vignette|400x400px|Plan de Paris au XVIe siècle. Musée Carnavalet. Les Seize, également appelé conseil des Seize et faction des Seize, est le nom que portait un conseil formé de bourgeois ligueurs de Paris appartenant à la Ligue, lorsque celle-ci contrôlait la capitale, et qui exerça une influence toute puissante jusqu’en 1591.

Contexte

Au , Paris, qui compte alors environ et intra-muros, est composé de seize quartiers, dont treize occupent la rive droite de la Seine (la Ville), un l'île de la Cité et deux la rive gauche (la Montagne Sainte-Geneviève ou l'Université). La gestion quotidienne de ces quartiers est sous la responsabilité du prévôt des marchands, qui siège en place de Grève, à l'Hôtel de Ville. Chaque quartier est dirigé par un quartenier (ou colonel), notable local, qui commande dix dizainiers (ou capitaines) responsables chacun d'une dizaine d'hommes couvrant quelques pâtés de maisons et rassemblés pour constituer la milice municipale.

Cette organisation municipale bourgeoise, héritée des vieilles franchises médiévales, doit cependant compter avec le pouvoir royal. Ce dernier s'incarne en la double présence d'un Gouverneur militaire et d'un prévôt de Paris, qui siège au grand Châtelet, secondé par un lieutenant civil, un lieutenant criminel et un lieutenant de police. Dans chaque quartier l'autorité royale est relayée par deux commissaires de police.

Enfin, chaque quartier, correspondant à une ou plusieurs paroisses, vit au rythme des célébrations religieuses et des prêches qui les accompagnent.

Au-dessus des institutions municipales et à côté du pouvoir royal : le Parlement de Paris. Il juge en appel, pour la moitié nord du royaume, les procès des ressorts inférieurs, mais également les causes impliquant la Couronne et le roi, y compris la fiscalité. Enregistrant (ou non) les édits royaux, le Parlement est devenu le rempart de la société face aux velléités absolutistes de la monarchie française; C'est une institution solide, comprenant la grand'chambre, celles des Enquêtes et des Requêtes, ainsi que la Tournelle. Il a autorité sur la cour des Comptes, celles des Aides et des Monnaies.

Lors de la huitième guerre de Religion, la Ligue avait d'abord réorganisé Paris en cinq quartiers, mais après l'entrée dans Paris du duc de Guise, la journée des Barricades () et la fuite d'Henri III, les seize quartiers reprennent leurs droits, chacun dirigé par un bureau de neuf personnes dont les présidents constituent dès lors le Conseil des Seize, organe d'abord clandestin, puis ouvertement engagé dans l'action.

Protagonistes

Henri III et le parti royal Henri III, tentant de garder la main sur des événements qui lui échappent, joue, pendant la huitième guerre de religion, un jeu ambigu vis-à-vis de la Ligue et vis-à-vis des Guise. Cette ambiguïté sera levée lors de l'assassinat des deux chefs de la maison de Lorraine. Chassé de Paris, il entre en campagne pour reprendre le contrôle de sa capitale et fait pour cela alliance avec le roi de Navarre, qu'il reconnaîtra, sur son lit de mort, comme son successeur.

Henri de Navarre et le parti protestant Les protestants (huguenots, réformés), qui luttent pour la liberté de culte, ont pour chef Henri de Navarre qui devient, après la mort du frère du roi, l'héritier désigné de la couronne de France. Sa légitimité est encore renforcée lorsqu'Henri III, mourant, le désigne formellement comme son successeur. Du point de vue dynastique, sa maison (les Bourbon) comporte des protestants et des catholiques.

La Ligue La Ligue (Ligue catholique, Sainte Ligue, Sainte Union) est un parti de catholiques qui s'est donné pour but la défense de la religion catholique contre le protestantisme. Elle recouvre en réalité deux partis, alliés objectifs dans leur opposition à l'avènement d'Henri IV : la Ligue nobiliaire et la Ligue bourgeoise et populaire. Outre la défense fanatique de la « vraie foi », que ces deux composantes partagent, la première défend les intérêts et privilèges des Grands du royaume, la seconde ceux de la bourgeoisie et du peuple contre les abus de la noblesse.

Les Guise Champions de la foi catholique, les Guise (Lorrains, Maison de Lorraine) reviennent sur le devant de la scène sous Henri grâce à la Ligue. En 1588, le duc de Guise et les ligueurs parisiens (menés par les Seize) parviennent à chasser Henri de la capitale. L'année suivante, la Ligue destitue le roi après l'assassinat des deux chefs de la maison de Lorraine. Leur frère survivant, Charles, duc de Mayenne, devient alors le principal opposant à l'avènement du roi protestant Henri .

Les Politiques Le parti des politiques, composé de modérés soucieux de la paix civile et opposés aux outrances religieuses, est partisan d'une solution négociée. Ses tenants sont considérés comme traîtres par la Ligue.

L'Église catholique et la Sorbonne À Paris, l'université et le clergé, soutenu par le légat du Pape, épousent majoritairement les thèses de la Ligue concernant Henri III et les prétentions d' Henri IV. Leurs prédicateurs fanatiques attisent la haine des Protestants, des Politiques, des « tièdes », du roi et du prétendant au trône, en prônant et justifiant le régicide, particulièrement après l'assassinat du duc de Guise et de son frère le cardinal.

Le parti espagnol L'Espagne de Philippe II est intéressée à plusieurs titres à la huitième guerre de religion : la défense de la foi catholique, les prétentions dynastiques de l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie et, enfin, le rabaissement du royaume de France. L'Espagne fournit des troupes à la Ligue (elles permettront de lever le siège de Paris) et ses diplomates financent la dissidence et complotent avec les Guise et avec les Seize.

Chronologie de la Ligue parisienne et des Seize Après la mort de Monsieur, duc d'Anjou et frère du roi Henri III (), la question de la succession au trône de France devient cruciale pour le parti catholique, qui rejette la solution dynastique qui s'impose : celle d'Henri de Bourbon, roi de Navarre et membre éminent du parti protestant.

Alors que la Sainte Ligue reprend les armes dans tout le pays, à Paris, menacé par les troupes du roi de Navarre, émerge une ligue bourgeoise, puis populaire, qui agrège à la défense de la foi catholique une foule de griefs et de revendications fiscales accumulées depuis des décennies. Avec ses mignons, sa cour dissolue et ses dépenses somptuaires, Henri III devient la cible des plus durs des ligueurs parisiens, dont l'action, orchestrée par les Seize, va mobiliser, dès que cela sera nécessaire, la foule ameutée dans chaque quartier par les dizainiers et préalablement chauffée à blanc par les prêches des religieux appelant au tyrannicide.

Cette faction, qui exercera un temps, pendant le siège de Paris, un véritable pouvoir dictatorial et insurrectionnel, verra son influence diminuer sous les coups des factions concurrentes et des dissensions internes, pour se débander avec la victoire définitive d'Henri IV et sa conversion au catholicisme.

Complot pour l'enlèvement du roi Selon le procès-verbal rédigé par Nicolas Poulain, lieutenant de la prévôté d'Île-de-France, approché en par les ligueurs parisiens et devenu agent infiltré du roi Henri III au sein de leur organisation, les objectifs des conjurés, issus pour la plupart de la bourgeoisie marchande, étaient multiples : préparer et exécuter l'enlèvement (pour les plus modérés) ou l'assassinat (pour les plus radicaux) du roi, dans le but de l'assujettir aux ordres de la Sainte Ligue ; établir une communication étroite avec le duc de Guise et s'assurer son appui dans cette entrepriseLe duc de Guise, à l'instar de la Ligue nobiliaire, sera toujours réticent vis-à-vis de la Ligue bourgeoise et populaire. Au-delà de la défense du catholicisme, les deux mouvements ont des objectifs différents, voire antagonistes. Guise et la Ligue nobiliaire défendent les droits de la noblesse contre le pouvoir royal ; la Ligue bourgeoise et populaire combat le pouvoir du roi et des grands du royaume. ; préparer Paris et chaque grande ville de France à ce coup de force. Leur objectif affiché, la défense de la foi catholique, cache une ambition à la fois réactionnaire et révolutionnaire : la restauration d'un pouvoir municipal fort face aux menées de la royauté et de la noblesse.

Pour mener à bien leur dessein, les conjurés, qui préfigurent le conseil des Seize, se réunissent constamment les uns chez les autres et missionnent de nombreuses navettes auprès du duc de Guise et dans les provinces. En cachant leurs intentions réelles à l'égard du roi et en effrayant leurs interlocuteurs par la perspective d'une « Saint-Barthélemy à l'envers » dont seraient victimes les bons catholiques, ils gagnent secrètement à leur cause les membres de l'administration municipale, du Parlement, de l'Université et des corporations (mariniers, bouchers, charcutiers, marchands de chevaux, etc.), tout en s'assurant le contrôle des prédicateurs et des quartiers. Ils font acheter en sous-main des armes et préparent, sans pouvoir les mener à bien, plusieurs attentats contre la personne du roi. Après ces échecs, ils envisagent une action à grande échelle autour du Louvre et imaginent, pour maîtriser le périmètre et filtrer les participants, d'ériger dans Paris un système de barricades, inaugurant ainsi ce qui deviendra le symbole des insurrections parisiennes jusqu'en mai 1968.

Journée des Barricades vignette|Le duc de Guise lors de la journée des barricades, par Paul Lehugeur.

Le , le duc de Guise, dont les ambitions royales sont à peine voilées, entre dans la capitale contre les ordres d'Henri III. Le , le peuple de Paris, préparé, armé et ameuté par les Seize qui l'ont convaincu que la Cour prépare une « Saint-Barthélemy à l'envers », monte aux barricades planifiées par les conjurés et provoque la fuite du roi, qui quitte la ville précipitamment. Pendant que le duc de Guise, « roi de Paris », savoure sa victoire, les Seize s'emparent en quelques semaines des institutions municipales et des quartiers en y plaçant leurs affidés, profitant à l'occasion du désordre pour rançonner les bourgeois et piller leurs demeures.

Assassinat des Guise vignette|Assassinats du duc et du cardinal de Guise. Attribué à Franz Hogenberg (1535-1590).vignette|Charles de Lorraine, duc de Mayenne, lieutenant général de l'État et Couronne de France.

Pendant que le pouvoir des Seize se consolide à Paris, le roi, ayant fait de nombreuses concessions à la Ligue nobiliaire, convoque à Blois des états généraux () à l'issue desquels il décide de faire périr le duc de Guise et son frère le cardinal (23-).

Quand elle parvient à Paris, la nouvelle de ce double assassinat met le peuple en armes. Tandis que la Ligue nobiliaire nomme le duc d'Aumale gouverneur de Paris, et que le duc de Mayenne, frère des deux Guise assassinés à Blois, prend le titre de lieutenant général de l'État et de la Couronne de France, les Seize, déjà maîtres des rouages de la ville, se dotent d'un conseil des Quarante (composé de 9 nobles, 7 ecclésiastiques et 24 roturiers) visant l'instauration d'une république municipale populaire et catholique. Ils noyautent l'appareil judiciaire et législatif, emprisonnent les membres du Parlement et procèdent à leur remplacement () pour l'aligner sur les positions de l'Hôtel de Ville, où le pouvoir des Seize s'est installé. Dans chaque quartier est créé un conseil des Neuf (dirigé par un Seize siégeant au conseil des Quarante), qui absorbe les pouvoirs des quarteniers et ceux des commissaires du Châtelet, organisant ainsi la police, les élections et la justice.