Léonora ou (É)Léonore Dori (ou DosiJules Michelet, Histoire de France au , Henri IV et Richelieu, Paris, 1857) dite Galigaï, maréchale d’Ancre, née le à Florence (duché de Florence)Maria Helena Carvalho dos Santos (dir.), Inquisição : comunicações apresentadas ao 1o. Congresso Luso-Brasileiro sobre Inquisição, realizado em Lisboa, de 17 a 20 de fevereiro de 1987, vol. 1, Lisbonne, Sociedade Portuguesa de Estudos do Século , 1989, 1565 pages, p. 78.Richard Ayoun et Haïm Vidal Séphiha, Séfarades d'hier et d'aujourd'hui : 70 portraits, Liana Lévi, 1992, 367 pages, p. 160. et morte sur l'échafaud le à Paris, est la confidente et dame d'atoursSimone Bertière, Les Deux Régentes, série des Reines de France aux Éditions de Fallois, de Marie de Médicis.

Biographie Jeunesse et mariage vignette|gauche|Léonora Dori,Chantilly, musée Condé, . D'origine modeste, Léonora, qui « estoit fille d’un menuisier »Pierre Matthieu, La conjuration de Conchine, ., grandit à Florence au Palais Pitti en tant que demoiselle de compagnie de Marie de Médicis. Elle parvint à obtenir comme nouveau patronyme, le nom de Galigaï, celui d'une vieille famille florentine bientôt éteinte : « Elle s’est fait appeler depuis quelques années de Galigay, qui est le nom d’une illustre famille de Florence, ayant permission de Monsieur le grand duc de prendre le nom & les armes de ceste famille, dont il ne restoit plus qu’un vieil homme, lequel neantmoins n’a jamais voulu pour rien au monde luy vendre la maison de ses predecesseurs. »Idem, .

En 1600, elle suit sa maîtresse jusqu'en France lorsque celle-ci est mariée au roi Henri IV de France. Contrairement aux attentes de Marie de Médicis, le roi ne nomme pas Léonora dame d'atours, faute de quartier de noblesse et de célibat. La cameriera se voit néanmoins officiellement chargée des coiffures de la reine. Cependant, le projet de mariage de Léonora et Concini, gentilhomme rencontré durant le périple qui menait la princesse florentine à Marseille, accélère les choses. Henri IV accepte leur union mais à une seule condition : le couple doit retourner à Florence. Si Léonora veut rester en France, elle est tenue d’épouser un gentilhomme français et Concini de s’écarter de la cour.

Tandis que le roi quitte Lyon fin , la reine et sa suite entament leur remontée vers Paris pour atteindre Nemours le . Rejointe par Henri, ce n’est que six jours plus tard que Marie arrive à Paris, où elle fait la connaissance de la maîtresse du roi, Henriette d’Entragues. Or, la reine supporte mal la présence quasi quotidienne de cette favorite aux côtés de son époux. Elle trouve naturellement le réconfort dont elle a besoin auprès de sa confidente. Conscient du problème, Concini tente de négocier avec l’encombrante maîtresse ; si celle-ci y consent, il persuadera Léonora de calmer la reine, en échange de quoi Henriette plaidera la cause des deux Italiens auprès du roi. C’est ainsi que la cameriera obtient la charge tant convoitée de dame d'atours en et que le roi donne son accord à son union avec Concini. Le mariage a lieu le à Saint-Germain-en-Laye. Grassement doté par la reine, le couple reçut « la somme de écus 1/3, évalués, suivant l’ordonnance, à livres tournois »Jean Patte, « Journal », in Mémoires de la société des Antiquaires de Picardie, Amiens, t. 19, 1863, .. De cette union naissent deux enfants.

Auprès de Marie de Médicis Devenue l'une des femmes les plus puissantes de France, Léonora obtient de la reine (alors régente après l'assassinat de Henri IV de France et pendant la minorité de Louis XIII) l'élévation de son mari, à la dignité de maréchal de France (sous le nom de « maréchal d'Ancre »). Elle obtient elle-même le titre de marquise d'Ancre. Capricieuse et cupide selon ses détracteurs, il est certain qu'elle fait tout de même preuve d'une grande intelligence et que contrairement à son époux, elle se tient plus ou moins retirée de la vie de Cour.

Malgré son origine modeste, sa fortune devient pourtant colossale puisqu'un ambassadeur vénitien l'évalue, en 1617, à quinze millions de livres ce qui équivaut aux trois quarts du budget annuel du royaume.

État de santé Souvent signalée par sa maigreurCatholicon françois, ; Courier picard, ; Gédéon Tallemant des Réaux, « Les historiettes de Tallemant Des Réaux », in Louis-Jean-Nicolas Monmerqué, René-Charles-Hippolyte De Chateaugiron et Jules-Antoine Taschereau, Mémoires pour servir à l'histoire du , t. 1., Paris, Alphonse Levavasseur, 1834, , Léonora doit cette complexion à de graves troubles nerveux qui lui font subir des crises d’hystérie et convulsions. Mais alors que ces malaises font leur apparition durant l’hiver 1602, la médecine se révèle incapable de les résoudre. Les Concini se tournent alors vers la religion : ils font dire des messes, réciter des prières, organiser des processions et des pèlerinages… Rien n’y fait. Le couple de favoris en vient à se demander si Léonora n’est pas possédée par quelconque démon, « explication qui paraissait logique et rationnelle dans le contexte culturel de l’époque ».. Sur le conseil de son confesseur, Léonora s’adresse alors aux talents du général du couvent des ambrosiens de Nancy, un Milanais, qui a récemment exorcisé le cardinal de Lorraine. Mais après de nombreuses séances d’incantations, Léonora se révèle toujours aussi malade. Désespérés, les Concini font alors appel à Élie MontaltoElie Montaldo (1567-1616), « né à Castel Blanco, au Portugal, il appartenait à une famille de médecins et avait épousé Rachel da Fonseca, elle-même d’une famille de médecins connus. Il avait fait des études à Salamanque, puis s’était fixé en Italie, à Livourne, en 1599. En 1606, il s’installa à Florence et devint le médecin du grand-duc Ferdinand. Dès cette époque, il jouissait d’une grande réputation en Europe. À son retour en Italie, après un séjour en France et aux Pays-Bas, le grand-duc lui proposa la chaire de médecine de Pise, qu’il refusa, de même que celle de Bologne, Messine, Rome et Padoue » ; Idem, , médecin juif de passage à Paris en 1606, qui diagnostique un bulbus hystericus chez Léonora. Rapidement, les soins et le régime prescrits par le praticien font effet. Leonora, qui se considère alors comme guérie, le fait nommer médecin ordinaire.

Moines ambrosiens comme médecins juifs exercent leur savoir de manière occulte. Les séances d’exorcisme sont rapidement suspectées de n’être en réalité que de sinistres rituels magiques. De la même manière, les traitements prescrits par Montalto paraissent rapidement aussi suspects qu’ésotériques. Dès lors, les accusations de sorcellerie ne tardent pas : « de la kabbale à la magie, de la magie à la sorcellerie, de la sorcellerie aux pactes avec le diable, l’imagination populaire aidant, les limites n’étaient pas définies ; on mêlait alors tout cela dans une conception confuse du surnaturel »Georges Mongrédien, op. cit., .. S’étant détournée des remèdes traditionnels proposés par le christianisme, Léonora sera bientôt poursuivie en justice pour s’être adressée à des formes judaïques et étrangères.

Disgrâce, procès et mort thumb|right|Exécution de Léonora Dori, gravure du . Léonora est emportée dans la disgrâce de son mari (Concini est en effet assassiné sur ordre du roi Louis XIII). Elle est transférée du Louvre à la Bastille le Georges Mongrédien, Léonora Galigaï, Genève, Hachette, Edito-Service S. A., 1973, page 176., puis le de la Bastille à la Conciergerie. L'instruction est confiée aux deux conseillers, Jean Courtin et Guillaume Deslandes, qui l'interrogent plusieurs fois entre le et le Georges Mongrédien, Léonora Galigaï, Genève, Hachette, Edito-Service S. A., 1973, page 178.. Son procès se tient au Parlement de Paris, dirigé par son premier président Nicolas de Verdun entouré de quatorze conseillers et quatre présidents de chambreGeorges Mongrédien, Léonora Galigaï, Genève, Hachette, Edito-Service S. A., 1973, page 193..

Au cours de son audience, Léonora subit pas moins de vingt-deux interrogatoires et confrontations. Si elle échappe à la torture comme à la recherche de la marque que le diable a laissée sur son corps, près de cinquante témoins sont entendus à partir du . Mais les dépositions recueillies auprès des proches des deux Italiens sont peu accablantes.. Alors que, depuis la tombe, Concini est accusé d’avoir trahi la France en entretenant des liens avec l’Espagne et d’avoir mis la main sur les finances de l’État, Léonora, quant à elle, est poursuivie pour avoir abusé de la confiance de la reine, usé d’un odieux trafic d’influence et dépossédé le roi de son trésor. Mais beaucoup, comme Luynes, souhaitent la mort de la marquise pour pouvoir s’approprier ses biens. Or, les charges retenues contre elle ne suffisent pas pour obtenir une condamnation à mort. Une procédure en sorcellerie est donc engagée contre la Galigaï. Dans le cadre de son procès, Leonora est confrontée à deux chefs d’accusation : le recours à des rites d’exorcisme et à la médecine juive.

Une fois le procès engagé, certains libelles reprennent les éléments de l’accusation puis du verdict. C’est notamment le cas du Bref récit de tout ce qui s'est passé pour l'exécution & juste punition de la Marquize d'Anchre qui décrit le jugement et commente la sentence du tribunal : « par lesquels, atteinte & convaincue de crime de leze Majesté divine & humaine, elle est condamnée d’avoir la teste trenchée en la place de Greves, honneur certes trop grand, s’il y a de l’honneur à mourir de la sorte, puis son corps estre jetté dans le feu, qui sembloit estre destiné pour prendre vengeance de ses deux hydres, celle d’hercule ne pouvoit estre defaicte s’il n’y eust appliqué le fer, & le feu aussi ne pouvoit ?.. cette hydre de nos malheurs »Bref récit de tout ce qui s'est passé pour l'exécution & juste punitionde la Marquize d'Anchre. Avec son Anagramme, et deux Epitaphes, dont l'une est Chronologique, Paris, Abraham Saugrain, 1617, .. Elle est condamnée pour Même si elle a été accusée de sorcellerie au cours des débats du procès, l'arrêt n'en parle pasL'arrêt a été publié dans le Mercure François, 1617, t. IV, . Son étude et de larges extraits en sont donnés dans le livre de Georges Mongrédien, Léonora Galigaï, Genève, Hachette, Edito-Service S. A., 1973, pages 171 à 201.. Elle est décapitée et son corps brûlé le en place de Grève. La maréchale d'Ancre, accusée d'avoir ensorcelé Marie de Médicis, aurait répondu à ses juges : ; la véracité de cette citation est cependant remise en cause par Gédéon Tallemant des RéauxHistoriettes, Tallemant des Réaux, Bibliothèque de la Pléiade , . Georges Mongrédien rapporte qu'elle aurait dit .

Pamphlets et libelles posthumes

Après la mort de la marquise, les pamphlets changent de ton et brossent un portrait complètement différent de la cameriera. Plusieurs libelles, à l’instar du Discours sur la mort d’Eleonor Galligay et des Larmes de la marquise d’Ancre, représentent l’épouse de Concini affrontant valeureusement son sort : Discours sur la mort de Eleonor Galligay femme de Conchine Marquis d'Ancre. Executee en Greue le Samedy 8 de Juillet 1617, Lyon, Claude Larjot, 1617, .

Ces mêmes pamphlets illustrent également le sentiment de repentir de la marquise d’Ancre. De ce fait, elle admet avoir été Chanson nouvelle des regretz de la Marquise d’Ancre. Sur le chant Pauvre femme que je suis, slnd, s.n., ..

À travers ces regrets, les libelles témoignent de deux choses. La première est l’importance de l’expiation des péchés à l’époque moderne ; sans lui, le pécheur ne peut obtenir ni le pardon, ni son entrée au royaume de Dieu.

Dans la Harangue de la marquise d’Ancre, Léonora s’adresse ainsi une dernière fois aux Parisiens : Harangue de la marquise d’Ancre, estant sur l’Echaffaut. Ensemble la remonstrane à son Fils, Lyon, Claude Pelletier, 1617, .