Paul Claudel, né le à Villeneuve-sur-Fère (département de l'Aisne), mort le à Paris ( arrondissement), est un dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, membre de l'Académie française. Il est le frère de la sculptrice Camille Claudel, le gendre de l'architecte Louis Sainte-Marie Perrin, et le beau-père du diplomate Jacques-Camille Paris.
Claudel a étudié le droit et la philosophie avant de se tourner vers l'écriture. Ses premiers poèmes ont été publiés en 1890, et en 1893, il a écrit sa première pièce de théâtre à succès La Ville.
Il a également travaillé comme diplomate pour le gouvernement français, ce qui l'a amené à voyager dans de nombreux pays, dont la Chine, où il a écrit une série de poèmes inspirés par sa rencontre avec la culture chinoise.
En plus de ses poèmes, Claudel a écrit de nombreux drames, dont Le Soulier de satin et L'Annonce faite à Marie. Ses œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues et ont été jouées dans le monde entier.
Biographie Origines familiales et jeunesse vignette|gauche|La famille Claudel vers 1870, le père avec Paul sur ses genoux au centre, Camille avec sa poupée à droite, et Louise à gauche. Paul Louis Charles Claudel est issu d'une famille de la bourgeoisie provinciale..
Son père, Louis-Prosper Claudel, né en 1826 à La Bresse (département des Vosges), mort en 1913, est receveur de l'Enregistrement puis conservateur des hypothèques à Nogent-sur-Seine. Il épouse en 1862 Louise Athénaïse, née Cerveaux.
Par son père, on remonte sa généalogie jusqu’à Jacques Elophe Claudel né vers 1500 et mort en 1530.
Conduit par sa carrière en Picardie, son père y trouve une épouse et entre dans une famille de notables enracinés dans l’Aisne...
Par sa mère, il descend de Charlotte de Vertus, issue d’une famille de vignerons. La famille de Vertus prétend, sans preuves, descendre directement d'un fils illégitime de Philippe Antoine, bâtard de Vertus, gouverneur de Blois et de Coucy qui meurt des mains du bourreau le . Ce dernier était le fils naturel de Philippe d'Orléans (1396-1420), comte de Vertus, fils de Valentine Visconti et de Louis d'Orléans, fils de Charles V le Sage..
Paul est le seul de la fratrie à naître dans le village de Villeneuve-sur-Fère, dans l'ancien presbytère du village (devenu depuis 2018 la Maison de Camille et Paul Claudel). La famille y était accueillie depuis 1866 par le curé, oncle de Madame Claudel.
vignette|gauche|Domicile familial de Paul et Camille Claudel à Wassy. Paul est le frère cadet de Louise Claudel, pianiste. née en 1866, et de la sculptrice Camille Claudel, laquelle réalisera en 1884 son buste « en jeune Romain »Buste dont un des quatre exemplaires en bronze réalisés à partir de l'original (fonte Gruet de 1893) est exposé au musée des Augustins de Toulouse (don baron Alphonse de Rothschild, 1895)..
Il grandit à Villeneuve-sur-Fère jusqu'en 1879, puis à Wassy entre 1879 et 1881. De 1882 à 1886 il vit à Paris avec sa mère et ses sœurs au 135bis, boulevard du Montparnasse, puis de 1886 à 1892 au 31, boulevard de Port-RoyalAlbum Claudel par Guy Goffette, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 2011 , et 53-54..
Formation Il fait ses études au lycée Louis-le-Grand, y obtient son baccalauréat de philosophie en 1885, puis s’inscrit à l’École libre des sciences politiques pour y préparer une licence de droitIbid .. Il en est diplômé en 1885 (section administrative).. Il passe le concours d'entrée dans le corps diplomatique en 1890. Il est reçu et commence sa carrière en 1893..
Conversion vignette|gauche|Immeuble du boulevard de Port-Royal où vécut la famille Claudel de 1886 à 1892. Claudel, selon ses dires, baignait, comme tous les jeunes gens de son âge, dans le « bagne matérialiste » du scientisme de l'époque. Il se convertit au catholicisme, religion de son enfance, en assistant en curieux aux vêpres à Notre-Dame de Paris le , jour de Noël.
L'auteur clé de sa conversion catholique est Arthur RimbaudIl voue un culte à Rimbaud qui ne s'est jamais démenti ; voir sur jstor.org., qu'il découvre peu avant l'évènement de et qui changera, comme il l'a souvent raconté, le cours de sa vieVoir : Paul Claudel, Revue de la jeunesse, 10 octobre 1913 in Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, Correspondance posthume, 1912-1920, Fayard, 2014, ; également repris dans Paul Claudel, « Ma conversion » (1913), Œuvres en prose, Pléiade/Gallimard, 1965. Voir aussi le Journal de Gide, tome I, 19 décembre 1912..
Influences vignette|La Transfiguration, icône du , Théophane le Grec, galerie Tretiakov. Son œuvre est profondément marquée par la foi chrétienne, à la suite de la révélation en 1886.
Outre Arthur Rimbaud, qu'il a appelé, dans un article fameux, le « mystique à l'état sauvage », l'influence de Thomas d'Aquin. est manifeste dans Tête d'or, l'une de ses premières pièces de théâtre.
Claudel s’est également consacré à l’exégèse biblique pendant presque toute sa vie.. Pour lui, la foi n’est pas seulement une persistance dans sa critique sur l’art, mais plutôt une nourriture pour son esprit et son âmeEmmanuelle Kaës, « Cette muse silencieuse et immobile », Paul Claudel et la peinture européenne, Honoré Champion, 1999.. Il consacre plusieurs articles typiques à ce sujet : Vitraux des Cathédrales de France, La Cathédrale de Strasbourg, L’Art et la Foi, L’Art ReligieuxPaul Claudel, L'œil écoute, s.l, France, Gallimard, 1960, ., etc. Il met en lumière l’esprit religieux partout où il le peut. C’est la façon pour lui d’exprimer sa méditation sur son intimité d’homme et de croyant.. Il confie même parfois sa foi au lecteur pour aider à comprendre ses textes. Il perçoit la Bible comme une œuvre poétiquePierre Ouvrard, Aux sources de Paul Claudel. Littérature et foi, Siloë, 1994., qui le stimule à interroger et à commenter les tableaux avec un style qui parfois s'en inspire.
Dans la littérature, Claudel a plus d'une fois exprimé son peu de goût pour les écrivains français du , à l'exception de Bossuet, qu'il admirait vivement.. Parmi ses principales influences littéraires, il faut citer Mallarmé dont il fut l’un des plus jeunes disciples..
Diplomate
Passée une velléité d'entrer dans les ordres, il entre dans la carrière diplomatique en 1893. Tout d'abord premier vice-consul à New York puis à Boston, il est nommé consul à Shanghai en 1895. Il est alors appuyé par le secrétaire général du Quai d'Orsay, Philippe Berthelot.
À l'âge de 32 ans, en 1900, il veut mettre fin à sa carrière diplomatique pour devenir moine bénédictin, et postule à l'abbaye Saint-Martin de LigugéBulletin de la Société Paul Claudel, Numéros 85 à 96, page 32.. Les supérieurs du monastère ne l'admettront pas comme moine, mais en 1905, il deviendra oblat de cette même abbayePensée politique et imagination historique dans l'œuvre de Paul Claudel, Christopher Flood, page 60. Il est le cofondateur avec André Gide, Jacques Copeau, Jacques Rivière, Jean Schlumberger, Charles-Louis Philippe et Gaston Gallimard, de la Nouvelle Revue Française en 1909..
vignette|Paul Claudel ambassadeur de France à WashingtonCouverture de Time Magazine du 21 mars 1927.. vignette|gauche|Paul Claudel en 1936Photo studio Harcourt. (68 ans) De retour en Chine, il y poursuit sa carrière diplomatique, et après avoir été consul à Shanghai (1895), il devient vice-consul à Fou-Tchéou (Fuzhou, 1900) puis consul à Tientsin (Tianjin, 1906-09).. Il est ensuite consul à Prague (1909), Francfort (1911) et Hambourg (1913), avant d'être nommé ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro (1916) et à Copenhague (1919). Il est ambassadeur à Tokyo (1921), Washington (1927) puis Bruxelles (1933), où se termine sa carrière diplomatique en 1936.. Les multiples voyages de Claudel nourrissent « le baroque vu et vécu », qui prend sa source dans ses impressions et ses promenades et devient une des caractéristiques majeures de ses pièces de théâtre.
Rencontre de Rosalie Ścibor-Rylska Paul Claudel a une liaison avec Rosalie Ścibor-Rylska, d'origine polonaise, épouse de Francis Vetch, entrepreneur et affairistePour cette qualification, voir Marie-Josèphe Guers, La Maîtresse du Consul, Albin Michel, 2000 ; Marie-Anne Lescourret, Claudel, Flammarion, 2003.. Il la rencontre en 1900 sur le bateau qui l’amène avec son mari en Chine, et a une fille naturelle, Louise VetchVoir descendance de Paul Claudel, sur la base de Roglo. (1905-1996), compositrice et cantatrice. Rosalie semble inspirer le personnage de Prouhèze dans Le Soulier de satin et Louise Vetch le personnage d'Ysé dans Partage de midi.
Elle repose à Vézelay, où sa tombe porte ce vers du poète : « Seule la rose est assez fragile pour exprimer l'éternité », vers extrait de Cent phrases pour éventails.
Écrivain engagé vignette|Le château de Brangues. À partir de 1935, Claudel occupe de plus en plus le château de Brangues, en Isère, qu'il a acquis en 1927 pour des séjours l'été. Il y passe désormais de longs étés et les quatre années de la guerreNotice.. Le travail littéraire, mené jusqu'alors parallèlement à sa carrière diplomatique, occupe désormais la plus grande part de son existence. Il reçoit à Brangues diverses notoriétés : des hommes politiques comme le président Édouard Herriot, ou des écrivains comme François Mauriac.
Georges Clemenceau, amateur de littérature et lui-même écrivain, a laissé cette sévère appréciation de la prose claudélienne :
En 1934, c'est Paul Claudel qui écrit puis déclame l'éloge funèbre pour son ami, l'ancien secrétaire général du Quai d'Orsay, Philippe Berthelot.
Pendant la guerre d'Espagne, Claudel apporte son soutien aux franquistes. Geneviève Dreyfus-Armand écrit :
L’auteur ajoute que Bernanos lui répondit en publiant Les Grands Cimetières sous la lune et précise en outre que Claudel signa le Manifeste aux intellectuels espagnols du publié dans le magazine de propagande franquiste Occident, dirigé par EstelrichGeneviève Dreyfus-Armand, « Guerre d’Espagne : la guerre civile des intellectuels français » , in Christophe Charle et Laurent Jeanpierre, La Vie intellectuelle en France, II De 1914 à nos jours, Seuil, Paris, 2016... Il en est même l'un des principaux rédacteurs et initiateurs. Claudel, d’autre part, refusa de rejoindre le Comité français pour la paix civile et religieuse en Espagne lancé par Jacques Maritain.
Enzo Traverso va plus loin en écrivant :
vignette|gauche|François Mauriac, Francis Jammes et Paul Claudel vers 1938. En 1938, Claudel, qui a fait de la moto, entre au conseil d'administration de la Société des moteurs Gnome et Rhône, grâce à la bienveillance de son directeur, Paul-Louis WeillerEt dont il est parent : son fils Henri Claudel épouse Cristina Diplarakos, sœur de son épouse., mécène et protecteur de nombreux artistes (Jean Cocteau, Paul Valéry, André Malraux)Gnome et Rhône en archive sur stratisc.org.. Ce poste, richement doté, lui vaudra des critiques, à la fois par le statut social et le montant des émoluments qu'il en retire mais aussi par le fait qu'au cours de la Seconde Guerre mondiale, cette entreprise de mécanique participe à l'effort de guerre allemand pendant l'OccupationPierre Assouline, L'Épuration des intellectuels, Éditions Complexe, 1999. Cf. ..
Selon l'hebdomadaire royaliste L'Indépendance française, cité par Le Dictionnaire des girouettes, À partir de 1940, Paul-Louis Weiller, juif, est déchu de la nationalité française.
Hésitations devant la Seconde Guerre mondiale
Attristé par les débuts de la guerre, et notamment l'invasion de la Pologne, au cours d'un mois de qu'il juge par ailleurs « merveilleux », Claudel est initialement peu convaincu par le danger que représente l'Allemagne nazie. Il s'inquiète davantage de la puissante Russie, qui représente selon lui une « infâme canaille communiste »Lettre du , à Hélène Berthelot, paul-claudel.net..
En 1940, il est ulcéré par la défaite de la France mais voit d'abord une délivrance dans les pleins pouvoirs conférés par les députés à Pétain.