Héphestion ou Héphaistion ou Héphaestion (en grec ancien ), né à Pella vers 356 av. J.-C. et mort à Ecbatane en 324, est un général macédonien et le favori d'Alexandre le Grand.
Ami d'enfance du futur souverain et élève d'Aristote, il commence sa carrière dans la cavalerie des Compagnons. Par la suite, il devient sômatophylaque (garde du corps) d'Alexandre et profite de l'exécution de Philotas en 330 pour obtenir le titre d'hipparque de la cavalerie. Vers 327, au moment de la conquête de l'Inde, il est désigné chiliarque, soit chef de la cavalerie et équivalent du vizir achéménide, faisant de lui le deuxième personnage dans la hiérarchie impériale. Sa mort, de cause naturelle, plonge Alexandre dans une profonde affliction et un culte héroïque lui est dédié. Il est réputé davantage comme diplomate et organisateur que comme chef militaire, surtout si on le compare à d'autres généraux du premier cercle comme Perdiccas, Ptolémée ou Cratère. Il soutient la politique d'intégration des élites perses, s'opposant de la sorte aux Macédoniens traditionalistes.
Une tradition historique remontant à des auteurs antiques fait d'Héphaestion l'amant d'Alexandre, leur relation étant alors comparée à celle entre Achille et Patrocle.
Carrière Début de sa carrière Fils de l'aristocrate Amyntor, peut-être d'origine athénienne, Héphaestion est né vers 356 av. J.-C. car les auteurs antiques stipulent qu'il a le même âge qu'Alexandre. En 343, il devient page à la cour de Pella, un rôle commun aux adolescents de la classe aristocratique macédonienne. C'est à cette époque qu'il se lie d'amitié avec le futur roi. Une légende tirée du Roman d'Alexandre dit qu'Héphaestion et Alexandre, alors âgés de , auraient navigué jusque Pise en Élide. Il ne fait pas partie des amis proches d'Alexandre exilés par après l'affaire Pixodaros en 339 ; plus jeune que Ptolémée ou Harpale par exemple, son influence est sans doute jugée moins néfaste. Il n'est pas explicitement mentionné par les sources antiques comme ayant reçu l'enseignement philosophique d'Aristote en compagnie d'Alexandre. Mais, il est cité par Diogène Laërce dans un catalogue des correspondances d'AristoteDiogène Laërce, , 27.. Si ces lettres, aujourd'hui disparues, ont trouvé leur place dans un tel catalogue, cela signifie qu'Aristote a bien été son précepteur et qu'il a été suffisamment impressionné par son élève pour correspondre avec lui.
Partageant l'éducation d'Alexandre, Héphaestion a appris à combattre dès son plus jeune âge. Sa première action militaire a peut-être été la campagne menée contre les Thraces en 340, alors qu'Alexandre est nommé régent en l'absence de son père parti assiéger Périnthe et Byzance. Il est possible qu'il ait participé à la bataille de Chéronée (338) durant laquelle Alexandre commande l'aile gauche de la cavalerie. Il n'est pas mentionné pendant la campagne sur le Danube (335). Il fait partie de la cavalerie des Compagnons (hétaires) au début de l'expédition en Asie, mais il n'est pas mentionné à la bataille du Granique (334). Dès le début de la conquête, il est engagé dans des missions spéciales, tantôt diplomatiques, tantôt techniques. La première mention explicite de sa carrière dans les sources antiques est une mission diplomatique d'une certaine importance. Après la bataille d'Issos (333), alors qu'Alexandre longe la côte de Phénicie et reçoit la capitulation de Sidon, Héphaestion est en effet chargé de désigner comme souverain le Sidonien qu'il considère comme étant le plus digne de cette fonctionQuinte-Curce, , 1, 16.. Il prend conseil auprès de la population et choisit un homme ayant un lien de parenté lointain avec la famille royale, mais dont l'honnêteté l'a réduit à travailler comme jardinier. Le personnage en question, Abdalonymus, a mené une brillante carrière politique, justifiant pleinement le choix d'Héphaestion.
Il est fort probable qu'Héphaestion ait reçu, de manière honorifique, la citoyenneté athénienne par un décret de Démade promulgué en 334 au profit d'un dénommé Amyntor fils de Démétrios et de ses descendants. De cette manière les Athéniens auraient voulu persuader Alexandre de les traiter avec indulgence et de revenir sur sa demande d'expulsion des principaux orateurs.
Affirmation durant les campagnes d'Alexandre vignette|upright=1.5|La Famille de Darius devant Alexandre, Véronèse, 1565-1570, National Gallery. Alexandre montre Héphaestion à Sisygambis : « Lui aussi est Alexandre ».
À la fin de l'été 332 av. J.-C., Héphaestion est chargé de transporter la flotte et l'équipement de siège de Tyr vers Gaza. En 331, il reçoit le Samien Aristion que Démosthène a envoyé afin de tenter de se réconcilier avec Alexandre ; l'inaction d'Athènes lors de la révolte du roi de Sparte semble montrer que cette ambassade a porté ses fruits. Il est probable que ce soit Héphaestion qui ait conduit l'avant-garde d'Égypte vers l'Euphrate et ait fait construire un pont afin de traverser le fleuve malgré les opérations du satrape Mazaios.
La première mention explicite d'un commandement militaire date de la bataille de Gaugamèles (331). Selon Diodore de SicileDiodore, , 61, 3. il est le chef des sept sômatophylaques (garde du corps) d'Alexandre, fonction qu'il occuperait depuis 333 et qui ne doit pas être confondue avec celle de chef de la garde royale équestre (agéma), confiée au départ à Cleitos. Héphaestion a été certainement au cœur de l'action, car Arrien écrit qu'il a été blesséArrien, , 15, 2. tandis que Quinte-Curce précise qu'il s'agit d'une blessure dans le bras provenant d'un coup de lanceQuinte-Curce, , 16, 32..
Après sa victoire contre , Alexandre amorce une politique de rapprochement avec les élites perses, avec l'approbation d'Héphaestion. Ainsi dans les quartiers royaux à Babylone, il se voit confier la mission de vérifier la lignée des captifs perses, afin d'éviter que les nobles ne soient humiliésQuinte-Curce, , 2, 9.. À l'automne 330, Héphaestion participe à l'interrogatoire et au supplice de Philotas. Les officiers macédoniens exigent que Philotas soit exécuté par lapidation, mais Héphaestion, ainsi que Cratère et Coénos, demandent instamment qu'il soit d'abord torturé. Il profite de la mort du fils de Parménion pour monter en grade : il est désigné hipparque, soit commandant d'une des hipparchies de cavaliersArrien, , 27, 10.. À cette date, Alexandre procède en effet à une réforme de la cavalerie qui est scindée en deux hipparchies commandées par Héphaestion et Cleitos. À la fin du règne, il existe jusqu'à quatre hipparchies de Compagnons.. Cette désignation d'un officier relativement inexpérimenté et sans titre de gloire, s'apparente à du népotisme. En 329, il est choisi comme l'un des conseillers du roi avant la bataille contre les Scythes sur le fleuve Iaxarte. Au printemps 328, en Sogdiane, lorsque l'armée est divisée en cinq colonnes, il commande un contingent avec pour mission de reconquérir plusieurs petites forteresses dans lesquelles les indigènes révoltés se sont réfugiés.
Les compétences d'Héphaestion semblent davantage politiques que militaires. Alexandre lui confie en effet plutôt des missions de « service public », comme celle qui consiste à peupler, avec des indigènes et des colons gréco-macédoniens, les cités fondées nouvellement en Bactriane et en Sogdiane.. Cette entreprise doit garantir la loyauté de la population autochtone par le biais de l'établissement de garnisons qui fournissent également un réseau de communication dans la région. Dix jours après le meurtre de Cleitos, survenu fin 328, il est chargé de collecter des provisions pour l'hiver.
Peu avant la conquête de l'Inde, début 327, Héphaestion est désigné chiliarque, soit chef de la cavalerie des Compagnons mais aussi équivalent du vizir achéménideArrien, , 14, 10., ce qui en fait le deuxième personnage dans la hiérarchie impériale, obtenant en plus le commandement d'une garde formée de perses.. Cette désignation correspond à la volonté d'Alexandre de confier les postes clefs à ses fidèles dans le contexte de l'adoption des usages achéménides : Héphaistion soutient par exemple son roi dans sa tentative d'introduire à la cour l'usage de la proskynèse, très contestée parmi les officiers macédoniens.
Durant la campagne d'Inde Au printemps 327 av. J.-C., Héphaestion et Perdiccas sont envoyés en Inde à la tête une force considérable afin de servir d'avant-garde et de construire un pont de bateaux sur l'Indus. Héphaestion aurait reçu le commandement suprême, car le récit de Quinte-Curce ne mentionne que lui lors de l'ambassade auprès du fils de TaxilèsQuinte-Curce, , 12, 4.. La participation de Perdiccas à cette expédition peut être imputée à la fois à la nécessité d'un militaire compétent pour accompagner Héphaestion, relativement inexpérimenté, et à leur apparente compatibilité personnelle. Au cours des dernières phases de la conquête, les deux hommes ont en effet noué des liens personnels étroits avec Alexandre. Il n'est donc pas surprenant que Perdiccas ait remplacé le défunt Héphaestion en tant que deuxième dans la hiérarchie. Les deux généraux suivent la vallée de la rivière Kaboul, matant la résistance des indigènes par la négociation ou par des démonstrations de force. Ils s'emparent de Peucelaotis, dont le dirigeant local, Astis, s'est rebellé, après trente jours de siège. Au moment où Alexandre atteint l'Indus, Héphaestion a construit le pont-bateau et acquis des provisions pour le gros de l'armée.
À la bataille de l'Hydaspe, Héphaestion commande la cavalerie sur l'aile gauche sous le contrôle d'Alexandre, pour prendre part à la charge victorieuseQuinte-Curce, , 14, 15.. Il lutte après contre le cousin et homonyme de Poros, Alexandre le chargeant de transférer son royaume à Poros. Il reçoit ensuite pour mission d'établir un avant-poste dans le pays des Assacènes, qui se sont rebellés, et rejoint le roi après la prise de Sangala. À la fin de l'année 326, il conduit la troupe avec Cratère le long de l'Indus tandis qu'Alexandre descend le fleuve à la tête d'une flotte de ., dont Héphaestion fait partie des triérarques. Pour la descente de l'Indus, Alexandre a divisé le gros de ses forces terrestres en deux parties : Héphaestion prend la plus grande partie le long de la rive est, tandis que Cratère, avec une force moins importante, descend à l'ouest. La séparation des deux commandants est devenue une nécessité tant leurs relations sont tendues. Deux jours après l'arrivée d’Alexandre à l'endroit prévu, Héphaestion poursuit vers le sud vers le territoire des peuples alliés aux Malliens. Par la suite, il est chargé de fonder un chantier naval à Patala sur l'Indus et une colonie, par synœcisme, dans le pays des Orites, tandis qu'Alexandre mène campagne aux frontières de la Gédrosie.
Finalement Alexandre a surtout utilisé Héphaestion pour des opérations non militaires : fondation de colonies, construction de ponts et sécurisation des communications. C'est en Inde qu'il reçoit ses premiers commandements militaires importants.
Fin de sa carrière vignette|Les noces de Suse, Héphaestion et Drypétis sont situés à gauche d'Alexandre et de Stateira.
Héphaestion rejoint Alexandre sur la route du retour à travers le désert de Gédrosie. Son rôle dans cette expédition désastreuse est méconnu. En Carmanie, il dirige les troupes les plus lentes et le train à bagages le long de la route côtière et rejoint le roi, qui dirige lui les troupes plus légères, à Pasargade sur la route de Suse. Lors des noces de Suse, célébrées en février 324, il épouse Drypétis, la fille cadette de , montrant sa position de « premier après le roi ». ; selon Arrien, Alexandre souhaite que leurs enfants respectifs soient cousinsArrien, , 7, 4.. Il reçoit par ailleurs une couronne d'or comme les autres sômatophylaques.