La chitine (prononciation : ) est une molécule de la famille des glucides et de formule (C8H13NO5). La chitine est un polysaccharide azoté issu de la polymérisation de N-acétylglucosamine, avec formation de liaisons osidiques du type β-1,4.
La chitinisation est la formation de chitine.
La chitine est le principal composant structurel de soutien des parois cellulaires des champignons, des exosquelettes d'arthropodes comme ceux des crustacés et des insectes, ou encore des becs de céphalopodes. La chitine est le polysaccharide aminé naturel le plus abondant. Sa production annuelle est comparable à celle de la cellulose. Avec une bonne biocompatibilité, biodégradabilité, non toxicité, activité antimicrobienne et faible immunogénicité, la chitine est un matériau de grande valeur pour les applications biomédicales..
La chitine est un matériau résistant et souple (ou dur lorsqu'elle est associée à du carbonate de calcium). Elle est synthétisée par des glandes spéciales (glandes à chitines) de nombreuses espèces animales ou fongiques. Elle joue un rôle structural essentiel chez plusieurs taxons d'eucaryotes, notamment les champignons macroscopiques et levuresMoulki, H. et Bonaly, R. (1974), Étude des parois de levures du genre rhodotorula ; IV. variation de la teneur en chitine, Biochimica et Biophysica Acta (BBA)-General Subjects, 338 (1), 120-134., chez les mycorhizesVignon C., Plassard C., Mousain D. et Salsac L. (1986), Assay of fungal chitin and estimation of mycorrhizal infection, Physiologie végétale, 24(2), 201-207 (résumé Inist-CNRS. et les lichensBoissière, J. C. (1967), La chitine chez quelques lichens: mise en évidence, localisation. In Mémoires Société Botanique de France. Colloque sur les lichens et la symbiose Lichénique. Paris (). et chez les arthropodes. À ce titre, elle est considérée comme une des synapomorphies du groupe des Opisthochontes. Elle constitue notamment les cuticules externes des insectesMeyer, K. H. et Pankow, G. W. (1935), Sur la constitution et la structure de la chitine, Helvetica Chimica Acta, 18 (1), 589-598. et les carapaces des crustacés, ou encore dans la coquille de céphalopodes (Nautile par exemple) et de nombreux mollusques (c'est aussi un des composants de la nacre) et des pseudonacres qui constituent l'intérieur de certaines coquilles et les perles des huîtres perlières ou de la moule perlière d'eau douce. Chez les bivalves, elle est cependant présente en proportion très variable selon l'espèceGoffinet, G. et Jeuniaux, Ch. (1979), Distribution et importance quantitative de la chitine dans les coquilles de mollusques (), Cah. Biol. Mar., 20 (3), 341-349, dans Cahiers de Biologie Marine, Station biologique de Roscoff (résumé).. On la trouve aussi chez de nombreux micro-organismes, par exemple dans la cuticule qui protège les œufs de rotifèresDepoortere, H. et Magis, N. (1967), Mise en évidence, localisation et dosage de la chitine dans la coque des œufs de Brachionus leydigii Cohn et d’autres rotifères, dans Annales de la Société Royale Zoologique de Belgique, 97, 187-195..
vignette|Aile de coléoptère composée de chitine (x100). vignette|La cuticule du Cèpe de Bordeaux est composée de chitine. vignette|La carapace du tourteau est composée de chitine. vignette|La coquille du Nautilus est composée de chitine. vignette|La nacre des huîtres perlières et de leurs perles est composée de chitine.
Étymologie La chitine a été découverte par le chimiste français Henri Braconnot (1780-1855), en 1811.. Chitine vient du mot grec signifiant « tunique », par analogie entre la coquille des arthropodes et le vêtement. Le terme a été inventé par le chimiste français Auguste Odier..
Biochimie La chitine est blanche, souple, perméable à l'air et à l'eau. Ce n'est donc pas elle qui rend dure ni imperméable la cuticule des arthropodes, ni lui donne sa couleur.
Historiquement, les scientifiques ont d'abord remarqué la présence de « substances amylacées »C. Rouget (1859), Des substances amylacées dans le tissu des animaux, spécialement les articules (Chitine), Compt Rend, 48, 792. chez certains animaux puis ils ont constaté que la chitine semblait remplacer la cellulose (des végétaux) chez les champignons.
La cellulose peut être découpée chimiquement en molécules de glucose par des réactifs spécifiques. La chitine peut de même être scindée en molécules de glucosamines avec des réactifs similaires car elle met en jeu le même type de liaison que celui qui relie les groupes de glucoses dans la molécule de cellulose.
Certains biologistes, dans les années 1930, en ont déduit qu'il devait exister une sorte de parallélisme physico-chimique entre ces deux moléculesKurt H. Meyer et H. Wehrli (1937), Comparaison chimique de la chitine et de la cellulose, mis en ligne le , , Verlag, Weinheim, Helvetica Chimica Acta, 20, 1, 353–362., voire pour leurs rôles fonctionnel dans les organismes.
Biosynthèse et rôle biologique
La chitine est très commune dans le monde animalJeuniaux, C. (1982), La chitine dans le règne animal, Société zoologique de France, Institut océanographique.. C'est l'un des constituants de la cuticule des insectes, des araignées et des crustacés, elle a ainsi un rôle protecteur. Associée à du carbonate de calcium, elle devient rigide et forme alors l'exosquelette des Crustacés.
La chitine retrouvée dans la cuticule des Arthropodes est la chitine alpha dans laquelle les chaînes de chitine sont reliées de manière antiparallèle par des liaisons hydrogène. Chez les Brachiopodes, les Céphalopodes et les Annélides, on retrouve de la chitine bêta dans laquelle les chaînes de chitine sont cette fois reliées de manière parallèle par les liaisons hydrogène. La chitine gamma est plus rare, on la retrouve chez les Brachiopodes.
Chez les champignons, la chitine est un constituant essentiel de la paroi latérale qui entoure et protège les cellules fongiques vis-à-vis de l'environnement. La chitine participerait notamment à la rigidité de la paroi fongique. Le polymère de chitine d'origine biologique est synthétisé avec la participation d'un enzyme dit « chitine synthase » (CHS), lequel peut être utilisé comme marqueur biologique de la biomasse fongiqueGay L., Hebraud M., Girard V. et Fevre M. (1988), La chitine synthase de Neocallimastix frontalis, un marqueur enzymatique de la biomasse fongique, Reproduction Nutrition Développement, 28 (), 69-70, lien vers l'article (payant).. Chez la levure du boulanger (Saccharomyces cerevisiae), plusieurs activités CHS synthétisent de la chitine à des localisations intracellulaires différentes et à des étapes particulières du bourgeonnement de ce champignon unicellulaire.
La chitine est synthétisée par divers animaux unicellulaires ou métazoaires, surtout dans les groupes zoologiques de la lignée des Cœlomates Spiralia et principalement en milieu marin. Les crustacés marins semblent en être la première source.
Productivité marine Dans les années 1980, des scientifiques ont cherché à estimer et comparer la quantité de chitine produite par le plancton de la baie de CalviGervasi, E., Jeuniaux, C. et Dauby, P., Production de chitine par les crustacés du zooplancton de la baie de Calvi (Corse), dans Aspects récents de la biologie des crustacés, Concarneau (France), 6 juin 1987., en Corse, le krill de l'arctique et de l'antarctique, une population de langoustes des côtes de l'Afrique du Sud, et ; curieusement pour chacune de ces situations écologiquement et géographiquement très différentes, la quantité a été estimée à peu près identique : environ de chitine par an et par mètre carré de substrat rocheux ou de surface d'océan.
Si l'on extrapole ces chiffres, les crustacés produiraient à eux-seuls environ de tonnes de chitine par an dans les océansJeuniaux, C., Voss-Foucart, M. F. et Bussers, J. C. (1993), La production de chitine par les crustacés dans les écosystèmes marins, Aquatic Living Resources, 6 (04), 331-341 (résumé)..
Écologie, cycle Notamment en mer, elle joue un rôle dans les cycles biogéochimiques du carbone et de l'azote.
La chitine des champignons est facilement dégradée, mais la chitine polymérisée et associée à certains minéraux et métaux constitue un polymère très résistant, par exemple dans les coquilles de bivalves.
Certaines enzymes (chitinasesJeuniaux, C. (1951), Une méthode de dosage des chitinases, Archives of Physiology and Biochemistry, 59(2), 242-244.) du tractus digestif de certains prédateurs la digèrent (oiseaux et mammifères par exempleJeuniaux, C. (1962), Digestion de la chitine chez les oiseaux et les mammifères, Ann. Soc. Zool. Belg., 92, 27-45.). Ces enzymes peuvent aussi être produites par la flore intestinale de l'hôte, par exemple par la flore intestinale bactérienne de l'escargot Helix pomatiaJeuniaux, C. (1950), « Mise en évidence d'une flore bactérienne chitinolytique dans le tube digestif de l'esgargot (Helix pomatia L) », Archives of Physiology and Biochemistry, 58 (3), 350-351. qui peut ainsi digérer les champignons.
Le fait de détecter de la chitine dans un organisme ne signifie pas toujours qu'il l'ait produite lui-même ; elle peut provenir de sa nourritureDauby, P. et Jeuniaux, C. (1986), Origine exogène de la chitine décelée chez les Spongiaires, Cah. Biol. Mar., 28, 121-129. ou d'une flore intestinale (endoflore) qui en sécrète.
La chitine des cadavres d'insectes ou crustacés est plus ou moins rapidement dégradée dans les écosystèmes, par des communautés de microorganismes et de bactériesGraham W. Gooday (1990), « », , 11, 387-430 (44), lien INIST-CNRS..
Les observations faites au microscope électronique montrent que certains polluants (métaux lourds tels que cadmium, cuivre, chrome, zinc et plomb) peuvent interférer avec la biosynthèse de la chitine et dégrader la nacre de bivalves (phénomène étudié chez l’anodonte du cygne de la famille des unionidae)Moura G., Vilarinho L, Guedes R. et Machado J. (1999), The action of some heavy metals on the calcification process of Anodonta cygnea (Unionidae): nacre morphology and composition changes, Haliotis, 29, 43-53 (résumé Inist-CNRS).. Ceci pourrait laisser penser que certaines parasitoses affectant les huîtres et leurs coquilles pourraient être facilitées par une contamination des coquilles par certains métaux lourds (contamination effectivement constatée).
Utilisation En raison de ses qualités, cette molécule intéresse les industriels ; pour des usages actuels et attendus dans le futurSeng, J. M. (1988), Chitine, chitosane et dérivés : de nouvelles perspectives pour l'industrie, Biofutur, 71, 40-44.. Cependant des recherches des années 2000 signalent également de possibles effets allergène qui pourraient avoir un impact négatif sur son usage dans les secteurs alimentaire, cosmétique et pharmaceutique.
Il peut se présenter sous la forme d'une peau artificielle qui agit comme un tissu qui est appliqué sur la plaie et n'a pas besoin d'être renouvelé car il est biodégradé jusqu'à la formation d'un nouvel épiderme. Il peut être appliqué pour les pansements cornéens. En chirurgie, il est utilisé pour les fils chirurgicaux en raison de sa résistance et de sa flexibilité.
La chitine est également utilisée comme adsorbant pour capter certains éléments (le cadmium en solution dans l'eau par exemple, plus ou moins bien selon le pHBenguella, B. et Benaissa, H. (2001), Sorption du cadmium en solution par une chitine : effet du pH, Récents Progrès en Génie des Procédés, 15 (86), 451-458.) ou filtrer les eaux uséesBenguella, B. (1999), thèse de magister intitulée Élimination du cadmium en solution aqueuse par un matériau biosorbant : la chitine, soutenue à l'université de Tlemcen. : elle forme des chaînes ionisables qui permettent de fixer les éléments métalliques ou organiques en suspension (voir chitosan).