Le romanche (autonyme : ) est une langue romane parlée par plus de en Suisse, essentiellement dans le canton des Grisons. Elle constitue une des trois langues officielles de ce canton avec l'allemand et l'italien, ainsi que la quatrième langue nationale suisse depuis le Constitution fédérale de la Confédération suisse, . grâce à son référendum fait ce jour-là. Au niveau fédéral, elle est Constitution fédérale de la Confédération suisse, , ..

Le romanche fait partie des langues rhéto-romanes et est apparenté au ladin et au frioulan, langues parlées dans le nord de l'Italie.

Selon le recensement fédéral de la population de 2000, de la Suisse parlent cette langue, soit 0,8 % de la population du pays. C'est la langue principale de , ce qui représente 0,5 % de l'ensemble des résidentsRecensement fédéral de la population 2000.. La majorité de ses locuteurs se trouvent dans les Grisons et le reste, dans la diaspora romanche, un peu partout en Suisse. L'usage de cet idiome est menacé, du fait de sa lente régression (−12 % entre 1990 et 2000 et parlé par moins de )Voir le document de l'UNESCO, qui est la traduction française de la anglaise. La carte concernant les langues européennes en danger est à la page 25 (carte 10) .. Entre 1980 et 1990, la part des germanophones a rattrapé celle des romanchophones dans la région des communes traditionnellement rhéto-romanes. Le tourisme et l’industrialisation au ont freiné l’utilisation du romanche à l’oral. L’influence de la culture et de la bureaucratie germanophones s’est dans le même temps étendue. Quant au romanche écrit, il a commencé à perdre de son importance dès la fin du langue, recensement de la population à partir de 1850, Office fédéral de la statistique.. Afin de contrer cette tendance, la Confédération suisse accorde un soutien au canton des Grisons pour la sauvegarde et la promotion du romanche..Cette politique semble porter des fruits selon le chercheur Matthias Grünert.

La langue n'est usuelle que dans les Grisons, surtout dans les régions d'Albula, de Surselva, d'Engiadina Bassa/Val Müstair et dans les trois quarts de la région de Maloja (Engadine). Elle est aussi pratiquée dans les communes de Cazis, Ferrera et Andeer dans la région de Viamala et à Domat/Ems, Trin, et Felsberg dans la région d'Imboden. Ces territoires représentent environ 40 % du territoire cantonal.

Le romanche grison (RG), en romanche, est la forme unifiée et standardisée de la langue. Il a été créé et introduit par la Ligue romanche () en 1982. Il est reconnu comme une langue officielle dans les Grisons depuis 1992 et son enseignement est encouragé dans presque toutes les écoles primaires depuis 2010. À présent, les manuels scolaires, les documents cantonaux et fédéraux ainsi que la majorité des publications en romanche sont écrits uniquement en romanche grison..

Il existe aussi cinq variétés locales traditionnelles du romanche.

Histoire vignette|Billet de banque suisse : Sixième série du billet de suisses ici en langue romanche (premier billet en romanche).

Le romanche est attesté sous une forme écrite à partir du Encyclopédie du monde actuel (EDMA), Lausanne, 1969. : en 1527, Juan Travers, homme d’État et de guerre, écrivait une sorte de chanson de geste (). Deux autres fondateurs de la langue écrite sont le réformateur Philippe Saluz et Giachem Bifrun.

Si les protestants recourent souvent pour des fins polémiques à la langue romanche, l’abbaye catholique de Disentis est le foyer au d’une littérature nouvelle.

Dans la période moderne, on trouve des poètes nationaux comme Peider Lansel, Gion Fontana ou , ainsi que des érudits comme Planto ou , auteurs d’un Dictionnaire toponymique grison. Le principal artisan du romanche moderne est sans doute le linguiste zurichois Heinrich Schmid, qui créa en 1982, à la demande de la Ligue romanche (), organisation de défense et de promotion de la culture romanche, la forme écrite du romanche grison, unifiant les cinq principaux dialectes romanches, et désormais utilisée pour les manuels scolaires et les documents administratifs.

Classification

C'est une langue romane, du groupe rhéto-roman, donc proche du ladin et du frioulan.

Répartition géographique vignette| Répartition comme langue majoritaire en 1860 dans les Grisons.

Source : Office fédérale de la statistique, recensement 2000. vignette| Répartition comme langue majoritaire en 2000 dans les Grisons.

Source : Office fédérale de la statistique, recensement 2000. vignette| Répartition effective en 2000 dans les Grisons.

Source : Office fédérale de la statistique, recensement 2000.

Statut officiel Contrairement aux autres langues nationales, le romanche a un statut de langue semi-officielle. Il constitue une « langue officielle pour les rapports que la Confédération entretient avec les personnes de langue romanche » uniquement.. Le romanche n'est que très rarement utilisé lors des débats au Parlement fédéral, mais il l'est davantage dans les conférences de presse. Il figure sur les versions récentes des passeports, cartes d'identité et permis de conduire (de même que l'anglais), ainsi que sur les billets de banque.

Il est utilisé dans la signalisation routière locale du canton des Grisons., mais rarement dans celle relevant du fédéral (autoroutes).

Les différents romanches Le romanche n'est pas qu'une seule et unique langue, mais cinq langues naturelles différentes, ayant chacune sa propre forme écrite standardisée : le sursilvan, ou sursylvain, pour natifs dans la région du Rhin antérieur (Surselva) ; le , ou subsylvain, pour natifs dans la vallée du Rhin postérieur (Schons, Rheinwald) ; le , ou sourmiran, pour natifs dans les vallées de l'Albula et de la Julia (Surses) ; le puter, ou haut-engadinois, pour locuteurs natifs en Haute-Engadine ; le vallader, ou bas-engadinois, pour natifs en Basse-Engadine. Le puter et le vallader forment ensemble le sous-groupe engadinois ou . On ne confondra pas ce sous-groupe avec la langue romane parlée au Tyrol du Sud, également appelée ladin et qui fait partie du même ensemble rhéto-roman.

À ces dialectes, il faut ajouter le , parlé dans le val Müstair, et le romanche grison, langue-toit créée à la fin du .

Écriture Ordre alphabétique et valeur des graphèmes Ordre alphabétique Comme en français ;

A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, (W), X, (Y), Z.

Les lettres w et y ne sont pas employées (sauf dans des mots étrangers).

Prononciation Voyelles Contrairement au français actuel, les voyelles romanches peuvent être longues ou brèves. (Pour simplifier, il n'en est pas tenu compte dans les indications ci-dessous.)

a, i : comme en français. é, è, ê : /e/, /ɛ/ (en syllabe finale pour éviter la prononciation « e muet » ou pour distinguer des homographes en vallader, é ne s'emploie pas et è est un son fermé.

e : /e/, /ɛ/ Dans les finales -el, -em, -en, -er (monosyllabes exceptés) : e muet comme en français

ö (engadinois) : /ø/ (eu français) ü (engadinois) : /y/ (u français)

Nombreuses diphtongues, se prononçant en général comme elles s'écrivent.

L'accent tonique est nettement prononcé, sur l'une des deux dernières syllabes. Comparer la différence entre heureux et heure en français méridional. Exemples en vallader : sandà « santé », mais sonda « samedi » ; pajan (accent final comme en français : païen), mais pajan (accent sur la première syllabe comme en français : « ils paient »).

L'accent tonique est indiqué par un point sous la voyelle dans les dictionnaires et les grammaires. gauche|vignette|Panneau annonçant le Parc national suisse en romanche.

Consonnes b, d, f, k, l, m, n, r, t, v : comme en français. c : Devant a, o, u : /k/ (comme en français) Devant e, i : /t͡s/ (comme dans tsunami). ch : En engadinois : /t͡ɕ/ tch palatal (voir ci-dessous l'explication de tg) Un francophone risque de confondre ce son avec /t͡ʃ/ (tsch), mais en romanche il s'agit d'un phonème nettement différent : engadinois tschinch « cinq » ; comme en allemand dans ich En sursilvan, sutsilvan, surmiran (devant e, i) : /k/ dsch (engadinois) : En théorie : /d͡ʒ/ (dj français) Souvent prononcé /t͡ʃ/ sous l'influence de l'allemand. g : Devant a, o, u : /ɡ/ (comme en français) Devant e, i, ö, ü : /d͡ʑ/ (dj palatal mouillé, un peu comme dans une prononciation populaire de « Bon Djieu »)

C'est le phonème sonore correspondant à tg (ci-dessous) En vallader, en début de mot, ce son est réduit à la semi-voyelle /j/ (ci-dessous). gl (devant i, ü et en fin de mot), gli (devant a, e, o, u) : /ʎ/ (l mouillé, comme lli dans le français allié, mais en un seul son ; comme le gli italien). Exemples : glima « lime », egl (engadinois ögl) « œil ». gn : /ɲ/ (n mouillé, comme en français) : muntogna « montagne ») h : En début de mot : en général non prononcé, sauf dans les mots d'origine germanique Entre voyelles (sursilvan) ou en fin de mot (putèr) : aspiré j : /j/ (semi-voyelle, comme y en français dans yacht, essayer) qu' : /kw/ (comme en italien dans quattro, qui ; comme en français dans équation"). s : /s/ s sourd (français s, ss), parfois même entre voyelles : (vallader) ses « six », sesanta « soixante » ; (sursilvan) sis, sissonta ; (romanche grison) sis, sessanta. /z/ s sonore (français z, s), parfois même en début de mot : rosa (engadinois rösa) « rose », sut (engadinois suot) « sous ». Devant consonne sourde (même à l'intérieur de mot) : /ʃ/ (ch français) : festa (sursilvan fiasta) « fête ». Prononcer /fɛʃta/ (feschta), /fjaʃta/ (fiaschta); sco (putèr scu) « comme ». Prononcer /ʃko/ (schkô), /ʃku/ (schkou). Devant consonne sonore : /ʒ/ (j français dans jus) : engadinois sdun « cuillère » (sursilvan et romanche grison „tschadun“). Prononcer /ʒdun/, /t͡ʃadun/. sch : sch sourd /ʃ/ (ch français) : schanza « chance », sche (engadinois scha) « si » (exprimant une condition), nascher (sursilvan nescher, accent sur la première syllabe) « naître » (imparfait naschaiva, nascheva, « naissait »). sch sonore : /ʒ/ (j français) : Grischun (nom : canton des Grisons ; habitant de ce canton), grischun (adjectif : du canton des Grisons), schanugl (engadinois schnuogl) « genou » s-ch (engadinois) : sch + tch palatal ( règles ci-dessus pour s devant consonne sourde et pour ch en engadinois) tg (sursilvan, sutsilvan, surmiran et romanche grison) : /tç/ (sorte de tch palatal mouillé). allemand Plättchen, mais en romanche, il s'agit d'un son unique. La langue est largement appliquée sur le palais comme pour la semi-voyelle /j/ (français y). Parfois rencontré en français t devant i ou u dans certaines prononciations régionales en France (ex. parler populaire marseillais notamment) : imaginez quelqu'un qui prononcerait « entier » et « inquiet » de la même manière en français. tsch : comme dans le français « match ». À distinguer de la palatale écrite ch ou tg. z : ts dz

Remarques Ce qu'on appelle traditionnellement « l mouillé » en français, comme dans il travailla, n'est plus un l mouillé proprement dit, mais une simple semi-voyelle, comme dans Maya ; Les lettres g et l se prononcent séparément (comme en français) devant a, e, o, u et parfois exceptionnellement même devant i, ü. Glatsch « Glace » /glat͡ʃ/ (sursilvan) Gliergia (putèr) Glüergia, variantes de Gloria « Gloire » Parfois, g et n se prononcent séparément, comme en français dans stagnation, agnostique : romanche magnet (de l'allemand) « aimant ». Si le mot romanche a un correspondant en français, la prononciation du sch est prévisible. Comme on le voit sur les exemples ci-dessus, si le mot correspondant en français a s sourd, ss ou ch, le romanche a un sch sourd ; si le mot correspondant en français a s sonore ou g, le romanche a un sch sonore. Le groupe de sons s-ch du ladin (vallader, puter) est écrit stg dans le reste du romanche et en romanche grison.