En psychanalyse, la libido (du latin : ) correspond chez Freud à l'énergie de la pulsion sexuelle. La théorie de la libido est au cœur de la métapsychologie, et son évolution suit celle de la théorie des pulsions, laquelle reste toujours dualiste au cours de l'œuvre freudienne. Freud décrit dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) comment la notion psychanalytique de la « libido » se vérifie dans la sexualité infantile.
Au moment de la première dualité pulsionnelle partagée entre « pulsions sexuelles et pulsions du moi (ou d'auto-conservation) », seules les « pulsions sexuelles » sont désignées comme libido, tandis que l'énergie des secondes est dite « énergie des pulsions du moi » (ou « intérêt »).
Avec Pour introduire le narcissisme (1914) et l'apparition d'une libido narcissique, Freud distingue « libido du moi » (« Moi » compris comme « objet d'amour ») et « libido d'objet » (narcissisme objectal). En 1920, dans Au-delà du principe de plaisir, où Freud oppose les pulsions de vie et les pulsions de mort, la libido sera représentée par la figure d'eros et assimilée aux pulsions de vie.
Sigmund Freud s'oppose au monisme de Carl Gustav Jung, chez qui la notion de libido désigne « l'énergie psychique » en général, conception qu'il récuse pour la psychanalyse. La libido chez Wilhelm Reich, qui est l'auteur en 1927 de La Fonction de l'orgasme et dont Freud se détournera également, se présente comme une satisfaction orgastique au profit d'un bonheur organique. Au nom de l'amour et en référence à l'Éros de Platon, la libido revêt chez Lacan un aspect « mythique » (« mythe de la lamelle »), qui renvoie au narcissisme et à l'imaginaire.
La libido chez Freud « Libido » étant un autre terme pour rendre compte de Claude Kessler, « Le concept de pulsion dans l'œuvre de Freud. De l'énergie sexuelle somatique au désir d'Être », Bulletin de psychologie, tome 34 n°352, 1981, , DOI : , la théorie de la libido chez Freud Paul-Laurent Assoun, « Chapitre V. La théorie de la libido ou la fondation métapsychologique », dans : Paul-Laurent Assoun éd., La métapsychologie, Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2009, , . : le processus de l'inconscient s'enracine dans la libido.
De la sexologie à la psychanalyse Libido est un mot latin qui signifie « envie », « désir »Jean Laplanche - Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Libido », Paris, PUF, 1984, .. Le terme latin a d'abord été utilisé par Moritz Benedikt, précisent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, avant d'être repris par .
Chez Freud, qui déclare avoir emprunté le terme libido à Moll (Albert Moll, Untersuchungen über die Libido sexualis, 1898), la théorie de la libido se développe en fonction de sa théorie des pulsions, laquelle évolue en plusieurs étapes (première et deuxième théories des pulsions).
En fait, le terme « libido » se trouve dès 1894 dans les Lettres à Wilhelm Fliess (Manuscrit E)Alain de Mijolla, « libido », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Paris, Hachette-Littérature, 2005, .. Alain de Mijolla souligne :
L'énergie de la pulsion sexuelle
Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis apportent cette définition de la libido : c'est .
Dans un ajout de 1915 aux Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Freud donne sa définition du terme « libido » :
Évolution de la théorie de la libido La théorie freudienne de la libido évolue en fonction de la théorie des pulsions. Elle reste fondamentalement dualiste, à la différence du monisme jungien et malgré un certain rapprochement de Jung en 1914 reconnu par Freud lui-même dans qu'il donnera de l'évolution de sa propre théorie de la libido dans « Psychanalyse et Théorie de la libido » (« Psychoanalyse » und « Libidotheorie », 1923)Jean Laplanche - Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Libido du moi — Libido d'objet », Paris, PUF, 1984, ..
Sigmund Freud . Les premières, les pulsions sexuelles, sont désignées comme libido, tandis que l'énergie des secondes est dite .
Une nette distinction « libido du moi — libido d'objet » est mise en place avec l'étude des psychoses, au moment de l'introduction du narcissisme (Pour introduire le narcissisme, 1914).
La sexualité infantile
Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Freud montre comment , c'est la sexualité infantile. La pulsion sexuelle s'étaye sur les fonctions vitales. L'analogie avec la faim fait dire à Freud : .
L'autoérotisme se développe à partir des zones érogènes, et il va s'ensuivre un — les travaux de Karl Abraham complètent la description qu'en fait Freud en 1923 dans « L'organisation génitale infantile » (Die infantile Genitalorganisation).
Étant donné la diversification des zones érogènes, , la pulsion orale et la pulsion anale se rattachant à des régions du corps, d'autres comme la pulsion d'emprise se définissant par leur but.
Libido du moi — libido d'objet
Alain de Mijolla est d'avis que « Pour introduire le narcissisme » représente Alain de Mijolla, « libido du Moi (narcissique) / libido objectale », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Paris, Hachette-Littérature, 2005, .
Les études de Carl Gustav Jung sur la psychose amène Freud , d'une théorie de la libido comme énergie des seules . Jung émettait en effet des critiques , jugeant Alain de Mijolla, « Pour introduire le narcissisme », dans Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2.M-Z, Paris, Hachette, 2005 . À la différence de Jung, explique Jean Laplanche, Freud différencie deux degrés dans le repli de la libido, celui sur la vie fantasmatique correspondant à l'introversion de Jung, et celui ..
La libido du Moi va bientôt se nommer « libido narcissique » comprenant .
La libido comme énergie de l'éros
Dans Au-delà du principe de plaisir (Jenseits des Lustprinzips, 1920), Freud oppose les pulsions de vie et les pulsions de mortJean Laplanche - Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Pulsion », Paris, PUF, 1984, .. Dans ce , la libido , c'est-à-dire aux pulsions de vie. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon citent Freud : Dans l' Abrégé de psychanalyse (Abriss der Psychoanalyse, 1940), Freud parle de .
Cependant, éros ne doit pas abolir la libido qu'il figure, ce mot latin étant destiné à traduire sans avoir recours à sa traduction dans d'autres langues. D'après Roudinesco et Plon, la libido va ainsi faire .
Freud et Jung Chez Carl Gustav Jung, le terme de libido désigne plus largement . Selon les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse, Freud récuse d'un point de vue qualitatif cette réduction de la libido par Jung . Ainsi se différencie-t-il de Jung en ce que ce dernier, à partir de ses Métamorphoses et Symboles dans la Libido (1913), rapproche la notion de libido de « l'élan vital » d'Henri Bergson :
Wilhelm Reich Quant à Wilhelm Reich (1897-1957), auteur de La fonction de l'orgasme (Die Funktion des Orgasmus, 1927), Élisabeth Roudinesco et Michel Plon voient en lui un . Alors qu'il avait pourtant dédié son ouvrage La fonction de l'orgasme à son , avant que ce dernier ne se détourne de lui , Reich n'était pas sans accuser et de en cherchant à adapter l'individu . Pour Roudinesco et Plon, la position de Reich se présentait cependant comme : Jung , tandis que Reich . Reich explique ainsi en formalisant son concept d' orgone Joël Bernat, « La fonction de l'orgasme selon Wilhelm Reich (1897-1957) », Corps, 2008/2 (n° 5), . DOI : 10.3917/corp.005.0113. . S'il refuse l’existence de la pulsion de mort, Joel Bernat observe toutefois qu', conception qui, selon Bernat, . Par ailleurs, Reich . Quant au clitoris, note Bernat, .
Jacques Lacan
Pour définir sa conception de la libido, Jacques Lacan substitue au mythe d'Aristophane de l'Éros platonicien (dans Le Banquet) d'une , telle que Freud l'évoque dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, : c'est le « mythe de la lamelle », dont il s'explique dans Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1973). : Selon Catherine Desprats-Péquignot, Jacques Lacan conçoit ainsi , tandis que est .
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
(Dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs :) Paul-Laurent Assoun, « Chapitre V. La théorie de la libido ou la fondation métapsychologique », dans : Paul-Laurent Assoun éd., La métapsychologie, Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2009, , . Joël Bernat, « La fonction de l'orgasme selon Wilhelm Reich (1897-1957) », Corps, 2008/2 (n° 5), . DOI : 10.3917/corp.005.0113. .
Claude Kessler, « Le concept de pulsion dans l'œuvre de Freud. De l'énergie sexuelle somatique au désir d'Être », Bulletin de psychologie, tome 34 n°352, 1981, , DOI : . Jean Laplanche - Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrées : « Libido », « Libido du moi — libido d'objet », « Pulsion », Paris, PUF, 1984, Alain de Mijolla, « libido », « libido du Moi (narcissique) / libido objectale », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Paris, Hachette-Littérature, 2005, Alain de Mijolla, « Pour introduire le narcissisme », dans Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse, 2.M-Z, Paris, Hachette, 2005 . . .
Articles connexes
Lien externe
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