Marc Aurèle (), né le à Rome et mort le à Sirmium ou à Vindobona, est un empereur et philosophe romain de la dynastie des Antonins, consul en 140, 145 et 161, régnant de 161 à 180.
Dernier des selon Machiavel, il est aussi le dernier empereur de la période de la « paix romaine », période de relative stabilité commencée sous le règne d'Auguste ( à ), succédant à la période des guerres civiles (49 à ).
Marc Aurèle naît sous le règne d'Hadrien. Il est le fils du préteur Marcus Annius Verus et de l'héritière Domitia Lucilla Minor. Son père meurt alors qu'il est encore enfant et Marc Aurèle est élevé par sa mère et ses grands-pères. En 138, après la mort de Lucius Aelius, fils adoptif d'Hadrien, l'empereur adopte l'oncle de Marc Aurèle, Antonin le Pieux, comme nouvel héritier. À son tour, Antonin adopte Marc Aurèle et Lucius Aurelius Verus, le fils d'Aelius. Hadrien meurt cette année-là et Antonin devient empereur. Alors héritier du trône, Marc Aurèle étudie les lettres grecques et latines sous la direction de tuteurs tels qu'Hérode Atticus et Fronton. Il entretient par la suite une correspondance étroite avec Fronton pendant de nombreuses années. Marc Aurèle épouse la fille d'Antonin, Faustine la Jeune, en 145. Après la mort d'Antonin en 161, Marc Aurèle accède au trône aux côtés de son frère adoptif Lucius.
Le règne de Marc Aurèle est marqué par des conflits militaires. En Orient, l'Empire romain combat avec succès un Empire parthe revitalisé et le royaume rebelle d'Arménie. Marc Aurèle défait les Marcomans, Quades et Sarmates Iazyges dans les guerres marcomanes. Cependant, ces peuples et d'autres peuples germaniques continuent de représenter une menace pour l'Empire, et les conflits armés reprennent très vite malgré une trêve signée. En outre, une grave pandémie connue comme la éclate vers 166 et dévaste la population de l'Empire pendant plusieurs décennies.
Le co-empereur Lucius Verus meurt en 169. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Marc Aurèle choisit de ne pas adopter d'héritier. Parmi ses enfants se trouvent Lucilla, qui épouse Lucius, et Commode, dont la succession à Marc Aurèle fait l'objet de débats entre les historiens contemporains et modernes. La colonne et la statue équestre de Marc Aurèle se trouvent toujours à Rome, où elles ont été érigées pour célébrer ses victoires militaires. Dernier grand monument du stoïcisme, les Pensées pour moi-même sont une source importante pour la compréhension moderne des philosophes antiques.
Sources historiques Les principales sources décrivant la vie et le règne de Marc Aurèle sont fragmentaires et souvent peu fiables. Le groupe de sources le plus important est un ensemble de biographies contenues dans l’Histoire Auguste, prétendument écrites par un groupe d'auteurs au début du après J.-C., mais qui sont plus vraisemblablement l’œuvre d'un seul auteur, à partir de 395 environ.. L’Histoire Auguste doit cependant être utilisée avec prudence : bien qu'utilisant des sources antérieures aujourd'hui perdues (entre autres Marius Maximus), l'ouvrage est entrecoupé de racontars et d'inventions, et chaque affirmation doit ainsi être recoupée par une autre source. Pour la vie et le règne de Marc Aurèle, les biographies d'Hadrien, d'Antonin le Pieux, de Marc Aurèle et de Lucius Aurelius Verus sont largement fiables, mais celles de Lucius Aelius et d'Avidius Cassius ne le sont pas.
Des correspondances entre le précepteur de Marc Aurèle, Fronton, et divers fonctionnaires Antonins ont été conservées dans une série de manuscrits disparates, couvrant la période allant de 138 à 166 environ.. Pensées pour moi-même de Marc Aurèle offre une fenêtre sur sa vie intérieure, mais est difficile à dater et fait peu de références spécifiques aux affaires du monde. La principale source narrative de cette période est Dion Cassius, un sénateur romain originaire de Nicée en Bithynie qui a écrit l'histoire de Rome depuis sa fondation jusqu'en 229 en quatre-vingts livres. Dion est essentiel pour l'histoire militaire de la période, mais ses préjugés sénatoriaux et sa forte opposition à l'expansion impériale obscurcissent sa perspective. On trouve également des éléments chez l'historien Hérodien chez Aurelius Victor, Eutrope, ainsi que dans l’Épitomé de Caesaribus.. D'autres sources littéraires fournissent des détails spécifiques : les écrits du médecin Claude Galien sur les habitudes de l'élite antonine, les oraisons d'Aelius Aristide sur l'état de la rhétorique de l'époque, et les textes de lois conservés dans le Digeste et le Code de Justinien sur l'œuvre juridique de Marc Aurèle.
Des inscriptions, des pièces de monnaie et des papyrus complètent les sources littéraires. La numismatique offre un cadre chronologique et révèle parfois des politiques impériales et l'attitude de l'empereur en place. Il est en effet possible de replacer historiquement plusieurs salutations impériales, victoires et autres événements grâce aux inscriptions sur des pièces de monnaie et des médaillons... L’épigraphie permet quant à elle de découvrir certains personnages inconnus ayant une importance significative dans l'histoire et de dater certains événements. L'ensemble des découvertes archéologiques liées à l'Empire romain peut amener des changements significatifs de perspective. Enfin, la colonne de Marc-Aurèle ne permet pas de connaître de détails exacts des guerres sous son règne, mais elle permet de les situer chronologiquement grâce aux représentations graphiques de l'Auguste et de son armée.
Origines et noms vignette|alt=Dessin d'un homme et une femme, de profil et tournés l'un vers l'autre, tous deux dans des ronds.|Portraits des parents de Marc Aurèle, Marcus Annius Verus et Domitia Lucilla Minor, imaginés par Guillaume Rouillé dans Promptuarium iconum insigniorum en 1553.
La famille du père de Marc Aurèle, Marcus Annius Verus III, est apparentée à la gens Annia qui n'a pas laissé jusqu'alors de trace importante dans les annales de l'histoire romaine, mais s'est répandue en Italie et dans les provinces. L'histoire des Annii Veri semble commencer au milieu du en Espagne romaine, dans la province de Bétique, à Ucubi (Colonia Claritas Iulia Ucubi — aujourd'hui Espejo) —, une petite ville située au sud-est de Cordoue.
Les Annii Veri s'imposent à Rome à la fin du , avec l'arrière-grand-père de Marc Aurèle, Marcus Annius Verus , qui est sénateur et, selon l’Histoire Auguste, ancien préteur ; son grand-père Marcus Annius Verus II est fait patricien en 73 ou 74. Du côté de sa grand-mère paternelle , et par le père de celle-ci, Libo Rupilius Frugi, Marc Aurèle descend de Numa PompiliusHistoire Auguste, Vita Divi Marci Aurelii Antonini, I.. Certains, à la suite de Jérôme Carcopino, ont conjecturé que la mère de cette dernière — dont le nom est inconnu — pourrait être Salonia Matidia, nièce sororale de l'empereur Trajan et mère par un troisième mariage de Vibia Sabina, la femme d'Hadrien. Cette hypothèse a été invalidé par Ronald Syme, d'après l'onomastique, aucun descendant de Rupilia Faustina ne reprend les éléments de Salonii ou Matidii dans leurs noms, et le silence des sources (Dion Cassius est trop vague) va à l'encontre de cette hypothèse. Une autre hypothèse, défendue par Christian Settipani, suppose que la mère de Rupilia Faustina serait une fille de l'éphémère empereur Vitellius et de sa seconde épouse Galeria Fundana. Premièrement, le lien entre Hadrien et Marc Aurèle est plus probablement à chercher chez les Annii Veri, originaires de Bétique, comme la famille paternelle d'Hadrien. Ensuite, le fait que le nom de Galeria soit abondamment repris dans la descendance féminine de Rupilia Faustina, est la preuve que celui-ci devait revêtir une signification aristocratique aux yeux des descendants de Rupilia Faustina, alors même que les Galerii sont très rares dans l'ordre sénatorial. Enfin, grâce à Suétone, on sait que la fille de Vitellius a fait un très beau mariage sous le règne de VespasienSuétone, Vitae Caesaris, Vita divi Vespasiani, XIV.. Face à cette ascendance impériale de Marc Aurèle, le silence des sources s'explique probablement par le fait que Vitellius a laissé dans l'Histoire le souvenir d'un empereur tyrannique et gloutonSettipani, Christian (2000). Continuité gentilice et continuité familiale dans les familles sénatoriales romaines à l'époque impériale: mythe et réalité. Prosopographica et genealogica (in Italian). Vol. 2 (illustrated ed.). Unit for Prosopographical Research, Linacre College, University of Oxford. p. 278. ..
La mère de Marc Aurèle, Domitia Lucilla Minor (également connue sous le nom de Domitia Calvilla), issue de l'union du patricien romain Publius Calvisius Ruso avec la riche Domitia Lucilla Maior, hérite d'une fortune colossale de ses parents et grands-parents. Elle est ainsi propriétaire de grandes briqueteries dans la banlieue de Rome — une entreprise rentable à une époque où la ville est en pleine expansion — ainsi que des Horti Domitia Calvillae (ou Lucillae), une villa domaniale sur la colline du Cælius à Rome..
L'enfant reçoit le praenomen après la traditionnelle cérémonie de purification quelques jours après sa naissance, et reçoit les mêmes noms que son grand-père paternel et que son père, , qu'il porte pendant ses dix-sept premières années.. Pendant quelques années, il semble qu'on ait accolé en outre à son nom d'origine, le nom de , tiré du nom du beau-père de Lucilla Maior. Lorsque Marcus entre dans l'entourage de l'empereur Hadrien, ce dernier, vraisemblablement à la fois pour souligner les qualités du garçon et appuyer les liens avec son grand-père, transpose son cognomen au superlatif pour le surnommer plaisamment Verissimus (« le très véridique »), un surnom qui restera accolé au jeune homme ainsi qu'en attestent notamment certains monnayages.
Biographie Jeunesse et premières fonctions politiques (121-161) Enfance et jeunesse vignette|redresse|alt=Tête de la statue d'un jeune garçon aux cheveux frisés.|gauche|Marc Aurèle jeune (Musées du Capitole, Rome). Marc Aurèle naît à Rome de Domitia Lucilla Minor et Marcus Annius Verus III le , ou, selon le calendrier romain, le sixième jour avant les calendes de mai, l'année du deuxième consulat de son grand-père Marcus Annius Verus, qui correspond à l'année 874 de la fondation de Rome. Les premières années de la vie de Marc Aurèle sont largement entourées d'incertitude.. Marc Aurèle naît dans la villa Horti Domitia Calvillae appartenant à sa mère et située sur le Cælius qu'il appelle affectueusement . C'est alors un faubourg prisé de l'élite, avec peu de bâtiments publics mais où se concentrent les demeures et jardins de l'aristocratie.
Sa sœur cadette, Annia Cornificia Faustina, naît probablement en 122 ou 123. Son père meurt jeune, vraisemblablement en 124 ou 125, alors qu'il est préteur. Bien qu'il l'ait à peine connu, Marc Aurèle écrit dans ses Pensées pour moi-même qu'il apprend du souvenir de son père et de sa réputation posthume. Lucilla ne s'est jamais remariée.
La mère de Marc Aurèle, conformément à la coutume de la nobilitas, passe peu de temps avec son fils, le confiant aux soins de nourrices. Néanmoins, Marc Aurèle attribue à sa mère . Dans ses lettres, Marc Aurèle fait de fréquentes et affectueuses références à sa mère, morte vers 156., lui exprimant sa gratitude : .
Après la mort de son père, Marc Aurèle est adopté par son grand-père paternel Marcus Annius Verus dont le palais est adjacent au Latran et où le jeune Marc Aurèle passe une bonne partie de son enfance. Marc Aurèle est reconnaissant à son grand-père paternel de lui avoir appris ; quelques années plus tard, il rend grâce de n'avoir pas dû vivre dans la même maison que la concubine de ce dernier, au charme de laquelle le jeune homme ne semble pas avoir été insensible.