breton -oc, -euc, moderne -ec) tous du celtique *-āko-, .Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne, éditions Payot, 1980, - 82.. L'équivalent breton ou receltisé est Carantec. Carantec (latin Carantocus) est aussi le nom d'un saint, d'origine insulaire semble-t-il.

Le second élément -oer / -or > -oir représente peut-être la contraction du gaulois duron « porte, marché enclos, place, forum, ville close, bourg » breton dor « porte ». Il se retrouve en effet souvent comme second élément des toponymes gaulois : Iccio-durum > Issoire ; Isarnodori (génitif) > Izernore ; Autissio-durum > Auxerre ; Brio-durum > Briare ; etc.Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance, 2003, .. Ainsi Carentoir remonterait à un *Carantoduron > bas latin *Carantodurum. L'association de karant-, Carant- comme premier élément est tout à fait possible car observée ailleurs : Carentan (Manche, karentonem 1036, Carentomus 1136) qui remonterait à *Carantomagus avec gaulois magos « champ, marché » ( également ), . et Carentonne (Eure, Bernay, Carentona fin / Charentonne (Eure, rivière qui passe à Carentonne ci-dessus) avec gaulois onna « fleuve, rivière »Pierre-Yves Lambert, , .. Cependant, il n'est pas sûr qu'il s'agisse du même élément, car les formes anciennes dans ces derniers exemples militent en faveur d'un élément Carent-, plutôt que Carant-. D'où une forme primitive du type Car-ento-magus dans le premier cas, et Car-ent-onna dans le second, c'est-à-dire gaulois *car- « beau » ( breton kaer « beau ») et le suffixe bien connu -ento de localisation ( , Corent, Drevant, toponymes gaulois).

Remarque : le Ca- initial aurait dû normalement se palataliser en Cha- dans les régions de langue d’oïl (sauf en normanno-picard). En Bretagne, il est l'indice que la langue bretonne y a été parlée au Moyen Âge (voir frontière linguistique bretonne).

Histoire thumb|Carte de l'ancienne paroisse de Carentoir (carte dessinée par le comte de Laigue pour l'ouvrage de l'abbé Jacques Marie Le Claire "L'ancienne paroisse de Carentoir" publié en 1895). « Carentoir comprenait jadis les paroisses de Carentoir, La Gacilly, Le Temple, La Chapelle-Gaceline et Quelneuc ; c'était donc une des plus grandes paroisses du diocèse de Vannes » écrit en 1868 l'abbé Amédée Guillotin de Corson.. Préhistoire

Un menhir, signalé en 1847 par François-Marie Cayot-Délandre, est situé au sud du château du Mur, dans une prairie. ; il est de nos jours dénommé "menhir du Bas-Marsac" ou encore "menhir de la Saude : c'est un menhir en roche éruptive de de haut, à la limite des communes de Carentoir, Quelneuc et Comblessac..

Antiquité La voie romaine de Condate Riedonum (Rennes) et Juliomagus (Angers) à Vorgium (Carhaix), dénommée par la suite Chaussée d'Ahès suit la limite de la commune de Carentoir avec celles de Comblessac, Guer et Monteneuf. Elle passe par le château du Mur, comme le décrit cet extrait d'un article publié en 1907 : « Des traces, encore bien apparentes, la montrent arrivant de la Touche du Mur à la vieille chapelle, traversant la cour, passant près de la porte méridionale du camp romain, d'où elle descend la colline pour traverser la rivière au vieux pont de Marsac [sur l'Aff], que nous avons encore vu dans notre jeunesse, et, de là, se diriger, par le Ronceray et le Larday, sur Maure et Lohéac »..

« Le camp romain [situé en majeure partie en Comblessac] est ce vaste enclos qui couronne, à l'est, la pointe extrême du promontoire ; il présente la forme d'un parallélogramme aux angles émoussés, dont la base peut avoir de 200 à de développement sur 60 à de largeur. Il se dirige du sud au nord et deux portes sont à ses deux extrémités. C'est un de ces camps appelés stativa, où les Romains hivernaient plusieurs années de suite et qu'ils fortifiaient en conséquence. (..) Du côté oriental l'enceinte est plutôt irrégulière et ä peine indique par un faible talus en pierre : de ce côté le camp était en effet défendu par la rivière d'Aff (..). C'est du côté opposé surtout que les fortifications s'imposaient. De fait, un immense talus de pierre, recouvert de terre, se présente d'abord ; puis un large fossé, avec pont-levis, et des douves presque comblées, mais encore reconnaissables ». François-Marie Cayot-Délandre écrit en 1847 que deux ouvrages avancés sont placés, à l'est du cam, à 17 mères en dessous, mais dominant l'Aff d'une vingtaine de mètres ; il écrit aussi que ce «camp des Romains» est aussi appelé par les paysans des environs "Butte-aux-Fées" ou encore "Tombeau du général Romain".

Trois monnaies romaines à l'effigie de Germanicus ont été trouvées à Carentoir en 1942..

Le roi de Vannes Eusèbe se serait établi un temps dans l'ancien camp romain à la fin du lorsqu'il vint châtier les habitants de la contrée de leur insoumission.

Moyen Âge La tradition orale et la vie légendaire de saint Marcoult rapportent l'histoire de la fondation de la commune. Saint Marcoult (490-558) est un moine normand, fondateur de l'abbaye de Nanteuil, près de Coutances. Le saint missionnaire se serait rendu en Bretagne, afin de délivrer les peuples de la superstition et de l'idolâtrie. Un soir, alors qu'il passe dans la région, actuellement nommée Carentoir, saint Marcoult se présente au château de la Ballue, situé sur la voie romaine, devenue chaussée d'Ahès et y demande l'hospitalité pour la nuit. Ni le seigneur, ni les villageois n'acceptent de le recevoir. Le saint homme voyant l'inhospitalité de ce village se retire et prédit que ce lieu perdra de son importance et que le château sera englouti. Contraint de poursuivre son chemin, il arrive devant la porte d'une humble maison isolée dans la campagne et s'y arrête. Cette maison abrite un pauvre couvreur et sa famille qui lui offrent le gîte et le souper pour la nuit. Le lendemain, après avoir remercié et, bien sûr, converti son hôte, le saint prédit que cette demeure deviendra le centre d'un important village et .

Carentoir apparaît à plusieurs reprises dans les chartes du Cartulaire de l'Abbaye de Redon. C'est alors un plou, c'est-à-dire une paroisse (plebs) revenant à la charge du machtiern Iarnithin dans l'ancien évêché de Vannes.

L'église primitive située sur l'actuelle place de l'Étoile daterait du début du . Entre le et le , un édifice est érigé en l'honneur du saint fondateur sur le site même de l'église. L'église sera complètement ravagée pendant les guerres de la Ligue qui font rage vers la fin du .

Au bout de trois siècles, l'église est en ruine et sera détruite à la fin du pour être reconstruite cinq ans plus tard sur l'emplacement qu'elle occupe actuellement, dans un style néo-gothique et toujours dédiée au saint qui a fait la prospérité de Carentoir.

Lors de l'implantation de l'Ordre du Temple sur la paroisse de Carentoir au début du , dans un village qui porte aujourd'hui le nom de Le Temple, situé à , celui-ci y fonde une commanderie qui aujourd'hui est la plus ancienne du Morbihan. Elle y est attestée en 1182 dans une charte du duc de Bretagne.

Les récits historiques font très peu état de cet ordre religieux dans la région, mais les mémoires locales content bon nombre de récits sur leur présence. Les « moines rouges » de Carentoir ainsi nommés, auraient été massacrés au pied d'un chêne près de la chapelle de Fondelienne. Devant l'importance de la présence templière dans la région, l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem érige dans le village du Temple, le siège d'une commanderie. La trentaine de commanderies érigées en Bretagne par les hospitaliers seront bientôt réunies en quatre importantes : La Feuillée (près du Huelgoat) dans le Finistère, La Guerche, Nantes et Carentoir. Celle de Carentoir possède au des dépendances dans 66 paroisses réparties sur six diocèses.

Le bourg du Temple sera ravagé et le manoir des Commandeurs détruit pendant les guerres de la Ligue (). La résidence des Commandeurs est transférée à Messac, mais la juridiction demeure en la paroisse de Carentoir jusqu'à la Révolution. thumb|Chapelle templière de Carentoir, 2017.