André Le Troquer, né le à et mort le à Andilly (Val-d'Oise), est un homme d'État français, résistant, président de l'Assemblée nationale de 1954 à 1955, puis de 1956 à 1958.

Biographie Première Guerre mondiale André Le Troquer a été décoré de la croix de guerre pour sa participation à la Première Guerre mondiale d’où il était revenu mutilé. Un éclat d'obus lui avait fait perdre l'usage de sa main droite, d'où le port systématique d'un gant en public. Les caricaturistes et journalistes semblent être toujours restés extrêmement discrets sur cette infirmité, même lors de l'affaire des Ballets roses. À l'époque, se moquer d'un ancien combattant aurait fait scandaleLe film de Marcel Pagnol Merlusse (1935) nous montre un surveillant gravement blessé à l’œil pendant la guerre, qui se fait insulter par un père d’élève (« Quand les pions sont borgnes, les punitions tombent à l’aveuglette ») et lui envoie un formidable coup de poing en retour. Le père dépose immédiatement une plainte mais se hâte de la retirer quand il apprend qu’il a insulté un blessé de guerre : boucher de son état, il craindrait de perdre sa clientèle..

Carrière politique vignette|redresse|gauche|André Le Troquer en 1936. Militant socialiste, il est élu conseiller municipal de Paris en représentant le quartier des Quinze-vingts dans le douzième arrondissement de Paris, fonction qu'il exerce jusqu'en . Il est chargé lors du Congrès de Tours de lire le télégramme de Zinoviev, et se range lors de ce congrès du côté des partisans de « la vieille maison ». Il devient député de Paris en 1936, il siège par la suite à l'Assemblée nationale de 1945 à 1958. André Le Troquer se prononce en contre la demande d'armistice. Il prend alors publiquement position en faveur de « la destitution du maréchal Pétain et du général Weygand ». Il s'embarque le à Bordeaux avec d'autres parlementaires sur le paquebot Massilia à destination de l'Afrique du nord pour continuer la lutte, et arrive à Casablanca le , soit deux jours après la signature de l'armistice du 22 juin 1940.

Il participe à la manifestation du 11 novembre 1940 sur les Champs Elysées. En 1942, avec Félix Gouin, il défend Léon Blum lors du procès de Riom. Traqué par la Gestapo, il vit quatorze mois dans la clandestinité, préside le Comité directeur de la SFIO et siège au Conseil national de la Résistance. Après être passé en Angleterre, il siège à l'Assemblée consultative d'Alger avant d'être nommé commissaire à la Guerre et à l'Air puis commissaire délégué à l'Administration des territoires métropolitains libérés au sein du Comité français de libération nationale. Il est avec le général de Gaulle à la libération de Paris et descend à ses côtés les Champs-Élysées en .

Au printemps 1945, avant même l'ouverture du procès du maréchal Pétain (le ), il suggère que la condamnation à mort soit suivie d'une cérémonie solennelle à l'Arc de Triomphe au cours de laquelle un simple troupier dégraderait le Maréchal et briserait son bâton. L'idée n'est pas retenue.. Président du conseil municipal de Paris de 1945 à 1946, il devient ministre de l’Intérieur du au dans le gouvernement Gouin et ministre de la Défense nationale dans le de Léon Blum du au . Vice-président de l'Assemblée nationale, il est président par intérim du Congrès à Versailles lors de l'élection de René Coty à la présidence de la République en .

En tant que président de l'Assemblée nationale, il joue un rôle important lors des événements de - qui marquent le retour du général de Gaulle au pouvoir . Il se rend avec Gaston Monnerville, président du Conseil de la République, à Saint-Cloud pour un entretien « décisif » avec le général de Gaulle visant à s'assurer que son retour s'effectuera conformément aux pratiques constitutionnellesGeorgette Elgey, Histoire de la IVe république Tome II de 1956 à janvier 1959 - Robert Laffont rééd. 2018 . Il lit aux députés le message de René Coty annonçant qu'il a et qui menace de démissionner en cas de refus de l'Assemblée d'investir le Général de Gaulle ; dans cette hypothèse avortée, Le Troquer aurait assuré l'intérim de la présidence de la République, conformément à l'article 41 de la Constitution. Il préside les séances du au (débats sur l’investiture à de Gaulle et pouvoirs pour élaborer une nouvelle Constitution).

Battu aux élections législatives de , il quitte la vie politique active en 1960 et appelle à voter « non » au référendum du sur l’Algérie.

Affaire des Ballets roses En 1959 éclate l'affaire dite des « Ballets roses ». André Le Troquer, mis en cause en compagnie notamment de sa maîtresse Elisabeth Pinajeff, artiste peintre et fausse comtesse roumaine, adresse à l'hebdomadaire Aux écoutes du monde une lettre où il oppose aux « allégations publiées un démenti sans réserve, catégorique, absolu ». Poursuivi pour , il est condamné le à un an d'emprisonnement avec sursis et à une amende () en relation avec l'affaire, alors que ses comparses sont punis bien plus lourdement (jusqu'à cinq ans de prison ferme). Le tribunal a tenu compte du « long passé de services rendus » par André Le Troquer et n'a pas voulu « accabler un vieil homme». La condamnation est confirmée en appel le .

Mort thumb|redresse|Plaque funéraire d'André Le Troquer au columbarium du cimetière du Père-Lachaise (division 87). André Le Troquer meurt peu après, en . Il est incinéré et ses cendres sont déposées au funérarium du cimetière du Père-Lachaise (, case 2654).

Hommages André Le Troquer est évoqué dans le cités par Georges Perec, dans son texte Je me souviens.

Distinctions (décret du 28 juillet 1947) ; chevalier du 20 juillet 1932

(décret du )

(Monaco) (2 décembre 1954)

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Benoît Duteurtre, Ballets roses, Paris, 2009

Articles connexes Comité français de libération nationale - Composition du Comité français de libération nationale Gouvernement provisoire de la République française - Gouvernement Félix Gouin - Gouvernement Blum III

Liens externes

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