Geraldine Ferraro, née le à Newburgh dans État de New York et morte le à Boston dans l'État du Massachusetts, est une femme politique américaine.
Membre du Parti démocrate, elle siège à la Chambre des représentants pour l'État de New York de 1979 à 1985. Elle est surtout connue pour avoir été la première femme nommée par un grand parti comme candidate à la vice-présidence des États-Unis pour l'élection présidentielle américaine de 1984, en tant que colistière de Walter Mondale.
Biographie
Jeunesse et formation vignette|gauche|La maison où elle grandit durant sa jeunesse. Geraldine Anne Ferraro est née le à Newburgh, dans l’État de New York, elle est la quatrième enfant de Dominick Ferraro et d'Antonetta Corrieri Ferraro, tous deux étant des immigrés d'origine italienne. Deux de ses frères sont morts, l'un, Anthony, en bas âge au bout de six jours et l'autre, Gerard, à l'âge de trois ans dans les bras de sa mère, des suites d'une collision de la circulation. Seul le jumeau d'Anthony, Carl, a survécu. Sa mère a été également marquée par une fausse couche. Ces tragédies ont provoqué pour sa mère un état de dépression nerveuse durable. Sur les conseils de son médecin, Antonetta Ferraro ne reste pas sur le traumatisme de la tragédie et dans l'espoir de tourner la page, elle met au monde une enfant qu'elle prénomme Geraldine en mémoire de son fils Gerard. Geraldine est choyée par ses parents, qui la surnomment « princesse », mais la tragédie continue : alors que Geraldine a huit ans, son père, un restaurateur, décède brutalement des suites d'un infarctus à l'âge de . C'est une catastrophe financière : Antonetta Ferraro vend la maison de Newburgh et le restaurant pour emménager dans un petit appartement dans le quartier du Bronx, à New York. Cette expérience fera dire plus tard à Geraldine : . Sa mère travaille dur comme repasseuse et couturière pour que ses deux enfants puissent avoir la meilleure éducation possible. C'est ainsi que Geraldine peut faire ses études secondaires à la Marymount School de Tarrytown, un établissement catholique pour filles ; elle achève ses études secondaires en 1952, à seulement l'âge de . Bénéficiant d'une bourse d'études, elle peut entreprendre des études universitaires au Marymount Manhattan College, où elle obtient un Bachelor of Arts (licence) de littérature anglaise en 1956. Pour ne pas dépendre financièrement de sa mère, et pour compléter sa bourse, elle vend des mouchoirs au magasin Bloomingsdale's de Manhattan. Pour être sûre d'obtenir un emploi à la suite de ses études, Geraldine suit également des cours au Hunter College pour devenir professeure. Après une brève expérience de secrétaire juridique, elle devient enseignante dans des écoles primaires publiques du Queens. Géraldine suit des cours du soir de droit auprès de l'université Fordham de New York, où elle est l'une des deux seules femmes parmi plus de deux cents étudiants. Elle obtient un , ce qui lui permet de s'inscrire au barreau de New York en 1961..
Carrière politique vignette|Geraldine Ferraro avec le président Jimmy Carter, en 1978. Pendant les douze années qui suivent son mariage, à partir de 1960, avec John Zaccaro, son petit ami de longue date, elle se consacre à sa vie de famille et à l'éducation de leurs trois enfants dans leur maison du quartier résidentiel du Forest Hill (Queens). Geraldine travaille occasionnellement comme juriste pour l'entreprise immobilière de son époux ou pour le cabinet de son cousin , membre du Sénat de l'État de New York puis procureur général de l'État de New York, dont elle devient l'assistante à plein temps à partir de 1974..
Candidate au Congrès En tant qu’assistante du procureur général de l'État de New York (équivalent du poste de substitut du procureur en France), Geraldine prend en charge les dossiers concernant les violences domestiques faites aux femmes et aux personnes âgées, ainsi que les crimes de pédophilie. Elle se rend compte que si la loi punit les crimes, en revanche, la société ne s'attaque pas aux causes, telles que les circonstances sociales, alors que la pauvreté est un facteur criminogène. Elle fait part de ses interrogations au gouverneur de l'État de New York, Mario Cuomo ; ce dernier lui propose alors de se présenter au Congrès des États-Unis. Forte de ce conseil, profitant du retrait du démocrate , Geraldine se présente aux élections de 1978, pour représenter le Parti démocrate à la neuvième circonscription congressionnelle de l'État de New York, contre le Républicain , bénéficiant de l'appui des femmes, de la communauté italo-américaine et du président Jimmy Carter. Elle gagne les élections avec des voix. Aux élections suivantes de 1980, elle améliore son score, remportant le scrutin contre avec des voix, puis à nouveau en 1982, où lors d'une triangulaire, elle remporte l'élection avec des voix. Ces succès électoraux vont attirer l'attention de Walter Mondale.
Représentante au Congrès vignette|Bulletin de la parlementaire Geraldine Ferraro en 1984. Geraldine prend ses fonctions au Congrès en . Durant ses trois mandats elle est la rapporteuse de projets de lois, dont plusieurs visant à améliorer les ressources et la protection des femmes divorcées et des veuves, à encourager les femmes au foyer à ouvrir des comptes bancaires personnels afin de se mettre financièrement à l'abri en cas de divorce. Bien que catholique, elle soutiendra le droit à l'avortement, malgré les pressions du lobby des catholiques conservateurs.
Au début de sa première mandature, Géraldine prend la parole pour dénoncer l'oppression des Turcs envers les Grecs sur la partie de l'île de Chypre, qu'ils occupent illégalement conformément aux résolutions de l'ONU ; mais ce discours perd de sa portée lorsqu'elle trébuche sur le mot Turks en disant : , au lieu de dire , gaffe qui suscite un rire général sur les bancs du Congrès, et qui la fera surnommer par ses détracteurs « Gobbledine », expression difficilement traduisible faisant référence au cri des dindons (gobble se traduisant par glouglouter).
Dans sa défense du droit des femmes, elle demeure dans la ligne traditionnelle des revendications féministe de la première vague féministe : en 1982, l'Equal Rights Amendment (ERA), suivant le texte rédigé par Alice Paul et Crystal Eastman et déposé au Congrès en 1923, est adopté par le Sénat des États-Unis en 1972, mais n'atteint pas le quorum d'États le ratifiant : il ne sera pas appliqué. Elle soutient également les lois sur l'avortement, comme précisé plus haut, et celle concernant l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Son activité parlementaire en ce domaine (celui du droit des femmes) sera toujours conforme à la ligne du Parti démocrate plutôt qu'alignée sur les mouvements féministes dits de la deuxième vague. Sa fidélité au Parti démocrate lui vaudra des critiques de la part de militantes féministes mais cela n'empêche pas Geraldine de prendre le leadership de la cause des femmes devant ses collègues démocrates du Congrès. Thomas Tip O'Neill, le président de la Chambre des représentants, membre du Parti démocrate, apprécie son attitude pragmatique et voyant en elle son double féminin, il décide de devenir son mentor.
Lors de son second mandat, Geraldine Ferraro est élue secrétaire du caucus du Parti démocrate, ce qui lui permet de siéger à la direction du parti et à la commission politique qui contrôle les autres commissions. En 1982, au début de son troisième mandat, elle siège à la puissante (Commission du budget de la Chambre des représentants). En 1984, lors de la convention du Parti démocrate de San Francisco, , le président en place du parti, la nomme à la tête de la Commission de la plateforme politique. Geraldine Ferraro impose un volet à cette commission qui débattra des diverses discriminations que subissent les femmes, et elle ouvre les portes aux féministes de la deuxième vague comme Betty Friedan, qui déclarera au sujet de Geraldine Ferraro .
Candidate démocrate à la vice-présidence comme colistière de Walter Mondale gauche|vignette|Badge de la campagne présidentielle de 1984. vignette|Geraldine Ferraro lors d'un discours à la convention nationale démocrate de 1984. Derrière elle, les parlementaires Bob Matsui et Norman Mineta. vignette|Geraldine Ferraro lors du débat vice-présidentiel avec George H. W. Bush en 1984.|gauche Walter Mondale, qui avait été le vice président des États-Unis de 1977 à 1981, sous la présidence de Jimmy Carter a suivi les votes et les discours de Geraldine Ferraro à la Chambre des représentants, et commence à la pressentir pour qu'elle devienne sa colistière pour l'élection présidentielle américaine de 1984, face au ticket Ronald Reagan / George H. W. Bush, les candidats du Parti républicain. Pendant le précédent mandat du président Reagan (1980-1984), Geraldine Ferraro s'est opposée à sa politique de réduction des impôts sur le revenu et ses coupes budgétaires dans les programmes sociaux. De 1980 à 1984 elle soutient une politique militaire visant à réduire les armes nucléaires par un traité bilatéral liant les États-Unis et l'Union soviétique. Si elle est pour une défense nationale forte, elle s'oppose à la production de gaz neurotoxique, au financement du bombardier Rockwell B-1 Lancer, des missiles Peacekeeper, et elle est pour le rétablissement des listes de la conscription militaire. Consciente de son manque d’expérience en matière de politique étrangère, elle va entreprendre plusieurs voyages dans des pays du bassin méditerranéen et de l'Amérique latine. De ses séjours à l'étranger, Geraldine Ferraro se prononce pour une alliance forte avec l'État d'Israël et par conséquent s'oppose à la vente d'avions militaires américains à l'Arabie saoudite, tout comme elle s'oppose à l'envoi de Marines au Liban et à la politique de la CIA en Amérique centrale (Nicaragua, Honduras). Elle soutient les syndicats ouvriers dans leur revendication d'extension du Buy American Act, notamment pour l'industrie automobile américaine, et comme cela a été souligné plus haut, elle soutient la ratification de l'Equal Rights Amendment, la liberté de choix pour l'avortement (pro choice) et la revendication syndicale (à travail égal, salaire égal) ; elle présente et vote des projets de loi améliorant la protection de l'enfance et les droits des mères.
Controverses autour du droit à l'avortement Pendant la campagne présidentielle, l'un des thèmes de controverses est celui de la remise en question du droit à l'avortement, porté notamment par le président Ronald Reagan. C'est ainsi que Gerladine Ferraro va être la cible de critiques et de polémiques venant des Républicains et de l'Église catholique. L'archevêque de New York John Joseph O'Connor se joint à la campagne anti-Ferraro. Attaquée par sa propre Église, elle téléphone à John O'Connor pour lui exposer sa position en tant que personnalité politique : . À la suite de quoi, John O'Connor, face à des journalistes, lui répond en déclarant : . Cette position sera démentie par l'organisation Catholics for a Free Choice, qui apporte son soutien à Geraldine Ferraro. Durant cette polémique, Géraldine Ferraro reçoit également le soutien du sénateur Edward Kennedy, qui est lui aussi une personnalité politique catholique. Afin d'apaiser le climat, Geraldine Ferraro déclare que sa position se calque sur celle du président John Fitzgerald Kennedy qui, vingt-quatre ans auparavant, affirmait : . La position de Géraldine Ferraro sur l'avortement lui nuira pendant toute la campagne, alors que selon des sondages d'opinions, la majorité des femmes américaines l'approuvait.
Affaire John Zaccaro