La Grande Dépression () ou « crise économique des années 1930 », dite encore « crise de 29 », est une longue phase de crise économique et de récession qui frappe l'économie mondiale à partir du krach boursier américain de 1929 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Précédée par la puissante expansion des années 1920, c'est la plus importante dépression économique du . Elle a été accompagnée d'une forte déflation et d'une explosion du chômage et a poussé les autorités à une profonde réforme des marchés financiers.

Chronologie Jeudi noir et conséquences directes

thumb|Évolution du PIB de quelques pays entre 1929 et 1939.

Le krach du 24 octobre 1929 produit une perte importante de valeur à la bourse de New York. En raison de la déflation, l'un des principaux problèmes aux États-Unis est qu'une même somme d'argent permet d'acquérir de plus en plus de biens au fur et à mesure de la chute des prix. Dans ces conditions, les agents économiques ont individuellement intérêt à : attendre le plus possible avant d'acheter : la consommation chute et la crainte de perdre pousse les commerçants à annuler leurs commandes ; garder leurs biens sous forme de monnaie plutôt que d'actifs productifs : l'investissement chute.

L'effet du krach de 1929 sur la Grande Dépression a fait l'objet d'analyses diverses. Il a significativement modifié les pratiques des traders. Gérald M. Loeb, influencé par le krach, fait partie des premiers auteurs à décrire le marché comme trop imprédictible pour investir dans des actions à long terme et à changer durablement les pratiques d'investissement et de spéculation. Pour Paul Samuelson, le krach n'est qu'un des facteurs, d'ailleurs « fortuit », qui ont conduit à la Grande Dépression.

Crise boursière et bancaire right|vignette|upright|Mère migrante (Migrant Mother), par Dorothea Lange, 1936. Cette photographie est devenue un des symboles de la Grande Dépression.

La situation s'enlise alors dans un cercle vicieux pendant plusieurs années. La chute se traduit à de nombreux niveaux, y compris dans les cours de bourse : l'indice Dow Jones perd pratiquement 90 % entre son niveau le plus haut en 1929 et son niveau le plus bas en 1932. En raison de l'éclatement de la bulle spéculative, de nombreux plans d'investissements se révèlent insolvables, voire frauduleux. La crise boursière dégénère en crise bancaire. Les banques font faillite : elles sont prises en tenaille entre l'effondrement de la valeur de leurs actifs (elles sont parfois engagées dans des affaires douteuses, même si des entreprises régulières et solides sont également frappéesGoldman Sachs passe de en 1929 à 1,75 en 1932, American Founders Group (société d'investissement) passe de à 0,75 en 1935, U.S. Steel passe de à 22 le , General Motors passe de à 40 en 1932 et General Electric de à 154 en 1932.), les défauts de remboursement de leurs emprunteurs et la réduction de leur activité de crédit, à quoi s’ajoute leur incapacité à rembourser leurs propres déposants. Dans un tel climat, il en faut peu pour provoquer la faillite de certaines banques et précipiter l'effondrement du système bancaire. La précarité du système bancaire encourage la population à conserver ses liquidités et le manque de liquidités sur le marché empêche la reprise d'une activité économique à même d'inverser la tendance.

Entre 1929 et 1933, la production industrielle américaine baisse de moitié. Entre 1930 et 1932, bancaires font faillite, ce qui fait augmenter de manière importante le taux de chômage chez les ouvriersAndré Kaspi, Franklin Roosevelt, Paris, Fayard, 1988, (et les employés) au début des : le taux de chômage aux États-Unis atteint 9 % en 1930. Le pays compte quelque de chômeurs en 1932. En 1933, lorsque Roosevelt devient président, 24,9 % de la population active est au chômageLester V. Chandler, America’s Greatest Depression 1929-1941, New York, Harper and Row, 1970, 24 sq. et deux millions d’Américains sont sans-abri.

Les manifestations de la faim se multiplient. En , défilent dans les rues de New York. En , les anciens combattants réclament le paiement des pensions à Washington : ils sont violemment délogés par les soldats. Une grande grève dans le secteur du textile éclate en 1934. Dans les campagnes, la situation économique se dégrade, notamment à cause de la sécheresse et du (1933-1935). En 1933, la diminution de 60 % des prix agricoles affecte durement les agriculteurs (effet ciseaux). La ruine des fermiers des Grandes Plaines pousse des milliers de personnes à s'installer dans les États de l'Ouest. Face à la misère qui grandit, l'influence communiste progresse dans les milieux populaires.

Diffusion de la crise dans le monde La diffusion de la crise se réalise par deux canaux. Comme les banques américaines ont alors des intérêts dans de nombreuses banques et bourses européennes et qu'elles rapatrient d'urgence leurs avoirs aux États-Unis, la crise financière se propage progressivement dans toute l'Europe. Parallèlement, les échanges économiques internationaux subissent de plein fouet d'abord le ralentissement qui commence aux États-Unis, ensuite l'effet négatif des réactions protectionnistes, d'abord des États-Unis, puis de tous les autres pays quand ils sont touchés à leur tour ; la France et le Royaume-Uni effectuent un recentrage sur leurs colonies, mettant au point la « préférence impériale », interdite lors de la conférence de Berlin (1885) mais à nouveau pratiquée après 1914. Les relations économiques étant à l'époque bien moindres qu'aujourd'hui, ces répercussions mettent quelques mois à se manifester : ainsi la France est touchée à partir du second semestre de 1930, soit six mois plus tard. L'Italie fasciste est touchée à partir de 1931.

Les réactions gouvernementales en Europe ne sont pas plus adéquates qu'aux États-Unis. En France la crise est aggravée par les mesures déflationnistes (baisse des prix et des salaires) des gouvernements Tardieu et Laval, malgré le lancement de grands travaux (dont l'électrification des campagnes). En Allemagne, le taux de chômage atteint plus de 25 % de la population active en 1932, alimentant désillusion et colère de la population. C'est notamment en promettant de juguler la crise qu'Adolf Hitler parvient au pouvoir le . En Espagne, la crise économique coïncide avec l’arrivée du Front populaire au pouvoir et aggrave les tensions politiques qui mènent à la guerre civile de 1936.

En Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, se produit la « crise des produits de dessert » liée à la forte baisse du pouvoir d'achat en Europe et en Amérique du Nord. Au Brésil, pour limiter les transports d'invendus et maintenir les cours, du café est brûlé dans les locomotives. Si le monde occidental entier est touché, l'Union soviétique de Staline reste à l'écart de la crise en raison de son système économique autarcique et de la non-convertibilité du rouble.

Causes

Plusieurs explications concurrentes s'opposent au sujet des causes de la Grande Dépression. En effet, "c'est toujours un faisceau de causes qui explique le déclenchement des grandes crises économiques." Milton Friedman et Anna Schwartz soutiennent l'origine monétaire de la crise dans l'ouvrage Une histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960, que l'on appelle généralement la Grande contraction. La Grande Dépression n'aurait été à l'origine qu'une crise économique classique, mais elle aurait été amplifiée par la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Peu interventionniste, souhaitant laisser libre cours aux marchés, la Fed a laissé la masse monétaire chuter de plus d'un tiers. Cela a exercé une pression à la baisse sur les échanges économiques.

Cette explication est en concurrence, quoiqu'en partie compatible, avec celle avancée par John Maynard Keynes dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. La crise de 1929 se serait transformée en Grande Dépression par le biais d'une sous-consommation chronique. Le chômage et les anticipations négatives des entreprises et des ménages ont conduit à une contraction de la demande, et donc à un cercle vicieux par lequel les entreprises ont mis à l'arrêt leurs usines, licenciant plus encore de salariés. Il s'agit de l'explication keynésienne de la Grande Dépression.

Une troisième explication pointe du doigt l'endettement excessif que connaît l'Amérique en 1929. L'économie américaine avait connu une décennie de croissance reposant en partie sur l'endettement. Le surendettement des ménages et des entreprises s'est traduit par des effets de levier dangereux. La crise provoque une incapacité des agents économiques à rembourser leurs emprunts, ce qui cause des faillites en série tant des ménages que des entreprises, dont des banques.

Il existe également une explication géopolitique à la Grande Dépression. Il s'agit de l'explication de Charles Kindleberger : selon la théorie de la stabilité hégémonique, les crises économiques mondiales ne peuvent être stabilisées que dans le cas où une puissance dominante, lhegemon, prend à sa charge la fourniture de biens publics mondiaux, dont le soutien face à des crises économiques fait partie. Or, les années 1920 sont marquées par la perte de statut d'hegemon du Royaume-Uni, et un refus latent des États-Unis d'endosser ce rôle. L'Amérique n'a ainsi pas pris la crise en main en tant que leader mondial, alors que c'est le seul pays qui disposait de la puissance économique et financière pour redresser la situation à la racine.

En termes monétaires, certains auteurs mettent en avant le poids des tensions déflationnistes sur l'économie mondiale dès 1928. Le rôle de l'accumulation de masses d'or importantes par la France est à ce titre tout particulièrement pointé du doigt (responsabilité de la France dans la Grande Dépression). En thésaurisant de l'or, la France aurait réduit les masses monétaires des autres pays, et serait ainsi responsable d'environ 30 % de la déflation de 1930-1931.

Enfin, certains économistes se sont intéressés au rôle joué par le protectionnisme dans le déclenchement de la crise.

Politiques mises en place pour sortir de la crise New Deal (1933)

thumb|upright|Franklin Delano Roosevelt en 1933.

Une politique interventionniste Herbert Hoover, président républicain des États-Unis de à , tenta sans grand succès de remédier à la crise. Ses adversaires démocrates le surnommaient le . ayant perdu trois quarts de sa valeur, il faut d'urgence lancer les grandes réformes financières et boursières de son successeur Roosevelt. Reposant sur le crédit à la consommation, l'économie américaine est alors étranglée par l'effondrement de ses banques. En , les États-Unis élisent Franklin Delano Roosevelt (démocrate) pour remplacer Hoover à la tête de l'État. Le taux de chômage approchait alors les 25 % de la population active. Roosevelt prit ses fonctions en et lança plusieurs programmes nationaux afin d'accroître le volume de liquidités et de réduire le chômage (c'est ce que l'on nomma le ). Cet interventionnisme économique très fort conduit la Cour suprême à des arrêts négatifs, immédiatement présentés par le gouvernement comme une opposition politique ; cependant, à partir de 1937, par l'arrêt , la cour adapte sa jurisprudence et n'essuie plus guère cette critique.