vignette|250px|Affiche d'Andry-Farcy. vignette|250px|Entrée monumentale de l'Exposition. L’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme est une exposition qui s'est déroulée du au à Grenoble afin de consacrer la ville, capitale de la houille blanche.
Houille blanche L'expression houille blanche créée par Aristide Bergès pour l'Exposition universelle de Paris en 1889 désigne la force hydraulique de l'écoulement de l'eau transformée en énergie électrique, par opposition avec la houille noire, le charbon.
La région grenobloise, entourée de montagnes, est particulièrement bien disposée pour créer des chutes d'eau artificielles et utiliser l'énergie hydraulique pour mouvoir des appareils utilisés dans la fabrication de la pâte à papier ou du ciment. C'est ainsi que la houille blanche va contribuer à l'expansion de l'industrie papetière dans la vallée du Grésivaudan, entre Chambéry et Grenoble, mais aussi plus largement au développement de la fée électricité notamment à Livet-et-Gavet qui fut la première commune de France à réussir le transport de l'électricité.
vignette|Usine d'Aristide Bergès à Lancey. Avec son usine située à Lancey, Aristide Bergès entraîne dès 1869 une véritable révolution industrielle, économique et sociale qui va déferler dans le monde entier. Il produit l'énergie nécessaire pour alimenter la grande ligne électrique desservant la vallée du Grésivaudan, mais aussi la ligne de tramway Grenoble - Chapareillan en 1899. À la même période, deux autres grands pionniers vont jouer un rôle important dans la conquête de la houille blanche, Alfred Fredet installé à Brignoud qui l'utilise dans le fonctionnement de sa grande papeterie et Amable Matussière installé à Domène qui l'utilise pour faire fonctionner sa scierie.
Mais c'est l'industrie métallurgique qui devient la première bénéficiaire de cette épopée, car il faut fabriquer des conduites de plus en plus longues, de plus en plus larges et résistantes. C'est ainsi que dès 1870, des industriels comme Joseph Bouchayer et Félix Viallet se spécialisent dans la construction de matériels et l'équipement de sites et mettent au point une technologie qui va faire la renommée de la ville. D'autres industries métallurgiques se développent dans l'agglomération grenobloise comme les établissements Jay et Jaliffier ou Joya. C'est dans ce contexte que se tient à Grenoble le premier congrès de la houille blanche en 1902.
Tourisme vignette|Autocar alpin Repellin & Traffort. Parallèlement à cette industrie lourde, c'est en , que se crée à Grenoble le premier Syndicat d'initiative dans l'intérêt de la ville de Grenoble et du Dauphiné dans le but d'attirer les visiteurs étrangers dans la région dauphinoise. Au cours des années suivantes, l'industrie du tourisme encore balbutiante se met en marche. L'amélioration du réseau routier permet les premières excursions en automobile, des sentiers de montagne sont créés, des lignes d'autobus sont lancées à travers les Alpes (Grenoble-Nice en 1904), des hôtels sont construits, et les concours de ski commencent au Sappey-en-Chartreuse en 1907. Malgré les efforts de quelques sociétés sportives à caractère populaire, alpinisme et sports d'hiver restent cependant réservés à une élite de la populationSelon Jean-François Parent dans le catalogue de l'Exposition Le roman des grenoblois 1840-1980, Musée dauphinois, 1982, page 80..
Dès 1922, les établissements Repellin & Traffort organisent leurs premières excursions d'une journée sur les grands cols alpins. Des cars de quatorze places environ transportent les touristes mais ne sont pas fermés et il est recommandé aux voyageurs de s'habiller chaudement.
Préparation de l'exposition vignette|250px|Plan de l'Exposition (Jaussely). Le nouveau maire Paul Mistral propose dès 1923 un site d'exposition au-delà des remparts de la ville, sur le polygone du Génie militaire (l'actuel parc Paul-Mistral) qui doit revenir à la ville. En effet, outre l'aspect médiatique de l'Exposition, elle doit surtout permettre au maire d'accélérer l'urbanisation vers le sud en expropriant les terrains militaires du Génie. Un projet qu'il a d'ailleurs annoncé verbalement dès son entrée en fonction le . Le plus important est d'ouvrir la ville vers le sud, en détruisant l'enceinte Haxo construite de 1832 à 1836Il reste de nos jours quelques vestiges des remparts de 1836 encore visibles rue Malakoff, derrière l'immeuble Le Forum, siège de la Métro. Ceux du jardin de sculptures du Musée de Grenoble sont une modification datant de 1888, faite dans le but de créer une nouvelle porte. et surtout son prolongement vers l'ouest datant de 1879, actuellement occupé par les boulevards Joffre, Foch et Vallier.
Paul Mistral cherche alors un urbaniste et il en parle dans les couloirs du Palais Bourbon. Le nom de Léon Jaussely est prononcé. On le dit artiste de la plus grande valeur. Paul Mistral le rencontre, l'accord est immédiat et réciproque.
Mais les pourparlers entre la municipalité et l'armée ne vont pas être faciles. Des réticences du ministère de la Guerre et les relations sur place avec le colonel du Génie sont très tendues. La situation impose à Paul Mistral une intervention à la chambre des députés au cours de laquelle il déclare « Le Génie a la douceur, l'entêtement et la stérilité du mulet ».
Il obtient gain de cause, et les travaux de terrassement commencent en janvier 1924. Pendant quelques mois, le quartier ressemble à une véritable ruche. On arase linéaires de fortifications, on nivelle le terrain en apportant de remblais, de terre sont déblayés. C'est ainsi que se préparent les 20 hectares nécessaires à l'Exposition. Une ligne de chemin fer temporaire est aménagée sur le chemin de l'industrieActuelle avenue Jeanne d'Arc. et se raccorde dans le quartier de l'Abbaye à la ligne ferroviaire reliant Grenoble à Chambéry. La cérémonie de la pose de la première pierre a lieu le dimanche . Le Président du Conseil, Édouard HerriotSelon les Archives départementales de l'Isère, cote 154M19., invité, est absent, retenu à Lyon.
Le comité supérieur d'organisation est constitué du maire, Paul Mistral, du président du Conseil général Léon Perrier et du président de la chambre de commerce, Charles Lépine. Enfin, c'est l'industriel Marius Blanchet qui est nommé commissaire général de l'Exposition par décret ministériel du . C'est à lui qu'incombe la charge de coordonner le travail des six commissaires, des administrateurs et des directeurs de l'Exposition.
Exposition Les visiteurs sont accueillis sur le site par une porte monumentale dont les deux principaux piliers sont espacés de 18 mètres. À sa base, chaque pilier en ciment fait deux mètres de côté et porte un drapeau français jusqu'à 22,50 mètres de hautSelon archives municipales de Grenoble, cote 8 FI 175.
Au théâtre de verdure, le discours d'inauguration par le Président du Conseil, Paul Painlevé, assisté de nombreux ministres comme le ministre des Travaux publics, Pierre Laval et d'ambassadeurs étrangers est retransmis par TSF partout en France. Une antenne est installée au sommet de la tour d'orientation et les PTT font fonctionner quotidiennement un poste d'émission.
On organise l'Exposition en trois sections : la houille blanche avec les activités relatives à l'électricité ; l'industrie et la télégraphie ; la section tourisme. Les 20 hectares du site sont envahis par une multitude de palais, de pavillons et d'attractions en tout genre, parmi lesquels : le palais de la houille blanche en ciment armé ( de long, de large, de haut) dans lequel on expose un groupe d'électrochimie, un autre d'électrométallurgie et toutes sortes de matériels hydrauliques et électriques comme turbines, transformateurs, disjoncteurs. Plusieurs pays étrangers exposent leurs réalisations, des maquettes expliquent les méthodes et les procédés pour l'utilisation de force hydraulique. Un vrai laboratoire permet l'essai immédiat de tous appareils électriques. Il est également possible d'exposer à l'extérieur de ce palais. le palais des transports et industries touristiques : 170 m. de long et 40 m. de large. Situé en bordure du boulevard des Alpes (l'actuel boulevard Jean Pain), il expose des avions, des automobiles, des instruments de précision, des industries du métal, des vêtements, des textiles. Il est malheureusement incendié par la foudre le . le palais des chemins de fer, vaste hall de 90 m. de long par 35 m. de large, sans point d'appui intérieur. Il expose une locomotive de 1860 dénommée Le Pierrot, mais aussi d'autres plus modernes à courant continu avec pour certaines leurs wagons luxueux. L'Italie expose trois locomotives à moteur triphasé. le palais du tourisme est un édifice culminant à 28 mètres où sont représentées les régions françaises : Vosges, Limousin, Gascogne, Poitou, Provence, Bretagne, mais aussi l'office national du tourisme, l'automobile club, le Touring club de France, l'aéro club et le Club Alpin Français. Le bâtiment a été conçu par l'architecte Roger-Henri Expert. le palais des colonies: stands de l'Indochine, Madagascar, la compagnie transatlantique. le palais du tourisme d'autrefois : rétrospective sur l'histoire du tourisme et des moyens de transport. le palais de l'Italie: d'une superficie de où se trouvaient les sociétés italiennes qui produisaient de l'énergie à l'aide de matériel hydraulique et électrique. le palais de la Suède : force hydraulique et tourisme sont représentés. Une superbe fontaine du sculpteur suédois Karl Hultström représentant l'homme en train de dompter l'eau accueille les visiteurs. le palais des sections étrangères représentant l'Allemagne (la plus vaste), l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, l'Espagne, la Pologne, les États-unis, le Liban, la Syrie, la Norvège, la Tchécoslovaquie et le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. le pavillon des arts régionaux : statues et tableaux dauphinois. le pavillon de l'horticulture avec sa vaste roseraie. la section forestière reconstituant avec sa végétation alpestre, une grotte aux ours profitant d'un ruisseau (le Verderet) qui traverse encore Grenoble à cette époque. Tout à côté, un immense chalet forestier à deux niveaux, le pavillon de la pisciculture et ses aquariums. l'exposition du touring club de France. la maison moderne construite par l'architecte Louis Sorel. D'un seul niveau, à l'architecture novatrice, elle abrite des meubles et un éclairage laissant préfigurer ce que l'on allait connaître dans les années 1960.
Des réalisations attirent l'attention du public comme le ou les fontaines lumineuses. Ces fontaines lumineuses ont été réalisées pour la partie illumination, par MM. Brandt et Fouilleret, département Eclairage rationnel, 23, rue Cavendish, à Paris.
Les principaux jets d'eau atteignent des hauteurs variant de 18 à 50 m. et peuvent varier en volume comme en pression créant de véritables féeries des eaux très appréciées par les visiteurs. Un total de ampoules reliées par de câble sont installées pour illuminer les allées et la tour d'orientation. Sept zones d'éclairage sont définies avec chacune son transformateur particulier.vignette|Le village alpin reconstitué, sur le modèle de Saint-Véran. vignette|Courrier adressé à H. Müller. Cependant, deux attractions retiennent plus particulièrement les suffrages des visiteurs, le village alpin et la tour d'orientation (aujourd'hui Tour Perret). Le village alpin reconstitué à l'échelle réelle par les architectes Rome et Rabilloud est celui de Saint-Véran dans les Hautes-Alpes. Sa chapelle est reproduite dans ses moindres détails, ainsi que les maisons rustiques, la voirie et la fontaine du village. Cette reconstitution des détails intérieurs a été possible grâce à la collaboration du conservateur du musée dauphinois, Hippolyte Müller, qui, dans un long travail administratif, achète meubles et décors aux artisans et commerçants de Saint-Véran et notamment à son épicierSelon archives départementales, cote 154M20.