Max Aub Mohrenwitz, dit Max Aub, né le à Paris et mort le à Mexico, est un auteur dramatique, romancier, essayiste et critique littéraire qui a eu quatre nationalités au cours de sa vie : Français, Allemand, Espagnol, Mexicain..
Biographie Naissance, jeunesse et famille vignette|Plaque commémorative au 3 cité de Trévise à Paris, où Max Aub est né en 1903. Max Aub naît le au 3 cité de Trévise, dans le Archives de Paris , acte de naissance , année 1903 (page 27/31) (sans mention marginale).
Son père, Frédéric ou GuillermoGérard Malgat, Max Aub et Manuel Azaña, l’écriture au service de la République, Éd. Arkheia, hors-série 2, Azaña, 2008. Aub, est représentant de commerce dans une famille de juristes allemands. Il s'est installé à Paris où il a épousé Suzanne Mohrenwitz, issue de la haute bourgeoisie française mais d'origine allemande.. Les deux époux ont deux enfants, Max et sa sœur Madeleine, qu'ils élèvent de façon laïque ; ceux-ci ignorent leur ascendance juive.
Première guerre mondiale À l'été 1914, alors que les oncles des enfants sont mobilisés en France et en Allemagne, ils rejoignent leur père, installé à Valence en Espagne pour le travail.
Max Aub devient à son tour représentant de commerce, et parcourt l'Espagne. Il épouse Perpetua Barjau Martín en 1926, le couple aura trois filles.
En 1925, à Madrid, Jules Romains lui fait faire ses premiers pas en littérature. Il est membre du Parti socialiste ouvrier espagnol et dirige Vérité, le journal socialiste de Valence.
Guerre civile espagnole vignette|Plaque sur la façade de l'ambassade d'Espagne en France, où est évoqué son rôle pour l'acquisition de Guernica. Lors du soulèvement nationaliste des 17 et 18 juillet 1936, Max Aub se rallie aux Républicains et fait partie de la délégation espagnole républicaine à Paris. Il entre en contact avec Pablo Picasso et lui commande un tableau pour le compte du gouvernement républicain. Ce sera Guernica. Une plaque commémorative sur la façade de l'actuelle ambassade d'Espagne en France rappelle cet épisode, de même que le rôle de Max Aub dans la coordination du pavillon espagnol lors de l'Exposition universelle de 1937. Il retourne en Espagne en 1937.
Avec Ramón J. Sender, il est l'un des meilleurs chroniqueurs de la Guerre civile espagnole..
Même s'il n'est crédité que pour le découpage, Max Aub participe à l'écriture et à la réalisation du film d'André Malraux Espoir, sierra de Teruel (1940) ; Aub reconnaît quand même que Malraux en est l'auteur. L'équipe fuit l'Espagne quand les Franquistes envahissent la Catalogne ; le montage du film se termine en France dans les studios de Joinville.
Seconde Guerre mondiale De retour à Paris, Max Aub commence à écrire Le labyrinthe magique, évoquant sa déportation dans le camp de concentration de Los Almendros. En , considéré comme un « dangereux activiste », il est incarcéré par les autorités françaises, puis libéré grâce à ses amis écrivains. Max Aub est interné sur ordre de l'administration du gouvernement de Vichy, d'abord au camp de concentration du Vernet, puis, en Algérie, au camp de concentration de Djelfa.. Max Aub a mis en vers pour le théâtre un récit de son internementNorbert Bel-Ange, Quand Vichy internait ses soldats juifs d'Algérie : Bedeau, sud Oranais, 1941-1943, L'Harmattan, 2005, ..
En , il embarque à Casablanca . puis s'enfuit pour le Mexique. Sa famille ne le rejoindra qu'après-guerre.
En 1944 paraît Manuscrit corbeau, qui place un corbeau nommé Jacobo dans la position du zoologiste qui examine au sein du camp du Vernet, où l'on croise loups, renards ou chiens de garde.. Inspiré par son passage dans les camps, cette satire peut évoquer Swift, La Fontaine ou Voltaire.
Après-guerre Max Aub rencontre Luis Buñuel, avec qui il collaborera pour l'écriture de son film Los Olvidados (1950).
En 1951, Aub écrit au président Vincent Auriol, pour lui demander un visa lui permettant de rentrer en France . Il n'obtiendra un permis de séjour qu'en 1958, grâce au soutien de Malraux.
En 1956 paraît Crimes exemplaires, un recueil de 130 aveux de meurtres fictifs, qui est tributaire du surréalisme et a été décrit comme un .
En 1958, il écrit la biographie de Jusep Torres Campalans, un canular décrivant un peintre cubiste imaginaire.
Il fonde en 1965 le périodique littéraire Los sesenta, qui compte parmi ses rédacteurs les poètes Jorge Guillén et Rafael Alberti. La même année, il est membre du jury au festival de Cannes.
En 1969, il retourne en Espagne.
Il meurt à Mexico d'une crise cardiaque le .
Œuvres Généralités Max Aub a principalement écrit en espagnol, lui-même se qualifiant d', langue qu'il a apprise dans les livres, et dans l'entre-deux guerres, lors de ses nombreux et longs voyages en Espagne en tant que représentant de commerce. En 1934, il débute l'écriture de Io vivo. Ce n'est qu'en 1953 qu'il décide de publier ce texte. Il paraît pour la première fois en Espagne en 1966, dans une collection de poésie.
Il a écrit en français une partie de sa correspondance, ainsi que quelques conférences.
Bien qu'écrivain espagnol, Aub a cherché toute sa vie à garder le contact avec la France, soit par l'obtention de visa (1958), soit en veillant à être publié et traduit en France. Ces démarches s'avèrent compliquées, et ses livres se vendent peu en France : en trente ans pour Jusep Torres Campalans (Gallimard) ; entre 1965 et 1971 pour Campo francés (Ruedo Ibérico).
L'œuvre de Max Aub peut se caractériser par une certaine liberté prise avec la réalité, comme l'illustre son canular Jusep Torres Campalans, une supercherie décrivant la biographie d'un peintre fictif, qui a convaincu un certain nombre de spécialistes. De la même façon, Crimes exemplaires se présente comme un recueil de confessions de meurtriers authentiques, bien qu'il soit évident qu'il s'agit d'inventions de l'écrivain. Cette liberté prise avec la réalité peut également prendre la forme , comme c'est le cas dans le recueil Sauf votre respect.
Son œuvre est emprunte d'humour noir ou grinçant, notamment dans Crimes exemplaires ou Manuscrit Corbeau.
Plusieurs de ses ouvrages sont marqués par son expérience des camps de concentration, notamment Manuscrit corbeau, Campo francés et Morir por cerrar los ojos..
Max Aub et la ville de Valence Valence est une ville clé dans la biographie et l’œuvre de Max Aub. Il y arrive en 1914, à l'âge de , et y fait ses études secondaires. C'est à Valence qu'il devient écrivain et militant. Jusqu'à son départ en exil. la ville a une forte présence dans les fictions qu'il a écrites, car elle est le décor d'une partie importante de son Laberinto mágico (« Labyrinthe magique », 1943-1968) et revient encore et encore dans des textes pleins de nostalgie. Max Aub interrompt son exil en 1969. Comme le souligne , lorsque Aub est arrivé à l'aéroport d'El Prat de Barcelone, après 30 ans d'exil, « il a réussi à résumer publiquement son attitude avec ces mots lapidaires clairs et sans équivoque : je suis venu, mais je ne suis pas rentré » («»).
Au cours de ce séjour, Aub recueille suffisamment d'informations et de matériel pour publier, reparti au Mexique, La gallina ciega (« La Poule aveugle », 1971), un volume d'impressions et de réflexions surgies de cette visite.
Tout au long de la lecture, on observe la juxtaposition de deux villes : celle qu'il quitte en 1939, qui est pour Aub l'idéale, l'authentique, et celle qu'il découvre trente ans plus tard. Chez Aub, on trouve des opérations de confusion des temps et des espaces, et il remplace ce qu'il voit dans le présent par ses souvenirs du passé. Il mélange des espaces séparés par un certain temps, les trente années d’absence. C'est pourquoi il éprouva de grandes difficultés à reconnaître la « réalité », c'est-à-dire à distinguer entre ce dont il se souvient et ce qu'il voit réellement : «Ya nada se parece a nada. [...] Todo tiene evidentemente cincuenta años más, medio siglo, como yo. Yo no; lo veo con los ojos de entonces» (« Plus rien ne ressemble à rien. » [...] Todo a visiblement cinquante ans de plus, un demi-siècle, comme moi. Pas moi ; je le vois avec les yeux d'alors. »). Dans une conversation imaginaire avec Blasco Ibáñez, Aub contemple avec une certaine mélancolie une ville défigurée qui ne ressemble en rien à celle qu'il a laissée derrière lui :
Il éprouve une grande angoisse de ne rien reconnaître à Valence, « à part la Gran Vía ». Cette difficulté à identifier et à reconnaître ce qu’il voit lors du voyage de retour est amplifiée en lui-même. Lorsqu'il se présente au recteur de l'université de Valence, il écrit: «» (« Je ne sais que dire. Je ne sais pas comment me présenter. Je ne sais pas qui je suis ni qui j'ai été ».
La fusion des deux villes apparaît constamment dans l'imagination de l'auteur, comme deux espaces superposés qui produisent de l'inquiétude et un certain pessimisme :
Valence constitue une partie de la carte fondamentale de sa géographie vitale et littéraire. Outre les retrouvailles avec la terre, la famille et les vieilles amitiés, la raison la plus importante de ce voyage est le besoin qu'Aub ressentait de constater lui-même qu'il ne pouvait revenir :
Comme tout ce voyage en 1969, les retrouvailles avec Valence sont teintées de désenchantement, d’amertume, de désillusion et d’une certaine mélancolie. Le facteur temps a un effet. Une manœuvre similaire de déracinement se produit, de vie dans la liminarité. Son texte est plein d’avertissements et de critiques à l’encontre des Valenciens du présent. Il attaquait les changements dans les coutumes et les scénarios de vie. Il s'étonne qu'il n'y ait pas de tavernes, que les gens ne lisent pas et ne s'intéressent qu'aux blagues et au football. Ou que les snack-bars (les anciens cafés) sont désormais envahis par des « meutes de femmes ». Des sentiments contradictoires apparaissent dans les pages sur les retrouvailles avec de vieux amis de Valence : , Juan Gil-Albert ou Ángel Lacalle. C'est pourquoi il s'exclame : «» et peut déclarer à la presse avec douleur : «» (« Je suis venu, mais je ne suis pas rentré »).
L'exilé de retour se retrouve dans une situation d'isolement, car il maintient une fidélité aux croyances de l'époque précédente, avant de quitter le pays, et qu’il perçoit l’immense différence entre avant et maintenant. En même temps, les descriptions de mœurs qu’il fait sont informées par cette perspective comparative qu’adoptent les voyageurs. Ce qui dans d'autres voyages n'est qu'une comparaison entre des modes de vie contemporains dans le temps, est ici une comparaison entre des modes de vie dans un même lieu, mais séparés par le temps. C'est comme un voyage temporaire, à travers un espace immobile. Dans un espace qui est une Valence où domine l'oubli imposé par la dictature franquiste, ce qui lui fait vivre avec plus d'intensité la tragédie du déracinement :
Le retour au pays permet à Aub de confirmer l'amère frustration collective d'un projet culturel et politique : celui de l'Espagne antifasciste du Front populaire républicain et ses trente années d'exil avaient enterré dans l'oubli l'œuvre d'un des intellectuels les plus actifs de la Valence républicaine : «» (« Je suis à Valence, dans une librairie de Valence ; personne ne sait qui je suis »). Cette ignorance est dévastatrice pour lui :
La fin du livre d'Aub est intensément pessimiste, car il réalise que l'exilé ne peut pas revenir : «» (« Je suis revenu et je m'en vais. À aucun moment je n'ai eu le sentiment de faire partie de ce nouveau pays qui a usurpé la place à celui qui fut ici avant »).
Publications Romans Luis Álvarez Petreña, 1934 ; 1965 ; 1971 El laberinto mágico. Comprend : Campo cerrado, 1943 ; Campo de sangre, 1945 ; Campo abierto, 1951 ; Campo del Moro, 1963 ; Campo francés, 1965 ; Campo de los almendros, 1967 (trad. de l'espagnol par Claude de Freyssinet) paru chez Les Fondeurs de Briques, 2011. Les bonnes intentions (Las buenas intenciones), 1954 Jusep Torres Campalans, 1958