Le château Palmer est un domaine viticole situé à Margaux-Cantenac en Gironde. En AOC margaux, il est classé troisième grand cru dans la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855.
Histoire
Débuts et Charles Palmer Le domaine, connu sous le nom de « Domaine de Gasq ».depuis le début du XVIIIe siècle, appartenait à la famille de Gascq, dont les clairets étaient déjà réputés et dégustés à la cour de Versailles. La famille de Gascq, conseillers et présidents au parlement de Bordeaux, entretenait des liens avec les grandes familles viticoles de la région : Jeanne de Gascq avait épousé Jacques de Ségur, fondateur du vignoble de Château Lafite à Pauillac.
Le 16 juin 1814, , officier britannique, militaire de carrière et homme politique whig puis libéral, acquiert le domaine auprès de Marie Brunet de Ferrière, veuve de Blaise Jean Charles Alexandre de Gascq, pour la somme de 100 000 francs, dont 60 000 versés comptant, et moyennant une prestation annuelle viagère de 500 litres de vin. Au moment de l'achat, Palmer est lieutenant-colonel du 10e régiment de Hussards du Prince de Galles et aide de camp du Prince Régent. Parallèlement à sa carrière militaire, il siège à la Chambre des communes en tant que député de Bath en deux périodes, de 1808 à 1826 puis de 1830 à 1837, succédant à son père John Palmer, lui-même député et propriétaire du Théâtre Royal de Bath dont Charles héritera.
Palmer regroupe vignes et terres éparses afin de créer un vaste domaine auquel il attribue son nom.
Palmer agrandit progressivement la propriété entre 1816 et 1831, rachetant des terres dans les communes de Cantenac, Issan et Margaux. Le domaine atteint 163 hectares, dont 82 hectares de vignes. Il fait construire des logements pour les ouvriers viticoles, un chai abritant 15 fûts de chêne et trois pressoirs. L'exploitation est confiée au négociant Paul Estenave et au régisseur Jean Lagunegrand, Palmer résidant principalement à Bath. En 1831, il cède sa commission militaire mais conserve son rang. Endetté et tombé en disgrâce, il est contraint de vendre le domaine à la Caisse Hypothécaire en 1843. Il meurt le 17 avril 1851, à l'âge de 73 ans, dans un appartement loué au 35 Warren Street à Londres, sans fortune.
En 1843, le major-général Palmer est contraint de revendre la propriété à la caisse hypothécaire et, dix ans plus tard, les frères Pereire font l'acquisition du domaine et y font construire un château en 1854. Cette demeure est l’œuvre de Charles Burguet, célèbre architecte ayant réalisé de nombreux bâtiments à Bordeaux..
Charles Palmer mourra avant de voir le château portant son nom figurer parmi les grands crus classés de Bordeaux au rang de troisième grand cru classé dans le classement de 1855.
Une anecdote rapportée dans les Mémoires du Capitaine Gronow évoque une dégustation du clairet de Palmer organisée par le Prince Régent (futur George IV). Goûtant le vin, le prince cite Shakespeare en déclarant que son bouquet évoquait le ''holy Palmer's kiss'', référence à Roméo et Juliette. L'épisode tourne court lorsque Lord Yarmouth, rival de Palmer, demande à ce qu'un bordeaux hermitagé (coupé de vin du Rhône, pratique courante à l'époque) soit apporté pour comparaison, accompagné de sandwichs aux anchois, accord fatal pour le clairet délicat de Palmer.
Les frères Pereire Émile et Isaac Pereire, banquiers et entrepreneurs saint-simoniens d'origine juive portugaise nés à Bordeaux, respectivement en 1800 et 1806, acquièrent le domaine et son vignoble de 83 hectares en 1853 auprès de la Caisse Hypothécaire. Déjà célèbres pour leurs réalisations dans le chemin de fer (ligne Paris-Saint-Germain-en-Laye (1837), ligne Bordeaux-Bayonne) et dans le développement de la ville d’Arcachon, ils confient la gestion à un nouveau régisseur, M. Lefort, considéré comme l'un des meilleurs techniciens de son époque, puis à Louis Mellet.
En 1853, ils commandent à l'architecte Charles Burguet, connu à Bordeaux pour le musée des Beaux-Arts, le Château Pichon Longueville Baron et une aile de la Bourse, l'édification du château actuel, aux tourelles coniques et toits d'ardoises caractéristiques.
En 1917, le compositeur Claude Debussy commande deux caisses du millésime 1909. En juin 1937, après plus de quatre-vingts ans de propriété familiale, les descendants des Pereire décident de se séparer du domaine. L'acquisition par quatre familles du négoce bordelais – les Ginestet, Miailhe, Mähler-Besse et Sichel – intervient en 1938.
Après 1938 En 1950, les Ginestet puis, progressivement, les Miailhe cèdent leurs parts aux familles Mähler-Besse et Sichel, qui demeurent copropriétaires à ce jour. La gestion du domaine est assurée par Jean Bouteiller (1913–1962), époux d'Olga Mähler-Besse, jusqu'à sa mort. Son fils Bertrand Bouteiller lui succède et dirige le château jusqu'en 2004.
La continuité du domaine doit beaucoup à la famille Chardon, présente sur le domaine depuis plusieurs générations. Pierre Chardon, né à Palmer en 1903, devient régisseur en 1938 après avoir été prix-faiteur sur le domaine. Il exerce également la fonction de maire de Cantenac pendant plusieurs décennies. En janvier 1961, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Ses fils Claude et Yves Chardon lui succèdent et effectuent toute leur carrière à Palmer jusqu'à leur retraite fin 1996.
En 2004, les actionnaires confient la direction générale à Thomas Duroux, agronome et œnologue, qui avait précédemment travaillé en Hongrie (Pajzos Megyer), en Afrique du Sud, en Californie (Robert Mondavi) ou encore en Toscane, notamment à la Tenuta Dell'Ornellaia. Sous sa direction, le domaine engage une transformation profonde de ses pratiques viticoles en faveur de la biodynamie, ainsi qu'un élargissement du projet Palmer vers une ferme holistique intégrant maraîchage et élevage.
Vignoble
Géologie Le vignoble de Château Palmer couvre 66 hectares de vignes, sur un domaine total de 100 hectares comprenant prairies, forêts et bâtiments. Il est implanté au sommet des croupes de graves günziennes, formations issues de l'ère quaternaire : des débris rocheux arrachés au Massif Central et aux Pyrénées par les débâcles glaciaires ont été charriés par la Garonne et la Dordogne avant de se déposer sur le substrat calcaire à astéries de la région, dit "pierre de Bordeaux". La mise en relief de ces graves sous forme de croupes résulte des fluctuations successives du niveau de la mer. Dans les périodes chaudes, les sommets des croupes se sont enrichis de particules fines argileuses, conférant aux sols de Palmer une proportion d'argile supérieure à la moyenne des graves margalaises.
À son arrivée en 2004, Thomas Duroux engage une cartographie approfondie du terroir (analyses aériennes et infrarouges, résistivité électrique des sols, fosses pédologiques) qui révèle une vingtaine de types de terroirs distincts au sein du même vignoble, avec des variations significatives dans les proportions de sable, d'argile et de graves d'une parcelle à l'autre.
Encépagement L'encépagement actuel est composé à parts égales de cabernet sauvignon et de merlot (47% chacun), complété de 6% de petit verdot. Cette proportion de merlot est singulière en Médoc, où le cabernet sauvignon domine généralement.
Dans les années 1920, le merlot ne représentait pourtant que 3% de l'encépagement de Palmer, le domaine étant alors dominé par le cabernet sauvignon et des cépages anciens comme le malbec et le petit verdot. C'est Louis Miailhe qui, à partir des années 1940, décide de planter massivement du merlot sur les parcelles les plus argileuses du domaine, convaincu que les graves plus argileuses de Palmer lui sont particulièrement favorables. Sous sa direction, la proportion de merlot atteint 60% avant d'être ramenée à 47% par Jean Bouteiller dans les années 1950, niveau auquel elle se stabilise depuis lors.
Vins
Vinification La vinification est réalisée en cuves inox thermo-régulées, par cépage et par parcelle. L'assemblage suit une logique ternaire, les cuves étant réparties en trois lots : cuves destinées au Grand Vin, cuves destinées à Alter Ego, et un troisième lot dit "indécis" représentant environ 30 % du vignoble,dont l'affectation varie selon les caractéristiques du millésime.
Depuis la récolte 2014, la vinification se fait sans ajout de soufre lors de la mise en cuve. Le premier soufre n'intervient qu'après la fermentation malolactique. Les vins sont ensuite collés au blanc d'œuf puis soutirés au fin par gravité. L'élevage sous bois dure 20 à 22 mois au total, d’abord en barriques de chêne bordelaises, complété en deuxième année par des foudres de 30 hectolitres. La mise en bouteille est effectuée au château.
Vins rouges vignette|gauche|Le château Palmer vu depuis les grilles. vignette|100px|Bouteille de château Palmer 1986. Les vins de Château Palmer se distinguent au sein de l'appellation Margaux par une proportion de merlot inhabituelle en Médoc, qui leur confère une texture veloutée et une finesse proche des grands vins de Pomerol, là où ses voisins tirent davantage vers la puissance tannique du cabernet sauvignon.
Trois vins rouges sont produits :
Château Palmer : assemblage à parts égales de cabernet sauvignon et de merlot, complété d'une touche de petit verdot. Le merlot lui confère un velouté et une onctuosité qui le distinguent de ses voisins de l'appellation : les dégustateurs évoquent un bouquet de fleurs, de fruits noirs et d'épices, une texture soyeuse qui s'épanouit sur plusieurs décennies. Élevage de 20 à 22 mois, d’abord en barriques bordelaises de 225 litres (50 à 60 % de barriques neuves), puis en foudres de 30 hectolitres (issus des tonnelleries Stockinger et Seguin Moreau). Production autour des 100 000 bouteilles par an.
Alter Ego : lancé avec le millésime 1998, Alter Ego est conçu comme un autre vin, à partir des parcelles de graves les plus légères très caractéristiques de l’appellation Margaux, avec le même tanin de velours et la même élégance que le Grand Vin. Élevage de 20 à 22 mois selon le même principe : moitié en barriques (avec 25 à 35 % de bois neuf), moitié en foudres. Production autour de 80 000 bouteilles par an. Avant 1998, le domaine commercialisait certaines années un second vin sous l'étiquette Réserve du Général.
Historical XIXth Century Wine : vin hermitagé, comprenant une majorité de vin de Palmer assemblé à une proportion de vin de syrah des coteaux septentrionaux de la vallée du Rhône, dont l'origine exacte est tenue secrète par le domaine. Créé en 2004 par Thomas Duroux pour faire revivre une tradition bordelaise du XIXe siècle, après qu'il eut dégusté chez un collectionneur californien un hermitagé centenaire. Non millésimé, il ne porte pas l'appellation Margaux sur son étiquette.
Vin blanc Palmer produit également un vin blanc issu de cépages quasiment disparus remis en culture : une majorité de muscadelle, accompagnée de sauvignon gris et de lozet. À l'origine produit pour la consommation interne du domaine, un précédent vin blanc avait existé dans les années 1920 avant d'être abandonné dans les années 1930.
À la fin des années 1990, deux bouteilles du millésime 1925 sont retrouvées dans les caves du château. Leur dégustation convainc Thomas Duroux de relancer la production, après des recherches sur les anciens cépages blancs bordelais. Le Vin Blanc de Château Palmer, initié avec le millésime 2007, était jusqu'en 2010 réservé aux actionnaires du domaine ; il est depuis commercialisé pour quelques caisses par an, soit environ 100 caisses.
Agriculture biodynamique Dès 2007, le domaine engage une cartographie approfondie du terroir : une cinquantaine de fosses pédologiques sont creusées et une carte de résistivité électrique des sols est établie, permettant d'identifier avec précision la structure des parcelles et d'adapter les pratiques viticoles à chacune d'elles.